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23/02/2010

Le Mal n'existe pas, par Maxime Zjelinski


Depuis quelques années maintenant je m'interroge sur l'idée largement répandue que la loi du marché ne doit pas être celle des cœurs. À proprement parler, cette idée n'en est pas vraiment une, il s'agirait plutôt d'une rébellion instinctive du bon sens : si les hommes se voyaient les uns les autres comme des marchandises et appliquaient entre eux le principe de concurrence réglant les choix du consommateur, la société deviendrait invivable, nous ne serions plus que des objets les uns pour les autres.
Cette position éthique donne lieu à une distinction radicale entre le marché économique d'une part (biens, services, monnaie, travail, etc.) et ce qu'au prix d'un abus de langage on appellera le marché humain. On estime grosso modo que nul critère soi-disant supérieur de justice sociale ne peut se substituer aux lois du premier marché sans entraîner ces effets pervers bien connus que sont le chômage, l'inflation, l'assistanat, l'exploitation, et autres. Inversement, la société aurait tort de s'appliquer à elle-même les règles du marché sous prétexte d'augmenter la satisfaction de ses membres, puisque ce faisant elle assécherait les liens entre les personnes. Il n'y a guère que les fanatiques de Mandeville, partisans d'une lecture maximaliste de la Fable des abeilles, pour mettre en doute les conséquences néfastes d'une telle confusion entre l'homme et la marchandise.
Notre quotidien milite d'innombrables manières pour la défense du tissu social contre une application trop stricte des principes du libéralisme classique. L'égoïsme ordinaire n'est pas le moindre de ces vices retenus à charge contre la légitimation de l'intérêt au sein de la société. Si, recherchant le plaisir à tout prix, nous nous considérions tous comme des moyens de l'obtenir, c'en serait fait de la civilisation, nous régresserions au niveau des bêtes, qui se dévorent les unes les autres. Notre vision du monde est imprégnée de cette conviction que la société, pour fonctionner, doit se composer de personnes désintéressées jusqu'à l'abnégation.
Dans les faits, cette philosophie se traduit par une hypocrisie d'autant plus critiquable qu'elle invoque, sans toujours s'en rendre compte, la noblesse des principes chrétiens. L'esprit de l'évangile — pardonner, ne pas contraindre, tendre l'autre joue — flatte une certaine conception de la grandeur, assimilant la recherche de l'intérêt à une forme d'avarice.
Cette éthique au rabais, prétendument indifférente au profit, dissimule en vérité l'égoïsme le plus recherché que l'on puisse imaginer. Car si les moralistes nous ont formés à rechercher partout l'intérêt et la pensée de derrière qui motive les actes apparemment les plus vertueux, on n'a pas assez mis en garde contre une alliance possible entre l'égoïsme et la patience chrétienne.
Comprendre la nocivité de cette étrange combinaison requiert un effort de réflexion. Il faut s'attendre à ce que, l'homme étant ce qu'il est, la douceur des uns excite l'appétit des autres. De sorte que, stimulé par la générosité d'une partie de la société, l'autre se hâte d'en profiter. Ainsi, il y a toujours et partout le risque qu'à la libéralité réponde la rapacité. En d'autres termes on prend le risque, en étant bon, de subir un mal, dans la mesure où par la faute d'autrui, ce qui devait être un échange se transforme en don gratuit, donc en perte nette.
Et bien sûr on ne peut guère compter sur une conversion soudaine du loup à la religion de l'agneau. Ce que Montesquieu disait du pouvoir, et La Boétie de la servitude, s'applique de même à l'intérêt : pour que je cesse d'exploiter mon prochain, il doit cesser de m'en donner la possibilité. Or, notre agneau n'a aucune raison sérieuse de court-circuiter cette logique malsaine.
Est-ce à dire qu'il est désintéressé ? Nullement, et c'est là tout le génie de ce mariage blanc entre le vice et la vertu. La patience du doux n'a la plupart du temps rien à voir avec la sainteté. Nul besoin de se référer aux Écritures pour comprendre cette douceur infinie. L'explication est beaucoup plus triviale : on s'intéresse plus à la souffrance provoquée par l'injustice, qu'à l'injustice elle-même.
Cette préférence pour l'immédiat n'a en soi rien d'étonnant. Pour la plupart des gens, l'expérience du mal est une expérience individuelle. Le reste de la société est une abstraction. Personne, sauf peut-être ces minorités qui font de leur lutte celle de l'humanité toute entière, ne croit sérieusement que son problème est aussi celui de la société. Tout simplement parce que personne ne fait le lien entre le mal qu'il subit aujourd'hui et celui qu'il a laissé s'enfuir la veille. Que l'auteur du méfait ait pu se sentir encouragé par la colère sans suite de ses précédentes victimes n'est évident pour personne.
Il est normal, dans ces conditions, que la victime se soucie plus de passer l'éponge que d'obtenir réparation. Ce désintérêt pour la justice s'explique parfois par l'intensité de la souffrance, le plus souvent par l'hédonisme : la sensation d'échec est si désagréable que l'on veut s'en débarrasser au plus vite, de n'importe quelle manière, pour de nouveau profiter de la vie. On se vante alors, l'air vaillant, d'être passé à autre chose, et même de plaindre la personne qui pour s'être si mal comportée doit être bien triste. Une façon comme une autre d'abolir l'insupportable frontière entre le fauve et le gibier. Et surtout, le moyen le plus sûr de nier l'existence du Mal.
Car c'est bien le Mal qui pose problème aujourd'hui. Les sociologues sont formels : ça n'existe pas. Judas manquait d'argent. Le Mal donc n'existe pas, mais la vulnérabilité au Mal, elle, existe. Et pour cette raison on ne manque jamais l'occasion de rendre la victime responsable de son malheur, puisque rien ne l'empêchait de s'en arracher (sauf si bien sûr elle appartient à une de ces catégories sociales, ethniques ou religieuses éternellement victimes). Ainsi, il n'y a que deux choses à faire : se sauver — si le mal n'est pas déjà fait — ou tourner la page. De A à Z, la personne est seule avec elle-même, et à aucun moment on ne s'inquiète du fait que l'entreprise du Mal ne présentant aucun risque pour celui qui s'y livre, d'autres personnes en feront immanquablement les frais. Le Mal n'existe pas, ceux qui l'ont aperçu doivent se taire ou oublier.
Et puisque le Mal n'existe pas, parler de justice et d'injustice n'a plus de sens. On n'exige rien d'une apparition, d'un spectre, d'une illusion d'optique. Le seul fait de vouloir réparer une injustice est perçu comme un désir de vengeance. Or on fait, dès la plus tendre enfance, la distinction entre la vengeance, au bénéfice du seul individu, et la justice, qui intéresse la Cité dans son ensemble.
Ainsi, ceux pour qui la Justice avec majuscule prime sur la vengeance avec minuscule confient à une autorité supérieure le soin d'en définir le contenu pour le bien de tous. La justice des hommes, dit le sage, n'est pas la justice de Dieu. Et la vengeance, en règle générale, est contraire à l'esprit de justice, puisqu'en recherchent son intérêt, l'individu néglige celui de la société.
Ce point de vue, on s'en doute, a peu de chances de convaincre un libéral. L'intérêt individuel en effet, sans se confondre avec celui de la collectivité, ne lui est pas non plus contraire. Nulle part on n'a vu des hommes former une société sur la seule base de l'intérêt individuel. Toujours une variable supplémentaire et passablement irrationnelle entre en jeu dans les relations sociales. Mais tout de même, nulle part on n'a vu tenir debout une société composée d'hommes ignorant leur propre intérêt et poussant la sagesse, ou plutôt le vice, jusqu'à tolérer la pire iniquité.
Ainsi faut-il considérer qu'en se souciant de son intérêt, l'individu fait plus de bien à la collectivité qu'en ne s'en souciant pas. Si bien que la vengeance, bien qu'insuffisamment proche de la Justice, en demeure la condition nécessaire. Car si je ne fais pas payer personnellement, à celui qui m'a fait du tort, ce que la loi autorise par retenue plus que par complaisance, les éléments nuisibles de la société n'ont aucun intérêt à changer de comportement, et la société elle-même n'a aucune chance de s'améliorer.
Il faut avoir foi en la loi pour juger cette conclusion excessive. C'est qu'à côté des lois écrites, qui par souci d'efficacité s'interdisent de voir au-delà des crimes et délits les moins contestables, il existe des lois non-écrites qu'il incombe à chacun de faire respecter. Mépriser ces lois au motif que les temps changent, que tout le monde fait des erreurs, ou encore que la société se régule d'elle-même, c'est placer une confiance excessive dans une idée abstraite, puisque l'existence d'une société dépend des personnes qui la composent, et c'est précisément parce que ces personnes savent reconnaître une injustice que l'on peut dire de la société qu'elle se gouverne elle-même.
Cela étant dit, la question se pose au libéral de savoir ce que vaut la liberté si l'individu se voit interdire par la théorie de définir son propre intérêt. Après tout, que signifie le laissez-faire si l'on précise : mais pas comme ça ? Sur le marché humain, on a vu que l'individu ne recherchait pas forcément son intérêt, mais l'ombre de son intérêt. De même, sur le marché du travail, on sait qu'un employeur choisissant ses candidats pour d'autres raisons que leurs compétences mutile son propre intérêt en passant peut-être à côté d'une formidable opportunité. En d'autres termes, l'intérêt réel, par opposition à l'intérêt perçu, a-t-il la possibilité de se défendre contre une interprétation erronée ?
Concernant le marché du travail, il est raisonnable de penser que l'employeur n'a de toute façon pas intérêt à faire trop de mauvais choix. Sa marge d'erreur n'est pas infinie, elle dépend du chiffre réalisé par l'entreprise. La recherche du profit a donc une valeur contraignante. Économiquement, préférer à son intérêt réel un intérêt subjectif est, à terme, une stratégie suicidaire pour l'entreprise.
Il n'y a rien de tel sur le marché humain, où l'on survit toujours à son propre masochisme. L'intérêt ne s'impose pas de lui-même. Rien n'oblige qui que ce soit à se sentir lésé et à demander réparation, s'il préfère oublier ou pardonner. Et rien n'oblige par conséquent à condamner l'absurdité du free riding. Le sens de la dignité est inégalement répandu, ce n'est pas nouveau.
Ce qui, en revanche, est un phénomène peut-être plus récent qu'on ne le croit, c'est la fausse éthique accompagnant ce comportement. Les rats en effet ont toujours existé, mais ils ne se sont pas toujours pris pour des lions. La richesse des pauvres n'est plus une consolation, mais un alibi.
Qu'à l'éloge du pardon chrétien ou de la constance du sage s'ajoute la condamnation morale de la vengeance, la défiance des initiatives individuelles et le culte de l'État-providence, cela n'a rien d'anodin. Pierre Rosanvallon liait le dépérissement de la société civile au poids excessif de l'État-providence : faut-il expliquer le détournement de l'éthique chrétienne et la banalisation du masochisme par la confiance irraisonnée de la société dans l'État et le repli égoïste sur sa vie privée ?

