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05/12/2009

Lise-Marie Jaillant, la mégère de la Toile

Crédits photographiques : Patrick Stollarz (AFP/Getty Images).

Je ne reconnais, à Wrath dite Lise-Marie Jaillant, aucun don, surtout pas celui de la polémique, le talent que, peut-être plus qu'aucun autre à notre époque de trouillards et d'assis, il convient de faire fructifier.
Lise-Marie Jaillant est une harpie sans griffes, une jeune femme envieuse et une écrinaine sans le moindre duvet de style comme elle est un auteur sans livre publié et une lectrice qui n'a rien lu, une blogueuse qui confond l'exercice de rédaction de textes avec une séance, parmi les douces fragrances d'un marché de Rungis tournant à plein régime, d'un concours de vente à la criée.
Dans la longue tradition d'écrits polémiques dont la littérature française s'honore à juste titre, c'est plus qu'une faute de goût, même impardonnable, c'est un suicide.
Lise-Marie Jaillant, la suicidée de la société virtuelle, pour paraphraser Artaud.
Cette note jouit donc d'un étrange statut puisqu'elle s'adresse à une personne qui, littéralement, n'a aucune espèce d'existence autre que physique, la moins intéressante finalement pour l'amateur de bibliothèques infinies. Cette ombre bavarde écrit comme elle cause, platement, vulgairement, avec quelques mots seulement qu'elle assemble tant bien que mal selon les conseils d'un manuel de français basique déniché sur le présentoir d'un magasin Auchan et n'existe pas parce que son verbe nanométrique serait bien incapable, si nous nous amusions à reproduire les expériences du Docteur Moreau, de donner une vie de quelques millièmes de seconde à une amibe.
Lise-Marie Jaillant est une âme errante qui croit que son style coupé à l'eau plate d'une bombonne de centre commercial lui donne une quelconque consistance, alors qu'il n'est rien de plus que la peau morte d'un petit animal lui-même crevé au pied d'une poubelle de laquelle il a fait une chute immense, aussi immense que son envie de fouiller les ordures.
C'est son envie qui a tué Lise-Marie Jaillant, comme c'est toujours par l'envie que les rongeurs les plus malpropres infestant les trous de notre planète succombent.
Du moins ceux-ci, dégoûtants (mais utiles) mammifères à l'intelligence proverbiale, ont-ils la sagesse d'avancer groupés.
Lise-Marie Jaillant, elle, est un petit animal nuisible apparemment privé de tout instinct de survie.
Une aberration, une chimère échappée pour une existence aussi fugitive que vaine d'un laboratoire où, têtes chauves brillantes de sueur reliées entre elles comme les anneaux visqueux de rats, quelques savants fous imaginent ce que sera la littérature de demain : participative, anodine, nous plongeant comme une partie de jeu vidéo en réseau dans le royaume des pixels, alors que la littérature véritable est plus réelle qu'une dalle de béton sur laquelle quelques petits rats noirs trottinent et glissent comiquement.
Tout juste peut-on trouver à cette jeune femme sans la moindre compétence, sans le moindre vernis d'intelligence et de culture littéraire, qui manie l'écriture avec une dextérité probablement inférieure à celle que sa main droite (un de ses amis m'a juré sur la Bible qu'elle ne possédait aucun pouce opposable, signe distinctif, on le sait, de l'hominisation) déploie pour utiliser une brosse à reluire, tout juste donc peut-on essayer de dénicher, sous quelques kilomètres granitiques d'une bêtise perpétuellement joyeuse, une veine de courage, à moins qu'il ne s'agisse d'une nouvelle manifestation de sa sidérante bêtise, maigre caractéristique qui suffit toutefois à distinguer cette frêle jeune femme de quelques planqués, des hommes pourtant, qui écrivent leurs rinçures sur la Toile en se croyant à l'abri d'une simple plainte déposée, en sifflant par une belle matinée ensoleillée, au commissariat ou à la gendarmerie les plus proches selon l'expression convenue.
Il en faut, de la bêtise ou bien du courage, pour se faire le colporteur de tels ragots et afficher une si criante méconnaissance non seulement des pratiques éditoriales (y compris bien sûr celles ayant cours dans les salles de rédaction) mais des textes de l'auteur, Dantec en l'occurrence, qui évoquent sans ambages cette question des aléas d'un manuscrit.
Selon Lise-Marie Jaillant, intrigante pythie de l'édition cumulative et du rewritting de masse, ratée notoire que nous sommes forcés de croire sur parole puisqu'elle n'appuie pas sa très minutieuse enquête sur des éléments, à défaut d'être irréfutables, convaincants, selon Wrath Maurice G. Dantec n'aurait pas écrit seul ses romans.
