Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Au-delà de l'effondrement, 21 : Je serai alors au soleil et à l'ombre de Christian Kracht | Page d'accueil | L'art de naviguer d'Antonio de Guevara »

24/05/2010

Les sommes dolentes, par Hector Jalmich

Crédits photographiques : Lee Jin-man (AP Photo).


De qui se souviendra-t-on et de quoi ? Des premiers cris d’Onfray de Roudinesco, de la réfutation qu’elle fit suivre ? De la rodomontade d’universitaire populaire, une paille, du prof païen ? Ou bien de l’Inconscient, cette somme des refoulés, l’invention d’un certain Sigmund, ajoutant une énième blessure narcissique, à la suite d’un Copernic, d’un Darwin, précédent à peine, celle, ultime, d’un Adolf, à laquelle la résistance même, contemporaine, n’a hélas de cesse de s’identifier ? – je reviendrai sur ce dernier point; si ma mémoire est bonne c’est Steiner qui nomme la 4e blessure narcissique, cela reste à vérifier.
Qui veut la peau de Sigmund Freud ? Ils furent nombreux; et le sont, ceux qui voudraient endosser le costard XXL de celui-là, ou qui le quittent, le narcisse regonflé, prêts à grenouiller, à se faire en manigances, ces enflés, aussi gros que des boeufs.
Autant le dire d’emblée : qui prétend qu’il faudrait avoir lu le livre du philosophe pour en critiquer l’entreprise ne sait pas de quoi il parle ni ce qu’il dit. Pour l’écrire en langue courante : le prétentieux n’est pas du tout aware. Mais alors pas du tout. Au courant de rien. Pas même des courants. Ou bien l’autre, feint de les ignorer, ces obscures comportementalistes cognitieux de la PNL, de la Transactionnaire aussi, pardon Transactionnelle ou je ne sais quelle americânerie sectaire de rebirthing Cassandres à s’arracher les tifs qui prétendent lire dans les cendres ou jouent les pré-cognitifs.
Voilà le portrait : marin d’eau douce en haute mère, c'est-à-dire assurément oedipien mais se crevant les yeux devant le meurtre impossible d’un spectre, celui de l’histoire plus encore que d’un Laïos fantôme, fantasmé, en Hamlet en somme, obsédé par le meurtre du père ou d’un beau-père, ce qui revient au même, hanté par la statue du Commandeur, dans un royaume pourri pas même du Danemark, rêvant de moulins à vent qu’il est cherchant des châteaux en Espagne.
Qu’est-ce à dire ? Que la question émise au début de ce texte ne se pose pas. Évidence. L’histoire a d’ores et déjà retenu ceux-là, Galilée, Bruno, Copernic, Newton, Voltaire, Pascal… et Freud.
Que le philosophe jalouse la place de la psychanalyse et parfois celle du psychanalyste est aussi, à la fois un fait historique, i.e. connu, et de récente actualité. On se rappellera tout de même d’Onfray se faisant l’analyste terrifié dans Le Monde (2007) du patient Sarkozy, la mise en garde ébouriffée, psychologisante… à souhait ? Le psychosophe nous avertissait, y advertissait, plus que la Roudinesco. Ce qui est assez comique. Car s’improvisant à l’époque socio-psy marxo-freudien de tendance Marcel Mauss costaud, l’on pouvait reprocher aisément à son témoignage de pouvoir être donné à son personnage en leçon par son argumentation même : Nicolas refusant de Michel un cadeau qui n’était pas de soumission mais la marque ontologique avec du méta quelque part du don, notre psycho-anthropologue improvisé, cet Hamlet, au final de la scène par lui décrite, ignorait de celui-là le contre-don, en vilain petit hypocrite. Quelle leçon !
- Attention au Sarkogénisme !, criait-il. Le candidat a cherché à m’humilier dès le départ moi qui venait à ce rendez-vous méfiant parce qu’avisé et serein partant, j’avais apporté des bonbons, des bonbons je suis tellement bon, mais il me les a cassés, ça m’a remonté tout le paquet, j’ai plus voulu lui en donner, ni partager les siens qui de toute façon on le sait bien sont immangeables. Et attention au Sarkogénisme… Moi qui vous parle…
Voilà : plouf plaintif, ça tombe à l’eau, et le reste. Qu’on apporte un nez rouge de Muray pour Onfray le triste sire, il l’a bien mérité.
Revenons à nos mutins, donc. Il faut faire l’addition.
Chacun peut s’essayer, la veste d’un autre. Lorsqu’elle est trop ample il est inutile de vouloir la déchirer pour la raison qu’on est incapable de l’endosser et partant de la froisser.
Las ! Il n’est ni gendre de Marx, cet hédoniste médiatique peu paresseux lisant Proudhon, ni même un quelconque neveu de Freud, de Durkheim ou la fille d’un Lacan. Pas Lafargue plutôt Hamlet, disais-je, celui de Kaurismäki, «goes business», plus qu’un peu raide, rictus nerveux, adolescent d’un âge avancé, comme on imagine si cela est possible un puceau vétéran, peureux et arrogant, qui ne va pas au bout de sa psychothérapie. Car à bien l’observer sur les plateaux de télévision, outil de la représentation du Spectacle aujourd’hui plus encore que de la propagande politique – ne voyez là qu’une piqûre de rappel –, il lui ressemble notre philosophe de plateaux, au character, en la détente fausse qu’il affecte, avec en sus un petit côté lorsqu’il se gausse, infect. Onfray n’a plus d’humour ou n’en a jamais eu, qu’importe, il n’en a pas. L’ironie acerbe de Freud d’une dédicace à Mussolini, il en fait, le cite-t-on, l’indice voire la preuve d’un pacte avec le diable.
On l’imagine peu rire à gorge déployée, comme il écrit, ce monsieur qui ne monte à Paris que lorsqu’on l’y invite – c’est dire le besoin de reconnaissance de celui qui peine à réellement fuir les bas honneurs médiatiques où ses vanités l’ont élevé; il n’est certes pas victime d’ostracisme puisque, précise-t-il en toute modestie : l’on pourra lire ses entretiens, visionner les émissions de télévision, écouter ses conversations radiophoniques à défaut d’assister à ses séminaires populaires… il oublie : rechercher, traquer, comme les Sherlock qu’il nous suppliait de devoir devenir autant qu’il défiait ses détracteurs en plateau de pouvoir la trouver, l’énorme coquille (1) qui révélerait que l’on ait lu son énorme et crépusculaire coquille de n pages ! Ah ! BHL en sus. Zelig raté ! À rebours. Plutôt le zigue glaise, golem informe. L’autre à jamais éradiqué, comme un enfant mort né dans un meurtre intra utérin. Juste une image. Atmosphère.
Je note une fois encore que les arguments qu’il utilise contre son adversaire peuvent lui être renvoyés, jusqu’à sa propre conclusion. Quelle leçon de rhétorique ! Magister en poche et chaire en bandoulière. L’on peut comprendre que si mal servie l’on peut fuir l’école comme l’a toujours fait le mauvais enfant. Le bon élève suivra, lui, la voix de mauvais maîtres.
Pour lui, il n’est pas question de répondre, ce qu’il fait pourtant, d’une réponse qui ne sait pas répondre. Pas question de répondre, pas question de montrer, pas question de révéler le mépris, flûte c’est fait, pas question de tourner le couteau… dans quelle plaie ? Ni encore de montrer son nombril, mais le voilà, ni de préciser une précision dont il ne saurait nous faire grâce. Autant de dénis qui viendraient confirmer de leur forme attentionnée, hédoniste s’il en est, on suppose, son amour du dialogue… sa haine des pédophiles, que sais-je, son amour des tristes gay prides et quoi d’autre ? Son amour de la psychanalyse peut-être ?
Oh mais suis-je bête ! Ces dénégations sont de l’humour. Un méta humour de dénégationniste insulté, d’insulteur contrit et pincé plus que piqué au vif. Pas question de passer à la question pour l’arroseur arrosé.
La pédophilie littéraire de Daniel Cohn-Bendit faite par le philosophe blogueur plus que blagueur, littérale, ne serait pas bonne à rappeler (page douze de R donc) ou même à dénoncer. Pourtant comme torsion du réel… ! Comme traîtrise de la part du candidat démocrate aussi, eu égard au seul soutien, à la seule médiation qui lui fut proposée dans l’entre deux tours… minable exactement (2).
Ce n’est pas l’Onfray qui mit Bayrou devant le miroir de la démagogie politique, inique. Ce fut Régis Debray qui le fit, le guévariste réformé prêtant plus d’attention à l’agrégé de Lettres passé, que ce dernier devenu Candidat n’aurait peut-être jamais pu le penser à défaut de l’espérer; celui-là se faisant juste mais sévère avec celui-ci sur le plateau TV de France3 n’a cure en effet de surfer sur l’idéologie de l’époque pour se faire mousser. Là où l’homme d’action averti laisse en paix l’intellectuel, mais encore et toujours curieux de l’animal politicien.