Commentaires

Excellent texte.
On ajoutera que l'individualisme bien senti ne peut s'exercer pleinement que s'il permet l'individualisme d'autrui. C'est ainsi que l'on peut former une société...
Il est par ailleurs dommageable de toujours associer à la marchandise (sans compter ce grotesque: marchandisation) une dimension négative, dépréciative. Il y a d'excellentes et essentielles marchandises (ne seraient ce que les livres) qui ne sont devenues disponibles que grâce à la marchandisation. Alors l'homme et le coeur comme marchandises? Pourquoi pas, à condition d'être payés à leurs justes prix. Chaque homme et chaque coeur veut être payé de retour, que ce soit d'argent, de sentiments, de reconnaissance. Cessons l'hypocrisie, il y a un marché de l'homme et des coeurs, rien n'empêche qu'il soit noble. Il faut l'avouer, cette dépréciation à tous crins de la marchandise, sous son masque généreux, n'est que haine du capitalisme libéral, que ressentiment et désir de prise de pouvoir idéologique. Cordialement

Écrit par : Thierry Guinhut | 23/02/2010

Je crois que vous avez bien saisi où je voulais en venir : "Nulle part on n'a vu des hommes former une société sur la seule base de l'intérêt individuel. Toujours une variable supplémentaire et passablement irrationnelle entre en jeu dans les relations sociales. Mais tout de même, nulle part on n'a vu tenir debout une société composée d'hommes ignorant leur propre intérêt et poussant la sagesse, ou plutôt le vice, jusqu'à tolérer la pire iniquité." Beaucoup de gens ont tendance à présenter le principe de l'offre et de la demande ou bien comme un obstacle au bien commun, ou bien au contraire comme une garantie ; quant à moi je n'y vois qu'une condition certes insuffisante mais assurément nécessaire. Et c'est, je pense, sur ce point précis que vous me rejoignez.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 23/02/2010

Texte suggestif, intéressant qui nous place au coeur du problème politique actuel : l'ignominie de la Goldman Sachs spéculant contre l'Europe, sur la ruine possible d'un fragment de l'Europe, provoqué à l'origine par la ruine financière américaine que Goldman Sachs et ses consoeurs ont contribué à provoquer par leur appétit insatiable de profit et leur mépris souverain de l'intérêt général et social le plus élémentaire : Goldman Sachs dévorant le résultat de sa semence immonde avec l'aval des lois et des règlements, sans souci des Etats, du bien public, de la morale, Goldman Sachs symbole le plus vil de l'argent le plus vil actuel, ressentiment national et européen et mondial des peuples contre ce pouvoir de l'argent le plus vil !

Mais texte qui me semble confondre continuellement des plans et des niveaux de réalité qui devraient demeurer séparés. Son attrait provient de votre spinozisme qui énonce une généalogie de la morale économique et sociale qui me semble inexacte.

Relisez par exemple, Auguste Comte, "Discours sur l'ensemble du positivisme", § 64 "Théorie positive de la propriété" (1848).

Vous y verrez que le fondateur de la sociologie (50 ans avant que Durkheim ne popularise réellement le terme) critique l'économie politique pour des raisons autant morales que sociales. Et les raisons de ces critiques vous intéresseront beaucoup, à mon avis.

D'où tenez-vous en outre que le mal n'existe pas pour un sociologue ? Pourquoi dans ce cas Durkheim aurait-il écrit "L'Education morale" ? Pourquoi Lévy-Bruhl aurait-il écrit "La Morale et la science des moeurs" ? J'en passe et des plus connus, d'antérieurs et de postérieurs. Ce n'est pas parce que Durkheim décrète que les faits sociaux doivent être traités comme des choses que la morale n'existe pas pour Durkheim, et que les sociologues ne doivent pas tenir compte de la morale. Voir Max Scheler, par exemple qui étudie les notions morales aussi en sociologue : il est vrai que Scheler est disciple de Nietzsche et que Nietzsche méprisaient l'économie politique, en penseur rigoureux. Je crois que vous trouverez dans "Le Gai savoir" de savoureuses remarques sur l'économie politique classique du XVIIIe siècle.

Autre problème soulevé par votre texte décidément, comme je l'ai dit, assez riche et suggestif, aux enjeux importants et qui méritent que je vous mette à la torture par le dialogue et la critique quelques instants, n'est-ce pas ? Vous négligee de facto - la passant sous silence - l'économie politique catholique, les diverses doctrines économiques et sociales des Pères de l'Eglise, de l'antiquité à nos jours. Vous opposez sommairement une éthique catholique à un rationalisme économique "per se". Or la pensée catholique économique et sociale existe. "La Fable des abeilles" date de 1704 : il est bien de la connaître, mais vous savez comme moi que le problème du mal dans la philosophie sociale - donc son rapport à l'économie : les deux éléments sont liés constamment en philosophie politique, de Platon à Marx - ne date pas du XVIIIe siècle. Platon s'en préoccupait déjà au Ve siècle avant J.-C.

Autre problème que soulève votre texte d'un point de vue autant moral que psychologique et que sociologique : quelle différence établissez-vous entre un intérêt perçu et un intérêt réel ? Relisez là-dessus Platon, La Rochefoucauld, Nietzsche, Freud et quelques autres : il n'est pas certain qu'il y ait une différence... et disons qu'à tout le moins, les différencier ne va pas de soi. Les identifier non plus mais... bref.

Autre problème : le détournement économique de la notion de don vers celle de "perte sèche". Deux plans différents que vous confondez à nouveau en une phrase, produisant un heurt suggestif mais illogique. Le don est un phénomène para ou supra-économique, probablement anté-économique au sens où l'entend l'économie politique moderne : vous avez lu Mauss ("Essai sur le don") et Bataille ("La Part maudite") sur ces questions n'est-ce pas ?

