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26/11/2007

Golfe Story etc., par Michel Hoëllard



On se promène. Rien ne presse. Ne pousse. Ne nie ni n’intente. Ni n’interprète.
Dimanche d'hiver. Minimum respect du Muray au bord du Golfe et dans la fouille.
Le Golfe, ici, c'est le Morbihan en sa version «Petite mer» et c'est pas pousser ma goualante ethnostalgique que de filmer ce qu'il devient, depuis jadis.
Ce que devient pareil, et ron et ron, le patapon dominical.
Ici comme ailleurs.
Pas trop loin non plus pour évoquer le coup du Carnac reficelé Préhistoland ou de la borgne Trinité d’un certain...
Donc ici.
Où l’on vient pourquoi ? On y vient pour soi, tuer le temps, respirer un coup et au fond, comme on sait ça que l’urbanisme a d'abord pensé la ville puis que la ville s'est populacée avant d’étaler hors-les-murs, point ne sommes surpris de voir rectifié en clip n'importe lequel de paysage champêtre ou littoral quand son même genre pictural n’est pas sacré sur plein d’écrans en temps réel !


Vannes, par exemple, ses fameux remparts, son lavoir où ma mère enfant gerçait ses petites pognes, son vaste Golfe et son sentier côtier aujourd'hui paysagé façon écolo. Ça a de la gueule et se gracieusement pontifie en brochettes de points de vue démonstratifs des chapelets insulaires qui, vus d’ici, n’ont point de petits noms. Ce qui manque ! Résistent quand même quelques troncs, certaine déchirure bordière, d'incontestables vasières pantouflardes et, auréole fâcheuse à nos modernes galériens du jogging, le vent, tous les petits noms par ici de ce putain de vent.
Pour ménager l’environ des volutes finales, personne ne fume à la promenade et c'est tout dire, personne crache non plus; les chiens font laisse, proprets, comiques. Bons élèves.
Mais est-il bien besoin de ces espaces «étirement» tous les 100 mètres, espaces dotés, gravé sur bois, du mode d'emploi pour comment sauter à cloche pied ou de kits de convivialité sous forme d'affichettes peintes sur pitons, pour piger combien ce foutoir littoral n'est plus qu'un décor grandeur nature, un p’tit bonheur à l’échelle 1 des traditions du dimanche en famille ? Le parcours entre les pins, il est de surcroît balisé d'indications ergothérapiques, genre : «marchez, soufflez pendant 150 mètres» ou «faites de petits sauts latéraux» avec mimis pictogrammes pour bien faire montrer à ceux qui sauraient plus lire. Car il est pas question de se la rater, la Santé. Ni de mettre au trou notre capital biologique.
Qu'on s’assure gym et Sécu !
Mais vrai, que c'est donc tenace, un consensus !
Ce doit être des heures comme ça, du dimanche matin, que tout le monde vire au footing depuis qu'on fait la messe bilingue...
Conservatoire des espaces littoraux et des rivages lacustres qu'ils annoncent et précisément antidatent «depuis 1975». Du sentier fléché et filmé en surveillance où chacun, respectueux, tient sa droite, ce qui permet sans frein de lire le sticker, lui aussi bilingue, collé sur le plat du banc : «Liberté pour nos Brisonniers Bolitigues Bredons» ! Sans voir, comprendre ni même imaginer une miette combien l'aménageur du lieu les aime, ces BBB, fauteurs qu'ils sont, quoique fort peu soupçonnables, d'une rentable authenticité culturelle enracinée comme du radis ! Car là, on ne saurait parler d’influence des uns sur les autres. C’est mieux que ça, ou pire. Comme une déclivité, une capillarité, une façon qu’a le marketing de tirer ses billes du Show, de reformater en fiction la moindre foi et sa bonne foi et puis de l’imposer sous forme de réel équitable pur beurre.
Mais vrai, lard ou cochon, faut bien qu’on brittonique la mère !
On dirait bien comme si le chaland serait devenu, lui itou, prisonnier. Qu’il soit breton, fanatique ou pas.
Sur place, des familles côtelées à pékinois niais, racialement déplacés mais mignons quand même, se laissent inciter et posent une fesse sur les bancs panoramiques d'où mater un monde réduit comme qui dirait à sa seule transparence. Mithridatisées au casting et même pas emmerdées par les bondissants VTT qui râpent tellement court qu'ils contrôlent plus leur zèle et dérapent au sentier battu. Transparence oui, laquelle nous vient, si l’on s’en souvient, en petit cadeau d’épilogue, du Mikhaïl Gorbatchev à lie de vin.