Du bon côté de la barrière festiviste délétère, voilà où il est bien, l’Onfray, lui. Avec tout plein de ses ennemis réac c’est vrai, hélas mauvais lecteurs de la post histoire pénaliste, c'est-à-dire n’en faisant qu’à leur tête, si persuadés qu’ils sont de l’avoir bien faite.
Avec Onfray exit l’humour noir, tout doit être au premier degré et propre. Avec Onfray plus d’Oedipe, exit Sophocle, exit l’histoire, le réel et le mythe, l’illustration, la tragédie, Shakespeare, combien d’autres à renfort de livres noirs ? Hitchcock, Richard brooks et Tennessee Williams, Woody Allen et même Cavani et les contes, pas de Marnie ni de Big Daddy, pas de Portier de Nuit ? Non la liquidation n’est pas encore totale, bien que totalitaire, déjà en marche.
Un qui a de l’humour ? Moretti, qui dans son «Sogni d’Oro» s’interroge à propos de Freud… il padre della psicoanalisi, che vive con la madre… (bis), fait-il répéter inlassablement à son personnage, un cinéaste de gauche à comédie musicale maoïste qui vit chez sa mère et la bat.
Une armée de Roudinesco ne s’est pas levée. Et pour cause, Nanni Moretti n’ignorant rien de ce qu’il doit à Freud, de ce qu’il est lui-même, en l’autre se mirant, de ce qu’il peut être; il reconnaît son reflet lorsque l’imbécile aux alouettes de la polémique fait le singe devant le miroir de l’histoire et moque celui qu’il y voit croyant que c’est un autre, qu’il est autre.
Le grimaçant contemporain aux nécrologies procédurières est un curieux narcisse qui, en l’espèce, captivé par son reflet, peu à l’écoute de ce qui l’entoure, ignorant de facto le reflet de son présent dans le miroir du passé sur lequel il n’a de cesse de noyer ses yeux irritables, partant est incapable de se connaître, de connaître son temps, il ne peut que fantasmer le présent, et le passé insupportable qu’il scrute est par trop étourdissant, éclaboussant, aveuglant, pour cet hominidé de Caverne pour un philosophe de casernes.
Je vais tâcher de ne pas parler de psychanalyse ou de Freud, d’autres plus experts s’en sont, utilement peut-être, chargé. Mais sur la sexualité enfantine et ses perversions l’on pourrait avancer sans peine Rousseau en ses Confessions, les fessées et les peignes cassés de Madame Lambercier. Sur le clitoris, pénis rabougri, Simone de Beauvoir et son vagin dentée, une misogyne s’il en était… soupçonnerait-on comme l’on f’rait un devoir de se le faire l’Onfray.
Mais quelle portée peut avoir le souci d’E. Roudinesco, son inquiétude sans doute légitime, sa réfutation, qui atteindra-t-elle ? Son propre public. Celui du monde psy. Ceux qui savent.
Mais la torsion du réel, cette révision du passé, la condamnation constante de l’histoire, cette spécialité dont s’est fait l’Homo Festivus d’en exhumer les cadavres pour assouvir son envie de pénal comme l’a décrit Philippe Muray dans ses Après l’Histoire I et II ?
La réfutation, aussi précise puisse-t-elle être, est un aveu, celui d’un échec, ou plutôt le maigre pansement sur les effets secondaires d’un traitement de la mémoire, une cure dont l’époque s’est faite plus qu’un souci, un devoir, comme l’on sait.
Ceux qui prétendent faire le monde ne peuvent pas plus se regarder dans le miroir de l’époque que l’idiot peu ravi. Comment le pourraient-ils ? Ils s’y découvriraient par trop invraisemblablement laids, le cœur lâcherait. Leur lâcheté n’est qu’un réflexe immunitaire.
L’époque qu’ils ont construite se retourne contre eux. Plus jamais ça et devoir de mémoire ont été leurs slogans, comme des symptômes, des signes avant-coureurs du totalitarisme idéologique victimaire à venir, présent, qui ne pouvait que se construire à l’image de l’humanoïde contemporain, de ce qu’il détestait le plus, lui-même. La quatrième blessure narcissique, l’ultime, pointe le bout de son groin. Après la Shoah, d’autres génocides de l’Est au Sud qui la suivirent, systématiques et parfois administrativement orchestrés, après Hiroshima aussi, comment vivre ? Comment ne pas se détester l’humain ? L’on peut y réussir : on remerciera Chaplin et Carné, Baudelaire et Véronèse, Nerval, Gaudi, Gillespie et Parker, Mozart, Bacon, Soutine, Proust ou Céline, on regrettera Le Corbusier…
Mais non il faudra les remercier à la sauce contemporaine, une fête des morts, les congédier. Pour devenir festif, participer à la grand’messe égalitariste précautionneuse par principes à risque zéro.
Parce qu’il s’agit d’en finir une bonne fois pour toute, n’est-ce pas, avec le passé, avec le mal et le mâle et le sexe de Freud, cet horrible libidineux personnage, l’Histoire.
En officier du nouveau culte impérieux, lui-même peu chaste mais assurément bigot de la marchandise, de l’économie de marché, le Citoyen participe hâtif se fait un agent du Festivisme ou du Spectacle, qui peuvent revêtir une allure évidemment tout à fait austère avec un penchant létale comme l’avait bien sûr comprise l’ironie de Muray. Muray, en voilà un qui selon la leçon de Debord échappera aux gouffres médiatique et statistique de la Machine.
Le devoir de mémoire ! Faut-il que nous soyons devenus, ayons été, si oublieux ? Exactement; hélas. Atrocement. Nécessairement, peut-être. Inéluctablement. Au risque de n’avoir plus foi en rien. Or pour parvenir à oublier l’inoubliable, l’insupportable, il fallait, c’était fatal, s’en faire un devoir, celui d’éradiquer partout le mal, mission improbable, de traquer la bête en chacun, en tous, morts ou vifs, la faire revivre, la ressusciter pour l’offrir à Vindicte et Supplice, passer de l’utile réparation à l’inique et vengeresse accusation perpétuelle, pour tenter d’échapper à l’immonde, un monde où désormais nulle catharsis n’est possible. Châtions, châtions nos expressions et que la langue, la pensée, expie tous nos maux.
Si le devoir de mémoire est le symptôme d’une civilisation en fin de vie qui a conçu la volonté d’oublier qu’elle est déjà passée aux Enfers, un plus jamais ça, répétitif, à toutes les sauces, pour un accident de la route par exemple, est quant à elle, devenue l’expression galvaudée la plus vive d’un refus du réel. Plus jamais ça. Cela signifie aussi plus d’utopie (l’Europe passée condominium plus que devenue pays, de fait sans langue propre, sinon le globish, langue de transactions commerciales, langue marchande), de l’indifférencié ou de l’indifférenciel (clonage ou confusion des genres pour exemples), mais surtout, plus de refoulé : le tout à l’ego contre le surmoi en même temps qu’un plus tout à fait ça qui ne saurait être pourtant tout à fait autre.
La France a vu naître la génération la plus œdipienne que jamais Sophocle eut pu imaginer. N’ayant pas connu de guerre sur son sol, profitant des fameuses trente glorieuses, cette génération plus que spontanée, pour la dire activiste, eut l’arrogance de condamner ses pères mais aussi l’Histoire en instruisant de manière systématique le procès du passé, n’ayant de cesse d’écarteler ses membres. L’Histoire au supplice de la roue, prenez vos billets, il y en aura pour tous, écolos gisants ou colériques, tradis qui sont nés quelque part et natios de régions, philosophes de basse extraction ou universitaires de haute volée, athées et croyants, pour tous.
Puis elle se chargea de nous éduquer, ce que nous méritions sans doute, handicapés que ses sociologues nous décrirent, tels qu’elle nous avait fait, amputant de nombreux autodafés notre mémoire. Ha ! Il est pour le moins curieux de la voir s’étonner, cette « génération », de l’hygiénisme que son arrogance a fini par produire.
Et comme si cela ne suffisait pas, hygiénisme aidant, ses Jocaste et Laïos vieillissants en bonne santé, s’attellent aujourd’hui à éduquer nos enfants, de peur que nous les accusions, qu’ils les accusent, comme disait il y a à peine deux ans le titre d’un énième reportage… surfant sur le sécuritaire… planétaire, global.
Me voici à présent devant une Jocaste Roudinesco, un Œdipe d’Onfray, Laïos n’existe pas plus que dans un film de François Ozon, Sigmund est mort, Freud vit.