Bien d'autres choses encore mais contentons-nous de celles-ci qui posent déjà pas mal de problème.

Enfin votre conclusion : bien écrite mais ambivalente et un peu gênante, comme une partie du texte. Finalement, dites-moi : préférez-vous un capitalisme pur bien qu'immoral ou un capitalisme encadré et régulé par la morale, la loi, l'altruisme, l'intérêt général, donc l'Etat ?

Vous allez peut-être me reprocher de rompre le charme de ce que vous avez uni avec soin, en respectant un délicat équilibre paragraphe après paragraphe mais je vous avoue que cet équilibre me semble un peu artificiel, peut-être même... vicieux.

Encore une fois, il me semble que vous êtes spinoziste et si me lisez, vous savez que je me méfie du spinozisme...

Écrit par : francis moury | 24/02/2010

Merveilleux ! Je viens de me découvrir un point commun avec Moury en ce qui concerne le don.

Monsieur Zjelinski.
Il me semble que vous devriez réduire les chrétiens aux catholiques, les protestants n'ayant aucun problème avec la notion de profit ou celle de libéralisme, pour preuve les États-unis, la Grande-Bretagne, les Flandres fut un temps, l'Afrique du Sud...
Finalement, les libertariens, à la lumière de votre article, ne tendent-ils pas vers une société qui existe déjà ? Le rejet de l'état, la recherche de l'intéret personnel qui participe au bien-etre de la société, la vengeance, N'est-ce pas la mafia que vous évoquez ?

Bien à vous.
Thierry

Écrit par : Thierry Benquey | 24/02/2010

Ce bel équilibre vous semblera d'autant plus vicieux que vous y croirez déceler un esprit de système. Vous me voyez peut-être comme un bonhomme un peu sournois qui pour faire accepter l'inacceptable doit d'abord perdre ses lecteurs. Si c'est le cas, vous me surestimez.

Vous m'accusez fort courtoisement de "confondre continuellement des plans et des niveaux de réalité qui devraient demeurer séparés". Sachez que je ne les confonds pas mais les confronte seulement. Si je devais reformuler ce passage de mon texte ("Nulle part on n'a vu des hommes...") dont j'ai fait ma réponse au commentaire élogieux de Thierry Guinhut, je le reformulerais ainsi : "Nulle part on a vu que deux niveaux de réalité séparés pouvaient se confondre et produire quelque chose de cohérent. Mais que je sache, ces niveaux de réalité ne peuvent s'ignorer et se contredire sous prétexte d'être séparés".

La différence entre intérêt perçu et intérêt réel présuppose une hiérarchie des intérêts. Si aujourd'hui je veux faire autre chose que ce que je peux, il se peut que demain je ne puisse plus faire ce que je veux (c'est ainsi, je crois, qu'Augustin définit l'Enfer ou ce qui s'en rapproche). Bien entendu on ne peut appliquer bêtement les règles de l'actualisation et de la capitalisation : les humeurs, les passions, les affects et les sentiments ne sont pas des placements. Mais vous voyez très bien où je veux en venir. On ne peut sérieusement associer l'intérêt perçu au court terme et l'intérêt réel au long terme. Après tout mon intérêt réel, dans certaines circonstances, peut être de faire quelque chose que réprouvent la morale de l'épargnant et l'éthique de l'ascète.

Au sujet du don, il me parait évident que l'agneau ne peut, par sa générosité, lier qu'un autre agneau. Le loup ne lit pas Mauss et ne sait pas écrire "potlatch", mais il est très content de savoir que ça existe. Au passage, remplacez "potlatch" par "droit international" et vous obtenez la nécrologie du XXème siècle.

Pour ce qui du Mal et de son inexistence supposée, il me paraît évident qu'expliquer le Mal contribue à en nier l'existence. Beaucoup de gens hésitent à condamner un mal qu'ils sont parvenus à comprendre. L'explication du Mal par l'influence du milieu sera maniée différemment selon qu'on préfère dédouaner les gros ou les petits, les riches ou les pauvres, les patrons ou les employés, etc. C'est qu'il faut de l'honnêteté morale pour condamner ceux qu'amnistie la loi des causes et des effets. Les sociologues ont beau s'en défendre, dans la pratique ils s'efforcent de relativiser le Mal. Comprendre console et donne l'illusion qu'il n'y a que de faux problèmes, de faux conflits résultant d'une configuration sociale, psychologique, culturelle déséquilibrée qu'il suffira de rééquilibrer.

Qu'est-ce donc que le Mal ? Je crois que c'est la propension naturelle à exploiter la vulnérabilité d'autrui, vulnérabilité causée par son optimisme, sa naïveté, son mauvais jugement, etc. Dès la première année les étudiants en Droit apprennent que la loi sert à protéger les faibles contre les forts. Dès la première année les étudiants en sociologie apprennent à dénaturaliser les phénomènes qu'ils croyaient évidents. De quoi croyez-vous qu'ils parlent, tous ces étudiants en droit et en sociologie, quand ils se retrouvent après les cours ? Des grands patrons "conditionnés" depuis leur naissance et contraints de licencier à tour de bras ? Les gens se font du Mal une certaine idée qui précisément en diminue l'importance.

Car le Mal est partout. Pas dans la matière, pas chez telle ou telle catégorie sociale en particulier : partout. Croit-on qu'il suffirait d'une redistribution pour l'éradiquer ? Le sociologue le sous-entend; le marxiste l'affirme; le voyou l'aboie. Et si à nouveau vous me demandez ce qui me fait dire que le sociologue le sous-entend, je vous répondrai qu'écrire sur la morale, ce n'est pas reconnaître l'existence du Mal si on ne réfléchit pas en même temps aux moyens dont dispose la morale pour se préserver.

Si je prenais le loup au sérieux, je conseillerai à l'agneau de se faire tailler les dents en pointe.

Cordialement

Écrit par : Maxime Zjelinski | 24/02/2010

Une petite remarque sur la forme : le texte de Maxime Zjelinski est rare notamment parce que l'auteur chemine avec sûreté et aisance dans des sentiers à la fois encombrés de passants et très mal débroussaillés. Il parvient à une certaine hauteur de vue et cela dans un langage absolument remarquable. Il pense. Il écrit. Quoi de plus simple ? Quoi de plus rare ! Je regrette beaucoup la réaction de F. Moury qui commente ce texte par un catalogue de livres et d'auteurs. Avez-vous lu ceci, cela, et encore ceci ? Mais peu importe, M. Moury, Maxime Zjelinski ne passe pas un examen de bibliothécaire. Quant à Spinoza, cela m'intéresserait d'en connaître l'interprétation de M. Moury afin de pouvoir ainsi juger si M. Zjelinski commet bien le péché de spinozime. Je suis désolée, moi qui n'écris presque jamais de commentaire, d'en faire un sur la forme, mais le "Mal n'existe pas" est un texte magnifique et pas un catalogue de "bons" ou de mauvais énoncés. Si "le mal n'existe pas", c'est notamment parce qu'il n'y a plus assez d'auteurs, mais pléthore de catalogueurs. Cette remarque ne vise absolument pas des textes intéressants de F. Moury que j'ai eu l'occasion de lire sur ce site. Mais alors pourquoi commet-il ce commentaire où il fait l'erreur dans laquelle je tombe moi-même : répondre sur la forme ?

Écrit par : Thérèse Sepulchre | 24/02/2010

Textes et réflexions passionnants. Je me permets ici de citer quelques phrases extraites d'un ouvrage de Jean Baudrillard, " Le Pacte de Lucidité ou L'Intelligence du Mal".

Le Bien est transparent: on voit à travers.
Le Mal, lui, transparaît: c'est lui qu'on voit à travers." (...)