Le plus drôle ou consternant est que Lise-Marie Jaillant, qui n'avance aucune preuve de ses dires si ce n'est le courriel d'un mystérieux informateur* que l'on devine amateur de bonnes plaisanteries, ne semble même pas se rendre compte que sa note est tout simplement, en plus bien sûr d'être profondément ridicule, diffamante.
Bien évidemment, n'importe quel lecteur de l'auteur de Villa Vortex est en droit d'émettre, sur le style du romancier, les critiques les plus acerbes : je ne goûte point le style de Dantec, à de rares fulgurances près. Au moins ai-je écrit, pour appuyer mes dires, bien des articles qui développent mes critiques, tissent des parallèles entre les romans de Dantec et ceux d'autres écrivains.
J'ai même écrit un texte, paru dans la prestigieuse Revue des Deux Mondes, qui annonçait la future conversion de Dantec au christianisme, tant me semblait évidente la cohérence du parcours dont Villa Vortex gravait l'image comme au travers d'un miroir déformant.
J'ai beaucoup lu cet auteur, je l'ai défendu à l'époque où quelques sombres connards le traînaient dans la merde, le cul vissé sur leur siège de journalistes au rabais, jusqu'à ce que Gallimard, flanqué d'une armada de conseils, lui signifie que jamais il ne publierait un livre aussi méchamment polémique que l'était le troisième tome de son journal, j'ai dialogué avec lui, face à face ou séparés de quelques milliers de kilomètres, parce qu'il m'a semblé être un mélange diablement intéressant d'influences aussi diverses que surprenantes : Dantec est un creuset, un athanor duquel beaucoup de plomb est craché, mais aussi, parfois, quelques pépites.
Et ces pépites sont de la littérature, un mot que, visiblement, Lise-Marie Jaillant n'a jamais entendu prononcer durant ses cours accélérés d'apprentissage à la rédaction d'étiquettes pour tubes à essai.
Dantec n'est bien évidemment pas un styliste et personne ne lui demande d'ailleurs d'écrire comme Guy Dupré.
Dantec, en revanche, est un écrivain monstrueux, inné, instinctif, débordant, puissant, l'un des rares à être capable, du moins en France, avec Michel Houellebecq, Julien Capron, Éric Vuillard ou même Mathias Enard, de fulgurances, aussi puissantes qu'éphémères, à la mesure même de ses échecs romanesques, comme nous le montre Villa Vortex dont une suite est annoncée.
Puisqu'elle semble être friande d'informations de première main, je vais d'ailleurs apprendre quelque chose à notre échotière de la Toile, jamais aussi visiblement à l'aise que lorsqu'elle croit avoir déniché un os de diplodocus alors qu'il ne s'agit que d'une carcasse de chien surinfectée, dont même les rats consanguins s'éloignent prudemment grâce à leur odorat remarquable : David Kersan, l'agent de Dantec, m'avait confié quelques mois avant sa parution chez Albin Michel le manuscrit du troisième tome de son fameux journal polémique.
Lorsque je l'ai tenu en main, j'ai constaté qu'un autre lecteur, paraît-il très au fait de son métier, y avait porté un certain nombre de corrections, tant orthographiques que formelles.
Quelques-unes de ces notations étaient excellentes, d'autres brisaient le flux de ce long dérèglement des sens qui peut symboliser je crois l'entreprise d'écriture de Dantec, singulièrement celle de ses trois tomes de journal.
J'avais alors carte blanche pour laisser sur cette épaisse liasse de feuilles toutes les suggestions, critiques et corrections que j'estimais nécessaires et ne m'en suis point privé.
C'est ainsi que j'ai corrigé beaucoup de fautes, rétabli quelques passages qui avaient été supprimés par mon prestigieux collègue qui avait exercé la haute (et invisible) magistrature de la relecture d'un livre, évité quelques facilités et, selon toute probabilité, oublié de corriger des coquilles.
D'autres lecteurs, du reste, ont peut-être tenu entre leurs mains, après moi, le manuscrit que j'avais lu et amendé.
Évoquant ce point dont je n'ai jamais fait la moindre publicité, je songe tout à coup à notre chère vivandière : si Lise-Marie avait tenu ce précieux document, le manuscrit de Dantec, sous son petit regard de rongeur aussi affamé qu'impuissant, je ne doute pas qu'elle serait allée monnayer au plus offrant ses bonnes pages.

* J'eus le mien, aussi, qui me livra entre autres informations on le devine ultra-secrètes les prénom et nom de celui qui se cachait sous l'identité d'une piètre vipère littéraire qui se noya dans son propre venin coupé à l'eau de rose.