Breiz Atao, c'est encore et toujours là, c'est parc à thème ou bien réserve, écloserie, bocage aseptisé de doucereux pastels ! Genêts ! Binious ! Toujours ça de pris ! Le divertissement fait yankee, comme si.
Et l'on recrute jusqu’aux flâneries, on déhanche jusqu’au plaisir de trotter long d'un Golfe clair.
Est-ce ainsi que le patrimoine brigue sa pile à l'électeur toujours sur le point de justifier la diffusion de Perdu de vue ?
Corps pulsés, tous vautrés d'en famille sont là qu'adhèrent aux gravillons testés labo, inusables, confort et bons pour le cocon plantaire ! En Nike, muscles matelassés et dollar à 2,10 € ! Parce qu'il y a une radio par là. Qui blatère comme elle se doit. Derrière, devant. Dessus, dessous. Une pour dix walkmans, pour vingt téléphones cellulaires ! Qu'on sache tout bien sur tout et qu'en plus, on respire ! Se contrefichant doublement des tours déchues des guerres d’ailleurs.
Tristes celtiques ! Circuit du monde en 80 tours !
Pourtant qui oserait nier notre bon droit à la nature, à l'obligeance climatique, à la muette masse pulpeuse de ces vases colorisées, ce paysage assurément reparfumé, à ces zones assurément arborées ?
Monde booléen où l'alternative n'est plus qu'un chaos bien rangé, sans surprise et jamais déçu : tristes celtiques en effet et l'on se prend à rêver de tempêtes coursant les nuages, de la ventrée d'un Roi Gradlon toujours pressé ou de secrètes potions qui vous détricoteraient cette selve astiquée, cet oisif bocage, maquillage, ces mamelles ! Mais non, sur le plan d'orientation, un rond rouge certifie haut et clair que : «vous êtes ici». Et c'est rassurant d'avoir cette cible là devant, pas pour viser mais pour montrer comme vite vont les nouvelles !
Encore heureux tout à côté que se rebiffent ces impayables bourbes glauques, grasses d'algues pourrissantes et de sternes chieuses mais protégées, cauchemars retardant d'une heure l'autre le nettoyage industriel des marées basses.
Oh non, non, c'est pas nostalgie d'on ne sait quel passé béni mais déni d'illusion, d'une idée de Nature repeinte aux lois du marché. Que mes mots moquent, et non défroquent. Peut-être un peu l'envie aussi de faire mon jacobin râleux sur tout. Pas d'inventer, mais dénicher ce qu'il advient sous la qualité maternelle des surfaces. Quoique, si l'on gratte par là, d'une façon l'autre, y a sûrement plus lerche.
Le cantonnier suprême cantonne donc ses fidèles et voilà que devant trottinent deux retraités qui ont de quoi, vieux amants jeunes et bavoteux, et bons qu'à ça, congestionnés d'après gibelotte, gauchement extraits d’une maison spécialisée pour illustrer mes platitudes post-marxistes et qui comprennent pas non, qu'on dévase pas une bonne fois et glapissent que, n'est-ce pas «tout ce fric qu'ils foutent en conneries quand là, partout, ça schlingue drôlement !»
Prélude attendu.
Fin pareille.
D'où ça lui vient au malpoli papy ? Avec sa classe ouvrière torchée et son costard doublé de Chine ? Tapotant sa canne, ça lui vient qu'il dit «oui» depuis peu à tous les critères du Loft.
Que donc plus question de tolérer le réel, sauf enchanté.
Que plus donc question de victoire, sauf en chantant.
Et que la poésie des lieux qu’on vit, c’est du nanan !
On respire donc sa petite goulée d'iode puis, sans barguigner, on opine, fait son opinion, on la pond. C'est vrai quoi ! Puisqu'ils sont mieux, les temps, n'est-ce pas, de nos jours, à quand la stérilisation des mouettes qui ? La celle aux cormorans noirs que ? Les macareux braillards ? Cet autre guillemot ?