(...) sous l'hégémonie du Bien, tout va simultanément de miuex en mieux et de pire en pire: plus d'enfer, plus de damnation. Tout tombe sous le coup de la rédemption. Dès lors, le Bien et le Mal, qui étaient encore des puissances adverses, mais liées l'une à l'autre dans la transcendance, seront dissociées en vue d'une réalisation définitive du monde sous le signe du bonheur.
En fait, cette idée du bonheur n'a plus qu'un lointain rapport avec le Bien. Car si celui-ci est d'essence morale, le bonheur, lui, la performance du bonheur, est d'essence parfaitement immorale.
D'une telle évangélisation relèvent tous les signes manifestes du bien-être et de l'accomplissement que nous offre une civilisation paradisiaque soumise au onzième commandement, celui qui efface tous les autres:" Sois heureux, et donne tous les signes du bonheur!" (...)
C'est le destin promis à notre entreprise démocratique: elle est pourrie dans l'oeuf par l'oubli de la discrimination nécessaire, par l'omission du Mal. (...)
Dans ce monde étrange où tout est virtuellement disponible - le corps, le sexe, l'espace, l'argent, le plaisir - à prendre ou à rejeter en bloc, tout est là, rien n'a disparu physiquement, mais tout a disparu métaphysiquement. (...)
Jadis, ce qui vous frappait était votre destin, votre fatum personnel. On n'y cherchait pas quelque cause "objective" ou quelque circonstance atténuante, ce qui revient à dire que nous ne sommes pour rien dans ce qui nous arrive. Il y a là quelque chose d'humiliant.
L'intelligence du Mal commence avec l'hypothèse que nos malheurs nous viennent d'un malin génie qui nous est propre.
Soyons dignes de notre "perversité", de notre malin génie, soyons à la hauteur de notre implication tragique dans ce qui nous arrive ( y compris le bonheur).
En un mot, ne soyons pas des imbéciles. Car l'imbécibillité au sens littéral est dans la référence superficielle au malheur et dans l'exemption du Mal.
C'est ainsi qu'on fait des victimes elles-mêmes des imbéciles, en les confinant dans leur condition victimale. Et par la compassionqu'onleur témoigne, on leur fait en quelque sorte une publicité mensongère.
On ne tient pas compte de ce qu'il peut y avoir là, dans le sida, dans la drogue, dans la souffrance et l'aliénation, dans la servitude volontaire, de choix et de défi, de complicité avec soi-même, de rapport provocateur au Mal, inconscient ou quasi délibéré, dans ce passage à l'acte dans la zone fatale.(...)

Ainsi, partout la compréhension du malheur est substituée à l'intelligence du Mal. Or, celle-ci, à l'inverse de la première, repose sur le refus de la présomption d'innocence.
Nous sommes tous au contraire des coupables présomptifs - mais pas responsables. Car nous n'avons pas en dernière instance à répondre de nous-mêmes ( cela supposerait que nous soyons investis de tout pouvoir sur nous-mêmes, ce qui est une illusion subjective) - ça, c'est l'affaire du destin ou de la divinité.

Baudrillard cite également Montaigne: " Si on supprimait le mal en l'homme, on détruirait les conditions fondamentales de la vie." Bien à vous. Merci encore à vous, cher Juan, ainsi qu'à tous ceux qui nous font part de leurs réflexions et de leurs lectures.

Écrit par : DANIEL DIENNE | 24/02/2010

À Thierry Benquey

1°/ Ce n'est pas un texte sur la christianisme, mais sur la récupération, consciente ou inconsciente, de l'esprit de l'évangile par des gens qui ne se soucient que d'éviter de souffrir.
2°/ En pratique les libertariens - qui ne m'aiment pas beaucoup - tendent plutôt vers l'absence de société, puisqu'ils s'imaginent que l'individu n'est libre que dans l'opposition à la société. Les collectivistes pensent que c'est l'inverse.
3°/ Par définition l'organisation mafieuse (pouvoir central, monopole de la violence légitime par "la famille" et soumission de la société aux objectifs fixés par celle-ci) est plus proche de l'étatisme que du libéralisme.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 24/02/2010

Je trouve qu'il est vraiment bien ficelé votre texte ; J'ai pensé lire François de Sales revu par Nietszche. En revanche, je trouve sophistique le passage sur la vengeance et l'intérêt personnel : vous réfutez bien les côtés pervers des opinions préconçues sur la religion, finalement de son ignorance, mais brandir la Menace du Mal à elle seule suffit-il à vous préserver d'une méconnaissance de votre intérêt personnel ? On peut s'estimer quand même heureux d'en avoir été libéré, je veux dire de ce chantage. Etes-vous à l'abri de la tragédie qui consiste à faire du mal sans en avoir l'intention ? N'est-ce pas celui-là le plus courant en fait et précisément celui que l'on cherche à saisir doucement ?

Écrit par : Rachel A. | 24/02/2010

À Rachel A.

La vengeance n'est pas forcément cette passion funeste et destructrice qui fait commettre les pires atrocités. Il existe une vengeance saine, nécessaire et à l'individu et à la société, comme la claque pédagogique et spontanée qui remet bien des enfants sur le droit chemin.
Bien sûr il faut faire la part des choses, bien sûr on peut se tromper. Mais ça, c'est la vie. Ceux dont la vie se résume à chercher un système infaillible et bien comme il faut d'après lequel régler leur conduite n'ont qu'à se pendre, ça sera plus simple.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 24/02/2010

Pour Thérèse Sépulchre :
Je vous remercie de me lire occasionnellement et puisque vous désirez connaître mon opinion le spinozisme, je vous indique où trouver le texte sur Stalker en lien direct : colonne de gauche, section philosophie, "Spinozisme eudémoniste...". La suite révélée lorsqu'on ouvre.
Quant à votre reproche concernant mon commentaire : j'attaque sur le fond, comme on dit au tribunal ... la forme étant en général châtiée. Et j'attaque avec des concepts, des auteurs, des textes : il ne s'agit pas de bibliothèque idéale (elle serait bien fragmentaire, en ce cas...) mais de chair et de sang, dans cette petite discussion. Et je vous assure que le § 64 de Comte, op. cit. supra est au coeur du sujet dont nous parlons, ainsi que les autres références.

Pour Thierry Benquey:
Vous voulez dire que vous avez lu des livres que j'ai lus aussi ? Concernant des livres de cette importance, il fallait bien que vous les eussiez lus, n'est-ce pas ?
Vous voulez dire aussi que vous considérez le don comme moralement supérieur à la transaction économique ? Vite dit, nous sommes d'accord mais le malheur est que le don repose lui aussi sur une économie... mais d'une autre nature, aux mécanismes plus redoutables encore, mais potentiellement plus beaux ! Roger Caillois rêvait de régénérer la société occidentale grâce au mythe à l'époque où il suivait l'enseignement de Bataille au Collège de France...

Pour Maxime Zjelinski. :
Vous êtes retors...
La lectrice Rachel A. pointe avec intelligence et lucidité un des éléments sophistiques de votre texte excitant que j'ai plaisir à discuter. J'en ai pointé d'autres...
Votre conclusion relative aux dents taillées en pointe me fait souvenir d'un conte d'horreur et d'épouvante de Richard Matheson ("Les Enfants de Noé") dont la chute est précisément liée à cette image. Passons sur l'image littéraire et ses fantastiques suggestions.
Reste qu'il faut prendre le loup au sérieux, que l'explication d'un mal n'annule pas le mal comme mal et que le monde animal ne connaît justement pas le mal qui n'est réservé qu'à l'homme.

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PS : Corrigenda à mon premier commentaire
- 1er §, 3ème ligne, lire : "... provoquée..."
- 5ème §, 7ème ligne, lire : "... et que Nietzsche méprisait..."
- 6ème §, 3ème ligne, lire : "... vous négligez..."

Écrit par : francis moury | 24/02/2010

Maxime Zjelinski,

Les efforts que m’a coûtés la lecture de votre article expliquent peut-être l’agressivité de certaines des remarques qui suivent. Ils n’appellent bien sûr aucune indulgence de votre part.

Je laisse provisoirement de côté vos considérations sur le Mal, qui me semblent inutiles à première vue (à première vue seulement, mais j’y reviens plus bas). On pourrait lui substituer d’autres notions d’une égale efficacité pour la partie explicite votre raisonnement et surtout plus clairs : « violence », « rapport de domination », « oppression », etc. Non qu’il s’agisse d’évacuer toute considération morale en matière de réflexion sociologique ; mais les connotations religieuses du mot (surtout affecté d’une majuscule) en rendent la signification floue, ce qui, me semble-t-il, devrait en proscrire l’usage en tant que catégorie d’analyse. Je dois d’ailleurs avouer, au risque de passer pour un indifférent en matière de morale, que c’est principalement ce mot qui m’a rendu votre texte difficile.

