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04/05/2009

Wrath ou les crétins de la colère



Vous me pardonnerez, je l'espère, après avoir écrit pareille note sur le meurtre d'Ilan Halimi par Youssouf Fofana, de m'accorder quelques secondes, pas plus, d'une récréation bien méritée.
Heureusement plus doué que notre poussif lombric dont absolument rien, et surtout pas, grands dieux non, le style, à peu près absent, de ses saillies convenues, ne nous permet d'affirmer qu'il y a quelque vipérine méchanceté dans ses insignifiantes bluettes, je vais diriger ma langue bifide vers l'un des plus illustres exemples d'impuissance (qui plus est électronique, d'une impuissance, donc, redoublée) de la Toile, Lise-Marie Jaillant surnommée, je n'ai toujours pas compris pourquoi, Wrath.


Comme cette jeune femme s'ennuie très visiblement et ne sait pas écrire, elle médit. Erreur. Médire doit être une véritable vocation. La méchanceté est un don. On peut en aiguiser, certes, les pointes de flèches, par un patient travail de lecture puis d'écriture mais, sans base génétique, l'acquis, même poli mille années durant, sera à peu près aussi émoussé que le style de Yann Moix.
Si la méchanceté est aussi tranchante que le silex, le style, lui, est un diamant pouvant entamer n'importe quelle surface, surtout la chair tendre d'un coucou dégénéré tombé d'un nid éditorial d'où l'ont poussé quelques frêles oisillons.
Erreur de débutante ou de parvenue (dans son idiolecte, elle écrit wannabe, ce qui nous prouve que Lise-Marie est parfaitement bilingue), que d'être méchante sans vouloir l'être !
Car, pour médire, mes chers lecteurs, il faut un style souverain. La méchanceté, et même la médisance ne souffrent point le style eunuque ou consanguin, le pissat tiède ou la cyprine à l'eau de violette.
Ma chère Lise-Marie Jaillant, permets-moi de te donner quelques lignes d'un cours bien évidemment gratuit, qui peut-être te feront monter un ou deux barreaux de l'échelle que tes courtes jambes ont bien du mal à gravir.
Vois ainsi l'imparable volonté d'assassiner leurs ennemis que montraient, presque toutes les fois où ils attaquaient, messieurs Charles Baudelaire, Jules Barbey d'Aurevilly, Léon Bloy, Georges Bernanos et, résidu approximatif de ces trois derniers, taureau domestiqué donc écouillé, le gladiateur de bac à sable Marc-Édouard Nabe. Ces noms te disent peut-être quelque chose ? Non ? Oui, je sais bien que tu ne peux guère les connaître puisque, sauf le dernier qui en est réduit à coller ses affichettes dans les murs des pissotières publiques, ces grands auteurs n'ont pas été publiés à compte d'auteur.
Vois, a contrario, le texte indigent que tu viens d'écrire lequel, essayant de régler ses comptes, n'est même pas suffisamment malin pour masquer son évidente mauvaise foi par des métaphores outrancières et outrageuses, des jeux de mots contondants et comprimant les chairs comme des poucettes, des épithètes blessantes et harassantes comme des dagues, de longues périodes brûlantes pratiquant la tactique éprouvée de la terre brûlée, des métaphores claquant comme des fouets crantés qui s'enfoncent profondément dans les chairs fragiles de pauvres innocents qu'il s'agira ainsi de torturer le plus longuement possible, en prenant soin qu'aucun des coups infligés ne soit mortel. Surtout, au moyen d'une cage en fer suspendue, il faut à tout prix insister sur le caractère public de la peine infligée à notre sorcière sans la moindre trace de science diabolique.
Petite leçon de critique littéraire donc, y compris à l'usage de la Toile : il va de soi que je n'éprouve aucune répugnance à m'attaquer aux personnes (sans toutefois rien dévoiler de leur vie privée) qui, à mes yeux, sont indissociables de leurs idées car «on n'a rien fait contre les opinions tant qu'on n'a pas attaqué les personnes» (1), selon une évidence toute maistrienne dans sa rigueur. Il va également de soi, au rebours de tous les imbéciles qui ne nous donnent, en relâchant leurs timides sphincters, que leur avis, que ma critique se veut jugement, puisque le terme grec kritikon est l'équivalent exact du latin iudicium, comme le grand Barbey le rappelait (2).
Chère Lise-Marie, n'hésite ainsi jamais à placer savamment quelque maigre didascalie expliquant ta démarche, peut-être même le sens invisible de la mise au pilori que, grâce à mes leçons dûment répétées, tu parviendras peut-être à réaliser toute seule dans quelques éons : tu sais, les lecteurs de la Toile, surtout les tiens si j'en juge par la nullité sidérale de leurs commentaires, ne se caractérisent pas vraiment par leur intelligence et il faut multiplier les souffleurs qui permettent aux idiots, vaille que vaille, de ne point recevoir des salves de tomates pourries sur la tête qui vite nous gâcheraient notre spectacle festif.