«Pas pour dire mais moi qu'ajoute Dédé, croix d'bois d'fer, tout ce que je sais c’est qu'avec leur conneries moi, je vote plus ! J’te l’jure, ça !» Ce détersif conjoint, happant son bol d'air entre deux bas côtés agrémentés de verdures pour l'agrément du panel est, en son genre, une façon de mage. Il raccourcit l'équation du suffrage et de la fange, mais c'est bien elle. Elle qui vire sans retard à la rocambole. Qu'un retraité ou puceau à roulettes épilent de son négatif. De ses ukases site et cliché.
Mais pour autant, est-on vraiment tirés d’auberge ?
Au loin, dépassée une foule d'îlots qu'on comprend pas comment ils trouvent encore la place, au loin d’autre rive donc, un aber fractal et ses maisons très à l'ancienne, identiques mais neuves, valant leur forme sur catalogue et on the web : mille friches et rochers, détails burinés spatule : un ocre sinago, les berges, deux, trois rocailles, une épave, je sais pas, abandonnée, vieux vélo oublié juste là, à fleur d'eau, une branche de pin mal boucanée mêlée d'ajoncs, une sterne qui plonge et crie puis ensuite reparaît bredouille, la poison de vase couverte d'algues changeantes et qui puent oui, sentent la paella, le fretin, le dégazage d'il y a peu, loin, en mer, de cargos battant pavillon n'importe où. De quoi bien s’emmêler dans les causes, pas ? Une fois biffés ces carillons.
Y'a que des mômes polymorphes et en cours de formatage, pour déconner près des vasières, séduits par ces fatras d'herbes sans balises et cette nature zéro couture. Méprisant on sait trop quel genre de mélasse domestique, avec quelque chose d'une rage brillant contre Dieu sait qui et pour Dieu sait quoi, un genre, presque, d'arrogance qu'aurait pas encore trouvé sa mesure, bref, quelque chose de ridiculement enfantin mais d'interdit.
C'est que ça me rabibocherait avec l'humanité de les voir bouriner là ces lardons dans la mangrove hauteur de pif n'était, soudain cabrée, la bonne police des familles et une voix, un ténor de père décrétant : «Galvane, viens là ! C'est sale ! Tout de suite !» Galvane ? On rêve ! et son autre, l’autre jolie blondine cadette, c'est Half-track, son nom, Junon, DRH-aux-Fées ?
Un père au look émissaire, parka ouverte sur l'étalage faux-cul d'une adolescence encore une fois mal délavée.
Donc cool.
Avec ça, le truc tartignole de par ici, l'absolu non aménageable, ça reste la hauteur du ciel, la moisson rase à tous les vents, quelque chose à voir avec ce qu'on ressent dans une cathédrale, cette élévation sous flèche proprement dite écrasante et ici, le vent comme là, l'orgue, remet à chacun sa place d'insecte au sol, bien soumis, hein, génufléchi tout à fait et attendrissant à force d'être temporaire.
Il pleut pas non, mais y a de la brume. Et l'ample je-m'en-foutisme de la brume, ça vaut toujours mieux. Du soleil pour vitrail frappe une arête, l'angle d'un mur tourne au bleu Klein et hop ! voilà l’épiphanie du granit, îlots dégagés moites croupes et autour, en guise d'eau salée, la vase hérissée de bulles mollusques et de poils d'algues increvables. Du vent toujours, histoire de bien décorner la Madone proche qui, pareille cette belle croix du chemin creusé – que ça date ! – au temps d'Angélus et Frusquin, n'intercède plus, hélas, pour quiconque.
Entre bancs et panneaux aérobics, on réclame, nous, citoyens équitables, du paysage sans dépaysement – tant on l'a aux miches, la trouille d'être dépaysés.
Pas un bosquet, un massif, pas une frondaison qui ne soit aligné cordeau ou inversement, conçu justement pour pas l'être. Que la scène soit dans la scène comme nuage au ciel est à rapprocher, codicille de notre lointaine époque bolchevita, de la ligne des ex «pays non alignés».
Un rêve oui, un cauchemar ravaudé entre de ravissants murets pierreux, des plants de végétaux à fleurs et d'éclairage en boules. Sécrétions pour «gagner plus», «Université d'été» ou «ouverture à gauche». Manque l'ode aux blés couchés sous la faucille. Manque l'orthographe ensuite du français, ici langue étrangère et ce mot donc, «balade», sous la plume du Conservatoire Littoral, s'imprime fatalement avec deux «l» tant est pieux l'épique vœu municipal, ou colossal, son illettrisme.