Par ailleurs, je ne vois pas que notre société soit caractérisée par la « banalisation du masochisme ». Il me semble que c’est exactement l’inverse qui se produit, et je n’ai pas le sentiment d’être original à ce sujet. Pour le dire succinctement : là où, autrefois, les victimes renonçaient à faire valoir leurs droits, elles les clament aujourd’hui, non peut-être sans certains excès si l’on en croit nos idéologues conservateurs. La société traditionnelle (admettons l’hypothèse d’un tel état de la société) était régulée de telle sorte que ses membres acceptaient globalement le sort que la position sociale de leurs aînés leur réservait, encouragés en cela par toutes sortes de justifications politiques, morales et religieuses. De la sorte, la structure de la société restait relativement stable, ce qui n’allait pas sans ce que vous appelez une tendance au « masochisme », à la « servitude volontaire », lesquelles rendaient des opprimés complices de leur propre situation. Les réformes qui ont conduit à la réalisation de l’Etat-providence que vous décriez ont justement démantelé ces structures. Démantèlement qui a eu d’ailleurs un effet pervers : les communautés sociales, celles des ouvriers par exemple, en se dissolvant au moins partiellement, ont cessé de supporter l’action collective, laquelle s’en est trouvée affaiblie. Mais la culture du « droit à…», que d’aucuns estiment dérivée des Droits de l’homme, s’est entre temps répandue, certes sous sa forme individualiste.
Quoi qu’il en soit, loin d’être banalisé, le « masochisme » (disons, l’esprit de discipline) me semble justement une « vertu » définitivement périmée.

Mais là n’est pas le point essentiel de ma réaction à la lecture de votre article. C’est la part implicite de votre réflexion qui me la rend gênante. Elle repose tout d’abord me semble-t-il sur un présupposé pour le moins contestable : vous pensez l’individu comme séparé de la société, ou plutôt plongé en elle comme une particule privée d’attaches, d’« appartenances », de « champs », etc., dans un espace abstrait. Physique sociale rudimentaire à mon sens, qui conduit à surévaluer la compétition entre individus au détriment d’autres rapports sociaux (à commencer par les tensions entre groupes sociaux). Mais si vous adoptez ce présupposé de l’individu radical, c’est qu’il se relie à un autre implicite, concernant cette fois les enjeux de votre pensée : en dissociant l’individu de son espace social, vous le livrez directement à la menace du Mal (nous le retrouvons ici), ce qui vous permet d’introduire votre vision mystique du monde, avec l’éthique qui va avec : vous appelez à un individualisme héroïque, qu’on aurait beau jeu de rapprocher de l’anarchisme de droite, et qui suppose et revendique l’ancrage de l’individu et de la société dans une « loi non écrite », autrement dit dans une transcendance. Une transcendance chrétienne, cela va sans dire.
Au fond, rien de mal, bien sûr : on a le droit d’être anarchiste de droite, individualiste mystique, catholique agonistique, réactionnaire, etc. Je ne rejette pas en bloc tout ce qui vient de ces mouvements de pensée. Mais, me semble-t-il, que de détours, que de contorsions dans votre article pour en venir au fond de l’affaire : si la conscience du Mal doit être sauvée, c’est qu’elle garantit un fondement mystique à la société. Ainsi, vos considérations sur le marché économique et votre refus de l’opposer au « marché humain » n’ont qu’une fonction : celle d’introduire l’idée que le Mal – tour à tour bizarrement conçu comme «propension à profiter de la vulnérabilité d’autrui » et comme « égoïsme »-, que le Mal donc est partout dans l’existence humaine, et par conséquent de rendre vain tout effort de justice sociale, frapper de nullité toute institution humaine. Un bien beau travail de démolition, un de plus, dans la lignée de Bloy, de Bernanos, etc., mais qui, malheureusement, ne nous rend pas plus intelligible l’état de la société.

Stéphane Terrien

Écrit par : Stéphane Terrien | 24/02/2010

À Francis Moury

Oui, vous avez pointez d'autre éléments sophistiques, et je vous ai répondu.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 24/02/2010

Encore ce foutu va-et-vient entre le bien et le mal ! Entre la morale à jamais jacobine et étatique et la légitime folie de vivre ! Entre l'ego et les autres ! Onan ! Onan ! Que de crimes et de foutaises commis en ton nom et ton geste !
Franchement Maxime, à l'heure et à l'ère (ou l'aire) du quanta et de la multiplication des pains, des fesses et des vains, pensez-vous vraiment que l'économie, la politique, la sociologie et la météorologie sont des sciences sérieuses (ou du moins, éprouvées) ?
Les Lumières avaient déjà tout épuisé de ces sujets !
Passons à l'avenir, bordel des dieux ! (Je sens que le Juan va encore hurler, là, mais pour moi, l'effondrement est une bonne chose dans la mesure où il se passe "enfin" quelque chose)
Quant à la forme, si la grammaire, la ponctuation et l'orthographe sont impeccables, visiblement, vous n'avez jamais fait (ou passé) votre première année de droit.
Vous y auriez appris à construire un plaidoyer lisible (aussi con soit-il) et surtout, à découvrir toutes les subtilités de l'article 1382 (et suivants) du Code civil. (Ça, c'est de la philosophie (ana) basique, contemporaine, je vous le dis)
Enfin, mon totem étant le loup, ne comprenez aucune méchanceté, ni aucun mépris dans ce commentaire. (Laissons ces saloperies aux faux agneaux)

Écrit par : Martin Lothar | 24/02/2010

À Stéphane Terrien

Le masochisme auquel je m'attaque, c'est typiquement le refus de "se prendre la tête". Le zapping, si vous préférez. Les "droits à" n'y changent rien, dans la mesure où la revendication d'un droit trahit l'exigence d'une satisfaction immédiate : ce à quoi j'ai droit, je le veux tout de suite. Du point de vue strictement hédoniste que je dénonce ici, le droit est plus que compatible avec le masochisme : il en est la consécration.

À Martin Lothar maintenant

Votre intelligence vous joue des tours : mon texte, manifestement, est trop simple pour vous.

À tous

Se pourrait-il que vous cherchiez dans ce texte plus qu'il ne contient ? Vous cherchez le système derrière les paragraphes. Mais j'ai une grande nouvelle pour vous : il n'y a pas de système.
Je vous vends une machine à laver, un truc tout con, qui lave plus ou moins bien et enlève les vilaines taches de boue : je n'y suis pour rien si vous la prenez pour un char d'assaut.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 24/02/2010

Maxime Zjelinski, mais je suis tout à fait d'accord et je pense qu'il faut, contrairement aux idées reçues, une bonne dose d'optimisme et même de grâce pour opter pour la vengeance. Croire qu'on a quelqu'un de récupérable en face de soi. Je pense qu'il faut en revanche une bonne dose de folie et d'insolence pour tendre l'autre joue. La première option est celle de celui qui éprouve alors que la seconde est celle de l'éprouvé, mais quoiqu'il en soit je pense aussi que l'apparente inflation juridique n'est pas la panacée éthique et signifie plutôt qu'on laisse les choses s'envenimer jusqu'à ce qu'on ne puisse plus assumer.

Écrit par : Rachel A. | 24/02/2010

Dès la seconde phrase, ce texte m'a perdu. J'ai insisté. Chaque nouvelle phrase amenant au moins deux nouvelles fausses évidences comme préalables entendus, j'ai fini par renoncer - même si le pivot du texte (si j'ai bien compris?), la dénégation obstinée de l'existence et des manifestations du Mal dans notre époque de demeurés, me paraît essentiel à explorer.
Je vois, Maxime, qu'on parle un peu de sophisme dans les commentaires à votre texte. C'est un vrai reproche.

Écrit par : Serge Rivron | 25/02/2010

Maxime : Intelligent moi ? Tudieu ! Non, tout juste à demi bête ! Cela étant, votre texte n'est pas simple, il est chaotique. Par contre, votre superbe réponse à Francis Moury m'a donné le désir d'aller lire d'autres de vos textes sur votre blogue et ailleurs et ces pièges à loup "quantiques" révèlent un bel esprit de "cherchant" que j'apprécie beaucoup, désolé... Nous en rediscuterons, j'espère.

