Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Le Coup de l’escalier de Robert Wise, par Francis Moury | Page d'accueil | La chanson d'amour de Judas Iscariote, fragment »

13/09/2009

Petites branlettes entre amis (journalistes) : à propos de Gilles Cohen-Solal

Crédits photographiques : Bilal Hussein (Associated Press).

«Le cadavre trouvé dans une valise représente l'indispensable sensation sans laquelle, en une époque aussi bruyante, on ne découvre plus rien.»
Karl Kraus, Cette grande époque précédé d'un essai de Walter Benjamin (Petite Bibliothèque Rivages, 1990), p. 104.


Le cadavre trouvé dans une valise ? Pauvre Karl Kraus, la presse au goitre difforme a bien changé depuis l'époque où, seul, le polémiste autrichien levait si haut le flambeau de ton assassine ironie ! La presse moderne, ayant profité des évidents progrès de la technique, se contente désormais de la petite sphère approximative, roulée patiemment par le bousier et qu'elle décortiquera pour y chercher sa pitance dès que le martial insecte aura sa carapace tournée, l'affaire est moins glorieuse assurément.
Mais, autour du cadavre comme de la minuscule petite crotte, quelle foule de badauds attroupés, emmenés, sur les lieux où le pauvre assassiné, comme dans les mystères du Moyen Âge, se met à saigner à l'approche de ses meurtriers, par la Vulgarité guidant le peuple, Lise-Marie Jaillant, la pigiste absolue, si une telle horreur ontologique est concevable !
Il semblerait, si l'on prend au sérieux les dires d'un certain nombre de besogneux au style poussif comme, pour L'Express, Jérôme Dupuy, relayé par Sophie Gindensperger pour Arrêt sur images et donc l'inévitable poissonnière de la Toile, Wrath dite Lise-Marie Jaillant, l'une des plus stupides et vulgaires échotières dont il m'a été donné de survivre miraculeusement à la putride haleine capable d'indisposer un médecin légiste, Lise-Marie Jaillant dont l'unique fonds de commerce est l'exploration méthodique et acharnée, armée pour ce faire de son unique neurone, des boyaux de latrines les plus infects, il semblerait donc qu'un certain Gilles Cohen-Solal, clown notoire et, m'apprend-on, éditeur, se soit récemment couvert de ridicule.
Pensez donc : même le site de France 2 relate l'événement, tirant son chapeau, ou plutôt sa boîte de Pétri, aux experts en coproculture du Buzz littéraire !
Un ridicule et un grotesque, comme me l'a expliqué une personne ayant souhaité garder son paisible anonymat germanopratin, d'autant plus intéressants qu'ils ont frappé de plein fouet un homme, Gilles Cohen-Solal, se présentant lui-même, que dis-je, le répétant sur toutes les scènes où il officie, comme un cabotin expert en ruses et tactiques pubardes, alors que, d'ordinaire, la cible de cette extraordinaire émission (puisqu'il faut tout préciser, je suis évidemment ironique) qu'est Strip-Tease est le rural selon mon anonyme correspondant, autrement dit le gros plouc ou le beauf.
Ce correspondant étant un parisien attitré, vous me permettrez de traduire en bon français un mot qu'il a d'ailleurs souligné par des italiques dans son propre courriel, cela ne doit pas être un détail anodin...
Il semble aussi, à lire ces différents comptes rendus pas dignes de s'élever à la hauteur d'un article véritable, maigres rinçures glosant sur un non-événement (rendez-vous compte : tout le monde découvre que l'édition, ce n'est pas de la littérature, le ciel va donc nous tomber sur la tête ou Le Clézio écrire des livres dignes d'intérêt ? Non ! Non Non, vous n'y pensez pas tout de même !), il semble aussi que la blogosphère serait en émoi, absolument scandalisée par le franc-parler d'un éditeur ? Pardon ? En émoi ? Ah oui, vraiment, la Toile, plaisamment confondue avec quelques blogs et sites racoleurs, tous connus pour leurs probes et opiniâtres défense et illustration de la littérature, est littéralement vibrante de ces trois mots magiques, ténébreux comme une formule incantatoire capable d'agiter des armées de convulsionnaires et de pucelles possédées dont l'unique Urbain Grandier a pris les traits roublards de Gilles Cohen-Solal, Méphistophélès d'opérette ayant troqué contre un gros cigare la légendaire canne du diable boiteux, histoire d'épater les polissonnes du Café de Flore !
Deux choses, et deux choses seulement, me choquent très profondément dans cette émission (1) si peu fine qu'elle ne parvient même pas à montrer la fragilité et l'horrible banalité de tous ces personnages, paumés sans art et tiers-mondaines vendant leurs livres (de chair ?) pour une soupe à l'ail à La Closerie, petites phalènes vite éblouies s'agitant pathétiquement devant un saltimbanque fatigué de jouer son numéro, deux choses me choquent dans cette émission dont l'unique intérêt est de dévoiler la fosse à purin sur laquelle toutes les maisons d'édition, comme d'ailleurs n'importe quelle entreprise humaine si l'on s'avise d'en humer le fumet, sont fondées : d'abord, que George Yemi soit visiblement scandalisé par le fait que d'autres auteurs publiés par Gilles Cohen-Solal aient eu un à-valoir plus conséquent que le sien (voir : à partir de la 9e minute).
