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06/03/2010

Le miroir de pensée de Gérard Guest au rétroviseur d'Alexandre Gambler

Crédits photographiques : Adrian Dennis (AFP/Getty Images).

«Un excès de réflexion rend malheureux ou mystique. Finalement, Wittgenstein était un mystique, comme Kafka. Sauf qu’il travaillait avec un autre matériau : la logique. Il lui a fallu détruire des mondes jusqu’à ce que sous les ruines scintille soudain sa foi, comme une pierre précieuse.»
Imre Kertész, Un autre (Actes Sud, 2002), p. 26.


Ajout, en bas de note, du samedi 6 mars 2010 : le courriel d'Alexandre Gambler, normalien, agrégé d'allemand, professeur de lycée et... écrivain, que je reproduis avec son autorisation expresse (les italiques ainsi que l'orthographe de ce message à haute valeur intellectuelle ont été scrupuleusement respectés). Aucun commentaire de ma part sur ce texte, exposé tel quel. Tout au plus, j'indique un ouvrage abordant la question des relations de Heidegger avec le christianisme. Car, contrairement à ce que professe notre ignare normalien et agrégé, nous ne pouvons pas oublier cette question.

Sur le site de Stéphane Zagdanski, Paroles des jours, un texte de Gérard Guest est mis en ligne, intitulé Le chemin de pensée de Ludwig Wittgenstein.
Dans la note liminaire de ce texte, l'auteur, en qui nous pourrions raisonnablement voir un des disciples de langue française les plus zélés de Martin Heidegger et un théoricien du dernier dieu annoncé par le grand philosophe, est un esprit affiné, peut-être même affûté, qui a coutume de vivre sur les plus hauts sommets philosophiques où son organisme hors-norme se nourrit, en même temps que d'inaccessibles pensées aussi éthérées que des fils-de-la-Vierge, d'une atmosphère fort ténue, Gérard Guest donc ne craint pas, dans son petit texte de présentation à sa grande pensée, de jeter une délicate mais vibrionnante sonde dans ce qu'il nomme un de ces vilains «blogs» «périssables» à la mode du «café du commerce» où «s'écoulent les «humeurs» éphémères de ce temps de ressentiment» qui doit être je le suppose le nôtre, où il relève une étrange phrase, qu'il trouve «jolie».
Elle l'est : «Stérile comme une phrase de Gérard Guest sur Wittgenstein.» Je crois bien en être l'auteur ma foi, même si je n'ai pas retrouvé la trace de cette phrase (déposée, il me semble, sur quelque note du blog de Léo Scheer) qui va peut-être se transformer en sentence voire en proverbe, ce qui fait que je dois être, en conséquence, celui que Gérard Guest, qui est un homme prudent comme le sont tous les universitaires d'intelligence stratosphérique, nomme cet «esprit agité autant qu'essentiellement soucieux du brillant de sa propre intransigeance de «passeur» littéraire». «Esprit», «agitation», «souci», «brillant», «intransigeance» qui m'est ou me serait, soyons prudents, consubstantielle, «passeur», que de beaux termes tout de même, choisis avec une précision d'anatomiste suisse, par ce Zénon moderne qui, en guise de flèche impossible, écrit des livres qui n'avancent point et se mordent la queue.
Merci, Gérard, pour ces mots.
Pour conforter ce «souci» de lecture, Gérard Guest m'avait d'ailleurs adressé quelques courriels où il ne tarissait pas d'éloges (mais aussi de quelques menues critiques, jamais vraiment explicitées) sur ma Littérature à contre-nuit, un beau livre en effet, agité et brillant, intransigeant aussi, c'est ce trait je crois qui a dû plaire à notre penseur.
Vraiment, quel homme de plus fin goût littéraire que Gérard Guest ? Derechef : merci, mon cher Gérard. La communauté, après tout plus clairsemée qu'on ne le pense, du bon goût, m'autorise, vous me la permettrez je l'espère, cette amicale familiarité à votre égard.
Que pourriez-vous être d'autre que mon plus fidèle ami, vous qui avez su si bien relever, dans vos courriels, quelques-unes seulement des qualités de ce livre que, par modestie, je ne trahirais point dans ce lieu public ?