Écrit par : Martin Lothar | 25/02/2010

Etant cité à propos de réponses faites à mes questions posées, il ne me semble pas impoli de revenir. Je vous précise donc que je ne considère pas avoir reçu de réponses à mes objections, ni même un éclaircissement quelconque, si je veux être franc.
Concernant le sublime, élément nouveau que je ne m'attendais pas à trouver ici, permettez-moi d'ajouter une précieuse remarque de Longin, "Traité du sublime ou du merveilleux dans le discours", §1, telle que traduite ci-dessous du grec ancien par notre Boileau Despréaux :
"[...] D'ailleurs, quand on traite d'un art, il y a deux choses à quoi il se faut toujours étudier. La première est de bien faire entendre son sujet; la seconde, que je tiens au fond la principale, consiste à montrer comment et par quels moyens ce que nous enseignons se peut acquérir. [...]"
Boileau, Oeuvres, éd. Firmin Didot frères & fils, Paris 1862, p.366.
Et de conclure, sans vouloir offenser auteur ni lecteur, qu'il ne me semble pas que Maxime Zjelinski se soit trop soucié de ces deux exigences.

Écrit par : francis moury | 26/02/2010

Vous me reprochez de confondre des plans de réalité séparés. Je vous ai répondu que je ne faisais que les confronter.

Vous dites que j'accuse un peu vite le sociologue de nier l'existence du mal. Je vous ai répondu que parler de morale, ce n'était pas forcément reconnaître l'existence du mal.

Vous regrettez mon silence sur l'économie politique catholique. Mais là encore, je ne mets pas en doute l'aptitude des catholiques ou des protestants à "penser" l'économie (comme on dit maintenant), j'évoque seulement le détournement, par certaines personnes, de certains préceptes évangéliques.

Vous vous interrogez sur la différence que je fais entre intérêt perçu et intérêt réel. Je fonde cette distinction sur le constate que "l'entreprise du Mal ne présentant aucun risque pour celui qui s'y livre, d'autres personnes en feront immanquablement les frais". Si j'oublie que je fais partie d'une société, si j'oublie que l'irresponsabilité des uns peut faire beaucoup de tort aux autres, et si, avec ça, je me persuade que je me rapproche du sage ou du saint chaque fois que j'encaisse sans rien dire, non seulement je m'humilie, mais j'encourage mon bourreau à récidiver, avec moi ou avec d'autres. Mon intérêt perçu : zapper. Mon intérêt réel : une "riposte graduée", une réaction d'amour-propre, bref, un réflexe naturel, sain, humain. Il s'agit moins d'éradiquer les comportements immoraux que de ne pas les encourager.
Vous me parlez du don, qui n'est pas une perte mais le dépassement de l'économie. Mais pour que le don ait cette signification, il faut bien que la société la lui donne (ce n'est pas le cas aujourd'hui).
Vous me demandez, enfin, si je préfère telle ou telle sorte de capitalisme. Et là, je suis désolé, mais vous faites du hors-sujet.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 26/02/2010

Hélas, je ne comprends toujours pas où vous voulez en venir.

Votre texte est-il d'abord politique, économique, social à la fois, ou l'un des trois ou aucun des trois ? Philosophique peut-être ? Mais alors... de quoi parlez-vous vraiment ? Quel est l'objet de votre texte ? Et surtout que vous voulez-vous dire en fin de compte ? Clairement et distinctement, j'entends ?

On a l'impression étrange qu'on tourne autour de plusieurs choses sans qu'aucune tienne aux autres : quelle est cette "machine à laver" (votre définition de votre propre texte !) que vous nous "vendez" [sic] ? Et une machine à laver quoi ?!

Je ne comprends rien, littéralement rien à certaines de vos phrases... vous parlez même de "zapper" à un moment... comme si la réalité ressemblait à la télévision !

Quelques remarques tout de même sur votre dernière salve de réponses :

La première phrase de votre texte parlait de loi du marché, d'un marché économique opposé à un curieux "marché humain", vous nous avez cité "La Fable des abeilles" qui est un des textes classiques de l'économie libérale classique mais... le capitalisme et l'économie seraient hors-sujet ? Vraiment... vous croyez ?

Parler de morale n'est pas "forcément reconnaître" l'existence du mal ?
Mais quel est selon vous l'objet des grandes doctrines morales de l'antiquité à nos jours ?

D'où tirez-vous que celui qui s'adonne au mal ne court "aucun risque" en le faisant ?

Et quelle curieuse définition du mal adoptez-vous dans votre premier texte ?

Votre interprétation de l'esprit de l'Evangile est au demeurant très curieuse : assez nietzschéenne mais... il me semble que le point de vue n'est pas nouveau pour cette raison et qu'il a été autrement défendu par l'intéressé en son temps !

D'où tirez-vous que la morale chrétienne ou antique (vous nous parlez du "sage" ou du "saint" à dessein) interdirait de punir le criminel, de se défendre contre ses menées ?

Le don enfin n'est pas seulement un acte social ni économique et la signification d'un acte n'est pas déterminé uniquement par la société ; même les sociologues le savent.

Écrit par : francis moury | 26/02/2010

Votre citation de Mandeville a produit un heureux souvenir que je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer.
Je me demandais, afin d'en avoir le coeur net, de quel type de doctrine morale vous releviez ? Et pour en avoir une idée plus historique et plus précise, j'ai donc relu le maniable, clair, commode François Grégoire, "Les Grandes doctrines morales", 6ème éd. P.U.F. mise à jour, coll. "Que sais-je ?", Paris 1971. Il me semble du coup qu'on pourrait vous ranger dans les tenants d'une morale naturaliste, d'un point de vue historique.

Je referme presque le petit volume lorsque, par habitude, je jette un oeil à la liste des ouvrages du même auteur en regard de la page de titre ...
Eh bien figurez-vous que F. Grégoire avait écrit une étude sur "Mandeville et la Fable des abeilles", éd. Vrin, Paris 1947 ! La même année qu'une autre sur "Fontenelle, une philosophie désabusée", éd. Vrin, Paris 1947 [épuisé !]... ce Mandeville que nous citiez au début du vôtre ! Amusante coïcidence... et bouclage de la boucle en apparence. En apparence seulement parce que Grégoire ne tirant pas la fable de Mandeville dans le même sens que Tacel, cela m'ouvre de nouvelles pistes sur ce curieux texte. Bref...

PS Corrigendum
Dans commentaire précédent, §2, lire : "Et surtout que voulez-vous nous dire, en fin de compte ?"

Écrit par : francis moury | 27/02/2010

1°/ Mon texte est philosophique. Si je devais le résumer en une phrase, je dirais qu'une chose aussi immorale que le désir de vengeance joue un rôle régulateur dans la société (et à l'inverse, une idée aussi belle que le pardon ou la charité peut servir d'alibi à l'égoïsme). Certaines passions ont un effet correcteur. Je ne dis pas que la vengeance doit être systématique, seulement qu'il ne faut pas, sous prétexte de se conformer à une idée confuse du Bien, s'interdire de réagir humainement aux offenses que l'on subit.

2°/ Je parlais de zapping parce qu'au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, pour beaucoup de personnes la réalité est un programme de télévision. L'équivalent de "si ça ne te plaît pas, ne regarde pas", ça donne : "s'il t'embête, va-t-en" (mais surtout ne mets pas les points sur les i, tu perdrais du temps, et le temps c'est du plaisir)

3°/ Est-il indispensable d'être libéral pour admettre que certains comportements réputés égoïstes profitent, en fin de compte, à l'ensemble de la société ? Le nier serait aussi hypocrite que de prétendre, comme le font trop de libéraux, que l'Etat nuit forcément à la société.

4°/ Ma définition du mal comme exploitation de la patience d'autrui et utilisation de sa liberté contre celle des autres vous paraît donc si incompréhensible ?

5°/ D'où tenez-vous qu'il est risqué de faire du mal à des gens qui se laissent faire ? C'est quand même fabuleux, je dois démontrer à un ennemi du capitalisme pur et immoral que les hommes ont tendance à s'exploiter les uns les autres !

6°/ D'où je tire que la morale chrétienne ou antique interdit de punir et de se défendre ? Posez donc la question à cette amie qui, il y a quelques années, me demandait comment je pouvais être chrétien et ne pas systématiquement tendre l'autre joue chaque fois qu'on abuse de ma patience. Posez la à cette autre de mes connaissances qui trouvait cela plus sage et plus noble de "laisser pisser". La plupart n'ont lu ni Sénèque, ni Epictète, ni Marc-Aurèle, ni l'Evangile, ni saint Paul, ni saint Augustin : cela ne les empêche pas d'avoir dans l'esprit une certaine image, même déformée, de la sainteté et de la sagesse, et de cacher derrière cette image leur indifférence morale.