Quoique, et si la chose était volontaire ? Si que faire la teuf primait ? Plein de rires & de chouettes chansons ?
Ballade, c'est dit, brouillamini be-bop à faire peur au rappeur des marées basses, puis hautes, basses, comme si elle pouvait pas ce qu'elle veut la flotte depuis tous ces milliards d'années ! Mais au fait, interro : qui de vous sait encore nommer cet espace libre jusant d'une eau dans l'autre ? Ce pourrissoir jus de basse fosse entre la Pointe aux Émigrés et les premières moussées d'écume ? Cette laisse. C'est le bon terme. Cette laisse de haute mer sans l'autre sobriquet que requiert l'ossuaire.
Tels sont ces lieux.
Dirait-on pas rien de changé, ou peu, depuis la guerre des Gaules ?
Passons plus outre et revenons un peu au consensus. Consensus, un mot qu'a lui aussi sa cote branchée sur la bien-pensance du jour. Tous les galets sont hygiéniques, le Golfe décrotté karcher, rebelle garanti sans phosphate, OGM Patrol et même, discret, masqué de sauges, un petit coin «espace canin» où nos amis truffiers peuvent en toute spontanéité couler leur bronze. Hier, à Paris, titis pas avares de tactique, on disait : une sentinelle... Demain, étrons amassés, on fera le tri sélectif.
Quant au pissou…
Tout ça n'embobine pas grand monde ou ne sert qu'à dire qu'on le veut, ça : s'embobiner et même, la seule surprise, bien sûr, c’est qu’il n’y en a pas. Ou plus. Et qu’il faudrait bien de l’optimisme pour attendre que sur ces rives débarquent une cargaison d’immigrés du Zimbabwe, un vaisseau pirate à drapeau ou, nous sommes tout de même sur place, un navire chargé de valeurs et victime de ces naufrageurs qui crochaient leurs lampes tempêtes aux cornes mobiles d’une vache. .
Serait-y devenue, l’époque, un chouia plate ?
Un tantinet rhétorique ?
Après la récente marée noire de l'exquise Erika suivie d'une autre plus prestigieuse, celle-ci du Golfe est toute proprette, gentillette, mignarde, sans ces longues rigoles de mazout qui bouchonnent toujours de trop. La nôtre-là, faut reconnaître, l'Erika, soit pour mémoire, soit de conserve avec l'époque, c'était pas du pasteurisable à deux ronds ! On lui trouvait même un air de crime humanitaire et crapoteux quand, voyez, le Golfe lui, se voulant imaginer à la hauteur du grand jeu, bricole ses marées cool et fun inox pour de vrai ! Espaces Liberté pondérés de points rencontre ! De points de vue ! De nos santés ritournelles ! D'Arc Atlantique !
Tout le pays ainsi confituré anti-âge devant le clean ! Application loisible du Plan d'Occupation des Sols ! Pan ! Bureau d'études côtières ! Vlan !
Au marché de la mise en scène, mon gars, t'es cerné ! Rends-toi, que hèlent les parentèles inséminées par tant de vues panoramiques. Au bout d'un moment donné t'es tout bon pour la préfourrière, pour la communication nomade.com, histoire d'apprendre dans le crâne les mécanismes et l'adhésion d'office !
Pour mieux le dire, Toto, si tu vas à Vannes et son Golfe, oublie pas de filer tes rimes et cap sur la gadoue, la gadoue, bis repetita. Hors décision des décideurs soit, mais en bottes !
En forme et en capote.
Le bon vieux Populo d'avant, sa sueur noire & ses clopes maïs, dis, tu t'en souviens ?

C’était notre rubrique : Pieds vasouille mazoutée, étendard sans gland qu’est levé et, noir ou pas, bonjour à le macareux.

Rajout 18/11/07
Mais où sont les sillons de sueur ? Où les chevaux larges comme des haies, les femmes en coiffe, les haies vives ?
Ce qui se dénonce ici en sorte d’âpre désamour est bien la mise au pas d’une terre, d’un monde jamais programmé et toujours apte à la dérive, au rêve et aux claques du vent. Ça se nomme, si l’on en convient, des neiges d’antan trop tôt jetées en un sac en scène. Ça se regrette aussi.