Mais passons et, si vous me le permettez, revenons à votre propre prose.
Drôle de texte tout de même que celui que vous avez écrit, Gérard Guest, censé présenter un livre, le vôtre (Wittgenstein et la question du Livre) à la triste destinée comme vous nous l'expliquez, que vous m'envoyâtes avec une fort «jolie» dédicace d'une bonne quarantaine de lignes précieuses et flasques.
Drôle de texte que je ne m'aventurerai pas à commenter quant à son sujet (Ludwig Wittgenstein, si j'ai bien compris) puisque je n'ai aucune compétence philosophique particulière à faire valoir et que le milieu des spécialistes de Wittgenstein est, paraît-il, en France, aussi dangereux que peut l'être une promenade nocturne avinée, accompagné de trois femmes de petite vertu, dans les venelles torves de Ciudad Juárez.
Du reste, n'étant pas aussi doué que Lise-Marie Jaillant, je suis parfaitement incapable d'écrire une seule ligne sur un livre que je n'ai pas terminé de lire, même si me brûlait l'envie d'en dire les pires défauts.
La forme de votre note, elle, est pour le moins curieuse : pourquoi donc avoir mis tant de mots entre guillemets si ce n'est parce qu'ils ont dû répugner au palais délicat de celui qui, indirectement (oui, notre homme a des prétentions au beau style), se donne du sage ? Connaissez-vous, d'ailleurs, un sage qui, d'un revers de sa fine main de professeur, balaie les poussières au stochastique mouvement brownien ayant osé s'accumuler, comme si elles l'avaient fait exprès bon sang, sur la couverture immaculée de son ouvrage (page 3 du document PDF, où je lis : «Bref : l'ouvrage n'était manifestement pas fait pour plaire à tout le monde – Mais passons») pour faire ensuite la menue collection de ces irritantes saletés, déchets de la taille du micron mais qu'importe, blessants pour le regard habitué à la contemplation de la Voie Lactée des Idées, pour non seulement dûment classifier ces microscopiques répugnances mais pour s'abaisser jusqu'à citer, sans le nommer, la jolie phrase d'un... quelle horreur !... d'un... quoi ? d'un, retenez votre respiration je vous prie : d'un «blogueur» (qui, soi-dit en passant, a publié plus de livres que notre si modeste auteur, et dont aucun n'a fini au pilon) ?
Pourquoi donc user de ce procédé pour le moins si peu raffiné, cher Gérard Guest, si ce n'est encore pour accentuer, avec un savoir-faire proprement indigne d'une bas-bleue courtisant son professeur de rewritting, la charge volontairement ironique de certains de ces termes choisis avec une patience d'entomologiste bouddhiste ? Cette ridicule manie des guillemets, comme d'autres, du moins de véritables écrivains tels que Joris-Karl Huysmans, avaient la manie de l'adverbe paraît-il, nous renseigne donc suffisamment sur notre auteur, «Gérard Guest» et son talent d'écrivain, à peu près inexistant je le crains.
Ou peut-être, seulement, de l'ordre de l'infiniment petit ? Cher Gérard, rassurez-vous, car, dans ce cas d'espèce, je puis vous assurer que la Zone n'est pas moins puissante que le LHC et les énergies qu'elle parvient à produire, de l'ordre de 15 TeV (téraélectron-volts), nous garantissent la découverte, enfin enregistrée sur ses très sensibles plaques, de la mythique particule : le boson de Higgs ! Il ne sera point dit que, grâce à celle-ci, nous ne parvenions pas à réunir, en une seule fantasmatique décharge quadripartite, Philippe Sollers, Gérard Guest, François Meyronnis et Yannick Haenel, soit, sauf erreur de ma part, la si fameuse et mystérieuse matière obscure composant l'univers intellectuel parisien et peut-être même français, saint Graal de tout astrophysicien qui se respecte.
Vous voyez que, grâce à ma sensibilité, extrême je vous le répète, inhumaine à vrai dire, à la plus infinitésimale trace de talent littéraire, vous ne risquez rien cher Gérard Guest, surtout pas de passer inaperçu de mes capteurs.