Dans sa réponse Onfray le pas misogyne du tout, hystérise sa « partenaire », dite ainsi puisque d’un titre qui n’est pas celui du papier de l’ancienne stalinienne, comme il la nomme ce marxiste… peu léniniste, disons à tout le moins peu lénifiant, il fantasme que notre Jocaste
aurait construit le désir de le chevaucher, grand R sur petit O. Le procédé n’est pas nouveau. Qui me souffle le nom de Staline ? Un journaliste sans doute. Décidément. Il y a toujours un journaliste dans l’avion.
Onfray croit, dit-il à l’histoire, je cite, «à la dangerosité de la légende». Le légendaire c’est l’histoire, une part d’histoire est de légende.
Nous l’avons compris d’un Philippe, pas Sollers pour le coup, mais Muray, tel-quelien aussi d’ailleurs, chère Jocaste : il s’agit pour l’époque d’expurger le mal de la légende, de l’Histoire. A ce titre, tous sont légitimes, Taubira ou Bayrou avec Royale. Pourquoi pas Onfray dès lors ?
Au-delà de la légende familiale et de la psychanalyse. Exit l’histoire, la chanson de geste, la valeur des mythes et bien sûr, « à Dieu ne plaise », quelques textes fondateurs, qui sait ? Pas Onfray, manifestement.
Le type ignore comme son adversaire qu’a lieu la révision constante en ce 4e Reich éternel dans lequel l’antisémitisme se répand de l’extrême gauche à l’extrême droite; un antisémitisme qui n’est d’ailleurs plus tout à fait seulement aux couleurs de la France, ni à celles de l’Allemagne, pas «pur porc» comme le dit JJ Moscovitz (revue «psy actuelle»), qui sait pertinemment d’autre part que celui-là a pu et peut être hallal ou casher. (Du grand Mufti de Jérusalem à Otto Weininger pour exemples connus.)
Pourquoi faut-il oser le terme de 4e Reich ? Parce que notre époque se construit en miroir du plus grand trouble qu’elle ait connu, son idéologie et sa politique. La génétique ayant pris le pas sur l’éthique il ne reste que la gêne, celle du biologique. Pas le Moi. Ni la ratio. Le cauchemar. Celui de la ségrégation, l’ancienne et la nouvelle; un testament, un évangile. De la place marquée du handicapé, ancien invalide, dite personne à mobilité réduite par la novlangue, à l’homo génétique contemporain qui ne se donne plus le choix trop occupé qu’il est à réclamer des droits, en passant par les cellules souches et l’utérus artificiel, l’insémination éponyme et le clonage à venir, la mécanisation du biologique et la nanotechnologie.
Le point G est devenu celui de Godwin, l’avocat. Un symptôme et un masque. Le nom d’un symptôme, c'est-à-dire l’observation connue que dans les conversations (sur le net ou irl, in real life, celle-ci dite comme irréel par celui-là) finit par advenir la référence aux heures sombres de notre histoire comme c’est écrit dans les canards, l’argumentum ad hitlerum, dit comme sur le net.
Un masque qui se décline en points donnés, afin de discriminer ad odium, puisque les distribuer revient à signifier à son interlocuteur qu'il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin, à savoir : plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s'approche de 1.
Cette loi est un masque, une auto censure qui ne veut pas prendre la température. Bien que ce bon vieux Mike ne puisse être accusé d’antisémitisme, l’on pourrait aisément lui reprocher son somnambulisme, celui dans lequel sa loi plonge l’imbécile l’appliquant. Ne pas comprendre que le systématique plus que le probable de la référence fait symptôme, voilà le problème. Une négation du travail d’un Barthes, d’un Reich, d’un Klemperer. De celui d’un Freud aussi. Un négationnisme car voilà la référence de notre époque : le programme du troisième Reich, éternel. Plus jamais ça, n’oublions pas. Peau de balle, ça continue. Toujours ça qu’il faut rappeler. Et ça continue sous toutes les formes que le monstre peut revêtir; ici et là bas, pauvre Yannick Noah; notre tombe d’Adolphe n’est pas la boîte de Pandore.
Toujours ça qu’il faut rappeler, c’est dire, crier : - Reviens ! Ça, ne nous lâche pas. Comment pourrait-il en être autrement. Nous ne vivons pas avec nos traumatismes mais pour et par ce traumatisme, sur lui constamment, en lui.
Toute philosophie contemporaine qui n’a pas compris cela ne peut in fine que produire du masque, ajouter au vide.
Des voiles ont été levés, du SOS Racisme/SOS baleine de Baudrillard à l’homo festivus, touristus, de Muray en passant par l’économie de marché, ancien nouveau paradigme étudié de Bourdieu, du fascisme de la langue de Barthes au novlangue contemporain, peu avare de superlatifs tout autant que pratiquant l’euphémisme avec pour figure rhétorique l’oxymore… entendez-vous le son du cor ? L’occis mord. Il n’y a pas de résurrection. Il faut parler de damnation. Nul n’est besoin d’être croyant pour le comprendre, pour le voir. Nul n’est besoin de ne pas l’être pour le savoir. Le crépuscule paraît protecteur lorsque la lumière, si parfois elle aveugle, nourrit. Pour sortir de la nuit il va falloir affronter la dangerosité de la vie, à nouveau. Se prendre un bon coup de soleil noir et poursuivre en compagnie de ses mélanomes sans prétendre à leur excision, au risque de les voir revenir plus envahissants.
La faute de l’abbé Onfray est d’être un mauvais fils. Le jugement critique a d’ores et déjà été aboli, avec l’aide d’un Chomsky, entre autres. Quant au sens de la responsabilité, que l’on présente à chacun la douloureuse. Mais il ne s’agit plus de la faire payer, il s’agit d’en finir avec le festin cannibale, il faut entamer la lourde digestion, comme la nature digère petit à petit les bâtiments du camp d’Auschwitz. Nous, pauvres enfants de la Shoah, nous tous, ses survivants, marqués dans et sur la chair ou seulement dans l’âme, nous les enfants de la bombe qui menons nos existences précaires sur le tapis de cendres de l’histoire, devrions ne plus supporter de payer l’addition. Ces temps sans pardon ne mènent nulle part. Il ne s’agit pas d’oublier, il nous restera les livres d’histoire, les documents et les archives, la parole recouvrée et le sens. Il ne s’agit pas une fois encore comme le prétend le slogan contemporain de redonner du sens mais bien de le retrouver, plutôt que d’en donner un nouveau, chimérique. Si tant est que nous désirions subsister. L’envie voire la volonté de disparaître ou bien de tout liquider, la pulsion de mort dirait le psy, l’impossibilité morale de se reproduire qu’exprime Onfray cité par Roudinesco, l’absence de désir, la future biotechnologie ou le naturalisme grégaire global tendant à mettre l’amoral au dessus de l’homme en l’animal, la culpabilité contemporaine qui n’a en fait plus rien de judéo-chrétienne, d’ontologique, décrite parfois coloniale, le naturisme de masse se substituant à la nudité honteuse… des photos de manifestants nudistes on devine la lourde, létale et atavique fascination… le Marché, la culture bio-tech… le lexique rapetissant, la liberté de parole pour autant – celle-ci plus préoccupée d’euphémismes (non voyants et personnes de petites tailles pour exemples connus de la novlangue) que de liberté, sous l’occupation de superlatifs constants (de la très grande bibliothèque de l’ancien Vichyste de gauche à n’importe quel autre mode promotionnel d’une quelconque marchandise), la perte des symboles au profit des simulacres jusqu’à la vente du patrimoine… et j’en passe, tout dit le contraire, hélas. Ce fascisme qui vient… titrait il y a une dizaine d’année Julliard… il est là.
Le fascisme est notre condamnation babylonienne, notre cancer. Le ver est dans la langue. Le virus a muté. La tumeur a grossi développant à distance ses métastases physiques de formes et de fond. Les expiations en série ne sont d’aucun secours, les condamnations pas plus, excuses et réparations de maigre consolation, il n’y a pas de rédemption. Troquer le xénophobe pour le xénophile n’a eu aucun sens sinon celui d’enfoncer le clou de la disparition. Tombés de Charybde en Scylla en somme, tyrans à hue et à dia, incapables de virer Debord et le Spectacle continu qui nous sonne… gageons que nous soyons capables d’y mettre un terme : rideau !