Ensuite, que notre désormais fameux Gilles Cohen-Solal trouve apparemment mignonne Max Monnehay ou Monnaie (pardon, je n'arrive jamais à orthographier correctement le patronyme de cette gamine ayant reçu, comme celle de sortir jusqu'à minuit, la permission d'écrire; voir notre émission, à partir de 18'40) alors que la beauté d'une femme est, bien évidemment, question de chair (celle de la peu séduisante Max est lestée de bourrelets peu affriolants, sans compter le fait que, comme un flan, cette jeune femme ne sait pas se tenir à table), à condition de concevoir le subtil plaisir érotique d'une chair qui se ferait le véhicule (petit ou grand, disent les mystiques dont Max est paraît-il une spécialiste) d'une intelligence, voire, tout simplement, de l'esprit, comme Maurice Merleau-Ponty l'enseigna un jour à de jeunes étudiantes, belles et laides d'ailleurs, mais parmi lesquelles ni Lise-Marie Jaillant ni Max Monnehay ne se trouvaient assurément.
De la chair, j'en vois beaucoup dans ces images aussi navrantes que laides et vulgaires, beaucoup trop, et qui n'a même pas l'avantage, à mes yeux, d'être tannée par les baumes délétères dans lesquels Claudius Ethal enrobait ses conquêtes.
De l'esprit, assurément aucun, sauf, peut-être, dans certaines ironies de Gilles Cohen-Solal, qui paraissent toutefois n'être comprises d'aucun de celles et ceux qui l'entourent.
Sans chair et sans esprit, sans une chair qui est la face visible d'un esprit qui n'est pas forcément celui d'une seule personne (appelons-la, l'auteur) mais celui, si le livre est grand, de tout un peuple voire de toute une race (ce mot fait horreur, employons-le avec plaisir), sans un esprit qui est chair incarnée de la réelle présence à quoi l'art se reconnaît immanquablement, sans ces deux réalités mystérieuses et souveraines, la littérature n'existe tout simplement pas.
Il y a tout de même une troisième chose que je me dois de faire remarquer, une paradoxale présence se donnant par ce qu'elle n'est pas (ou alors seulement dans la cervelle d'une petite idiote qui confondrait Amélie Nothomb avec un écrivain) dont les images de cette émission inepte se font les révélateurs : la littérature n'a que peu de choses en commun avec l'édition, si ce n'est une histoire vieille de quelques siècles seulement et dont les plus grands spécialistes, que dis-je, les plus célèbres augures comme François Bon capable de prédire l'avenir du livre en sondant le fond de son orangeade, nous annoncent la mort aussi certaine que prochaine (2).
Et encore, je me dois d'ajouter que ce dernier point n'est pas tout à fait exact, tant les lettres que tous les grands auteurs ont adressées à leurs éditeurs regorgent de récriminations plus ou moins amènes ! Disons simplement que la relation pour le moins complexe s'instaurant entre un éditeur et un auteur a aujourd'hui tendance à se distendre, à se fissurer sous le poids d'intérêts financiers considérables relayés par une presse plus ou moins aux ordres de ces derniers et qui entend bien rentrer dans ses sous.
Et si, à présent que nous avons réglé la question de ce soi-disant buzz estival agitant les petites antennes rétractables de nos éphémères virtuels, nous évoquions la littérature plutôt que les dernières improbables turgescences d'une presse sans cerveau ni âme, contrainte, pour exister, de lécher voluptueusement les frivoles émonctoires (un nouveau mot pour Lise-Marie Jaillant et Max Monnehay, assurément) qui composent le ban et l'arrière-ban de Saint-Germain-des-Prés ?
La littérature ? Ah non, pas tout à fait encore, cette vieille dame devra patienter puisque je viens de commencer Jan Karski de Yannick Haenel.

Note
(1) Émission dont voici l'intégralité pour celles et ceux, pauvres naïfs ou faux-culs constipés, qui croiraient que l'édition est un milieu au-dessus de tout soupçon.
(2) Pour relativiser quelque peu les talents de cet aruspice de foire qu'est François Bon, je rappelle que l'un de ses probables maîtres, Gérard Genette, s'interrogeait, en 1966, sur le devenir de la littérature dans un texte recueilli dans Figures I (Éditions du Seuil, coll. Points/Essais, 1976, écrivant p. 170 : «Le jour où le Livre aura cessé d'être un principal véhicule du Savoir, la littérature n'aura-t-elle pas encore changé de sens ? Peut-être vivons-nous simplement les derniers jours du Livre.»