Finalement, de Guest, cet infatigable premier de cordée métaphysique qui se propose de dresser la carte d'une topologie retorse de l'Être (je condense deux expressions en une seule, utilisées par l'auteur dans un de ses courriels), je ne parviens jamais à lire que quelques pages, à la différence de Renaud Camus qui paraît avoir fait son miel, Guest s'en délecte comme un bourdon enivré, de son essai sur Wittgenstein. Merveilleusement toutefois et je le remercie pour cette insigne délicatesse, Gérard Guest a condensé pour moi tous les sucs de son écriture dans sa note liminaire, qui nous présente la maigre roue, faussement versicolore, toujours la même depuis l'aube de l'histoire, du paon : prudence (qu'il illustra lorsqu'il me demanda de supprimer, sur une de mes notes publiées sur Stalker, un signe aimable que je lui adressai), petites salutations discrètes aux intercesseurs, le divin Philippe Sollers et les esprits frères (1), ceux, on l'aura compris, qui ont été les seuls à savoir lire, allusivité, furtivité même, tellement pratiques lorsqu'il s'agit de ne point nommer précisément un adversaire, auquel bien sûr il ne reconnaît même pas cette dimension d'adversaire, fausse humilité qui est le signe d'une délirante boursouflure de la prétention, petites piques se voulant assassines et qui ne feraient pas zigzaguer un moucheron nouveau-né dans son vol déterminé, style eunuque en résumé où le mal, l'adversaire, non, l'ennemi (pourquoi pas ?; mais le mot est bien trop puissant et surtout compromettant pour que Guest l'utilise) ne sont jamais indiqués clairement.
Je ne suis point philosophe, ni même penseur, encore moins professeur de philosophie.
Nul ne peut me tenir rigueur de mon absence de clarté, de ma peine au déroulé argumentatif, de ma gêne devant la concaténation parfaitement huilée. Ce cher Jean-Noël Dumont, déjà, en classe de khâgne (mais auparavant en hypokhâgne et même en terminale), s'en arrachait les cheveux, nommant d'un seul mot abject mon épouvantable damnation : Asensio, vous êtes un... littéraire.
Or, j'ai du moins appris cela durant mes trop courtes années de modeste apprentissage de la philosophie, la clarté, la claire désignation, par un mot plutôt qu'un autre, de la réalité qu'il faut analyser, est l'alliée, que dis-je, la souveraine protectrice du concept, par lequel, cher Gérard Guest, vous dépiautez la pensée de vos maîtres.
Dois-je donc déduire, de cette modeste et littéraire conclusion, que votre note liminaire non seulement n'évoque aucun concept mais qu'elle ne limine rien du tout ?
Je pourrais, si j'étais perfide, m'attarder, avec scalpel et éprouvette, sur le sens chimérique de telle de vos jolies phrases, que je ne résiste point au plaisir de citer : «stérilité prétendue d'un style ou d'un ouvrage [qui] demeure strictement relative à la nature de la graine de semence que le lecteur est en état d'y apporter» mais passons, comme vous dites.
Me permettez-vous un conseil, d'ordre purement littéraire ? Oui ? Votre gentillesse vous honore : lisez ou relisez l'irascible TOUT Julien Benda (en commençant peut-être par La France byzantine ou le triomphe de la littérature pure), un auteur injustement méconnu ayant écrit sur Paul Valéry cette phrase assassine, que vous méditerez je le crois utilement : «Les propos de Valéry, que je rencontrai à la ville plus souvent qu’à la revue, présentaient ce double aspect de la fusée d’artifice : l’étonnant du départ et la chute immédiate, l’impuissance à se soutenir» (2).
Je me souviens, aussi (voyez mon incapacité à concaténer fièrement), je me souviens d'une discussion fort agréable avec un ami, dont la particularité, inavouable ou presque, fut d'être en classe préparatoire un de vos élèves, cher Gérard Guest : nous discutâmes de vous et de l'alpha et oméga de votre «pensée» lequel, bien que plus ou moins caché, perce pour qui sait à peu près lire ou, tout simplement, vous écouter avec attention, l'esprit ailleurs, déjà baigné par la grande mer de la littérature, lui aussi, autre pauvre littéraire. Cette intention, que l'on pourra juger viciée voire, tout simplement, ridicule, fut, est peut-être encore je ne le sais, à l'heure où j'écris ces mots, de rapprocher la figure impassible de Martin Heidegger de celle du Christ.