Notes
(1) Curieux défi lancé par Onfray sur le plateau TV de FOG.
(2) Minable, vocable de DCB répondant à FB sur plateau France 2 d’Arlette Chabot.

Commentaires

Superbe article. Superbes images. Quatre lectures nécessaires pour ne serait-ce qu'approcher tout ce qu'il dénonce, implique, réplique. N'ayant pas grand chose, pour le moment, à ajouter sur , je me contenterais d'écrire quelques mots sur Onfray, symptôme parmi tant d'autres de la honte du passé qui gangrène l'Europe, qui ne se voit décidément que des défauts et décapite ses bases, Onfray, porte-voix de la haine de soi, puisque, que l'idée nous séduise ou nous débecte, nous sommes l'Histoire, nous sommes trente siècles de civilisation, de saloperies, d'échecs, de ratages, de sublimations, et si nous sommes la Renaissance et les Lumières alors nous sommes aussi le IIIe Reich et Hiroshima. L'Histoire n'est pas un supermarché où chacun repart avec son caddie. Certains pensent qu'ils ne sont pas responsables de telles horreurs ? Bien. Oui, moi non plus, je ne me sens ni coupable ni responsable, pas à l'aise dans le costume d'héritier des fumistes, nihilistes, communistes, socialistes, intégristes, atomistes. Je ne me sens pas en lignée ni alignée avec les tarés de toute espèce, les barbares riant encore lorsque leurs bâtons frappent un corps dont ils ont déjà supprimé tout espoir de survivre, qu'ils ont déjà effacé des mémoires ou de la vérité (cf. Anne-Lorraine Schmitt), coups dont ils se foutent comme d'un simple frappé de ballon, et pourtant...

Devoir de mémoire, donc. Devoir d'écolier à rendre propre comme il faut, sans ratures, sans improvisation, sans faire perler de l'encre noire sur les marges et sans oublier – tiens donc – de s'en tenir à la mémoire qui ordonne de nous enterrer dans la tombe de la honte et de n'en ressortir que lorsque nous aurons fait pénitence d'une faute que nous n'avons pas, moi, mon frère, mon père, ma mère, mes amis, mes futurs enfants, commise. Rendre hommage aux victimes de la Shoah. Bien. En oubliant au passage de faire de même avec les victimes des purges staliniennes, comme si le communisme n'était pas aussi meurtrier que le nazisme, comme s'il avait, lui, des circonstances atténuantes, celles, peut-être, d'avoir été un projet raté, ayant droit à l'erreur, alors que le national-nationalisme... Rendre hommage non parce que victimes nous aurions tous pu l'être, parce que nous pouvons tous l'être et que nous le serons dans un proche avenir, ou nos arrières-petits enfants qui nous trouveront bien curieux, mais parce que, dit-on, nous sommes tous des bourreaux en puissance, un jeu télévisé nous le rappelle à la suite des Exécuteurs d'Harald Welzer, et donc nous avons tous un holocauste potentiel dont nous repentir à l'avance, une paille dans l'oeil non à s'arracher mais à s'enfoncer encore plus loin, que le sang coule jusqu'à nos lèvres goûtant amèrement le fruit de nos peurs, frustrations, blessures, lâchetés, violences dont on a si frénétiquement peur qu'à la moindre incartade morale on fonce au rayon « développement personnel », ou vers Onfray par exemple, ou encore au cabinet psychiatrique le plus proche, ou celui qui accepte la carte vitale, se faire respectivement dire, avec un art étonnant de la contradiction, que pour mieux être, il faut mieux se montrer et s'accepter (bon début, la haine de soi étant un cancer mutant comme l'avait bien compris Thibon, mais on n'assume que ce que l'on comprend et...), faire table rase de tout ce qui a un sens et se pâmer plutôt dans la merde, que tout n'est-ce pas vient de l'enfance, enqûete qui au moins le mérite d'avoir un semblant de réalité, mais qui est loin de tout expliquer. Kershaw le montre dans Hitler, traumatisé par la Première Guerre mondiale et qui a cherché quelque secours auprès d'un système idéologique en béton armé, sans porte ni fenêtre, un bunker duquel on ne sort plus (et en est-on d'ailleurs sorti ?), un mode de vie, ayant la vertu de donner quelque sens, même contrefait, même fou, même assassin, à un monde impossible à comprendre, les signes ayant été dispersés on ne sait trop où, un monde dans lequel il ne faut surtout avoir d'ennemis ni de référents, un monde où on n'agit pas. Il n'a pas été battu par ses parents, le pauvre chou, il n'a pas eu de mauvaises notes en classes, il a décidé d'être le Surhomme inversé de Nietzsche parce qu'il avait des envies de grandeur, parce qu'il était, oh, aussi narcissique que moi et qu'on ne voulait pas voir de ses sales tableaux dans nos galeries d'art ? Soyons sérieux. Il est devenu ainsi parce qu'il n'y avait déjà alors plus grand-chose à faire et que pour changer le monde il fallait le réduire à néant et tout recommencer. Ce qu'Hitler a fait avec ses tanks, ses camps et ses discours, car il a réussi plus qu'on n'ose le dire, rendant le monde à la fois encore plus simplet et polymorphe, les gens comme Onfray le font avec leurs vomissures, bien qu'eux, amateurs de discours mais incapables de transformer la vie, finiront dans le siphon de l'histoire. Et de quelle enfance encore parlent-ils ? Celle de l'étudiant Flacelière, matricule 2004568, 25 ans, 1 mètre 79 pour 65 kilos, yeux verts, pénis circoncis, celle de Micheline ma voisine ou de celle du monde contemporain, celui que nous purgeons sans tirer la chasse une bonne fois pour toutes ? De là à ce que les égouts débordent, refusant nos saumâtres poussées, nous n'aurions rien appris que nous ne savons déjà : que le pire est à venir, qu'il faut se débarrasser de nos peaux mortes pour muer enfin et se préparer à une catastrophe éternelle, à ce Reich de mille ans qui en fin de compte viendra peut-être sous la forme la plus démocratique qui soit, car elle vient le plus souvent ainsi, comme l'Histoire, encore et encore, ne finira jamais de nous le rappeler à moins de brûler tous les livres, tous les souvenirs des livres, toutes les traces des souvenirs des livres, tous les humains disposant de ces traces, à corps ou non défendant. Qu'il n'est pas et ne sera jamais l'heure d'anéantir tout ce qui pourrait nous aider à dépasser cette enfance du monde contemporain – christianisme, Freud, Nietzsche, la littérature, trois fois Freud même plutôt que la croissance, le SMIC à 1600 euros, les monde comme une zone géante d'apéros et la voiture aux algues -, qui nous rend si vieux, mais le moment d'enfin comprendre qu'on ne refait pas le passé, qu'on l'étudie, qu'on l'analyse, qu'on y cherche des signes, qu'on ne le détruit pas sans conséquence, que ce que le temps ne détruit pas naturellement mérite peut-être de demeurer.

