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16/01/2005

Contrelittérature

Photographie (détail) de Juan Asensio.

23650223474_699356bf40_o.jpgJ’ai sous les yeux le quinzième numéro de la revue Contrelittérature, dirigée par Alain Santacreu. Superbe travail, d’abord esthétique, le numéro étant richement illustré par des photographies (au sujet… funèbre) prises par Michel Random, Santacreu, qui se souvient bien évidemment des numéros 9 et 10 de ma propre revue, Dialectique, écrivant de ces clichés qu’ils proposent ou «provoquent une obliquité singulière du regard lisant et renversent la perspective de la lecture, l’orientant vers une architecture secrète.» Quelle est-elle ? Sans doute l’affirmation selon laquelle l’homme moderne ignore le sens véritable de la mort puisque les progrès foudroyants de sa technique lui permettent déjà d’acquérir l’immortalité solipsiste du clonage. Sans mort, point de liberté, point de grâce de l’éphémère, point d’émerveillement donc, point d’art, point de pensée, juste (certains n’en doutons pas donneraient leur âme pour obtenir cela…) la réitération indéfinie d’un soi-mêmisme étendu à la Machine-monde, celle, définitivement immortelle mais esclave, décrite par Günther Anders plus que celle de la trilogie Matrix, encore infusée par l’attente du Messie et aidant paradoxalement celui-ci dans son entreprise de libération des hommes pourchassés par les machines.
Je passe vite sur l’article effusif de Luc-Olivier d’Algange qui, une fois de plus, une fois encore, a largement ouvert le robinet d’eau tiède charriant quelques bulles d’hélium évidemment majusculées (« Art », « Symbole », « Unificence », « Contes » et « Quêtes du Graal », « Verbe », « l’Un », etc.) pour évoquer le bel mais, pour le coup, trop court article de Francis Moury sur l’œuvre de Jules Lequier, philosophe qui demeure encore assez méconnu, malgré les efforts de son éditeur, L’Éclat et ceux, plus anciens, de quelques éminents philosophes, comme Renouvier, Bréhier, Grenier, Xavier Tilliette et André Clair à présent. La dernière phrase de Moury d’ailleurs, mystérieuse à souhait (puisqu’elle évoque le possible suicide de Lequier et non sa mort accidentelle sur une plage bretonne) me fait penser que mon ami n’en a pas fini avec l’œuvre de Lequier.
Suivant immédiatement cet article, je ne saurais trop recommander le passionnant entretien mené par Santacreu avec Gérard de Sorval qui, sur la Royauté et son état actuel de délabrement consensuellement démocratique (clin d’œil à l’initiative électorale de M. Adeline), contient des lignes que feraient bien d’apprendre par cœur tous les compulsifs adorateurs de l’AF et les attentistes transis d’une hypothétique Restauration : «Poussons la contradiction jusqu’au bout, déclare ainsi Sorval : imagine-t-on un instant que l’Oint du Seigneur – le Lieutenant du Christ, Fils aîné de l’Église, héritier de la plus ancienne, la plus noble et la plus illustre de toutes les dynasties royales depuis deux mille ans, tenant sa couronne d’un mandat direct du Ciel, plus auguste et plus sacré que l’Empereur des romains lui-même – puisse revenir se couler dans le moule d’une société où tout individu est le roi et refuse la moindre parcelle d’autorité de droit naturel ou de droit divin, au-dessus de lui ?». Je signale encore, tout particulièrement, le remarquable article de Théophile d’Obla (le nom est trop beau pour n’être point, sans doute, un pseudonyme…) consacré à la Guerre métaphysique et évoquant les pensées de Strauss, Voegelin (mais pas celle de Löwith ni de Kantorowicz). Enfin, j’ai signé un papier sur Collateral, le récent film de Michael Mann, dont une toute première version avait été publiée ici-même, dans la Zone.
Je salue donc, et ce ne sera pas la dernière fois, la vitalité et le beau courage nécessaires à la réalisation de Contrelittérature.