Vous êtes donc, Gérard Guest, un Hercule de la pensée pour désirer accomplir ce travail.
Il y a de cela quelques années, m'ennuyant en classe préparatoire, j'ai littéralement dévoré tous les textes du mage de Todtnauberg disponibles en français, ainsi que ceux de ses plus éminents commentateurs : j'ai eu beau lire et relire, quitte, comme le confesse George Steiner, à éprouver un mélange de fascination et de dégoût devant ce maître incontestable de la langue (qui n'hésita point à la transformer en véritable jargon de l'authenticité), j'ai eu beau m'acharner, jusqu'à en éprouver de violents maux de tête, à décortiquer les textes de Heidegger, je n'y ai jamais aperçu le visage du Christ.
Puis, découvrant les analyses, à la rigueur étymologique douteuse comme je ne tarderai pas à l'apprendre, du maître sur certains poèmes de Trakl, je laissai, d'un seul coup, Heidegger à ses phrases de sphinx coruscant, avant même de lire la charge violente qu'Adorno lui consacra dans son célèbre ouvrage, d'en découvrir d'autres aussi, sous la plume redoutable de Günther Anders.
Je ne suis plus jamais revenu à Heidegger, même par l'entremise de Jünger, que je lis sans relâche depuis des années, sans doute parce que son si monstrueux génie manque d'une qualité qui ne fait même pas défaut, quoi qu'en pense Wittgenstein, à Shakespeare, cet autre magnifique démon de la langue. Cette qualité, je vous laisse en deviner la nature, que vous retrouverez dans la moindre ligne d'un Bloy, d'un Péguy, d'un Bernanos ou d'un Gadenne : l'amour de la pauvreté, non pas en tant que pauvreté, ce qui serait une bizarre inclination, mais en tant que miroir rayonnant, véritable réelle présence du Christ.
Puisque vous aimez les jolies phrases, Gérard Guest, je vous en propose une nouvelle, peu recommandable pour les oreilles d'un universitaire se piquant de grammaire mais qui s'est bizarrement imposée, telle quelle, à mon oreille : les livres de Martin Heidegger sont secs du Christ, et le R. P. Xavier Tilliette n'aura même pas eu besoin pour m'en convaincre d'ajouter quelque apostille à son très beau Dieu des philosophes où il développe la question de l'absence du Christ dans les livres et la pensée de Heidegger. Non, rien à faire, je suis un homme têtu : jeune étudiant j'avais déjà vu, si je puis dire, cette dramatique absence.
Si je n'ai jamais découvert cette trace dans les livres barbares de Heidegger, en revanche, au bout de quelques pages à peine, j'ai bien vu la face hilare de celui qui agitait ses grelots dans vos livres, cher Gérard Guest qui, à force de tenter d'appliquer la maxime de votre cher maître, il est urgent de ralentir, faites du sur-place, non sans avoir pris soin de vous immobiliser devant un bel étang à la surface bien lisse où vous pourrez commodément vous mirer : cette face, rayonnante du seul contentement qu'apporte, presque toujours, le tripatouillage du sacré, est celle de Narcisse, dont quelque historien des idées du futur sera tout étonné de constater qu'elle est parvenue à devenir la référence intellectuelle de ce qu'il aura peut-être lui-même appelé, sans se douter de son involontaire humour, le meyrono-haenélisme.
Du reste, je n'ignore pas qu'une des phrases mêmes de Ludwig Wittgenstein, extraite des Remarques mêlées (présentation par Jean-Pierre Cometti, Flammarion, coll. GF, 2002, p. 64), me semble s'appliquer idoinement au cas qui me semble être le vôtre, cher Gérard Guest : «Il est honteux de devoir se montrer comme une outre vide, qui serait simplement gonflée par l’esprit.»