Peut-être Onfray ne comprend-t-il pas que nous aurions besoin d'idoles et qu'à défaut des Saints on préférera encore se prosterner, s'il faut vraiment choisir, devant Sigmund plutôt que devant son faux athéisme batard qui n'a rien d'athée sinon la connerie et qui n'est que jalousie du christianisme, jalousie du sens, jalousie de ce qui réussit, contrairement à ses bouquins et ses « influences », qu'il n'ose appeler Maîtres, à faire suivre ses discours d'actes, à transformer, in fine, ce monde qu'il abhorre, Sigmund, lettré, fin, d'une envergure intellectuelle indiscutable, plutôt que son déboulonnage constant, ras des pâquerettes, de toutes les oeuvres qu'il jugera trop importantes, trop décisives, trop actives. De la « dangerosité de la légende », n'est-ce pas ? C'est donc cela pour lui que les grands penseurs, les grands moteurs, de simples légendes, des Table Ronde pour notre siècle sans quête, et certainement pas celle du Graal, et de la dangerosité de ne pas avoir de légende, Monsieur Onfray, qui confond « ruiner les vérités sacrées » et « traire les vaches sacrées » avec l'unique geste de jeter leur bon lait dans l'auge à cochons pour proclamer que vraiment le goût en est infect.

Alors d'un côté, devoir de mémoire, d'une partialité hypocrite, McDrive de l'Occident, de l'autre, reboot perpétuel de logiciels fukiyamistes 2.0 avec patchs Séguéla, Attali et Aubry, fin de l'histoire, de la bande chronologique, du référent, des feux rouges et verts, tout le monde passe à l'orange pour un carambolage garanti, des carrefours, tout le monde finit dans l'impasse à gratter le mur en espérant percer une brèche vers... une autre impasse, alors que derrière la plaine nous tend les bras, mais trop large pour nous sans doute, habitués au confinement, à l'endiguement. Alors le Michel, malheureusement pas Houellebecq ou Leiris et encore moins de Montaigne, préfère mettre le feu à la valée que les hauts-perchés aperçoivent, briser les tours de garde, pour que nous soyions tous condamnés à ramper au sol, guetté par les miradors qu'il aura installé un peu partout sur le boulevard sans fin du présent au passé perpétuellement réécrit par leurs soins pour s'accorder à leur actualité, si les gens ont besoin d'un passé on leur en donnera un à notre mesure... Parler, toujours parler pour ne pas dire grand chose, rendre hommage aux victimes sans faire ce qu'il faut pour ne pas en avoir d'autres à honorer, et comme c'était ça le remède à nos maux. Comme si célébrer la défaite du mal en un ancien temps empêcherait sa victoire actuelle, comme si mettre sur le dos des mioches des fautes dont leurs parents ne se rappellent même plus l'origine, allaient les empêcher de ne pas pécher, comme si on empêchait les massacres par de si profanes prières, des défenses de ne pas se souvenir, des mots puis des débris de mots puis des arêtes de pensée à avaler de travers pour arriver à transformer ce qui avait encore quelque sens même à l'ère satellitaire en discours qui n'est même pas de la novlangue ni la LTI ni même le frangliche des chaînes de réformations transmettant leurs incompréhensibles signaux jusqu'au fond de l'Amazonie, mais en simples réflexes et associations d'idées contrefaites, ombres des ombres des anciens langages. Tirer le rideau. Pour tomber sur quelles coulisses ? Voir enfin toute la machinerie qui gouverne le spectacle nous tenant en haleine, climax assurés tous les quart d'heure, rappels infinis du même gag, de la même réplique, des mêmes applaudissements pour mieux revenir dans nos confortables loges dont nous pouvons admirer le jeu en faisant semblant de croire qu'il en existe encore des règles et des codes grâce auxquels se repérer entre deux scènes. Nous ne voudrons pas que le souffleur soit placé face à nous, comble les trous dont les mauvais comédiens auront truffé le texte, nous ne voudrons même plus du coryphée soulignant l'action, car nous n'en avons que faire, ayant seulement à coeur de penser agir d'un simple regard vers les planches, sans en vérifier l'état de pourriture. Même lorsque la pièce est risible, nous ne quittons pas le théâtre. Ou alors si quelqu'un se lève, mais plus personne ne bouge, attendant juste que le rideau tombe... pour se lever le lendemain et vivre sur le même siège pourri la même scène indéfiniment. Du monde comme représentation au monde comme désacralisation, le changement de décor va être sacrément brutal. Nous allons enfin vivre dans ce que nous rêvions : en un arrière-monde dont la Chapelle Sixtine servira de dance-floor, la cathédrale de Reims au couronnement du Champion de France de Tir sur Patriote, la grotte de Lascaux de pissotière pour campeurs n'ayant pas encore rejoint la République aux trois valeurs : Inanité, Festivité, Dépassé.

Si le corps, comme on dit, est mémoire, il faut alors lui apprendre à vomir ce qu'il ingère sans parvenir à digérer. C'est qu'il y a des aliments non comestibles qu'on nous fait pourtant avaler par louches. Retrouver le régime crétois de la mémoire, alors ?
C'est une singulière idée de penser que l'on va pouvoir empêcher les événements de se reproduire rien qu'en en invoquant leur mémoire.
En fait de devoir de mémoire nous sommes forcés à un devoir de repentance, nous de tels pécheurs, de tels assassins que nous n'arrivons même plus à nous regarder dans les yeux et à donner les coups de pied au cul qu'il faudrait. La grande leçon de Rhénanie n'est donc toujours pas apprise. Pour éviter d'avoir à prononcer de nouveau ce plus jamais ça, encore faut-il arrêter de discutailler et passer à l'action, arrêter de camper à l'arrière de l'histoire et oser la faire, enfin, l'écrire, mais... n'est-ce pas de cela dont on a le plus peur ? De l'écrire de nouveau, Français, qui avons tant tenu la plume au cours de ses dix derniers siècles, de former le réel plutôt que se droguer au virtuel, de boire pour oublier, d'oublier pour boire de nouveau la même eau croupie et ainsi de suite.
Le devoir de mémoire, cordon ombilical de la France qui ne grandit plus.

