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09/11/2009

Non Philippe, le 9 novembre, je suis pas libre, par Michel Hoëllard


Chic, enfin, un événement de chair et d’os ! Y a en effet vingt ans, bel âge, que l’hideux Mur du Berlin est chu sans qu’une petite goutte de sang ne perle sur le sol comme si l’Histoire, déjà bien affligée, rendait ses armes une bonne fois pour toutes. Et de nos jours, entre les frasques du vampire Polanski et le départ annoncé de la ravissante Rama Yade, nous tenons pour une fois du vrai de vrai solide ! Un mur ! Muraille entre les peuples ! De quoi ranimer nos cités, les enflammer de feux d’artifice ou même les équiper en murs polyester destructibles comme dans n’importe quel «chamboule-tout» de provinciale fête foraine. Accro-branches, mur on the web, roller équitable, devoir de mémoire, le grand jeu des rôles est ouvert à tous, intermittents pétitionnaires du spectacle inclus. Ce qui tombe bien, les temps sont durs et c’est pas le Non-Pôle Emploi qui va leur payer du Bourbon ! Il s’agit donc d’un événement net et sans bavure comme on n’en voit plus guère depuis long. Parfaitement vrai qu’il a eu lieu celui-là, qu’il tenait à la fois de la mauvaise clownerie factuelle et de la grande Histoire majuscule et que ça fait bien du regret au fond, quand on y songe un peu sérieusement. En direct dans nos télés, on l’a tous bien vu disparaître et même qu’il paraît qu’outre-Rhin certains citoyens dûment réunifiés regrettent aujourd’hui qu’on n’ait rien ou si peu, conservé de son ossature ni de la coupure par lui accomplie tout du long et qui limitait quand même assez confortablement notre joli monde occidental, ordinaire et marchand. Les Barbares nous guettaient de sur l’autre rive et, leur mur une fois concrètement en miettes, ils ont tous aussitôt disparu. Évaporés ! Comme disait un certain dûment nommé ci-dessous : «la question des événements étant une chose trop sérieuse pour être laissée au hasard» confions-la désormais aux entrepreneurs du même nom et gageons qu’avant demain matin la proposition d’une reconstruction partielle, pédagogique, plurielle, vaccinée contre le hasardeux novembre 89 et évidemment ludique verra le jour. Pédagogique je souligne, surtout quand (quelle horreur !) je parle ici d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent plus connaître. Mais bon, vue la déculturation en marche, on imagine aisément qu’il se souviendront d’un moment festif à l’état pur où ce que deux peuples s’embrassaient drôlement fort.
S’ils se souviennent de quelque chose !
Peut-être que cette promesse de reconstruction a déjà eu lieu d’ailleurs et moi, j’en ai pas écouté l’annonce à ma radio !
Mais à qui s’en plaindre : le Philippe Muray est parti bagotter jusqu’au ciel et sa trace nous gêne pour rire de tout.
Rions sous cape donc.
Chut.