7°/ Peu importe la signification qu'indépendamment de la société vous donnez au don : si vous donnez quelque chose (amour, temps, argent, confiance, secret) à quelqu'un qui s'en sert contre vous, ou qui vous en demande toujours plus, ou qui en retour vous fait du mal, eh bien, vous y perdez.

Écrit par : Maxime Zjelinski | 27/02/2010

Ah je commence à mieux saisir votre point de vue et ce sont de vrais éclaircissements ! Vous classer comme je l'avais fait dans les moralistes naturalistes, tels que décrits par Grégoire, me semble convenable, en effet.

Je ne vais pas revenir sur ce que je pense désormais être ce fond du problème que vous avez soulevé - la morale naturaliste est-elle philosophiquement tenable ? - car cela impliquerait pour le coup une longue discussion philosophique, technique et historique qui indisposerait sans aucun doute certaines lectrices et certains lecteurs, sous réserve d'en ravir d'autre.

Vous me permettrez cependant, sur un plan cette fois-ci formel, de persister à discerner une certaine oscillation logique entre jugement de droit et jugement de fait dans certaines de vos propositions, celles du texte initial comme celles de vos réponses successives.

Écrit par : francis moury | 27/02/2010

Sainte Catherine de Sienne - Livre des dialogues. Tertiaire dominicaine, mystique, et docteur de l'Eglise (1347-1380) "Il n'y a que les imparfaits qui regardent plus au don qu'au donateur"

Le mal de ce début de XXIème, même pour le chrétien, une trop grande confiance en son propre raisonnement, fut-il nourri de christianisme. Je vous laisse un extrait de ces dialogues pour ceux que cela intéresse encore de savoir ce que Dieu à livré à Catherine. C'est à dire pour nous, au lieu de sombrer dans l'ignorance et de se donner en spectacle avec l'alibi d'un verbe dont on croit détenir le secret. Il est trop facile de faire sa petite sauce, de soustraire et de retrancher des éléments d'une profondeur telle, que renvoyer l'édifice à chacun comme atrophié, c'est faire s'effondrer l'ensemble de son intelligibilité. Ce que St Paul, David aussi et beaucoup d'autres, ont exprimés, c'est à l'appui d'une expérience intérieur unique et qui leur était réservé, à eux seuls. Ceci est mon secret ! ont-ils révélé. Aussi, l'éthique chrétienne découle directement de cette expérience qui a autant à voir avec le mystère de la Foi que de la "raison". Mais pas n'importe laquelle. Car la sagesse de Dieu est une folie comparé à celle des hommes comme le rappel St Paul. Ses visés nous sont souvent obscurs. Alors en faire un traité ?!!!

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Cdesienne/providen.html#d138

CXL.- Dieu explique sa providence envers ses créatures, et se plaint de leur infidélité.


1.- Après t'avoir montré ma providence dans cette occasion, je veux te l'expliquer dans son action générale. Tu ne pourras jamais comprendre à quel degré l'ignorance de l'homme est grande. II perd l'intelligence lorsqu'il espère en lui et qu'il se confie dans son propre sens. O pauvre insensé, ne vois-tu pas que tu ne sais rien de (275) toi-même, et que c'est ma bonté qui t'accorde tout selon tes besoins? Qui te le fera donc comprendre? Ton expérience même.

2.- Combien souvent veux-tu faire une chose sans le pouvoir et sans le savoir faire! Quand tu le sais, tu ne le peux pas, le temps te manque ; si tu as le temps, c'est la volonté qui te fait défaut. Tout t'a été donné par ma grâce pour ton salut, pour que tu reconnaisses et tu comprennes que tu n'as pas l'être par toi-même, et pour que tu aies plus raison, de t'humilier que de t'enorgueillir. En toute chose tu trouves des privations et des changements, parce que rien n'est en ta puissance ; il n'y a que ma grâce que tu trouveras ferme et inébranlable aucune force ne pourra t'en séparer, à moins que tu t'en éloignes toi-même en retournant au mal.

3.- Comment donc peux-tu résister à ma bonté? Le ferais-tu, si tu consultais ta raison, et placerais-tu tes espérances dans tes pensées, et ta confiance en ce qui vient de toi? Mais tu es devenu comme l'animal sans raison ; tu ne vois pas et tu ne reconnais pas que tout change, excepté ma grâce. Pourquoi ne pas te fier à moi, qui suis ton Créateur? pourquoi compter sur toi? Ne te suis-je pas toujours fidèle? Comment pouvoir en douter, puisque tu l'éprouves tous les jours?

4.- O ma fille bien-aimée! vois combien l'homme m'est infidèle. Il manque à l'obéissance que je lui avais imposée, et il tombe dans la mort. Moi, au contraire, je lui ai toujours été fidèle, en lui procurant le bien pour lequel je l'avais créé. Afin qu'il puisse l'atteindre et le posséder, j'ai uni ma divinité à l'infirmité de sa nature. L'homme, ainsi racheté et renouvelé dans la grâce par le sang de mon Fils bien-aimé, devrait me connaître par expérience. Et cependant ce pauvre infidèle semble douter que je sois assez puissant pour le secourir, assez fort pour le défendre contre ses ennemis, assez sage pour éclairer son intelligence, assez bon pour lui donner ce qui est nécessaire à son salut.

5.- Il pense que je n'ai pas des trésors pour le rendre riche, une beauté pour l'embellir, une nourriture pour le rassasier, un vêtement pour le couvrir. Ses actions prouvent qu'il en juge ainsi. S'il en était autrement, ne ferait-il (276) pas des oeuvres bonnes et saintes? L'expérience devrait pourtant lui montrer que je suis fort ; car tous les jours je conserve son être, et ma main le défend contre ses ennemis. Personne ne peut résister à l'action de ma puissance ; si l'homme ne le voit pas, c'est qu'il ne veut pas voir.

6.- Ma sagesse a tout ordonné dans le monde, et le gouverne avec tant de sollicitude, que rien n'y manque, et qu'il est impossible d'y ajouter quelque chose pour l'âme et pour le corps. J'ai pourvu à tout, sans que votre volonté m'y ait forcé, puisque vous n'étiez pas encore, et c'est ma seule bonté qui m'a fait agir. J'ai créé le ciel, la terre et la mer : j'ai étendu le firmament au dessus de vos têtes ; j'ai fait l'air pour que vous respiriez, le feu et l'eau pour les modérer par leur opposition ; le soleil, pour que vous ne fussiez pas dans les ténèbres : tout a été fait et ordonné pour satisfaire aux besoins de l'homme. Le ciel est peuplé d'oiseaux, la mer est riche de poissons, la terre, d'animaux et de fruits, afin que l'homme puisse en vivre. Ma providence a tout réglé avec ordre et sagesse.

7.- Après avoir créé toutes ces choses bonnes et parfaites, j'ai enfin créé l'homme à mon image et ressemblance, et je l'ai placé dans un jardin qui, par la faute d'Adam, mm produit des épines, tandis qu'il n'avait donné d'abord que des fleurs embaumées d'innocence et de sainteté. Tout obéissait à l'homme ; mais, dès qu'il eut commis sa faute, il trouva la révolte en lui et dans les autres créatures. Le monde devint sauvage, et l'homme, qui le résume, partagea son sort.

8.- Mais ma tendresse paternelle vint à son secours en envoyant au monde mon Verbe, qui en ôta la stérilité de la chute et en arracha les épines. Je refis du monde un beau jardin que j'arrosai avec le Sang précieux de mon Fils unique, et, après en avoir ôté les épines du péché mortel, j'y plantai les fleurs des sept dons du Saint Esprit.

9.- Cela fut accompli seulement après la mort de mon Fils, ainsi que l'explique une figure de l'Ancien Testament. Élisée fut prié de ressusciter un enfant (IV Reg. IV, 22) ; il n'y alla pas, mais il envoya Giézi avec son bâton, lui ordonnant de placer le bâton sur celui qui était mort. Giézi exécuta ce qui lui avait été commandé, mais l'enfant (277) ne ressuscita pas. Alors Elisée vint en personne ; il appliqua ses membres aux membres de l'enfant, lui souffla sept fois au visage, et l'enfant fut rappelé à la vie. Cette figure représente Moïse, que j'ai envoyé avec le bâton de la loi, pour qu'il l'appliquât sur le genre humain, qui était mort ; mais le bâton de la loi ne lui rendit pas la vie, j'envoyai donc mon Fils unique, qui est figuré par Elisée, et qui prit les proportions du mort par l'union de la nature divine avec la nature humaine. Cette nature divine lui fut, unie par tous ses membres, par la puissance du Père, par la sagesse du Fils et par la clémence du Saint Esprit. Ainsi, moi, Dieu éternel, dans mon unité et ma trinité, je fus muni et assimilé à votre nature humaine.