*

Revenons à Onfray le médiatique puisqu'il n'est que cela (ne soyons pas injuste, il est aussi bien pratique, notamment pour caler un bureau ou servir de sous-plat). S'il y a bien un point sur lequel j'insisterais dès que l'on parle du bonhomme est que ce pitre est sans aucun doute le plus nuisible de France. Yannick Haenel est un imposteur d'envergure internationale, certes, et primé en plus de cela, mais franchement ce faux romancier et vrai faussaire n'est lu par personne et désormais ouvertement critiqué à un point tel que même les Inrockuptibles se sentent obligés d'essayer de le défendre en cachant très mal leur préférence. Onfray, lui, est non seulement lu mais vanté, au pire discuté alors qu'il devrait être combattu comme le fait Jalmich et d'autres esprits en colère.
Avec son impayable tronche d'écologiste mou et ses lunettes de bobo, correspondant parfaitement avec celle attendue d'un grand penseur de gauche, donc les amis forcément subversif, allez savoir comment quarante ans après Sartre, à qui on doit tout de même le journal le plus consensuel de France, cette image perdure, cette âme délicate voit le mal partout surtout lorsqu'il n'y en a aucunement, s'imagine de grandes frayeurs, croit que nous allons à notre perte parce qu'il n'y a pas assez d'Onfray en France. Heureusement, des pitres pareils, il n'y en a que quelques-uns par génération, même si la race a une étonnante vitesse de reproduction.

Je n'ai pas lu le nouveau livre d'Onfray. Un simple coup d'oeil aux premières pages m'ont convaincu que ce n'est que du Michel recraché, boulettes de nerfs impossibles à mâcher et faits de bas morceaux. Onfray fraie avec lui-même et ce n'est évidemment ni très beau ni bien pertinent, encore moins gracieux, même pas méchant, ce qui tout de même la moindre des caractéristiques qu'un livre doit avoir s'il veut déboulonner un intellectuel de la trempe du Viennois. Donc : Freud est un monstre parce qu'il a une postérité, un passé, un présent et un avenir tout à la fois, il est historique et d'ailleurs bien meilleur historien que ne le sera jamais notre Zarathoustra du dimanche. J'ai très bien lu en revanche, à sa parution, son misérable Traité d'Athéologie, qui n'est rien d'autre qu'un fabuleux index de clichés, d'imprécisions, d'anachronismes, de sources depuis longtemps dénoncées par les spécialistes et, avant tout, de mensonges purs et simples. Pas rempli de mauvaises, discutables interprétations, non, mais de mensonges sciemment avancés pour étayer une thèse dont la stupidité n'a d'égal que sa profonde banalité. La caractéristique principale d'Onfray, outre son manque inouïe de sérieux, est de TOUJOURS s'attaquer aux cibles faciles, aussi populaires que son « université », comme un parasite attaque les organismes les plus faibles : le christianisme, qui nous a tant apporté, moteur de l'Occident, méprisé non plus seulement dans la loge de mon concierge mais jusqu'au Parlement Européen ; maintenant Freud et la psychanalyse en général, lui, comme le note pertinemment Jalmich, passé maître dans la psychologie d'arrière-salle de PMU. Onfray est un vautour, espèce certes utile mais peu noble et infiniment peureux devant les vivants. Comme tous les nains (nous employons une image, précisons-le au cas où une association de soutien à la carrière de Mimi Mattie aurait des velléités d'inquisition...), il aspire à être plus grand qu'il ne pourra jamais l'être et pour ce faire il croit devoir non pas construire sa petite échelle personnelle, grandir comme le font tous les vrais penseurs, mais taper sur la tête de ces derniers et tasser leurs épaules dans l'objectif de s'en servir comme d'un marchepied. Malheureusement pour lui, il n'a pas un marteau assez solide et son manche s'avère des plus mal ajusté pour une entreprise de démolition aussi ambitieuse. Il espère se grandir aux yeux des autres en faisant en sorte de rapetisser les géants. Jalmich dit cela autrement : « Chacun peut s’essayer, la veste d’un autre. Lorsqu’elle est trop ample il est inutile de vouloir la déchirer pour la raison qu’on est incapable de l’endosser et partant de la froisser. »

Que nous aurions aimé que Bloy, Hello, Huysmans, Bernanos, Barbey soit encore de ce monde pour envoyer une bonne fois pour toutes cet animal au fond très peureux dans son terrier. Non qu'il n'existe plus de polémistes aussi capables qu'eux, mais nous vivons à une époque où l'on peut avoir un procès aux fesses pour avoir osé dire que tel n'est qu'un ***** et un **********. Si. En fait, si Freud était encore vivant, il aurait tôt fait, si vraiment il avait de son précieux temps à perdre, d'accrocher Onfray à une patère d'école primaire pour le renvoyer en classe de CP, façon de le faire enfin apprendre à lire un texte correctement. On peut être en désaccord avec Freud. Je le suis. On peut considérer absurdes les élucubrations sur la relation avec ma belle-mère ou mon petit chat Harold mort lorsque j'avais sept ans. Si l'on tape, il faut frapper fort, il faut frapper juste. Onfray tape aussi fort qu'un pédant du XVIIIe s'adressant à son monarque, aussi juste que Stéphane Guivarch devant les buts (c'est cruel, je sais). Il y aurait bien des choses à critiquer chez Freud, mais il ne s'y intéresse visiblement pas. Pourquoi ? Parce que des personnes bien plus mordantes et rigoureuses que lui l'ont déjà fait, Pierre Janet, Karl Jaspers et bien sûr Ludwig Wittgenstein.
En réalité, Onfray est bien plus proche du lamentable Sam Harris, auteur du déchet God Is Not Great, que du moins rigoureux des agrégés de philosophie. Il  ne peut que fantasmer , pour paraphraser Jalmich, sur son image, sa postérité que l'on espère nulle, bien que j'ai à vrai dire quelques doutes, puisqu'on subit encore les extravagances des très cotés Genette, Molinié, Barthes, Sollers... comme quoi la durée de vie de l'imbécilité s'aligne sur celle de l'être humain.

Paméla Ramos m'a d'ailleurs appris qu'Onfray venait encore d'attaquer un mort, quelqu'un qui ne peut plus se défendre, une règle d'or chez lui, cette fois Pierre Hadot, spécialiste du christianisme primitif. Laissons-nous aller à un petit jeu : quelle sera la prochaine cible de notre Pierre Bellemare de la philosophie ? Il serait bien capable de retourner sa veste en ne nous faisant pas grâce d'un magnifique essai contre l'écologisme. Pourquoi pas quelque chose sur René Girard ? Zut, la cible n'est pas encore assez facile, le bougre est de plus tout à fait vivant. Trop dangereux. Il sera temps d'y penser lorsqu'un Livre Noir de René Girard aura préparé les esprits à une oeuvre aussi spectaculaire, et lorsque Mimiche aura appris auprès de René Pommier l'existence d'un petit truc bien utile qui a pour nom le second degré.Un petit traité sur la connerie des supporters de foot, alors !

La preuve la plus éclatante de son imbécillité est peut-être, j'en rigole encore, le titre de prêtre honoraire du mouvement raélien decerné par le célèbre gourou. Plutôt qu'entrer dans une secte,
nous conseillons à ce grand malade, pour espérer guérir, un traitement de choc : une année chez les Chartreux, qu'il y apprenne les vertus du jardinage et du silence, la profondeur du christianisme dont il saccage la pensée, la rigueur scolastique et, accessoirement, mais c'est question de goût, celle de la tondeuse capilaire.

Peut-être dans cinquante ans, un chercheur tentera de comprendre comment un clown triste a pu amuser tant de gens. Il nommera peut-être son livre « Le Zénith d'une Casserole ».