Notes
(1) On se demande par quelle coupable faute d'inattention Gérard Guest a oublié de saluer les petits scribes pontifiants de la revue Sprezzatura, dont l'un des animateurs, signant Alexandre Gambler, n'est autre que le fils du professeur de philosophie. Certes, il y a peut-être plus de profit, lorsque l'on se veut un sage, à évoquer les noms de Pierre Legendre et d'Hadrien France-Lanord.
(2) Exercice d’un enterré vif (Gallimard, 1946), p. 46. Cette autre me plaît tout autant, sinon plus : «Toujours est-il que cette ruée du monde moderne vers le faux penseur, son extase devant de purs acrobates du verbe qui, du point de vue de l’idée, sont proprement le néant, m’inspire pour lui le plus profond dégoût», ibid., p. 35.

Réponse d'Alexandre Gambler.

RÉPONSE À UN CRÉTIN D’ANTISÈME


Paris, le 6 mars 2010

À Juan Asensio,

Pauvre con,

Tes premières amours (les monarchistes de la fin du XXe siècle, l’extrême droite en général, la frange la plus conne de Cancer ! en particulier) t’ont perdu depuis si longtemps et tu es si bête et si malheureux qu’il serait normalement inutile d’ajouter rien de plus insultant à cette première phrase. Mais j’aime l’inutile et pour tes archives, ou plutôt celles de ton réseau d’indics effondrées (indéfini féminin pluriel), avant de t’abandonner à ton triste sort de pleureuse de Satan ou de ce que tu appelles «Satan» dans tes soi-disant «livres» sans avoir en vérité jamais eu face à toi d’adversaire, je vais en ajouter quelques autres d’une extrême sincérité sur l’un de tes sujets favoris : les grands vivants et les grands penseurs de ton temps qui t’échappent très logiquement, puisque la grande vie comme la grande pensée t’ont également échappé dès l’enfance – et c’est la clef de tes délires.
Tu viens de publier un énième torchon sur ton weblog essentiellement fréquenté par de notoires mal baisé(e)s mais dont tu estimes pourtant nécessaire de signaler régulièrement l’existence – j’ai là ton pitoyable mail sous les yeux (1) – aux «animateurs» de la jeune revue Sprezzatura dont je fais selon toi partie, mais aussi à l’écrivain Stéphane Zagdanski qui n’en a selon toute probabilité rien à cirer, à L'Infini pour qui tu n’existes vraisemblablement pas non plus, c’est bien ton drame, toi qui aimais tant Sollers dans ta prime jeunesse, ainsi qu’aux Temps modernes auxquels tu rêves sans doute d’apporter ton immortelle contribution – hélas déjà démodée : le nihilisme ne t’a pas attendu pour s’efforcer de jouir de la mort supposée de toute littérature, pauvre nécrophile avarié.
Ce «texte» que tu viens de rendre public, prudemment intitulé Le miroir de pensée de Gérard Guest, est bel et bien le miroir où tu prouves une fois de plus que tu ne sais ni lire, ni boire, ni fumer, ni voir, ni écouter, ni sentir, ni goûter, ni probablement aimer, ni jouir, ni faire jouir, bref, où tu prouves une fois encore aux yeux de ceux qui prennent le temps, entre deux voyages incertains, un bon cigarillo et un bon verre de rhum dans les mains, d’analyser sourire aux lèvres deux pages de ta bile – que tu ne sais ni vivre, ni écrire, ce qui, pour ta gouverne, revient au même.
Tu abordes pourtant des faits intéressants dans ton kleenex. Par exemple, cette personne que tu rêves visiblement (tu rêves beaucoup) de pouvoir appeler «ton ami» – Gérard Guest – a bel et bien publié un seul et unique livre à ce jour : Wittgenstein et la question du Livre, c’est le cas de le dire. Ce livre, comme tu as l’inélégance de t’en réjouir haut et fort du fond de ta «Zone» qui est une risible insulte à la mémoire du dissident Andreï Tarkovski, a effectivement été «mis au pilon» (comme tu le recopies en tirant sagement la langue, lamentable chouchou du nihil), suite à telle ou telle débile manœuvre dogmatique dont (tu finirais peut-être par t’en émerveiller seul un jour si je n’accélérais pas brutalement le processus) tous tes chefs d’œuvre imprimés ont été jusqu’ici (et crois-moi, pour toujours) miraculeusement préservés – on se demande bien pourquoi.