Je te cite, Wrath (la citation des textes, tu le sais peut-être si tu m'as déjà lu, étant l'une des armes les plus destructrices selon Kraus), Wrath dite Lise-Marie Jaillant, écrivain sans livre, auteur sans texte, bavarde sans langue, blogueuse sans relais autres que parfaitement risibles ou encore totalement inexistants avec le cas d'un certain François Martini (celui-là même qui a réalisé, en bravant sa peur, la copie d'écran illustrant ta note idiote, je le sais parce que tu l'as écrit toi-même, avant d'effacer cette peu discrète allusion), François Martini se disant auteur, quelque chose, je crois, comme un ectoplasme officiant sous plusieurs pseudonymes et crachant sa petite envie, mille fois recuite sous le néon chassieux des impuissants, d'être publié.
Je te cite donc, Lise-Marie, dans le passage le plus épique de ta philippique adressée à Gilles Cohen-Solal : «Pour vendre des livres de qualité, peut-être faudrait-il commencer par lire les manuscrits reçus. Et pas uniquement la dernière bouse d'Isabelle Alonso, dont le capital médiatique n'est plus à prouver.
Parce que quand Gilles Cohen-Solal parle de livres de qualité, je me marre. Jetez un coup d'œil au résumé de Fille de Rouge d'Isabelle Alonso pour vous faire votre propre avis.»
C'est tout ma petite puce ?
C'est absolument tout, oui, et on te devine, pauvre petite Lise-Marie, te frottant le front après un tel effort intellectuel, une telle attention consacrée au vocabulaire, toute contente d'avoir ainsi légèrement embué tes lunettes à gros verres.
Voyons ma chérie : comment veux-tu lire une bouse ? Es-tu augure ? Essaie plutôt, dans ce cas, pour t'exercer à ce difficile art divinatoire, les viscères des animaux, voire celles de Jérôme Leroy, si tant est qu'il en possède. Tu y liras le futur, forcément rouge sang pour notre petit Pirlouit de l'insurrection, qui cause beaucoup plus qu'il n'écrit dans le boudoir d'Élisabeth Lévy.
Je continue : le capital médiatique, quelle horrible expression, quel affreux usage de novlangue de journaliste. Laisse donc ces images hasardeuses, ces improbables catachrèses, aux critiques littéraires du Nouvel Obs. Toi, tu as beaucoup de retard dans tes cours et c'est bien pour cela que tu ne dois pas te soucier des cancres.
Laisse-moi poursuivre. Une jeune femme qui se marre, voilà qui est très vulgaire, donc laid. Une jeune femme, surtout si elle veut exceller dans le rôle de la salope (et donc exciter durablement les glandes des mâles alpha de la Meute virtuelle), doit esquisser un léger sourire, forcément féroce, du coin de ses lèvres impeccablement maquillées. Rien de plus, surtout pas se taper la barrique après une rasade de Kro dûment consacrée par un rot comminatoire.
Enfin, ta chute porte bien son nom. Comment veux-tu enfoncer un peu plus la dague que tu n'as même pas plantée dans le flanc de ton adversaire si tu demandes à tes lecteurs, à l'évidence de grands sensibles, d'appuyer, une fois qu'ils se seront fait leur avis, dessus ?
Non, non, non, tout cela est très maladroit et, si je n'avais pas une complexion qui décidément me porte à secourir les nécessiteux, je ne t'estimerais même pas digne d'être, même en cours du soir, mon élève à la cervelle aussi lente que celle d'un ruminant en train de mâcher très longuement sa plâtrée de pissenlits.
Dernière petite chose : tu as sans doute constaté que, jusqu'ici, je n'ai pas évoqué d'un seul mot le sujet de ta note. Je ne le ferai pas, n'ayant aucun goût pour les bluettes d'Isabelle Alonso que j'ai vue se déhancher sur des rythmes peu subtils lors d'une soirée d'anniversaire où je ne t'ai point croisée, Lise-Marie, à cause de tes cours du soir (à toutes fins utiles, je précise qu'il s'agit de techniques de rédaction émotive ou un truc dans le genre). J'avoue que cette vision, manquant diablement de rythme et de sensualité, a suffi à me décourager de lire ses livres éventuels...
Fin de ta leçon, la... Attends, je consulte mon carnet (de moleskine, cela va de soi), la 853e selon mon registre. Diable, tu ne progresses décidément pas vite, c'est le moins que l'on puisse dire...
Vous avez jeté, mes chers lecteurs, un seul œil sur la prose de Lise-Marie Jaillant et, j'en suis bien certain, vous vous êtes fait plus qu'une idée : un jugement. Et ce jugement condamne cette pauvrette à la peine la plus lourde : apprendre, avant d'écrire, à écrire.
Un auteur se juge en partie à la qualité de ses lecteurs. Lise-Marie Jaillant, elle, auteur inexistant et officiante électronique à peu près nulle, se juge entièrement par ses lecteurs, qui commentent, puisqu'ils n'ont rien d'autre à faire, les textes sans grâce (ni même pesanteur) de notre petite envieuse dont la dernière des attachées de presse aura oublié la milliseconde d'existence après lui avoir adressé un livre en SP.

Post-scriptum pour Lise-Marie Jailant.
Un lien, ma puce, vers tes devoirs de vacances. Travaille bien et n'oublie pas de m'adresser ta copie, je te rappelle que, depuis quelques années déjà, tes textes n'ont jamais eu la moyenne...

Notes
(1) Joseph de Maistre, Lettre à Guy de Place du 28 septembre 1818, in Œuvres complètes, t. XIV (édition Jean-Louis Darcel, Genève, Slatkine, 1993), p. 150.
(2) Voir François Goyet, Humilité de l'essai, in L'Essai : métamorphoses d'un genre, textes réunis et présentés par Pierre Glaudes (Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2002), p. 210.