Écrit par : Gaëtan Flacelière | 27/05/2010

Merci au Stalker ainsi qu' à Gaëtan pour ces deux textes. Merci à Juan d'avoir cité l'immense Muray, dont je crains qu'il ne finisse bientôt lu par les bobos de Paris Plage. Michel Onfray a pêle-mêle réglé leur compte à Sade, Rimbaud, Bataille, Jésus, le Pape... Allait-il s'arrêter en si bon chemin, le tutoyeur en série de ces géants. Après Freud, à qui le tour? Einstein? Je suis d'autant plus peiné que j'ai apprécié ses premiers livres et certains de ses articles dans Art Press. Tout a basculé le jour où, parlant de la Croix dans un reportage télévisé sur sa personne, il l'a réduite à un symbole de mort et sorti les clichés trop connus sur les Chrétiens contempteurs de la vie. Messieurs, vous avez du talent. Vaut-il vraiment la peine de le gaspiller à parler du nième opus d'un philosophe perdu dans le marigot médiatique? Cela dit, vous montrez bien que le succès du philosophe ne peut guère étonner en ces temps de nihilisme triomphant, à l'heure où "l'Occident meurt en bermuda." En guise de consolation, je me permets de recommander le fort beau livre de Fabrice Hadjadj, " Réussir sa Mort", anti-méthode pour vivre: un livre magnifique, vivant, juste. Et si Michel Onfray était devenu un Revenant au sens où l'entend Hadjadj? " Le secret de Polichinelle de l'athéisme contiendrait un autre secret moins pénétrable: l'homme ne peut pas rompre avec la théologie. Celui qui prétend en avoir fini avec Dieu ne fait que rafistoler de vieilles idoles: l'argent, la volupté, les honneurs, le Moi, enfin se met à diviniser des riens. On n'échappe au théologique qu'en sortant du logique. On n'échappe au divin qu'en délaissant l'humain." P.242 Pour ma part, je crois qu'il y a très peu d'athées; je doute même que Michel Onfray en soit un ; je sens beaucoup de religion en lui. Non? Lui qui stigmatise le ressentiment à longueur de pages m'en semble rempli, saturé. C'est triste.

Écrit par : dienne daniel | 27/05/2010

Oui, Danil, on finit toujours un jour ou l'autre par se demander si tout cela vaut bien la peine d'être fait, surtout à considérer le temps que cela nous prend, mais... si nous ne le faisons pas, qui le fera ? Au moins on ne pourra pas nous dire dans 20 ans qu'on a pas bougé le plus petit doigt.

Je vous rejoins et j'irais même plus loin, je crois que l'athéisme est une vue de l'esprit, un idéal si on puis utiliser ce terme avec cet autre, une imposture, mais en aucun cas une réalité. Il n'y a pas d'athées. Il y a des gens qui ne croient pas en Dieu, mais comme m'a dit un jour un prêtre dijonnais, qui m'a remonté le moral aux heures sombres, nous pouvons renier notre père, toujours est-il qu'il existe, on peut rejeter Dieu, toujours est-il que c'est notre Dieu, qu'on le veuille ou non.

Écrit par : Gaëtan Flacelière | 28/05/2010

On fraye avec lui-même, c’est exactement ça. Belle traduction et fraternel écho que votre texte Gaëtan, d’un style vivifiant autant qu’à la fin rafraîchissant. L’effrayant Onfray rit à gorge dévoyée, jaune, même pas un nain, plutôt une petite personne de taille minuscule, genre grand petit homme, et pas nommé Cheval… caracolant de ventes ? C’est à l’étale qu’il mesure son panache. Un boucher charcutier de la Vérité, façon chacun la sienne, en veux-tu en voilà, chantre de l’aphilosophie… avec un côté et moi et moi émoi, bref le genre vu-à-la-télé, façon l’athée laid.
Passons à l’athée donc. Je crois effectivement qu’il n’est pas faux de dire que beaucoup d’athées ne le sont pas, agnostiques à tout le moins, qui s’ignorent tels. L’agnosticisme lui-même a-t-il été bien circonscrit ? N’est-il pas au contraire élastique ?
Il serait vain pour autant de croire que l’athéisme n’a pas d’existence, comme ce l’est de ne pas croire en celle de Dieu. Encore faut-il savoir de qui l’on parle. Car selon la définition du dico, serait athée celui qui nie l’existence de Dieu. Là encore il conviendrait de mettre en lumière ce dernier terme. Pas seulement, la phrase entière. Qu’est-ce que nier l’existence de Dieu ? Est-ce le simple fait de déclarer que ça n’existe pas ou de clamer Son absence ?
L’athéisme peut définir l’idée simple du refus que ce fait un homme de croire à une immanence, à une intention et à une intervention, divines. Le refus d’un tel postulat ne l’empêche certes pas, cet homme, de pouvoir être mystique, de croire à la justice, à la vérité, l’amour, de choisir une voie morale.
Ce peut être triste de penser que, seuls, livrés à eux-mêmes, tous se mettent à danser autour du Veau d’Or. Plus encore de comprendre que d’une foi mauvaise, quelques fidèles qui n’en auraient que le nom, puissent à part égale se vautrer dans la fange.
S’il n’y a pas d’athées, il risque aussi de ne pas y avoir de fidèles. Des croyants et des non croyants. De basses extractions. De catéchisme plus que d’exégèse.
Livrés à eux-mêmes, disais-je, sacrifient-ils tous aux idoles ? Majoritairement sans doute possible. L’humain est faillible. Où donc puiser le courage dès lors que se sachant ou se pensant seuls ? En eux-mêmes ; pas facile sans immanence. Combien sont lâches, combien de courageux ? Combien de Justes à travers les âges ? Peu. Chez les uns et les autres.
Revenons à l’idolâtrie festive. Le festivisme est un veau d’or. Par conséquent une négation de l’existence de Dieu, une négation de dieu. Si je m’en réfère au dico, combien d’athées !
La définition d’un ami orthodoxe : l’athée est celui qui n’a pas reçu le baptême. Pas de détail.
Croire en une transcendance quelconque, profane, ou tenir quelques principes pour sacrés ne peut être la preuve de la foi d’un athée. L’athée peut bien ne pas croire que le Texte a été révélé tout en ne niant pas son enseignement, comme il ne nie pas obligatoirement l’existence du nazaréen, par exemple.
Comment nous présentons-nous devant la mort (ou la vie), comment accueillons-nous la vie (ou la mort), hors ou bien dans l’amour du Christ, quelles sont les vies comme touchées par la grâce ? Sont les questions que je formule pour ma part.

Écrit par : Hector | 30/05/2010

Beau texte d'Hector Jalmich que je ne suis pas en mesure de commenter, où j'ai cru respirer quelques effluves ... sacatériens! Je fantasme, sans doute. La tête ailleurs, ce soir, pardon.