La raison de cette tentative de destruction du livre de Gérard Guest est pourtant simple. Pendant que tes logorrhées hebdomadaires et celles de tes camarades cinéphiles-vampirologues ne menacent rien ni personne, et surtout pas le macabre dispositif électronico-métaphysique où tu t’enorgueillis de «disséquer» cet introuvable «cadavre de la littérature» (dans tes rêves, Herbert !), bref, pendant que tes chiures d’asticot t’aliènent sans doute les aliénés, irritent les irritables, inquiètent les inquiets, fâchent les fâcheux, t’acoquinent les coquins et remâchent effectivement, pour l’essentiel, des macchabées, pendant que tu tentes d’enfoncer des portes trop bien fermées pour toi (Sebald, Faulkner, Dante, Shakespeare, etc.), pendant ce temps, mais hors de ton temps, de véritables dissidents, de véritables écrivains, de véritables passeurs tels Kafka et Wittgenstein (que le malheureux Imre Kertész que tu cites a fort mal compris puisqu’il s’imagine qu’ils ont 1° trop réfléchi dans la vie, 2° été malheureux dans la vie, 3° que nous sommes tous malheureux dans la vie quand nous réfléchissons trop dans la vie) t’emmerdent tellement que lorsque tu en prendras véritablement conscience, et si tu en avais par malheur l’occasion historique, tu te réjouirais sans aucun doute de les voir brûler sur les places, calamiteux kapo français des Lettres.
L’écrivain Gérard Guest (2), cet auteur aux neuf dixièmes clandestin, à une époque où tu t’imagines visiblement, avec la paresse spirituelle qui t’est devenue coutumière à force de désespoir confortable, que c’est devenu parfaitement impossible, est l’un de ces véritables dissidents, c’est-à-dire quelqu’un qui, par exemple (et c’est essentiellement ce que tu lui reproches concernant ton cas particulier), ne s’assied pas à ta table de dissection virtuelle pour faire semblant d’autopsier des momies (Bernanos, Péguy, Bloy, etc.) qui, même plus lues, arrangent pourtant bien la politique et le programme de ton temps («Tout est faux, tout est pourri sauf moi qui le dis, par conséquent tout doit disparaître, sauf moi qui l’ordonne, et encore, qu’on invente une machine pour m’achever quand il n’y aura vraiment plus personne»).
Et c’est bien, pauvre lettreux sans lettres, si tu pouvais t’aventurer un peu plus loin que les deux premières pages dans Wittgenstein et la question du Livre, c’est bien cette dissidence obstinée d’un Sancho Panza de la philosophie («Il y a un seuil au-delà duquel un penseur en sait trop pour que ce qu’il sait puisse encore entrer ‘en un livre’»), cet humour entre les lignes d’un don Quichotte de la pensée («Il faudrait alors que ‘le livre’ s’ouvrît aux dimensions du ‘Monde’. — Ou que le monde devînt ‘Livre’»), bref cette humble aventure phénoménologique d’outsider à la Cervantès («L’économie, pourtant, peut être faite de ces deux ‘miracles’ – lorsqu’ils se produisent à la fois»), c’est bien ça qui, chez Guest, je répète à dessein l’expression, t’emmerde. De même que t’emmerdent tous ceux de l’époque dont tu pressens obscurément qu’ils pourraient te faire regretter, si tu connaissais de loin en loin quelque instant de lucidité salutaire – bref si tu savais te taire pour lire – de n’avoir pas su toi-même devenir un réfractaire au complaisant nihilisme des boursicoteurs satanistes, des nécrophiles et des assis, bref des serviteurs virtuels de l’Occident qui occit.
Mais laissons décidément les questions politiques. Entre Immédiatement, Nunc et Valeurs actuelles, serviteur surmené du vide, tu as tellement tourné sur toi-même, chronomètre du néant, qu’il n’est pas étonnant que tu aies fini par perdre de vue que ton nihilisme verbeux, ton fascisme virtuel indécrottable (ton philosémitisme électronique à la Dantec servant avant tout à justifier tes ridicules appels à la guerre sainte contre «l’Islam» et à faire haïr Israël par tes hystériques lectrices) ne pouvaient plus tromper Personne.
Je vais te poser une question littéraire toute simple, puisque tu détestes les phrases complexes : Quelle est, Juan Asensio… S’il te plaît, Asensio, redescends un peu sur Terre… Non, lâche un peu ton satané miroir... Bon, tu écoutes ?… Dix secondes, allez… Si ça se trouve tu en es capable !… Respire… Détends-toi… Oublie cette histoire du Christ et de Heidegger que tu as peut-être toi-même inventée dans tes pires cauchemars, va savoir ?… Voilà… Ça va mieux ?… Alors écoute bien… Quelle est, Juan Asensio, quelle est la différence littéraire fondamentale entre un «Gérard Guest» et un «Juan Asensio» ?