10.- Après cette union, le Verbe adorable en fit une autre. Dans l'ardeur de son amour, il s'élança vers la mort ignominieuse de la Croix pour s'y livrer tout entier. Et après cette seconde union, il donna les sept dons du Saint Esprit à celui qui était mort, en respirant sept fois sur son visage, et en soufflant dans la bouche de son coeur. Il ôte ainsi dans le baptême la mort du péché, et rend la vie de la grâce. Le mort respire aussitôt, et en signe de vie, il rejette ses péchés par une humble confession.

11.- Alors le jardin est orné de fruits suaves et délicieux. Il est vrai que le jardinier, qui est le libre arbitre, peut le m'endre fertile ou sauvage, selon qu'il le cultive ou le néglige. Car, s'il y sème le poison de l'amour-propre, qui fait naître les sept vices capitaux et tous ceux qui viennent d'eux, il chasse les sept dons du Saint Esprit et se prive de toute vertu. Il n'y a plus de force, parce qu'il s'est affaibli ; il n'y a plus de tempérance et de prudence, parce qu'il a perdu la lumière dont se servait sa raison ; il n'y a plus de foi, d'espérance, de justice, parce qu'il est devenu injuste. Il espère en lui, et parce que sa foi est morte, il se confie plutôt dans les créatures qu'en moi, son Créateur. Il n'y a plus de charité, parce qu'il l'a détruite dans son coeur par l'amour de sa propre faiblesse. Et parce qu'il a été cruel envers lui-même, il ne peut être bon envers son prochain. Ainsi privé de tout bien, il tombe dans le mal et dans les horreurs de la mort.

12.- Comment pourra-t-il retrouver la vie ? Par Elisée, par le Verbe, mon Fils unique. Et de quelle manière? Le (278) jardinier arrachera les épines de sa faute par une sainte haine de lui-même ; car, s'il ne se hait pas, il ne pourra jamais les arracher. Qu'il s'empresse de se conformer, par un amour sincère, à la doctrine de ma Vérité incarnée ; qu'il arrose son jardin avec le sang précieux de mon Fils, avec ce Sang que le prêtre répand sur la tête du pécheur, lorsqu'il reçoit l'absolution, avec la contrition, la confession, la satisfaction et la ferme résolution de ne plus m'offenser. De cette manière, l'homme peut renouveler et comme le jardin de son âme pendant cette vie ; mais après sa mort, il ne pourra plus le faire, comme je te l'ai expliqué ailleurs.


CXLI.- La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut.- Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d'espérer en Dieu.


1.- Vois comment ma providence a réparé la ruine de l'homme, J'ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l'homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l'ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l'homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu'il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son coeur du inonde et l'élever vers moi. Et cependant l'homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu'il y rencontre, il ne voudrait jamais .s'en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

2.- Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, et que ferait l'homme malheureux s'il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance ; c'est le moyen d'éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu'il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse. (279)

3.- J'ai donné beaucoup à l'homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu'un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême ; si quelqu'un désire la bonté, je suis l'éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j'accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j'ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m'appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l'âme qui s'est revêtue de ma volonté. Je suis cette providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi ; je leur accorde tout ce qui est utile pour l'âme et pour le corps.

4.- L'homme infidèle me voit nourrir le ver dans un bois aride, faire vivre les animaux sauvages, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, régler le soleil, la rosée, les saisons, pour engraisser la terre qui doit porter des plantes et des fruits. Comment peut-il croire que je ne veille pas sur lui, que j'ai créé à mon image et ressemblance, lorsque j'ai tout fait pour ses besoins et son service? De quelque côté qu'il se tourne, spirituellement ou temporellement, il ne pourra trouver autre chose que l'abîme et le feu de mon éternelle charité, qui agit avec une vraie et parfaite sagesse.

5.- Mais il ne voit pas, parce qu'il s'est privé de la lumière, et qu'il ne veut pas voir. Il se trouble et limite sa charité envers le prochain, parce qu'il s'inquiète avec avarice du lendemain. Ma Vérité le lui a défendu lorsqu'elle a dit : " Ne pensez pas au lendemain, à chaque jour suffit sa peine " (S. Matth. VI, 34). Cette parole condamne votre infidélité, en vous montrant ma providence et la rapidité du temps ; elle vous dit de ne pas penser au lendemain : car pourquoi se tourmenter de ce qu'on n'est pas sûr d'avoir ?

6.- Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c'est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, (280) qui est dans l'éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? ne les ai-je pas faites pour vous, et n'ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu'il devait ouvrir à son prochain, n'a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu'il n'en Suit pas les traces ; et c'est pour cela qu'il se rend insupportable à lui-même, Tout son mal vient de ce qu'il espère en lui, au lieu d'espérer en moi.

7.- Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m'appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu'il a placé tonte son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L'amour de lui-même l'aveugle au point qu'il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d'une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l'enfer.

8.- Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j'ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil ( S. Matth., V. 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l'âme du juste, qui par amour pour moi s'est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur coeur dans l'abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d'eux-mêmes ; ils ne se tourmentent plus des choses du monde ; et renoncent à tout ce qui les regarde ; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j'ai pour eux une providence particulière. L'Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

9.- N'as-tu pas lu dans la vie des saints Pères l'histoire de ce grand solitaire qui avait renoncé à tout pour l'amour de moi? Lorsqu'il tomba malade, je lui envoyai un ange pour le servir et l'assister dans ses besoins rien ne manquait à son corps, et son âme trouvait une (281) joie ineffable dans la conversation de l'envoyé céleste.

10.- L'Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité ; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l'amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l'eau de l'amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l'Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné ; il revêt l'âme, il l'enivre, l'inonde de douceur et la comble de richesses.

11.- Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l'humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l'élève au dessus du monde et des sens, parce qu'il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d'une lumière parfaite, parce qu'il n'espère pas en lui une ferme espérance, une foi vive l'attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu'il trouve en tout ma volonté, et qu'il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n'altère sa patience.

12.- Oh ! que cette âme est heureuse, puisque dans un corps mortel elle goûte un bien éternel ! Elle reçoit et voit tout avec respect. La main gauche ne lui pèse pas plus que la main droite ; elle aime autant la tribulation que la consolation, la faim et la soif que la nourriture et le rafraîchissement, le froid que la chaleur, la nudité qu'un vêtement, la vie que la mort, la gloire que les affronts. En toutes choses elle est calme et inébranlable, parce qu'elle est affermie sur la pierre vivante, et qu'elle voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l'unique but de votre salut :

13. C'est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu'à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive ; n'est pour cela que je lui domine tout ce qu'il reçoit. Ceci est évident pour l'âme qui se dépouille d'elle-même, qui se réjouit de tout ça qu'elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle (282) que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les grandes et les difficiles, la foi lui montre toujours ma providence? Oh qu'elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l'âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d'abord donnée !

Écrit par : rodolphe | 28/02/2010

Le Pape meurt, monte au ciel. Saint Pierre l'accueille, le fait entrer et lui désigne son nouveau lieu de résidence: une cabane en bois au fond de la vallée. Arrivé à destination le Pape, habitué du Vatican à plus de confort, se trouve quelque peu décontenancé. C'est alors que lui parvient de derrière une colline le son d'une fête. Du haut de la colline il découvre au loin un somptueux palais. D'autres sauvés y sont dansants, chantants et le vin coule à flots. Le Pape interroge St Pierre sur l'occupant de la demeure, son voisin, qui est-il? -C'est Charlie Parker, répond St Pierre. -Comment?!, s'étonne le Pape, Charlie Parker, un musicien de jazz, un drogué, sans doute un fornicateur... diabolique... comment est-il possible qu'il se trouve là mieux logé que lui même, VIP des VRP du Verbe?! Et St Pierre de lui répondre: -Oh vous savez les papes ici ne sont pas rares alors qu'un bon saxophoniste de jazz...

Écrit par : Cas rend barje | 14/03/2010

Le rapport ?

Écrit par : Maxime Zjelinski | 19/03/2010