Alors ?

Mais non, Asensio, pas d’inquiétude, je ne te demandais pas de chercher la réponse pour de vrai… Tu risquerais de te couper très fort ! Je vais te donner la réponse directement pour t’éviter une dissection particulièrement douloureuse, pauvre zombi. C’est pourtant simple, mais malgré tes prouesses interprétatives passées, présentes et futures tu ne t’es pas encore rendu compte que pendant que Gérard Guest s’entoure (des livres) d’acrobates du verbe qui ont fait hurler les nazis (tu reproches à Heidegger rigoureusement ce que les SS lui reprochaient en le comparant… aux talmudistes, inénarrable ignare), tu t’entoures d’hypocrites nazillonnes qui feraient beaucoup sourire lesdits acrobates si ces derniers n’étaient pas déjà très occupés à survivre littérairement, c’est-à-dire physiquement, dans ce monde réel, là, derrière toi, ce monde que tu ignores et que tu sers d’autant mieux et qui hait par dessus tout, pêle-mêle, pour les siècles des siècles, les saints taoïstes, les derviches tourneurs, les medicine men, les mentôs, les talmudistes et… les heideggeriens, bref les jouisseurs du temps, des choses et du verbe dont le plaisir t’horripile tant !
En parlant de t’horripiler… «Alexandre Gambler», tu tombes à pic, crétin ascensionnel, s’apprêtait à disparaître de la circulation littéraire avant même d’y avoir mis les pieds, appelé par d’autres activités encore plus susceptibles de déplaire aux couards de ton espèce. Tu tenais visiblement beaucoup à faire sa connaissance (virtuelle bien entendu, dans le monde réel ce serait périlleux pour ta gueule de constipé du cervelet) depuis le temps que tu poursuis la revue Sprezzatura de tes pitoyables assiduités (3), et que tu m’avais nommé dans l’un de tes billets dégoulinants de jalousie absurde, moi, en particulier (4), dans le touchant espoir, comme beaucoup de vierges folles, que je m’occupe un peu de toi, à seule fin que tu existes un peu.
Eh bien réjouis-toi, Juan Asensio. Désormais, tu existes. Tu as été l’avant-dernière occasion pour l’obscur et joyeux Alexandre Gambler, saint taoïste moderne, derviche tourneur moderne, medicine man moderne, mentô moderne, talmudiste moderne, heideggérien de gauche absolument moderne, de démontrer en quelques lignes à qui sait lire que ceux qui, comme toi, haïssent les signes – les signes s’en amusent.
Rôtis bien dans ce qui te sert d’enfer avec ce qui te sert de satan, polyphème crétin d’antisème. Je te laisse bien sûr le Dernier Mot, toi qui l’adores. J’ai maintenant, excuse-moi, d’autres îles où dîner – en silence – et en musique.

Salut.

Notes
(1) De : juanasensio@hotmail.com à : parolesdesjours@free.fr, revue.sprezzatura@free.fr, infini@gallimard.fr, temps-modernes@gallimard.fr: «Bonjour. Narcisse se contemple dans le beau lac de la Zone : http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/03/02/le-miroir-de-pensee-de-gerard-guest.html. Salutations.» [5 mars 2010, 10h52]
(2) Oui, mon père, entre autres, puisqu’ON te l’a confié comme un secret d’État longtemps avant que ton cerveau moisi d’envie pût faire seul les connexions nécessaires à cette époustouflante déduction et manquât subséquemment disjoncter à l’idée qu’un père puisse avoir un fils et un fils un père, toi qui n’as probablement accédé à ce qui te sert de conscience qu’à Lyon III, de la douteuse rencontre sur une table de cours de gestion d’une raclure de bidet et d’un tract du «Grece».
(3) «Bonjour. Étrange qu'une revue ayant tout de même quelques affinités avec la bande sollersienne…» [25 novembre 15h16], «Mais vous n'avez pas assez creusé les arcanes de ma pourtant toute petite remarque hélas…» [25 novembre 23h04], «De grâce, de grâce, je suis un être fragile, ne me menacez point de m'envoyer votre érudite (gageons-le) et belle (espérons-le) amazone, je suis un angélique pas même docteur», «Bien cordialement mes jeunes loups (et louve) et ne vous égarez point dans les marigots avant que j'aie décidé de me mettre en chasse, d'accord ?» [26 novembre, 15h00])
(4) («dans une nouvelle revue aux patronages alléchants et à la philosophie vague, crypto-nietzschéisme à prétentions résolument heideggériennes et christiques, Sprezzatura dirigée par de tout jeunes futurs grands paraphraseurs, dont un certain Alexandre Gambler, évidemment un nom de plume derrière lequel se cache un meyronno-haenolo-sollerso-guestion de très stricte obédience…» [30 novembre 2009])