Écrit par : Elisabeth Bart | 30/05/2010

Gaëtan et Hector, salut à vous! Quant à vous, Elisabeth, dont j'aime à lire la prose rapicolante, j'espère que vous nous ferez l'honneur d'un commentaire. Avec vous, nous pouvons espérer que l'homme n'est pas qu'un singe qui s'est mis un jour à rire... Je cite de nouveau Hadjadj à propos de Michel Onfray, p.333 de son très bel essai, "Réussir sa Mort", points Seuil: " Prenons Michel Onfray, l'auteur du "traité d'Athéologie". Tout de suite, (...) sa crasse ignorance saute aux yeux (...) L'ignorance invincible est moins le fait des simplets que des savants: leurs mauvais plis les rendent difficiles à plier autrement, tout doit rentrer dans l'ornière de leur étroit circuit de pensée. Ils sont d'une bêtise encyclopédique. Ils ignorent qu'ils ignorent. Comment s'ouvriraient-ils à l'apprentissage? Leur langue, jamais ils ne la donnent au chat, je veux dire au mystère (...) Pourquoi penser qu'ils ne sont pas sincères? Eh bien, si l'athéisme d'Onfray est de bonne foi, s'il procède d'un vri de révolte devant le mal, d'un cri pour la justice humblement jeté depuis le cachot de son ignorance, alors, au cas où quelque fanatique le massacrerait à cause de ce cri qui trouble sa trop bonne conscience, Onfray, ne lui déplaise, serait martyr devant Dieu. Mais pas, certes, devant l'église militante. Elle ne sonde pas les reins et les coeurs. Ne jugeant que sur l'extérieur, constatant son athéisme amer, elle en est réduite à condamner la méchante calomnie sans toutefois condamner le bonhomme. Le bonhomme ne se condamne jamais que lui-même, et moins par sa mécréance que par sa fatuité,moins par son athéologie que par son autosatisfaction.
Inversement, qu'en est-il du chrétien tiède? C'est une énigme de physique surnaturelle. Il a été baptisé dans le feu, et il reste tiède. Il est ressuscité avec le Christ, et il vivote avec Christelle. Il sait que le Maître est par amour allé jusqu'à la Croix, et il n'est d'accord que pour rester dans son fauteuil." Et de citer Bernanos, qui semble être un auteur qui compte beaucoup pour Fabrice Hadjadj, comme pour Juan: " Le grand malheur de ce monde, la grande pitié de ce monde, ce n'est pas qu'il y a ait des impies, mais que nous soyons des chrétiens si médiocres, car je crains de plus en plus que ce soit nous qui perdions le monde, que ce soit nous qui attirions sur lui la foudre.(...) Vous dites que le monde vous manque. C'est vous qui manquez au monde." in " Essais et Ecrits de combat, t.II, P.784
Mes amitiés à tous. Daniel Dienne

Écrit par : DIENNE | 31/05/2010

Oui, Hector, par athées, j'entendais non pas celui qui refuse de croire en l'existence de Dieu, chose assez simple et banale finalement, mais celui qui serait pour ainsi dire expurgée de toute idée de divinité, dans sa culture, sa géographie, son histoire et par-dessus tout son esprit. Or, je crois que l'esprit humain ne peut pas ne pas croire en quelque divinité. Non seulement il en a besoin, mais il ne peut y échapper. C'est plus une intuition, bien sûr, qu'une vérification scientifique. Et j'avoue n'avoir jamais rencontré d'athées tel que je l'entends : tout le monde finit, il me semble, un jour ou l'autre par lever la tête vers le ciel, chercher une entité supérieure, par lui prier ou lui parler. Moi qui fut adolescent très croyant, presque fanatique, franchement ascète, et maintenant sceptique, non de l'existence de Dieu mais de ma capacité à l'aimer, ce que je ne comprends guère est qu'on désire se passer de Sa présence. Cela, oui, je ne le comprends pas du tout, ce désir de nier, ou je ne le comprends que trop bien et je trouve cela assez risible.

Ma définition n'est pas celle du dictionnaire, effectivement.

Quant au reste de votre réponse, j'y répondrais quand j'y aurais réfléchi davantage, cher Hector. Je n'en aurais peut-être d'ailleurs rien à dire avant longtemps, tant elle demande de réflexion intérieure.

Mes amitiés,
Gaëtan

Écrit par : Gaëtan Flacelière | 31/05/2010

@ E. Bart
Que voulez-vous, la Zone du Stalker se fait parfois Solaris. Cet océan du net n’a-t-il pas la capacité de matérialiser fantasmes fantômes et souvenirs ? Introibo ad altare Dei.

La vérité scientifique Gaëtan, reste à discuter. Existe-t-il des sciences exactes et dans quelle mesure le sont-elles ? Daniel évoque Einstein. L’exemple m’intéresse particulièrement. Nous savons aujourd’hui (depuis les années 90 pour le grand public, dont je fais partie) que le physicien a truqué ses équations. Les calculs ont été remaniés par l’auteur afin, j’affirme mais ce n’est qu’hypothétique, d’aboutir au résultat. Mauvais élève donc. Un bon maître. Mauvais élève parce que tricherie. Et pourquoi donc celui-là tricherait ? Sur qui pourrait copier un premier de si grande classe ? Sur lui-même ou bien, parlons d’immanence au sens apologétique, sur dieu. -Si j’écris le terme avec une minuscule plutôt qu’une majuscule c’est que je le trouve réducteur, si je puis dire, devenu un rien commercial, par trop pragmatique ; je veux dire que le nom commun subit un glissement de sens que je crois dû à la majuscule, en gros le nom commun est devenu un nom propre, un chromo de Yahvé moins qu’une abstraction ; à ce titre l’interdiction d’une représentation iconographique me semble intéressante, pas au sens politique que lui donnait l’islam inquiète des idoles mais au sens que pourrait lui donner la Torah, celui de l’étude. Alors que l’islam inscrit la soumission étymologiquement dans sa prière même : il n’y a de divin/divinité (ilah) que le dieu unique (al ilah) et -dont- Mohamed est le prophète (nabi/nabiy) ou plutôt l’envoyé ou le messager (rasul/rasoul comme dit la prière) -d’-Allah (nom propre), Yahvé (Yahweh pour rappeler le tétragramme) ou encore Jéhovah, dont on entendra la racine hébraïque Eloah, dit le juge, le jugement, dernier s’entend, le glaive, double tranchant, pas « l’Unique ». Il y a d’ailleurs fort à parier (ne le sachant pas ni n’étant savant de ces choses) que le terme glaive possède une étymologie plus longue que du latin gladius. Yahvé tranche, sépare le bon grain de l’ivraie, sans doute mieux que la justice des hommes. Une discussion. (Avec à l’esprit une illustration vivante du portrait de Dorian Gray. Une punition terrestre. Sans rédemption.)
Jéhovah, traduction d’Eloah veut dire Juge ; on notera l’abandon du pluriel, le fameux Elohim ( : des juges), rendu aussi célèbre(s) qu’ E.T. par l’ufologue sectaire de karaoké en l’improbabilité de son île.
De cet abandon est née la trinité. Grande invention du christianisme, la dire d’une parfaite acuité n’est pas la bonne façon, il y a là une circonscription du pluriel, un affinage qui transcende… la dualité, l’éparpillement pluriel, pour le dire ainsi, et échappe à la soumission. Il ne s’agit plus seulement du Père et du Fils. Ni du messager. Mais l’esprit saint, le Saint-Esprit. Attention concept ! Rûah, le souffle. La vitesse ou le vent, et l’espace. Enigme. On f’rait bien de s’y reprendre. Moi aussi d’ailleurs je m’éparpille.
Si Yahweh est la traduction du nom qui ne se dit pas, de ce qui ne se prononce pas et qu’on ne peut nommer, (YHWH, communément « l’Etre Suprême »), ce qu’on entend, que l’on connaît (ne serait-ce que de manière fugace et qui peut nous apparaître de facto fragile), et si immanence il y a… je retourne au mauvais élève, pour qu’Einstein « soit ce qu’il sera », fut ce qu’il est, en quoi fallait-il qu’il crût plus qu’en les mathématiques ? En une vérité, une révélation qui fut la sienne. Ce ne sont pas les tests expérimentaux qui mettent en défaut sa théorie ; quelques équations ont été remaniées pourtant ; le génial de l’anecdote veut que les calculs n’étaient pas faux mais truqués, pour aboutir à un juste résultat. Lorsque sa mauvaise maîtrise des maths éloigne Einstein de sa/la vérité, il les tord, il les plie à son résultat, à cette vérité. Einstein chercheur ? Non ; comme le disait Picasso de lui-même, Einstein ne cherche pas il trouve ou plutôt il révèle. Or Dieu, dieu ou l’esprit Saint, révélateur, à tout le moins quelque lumière plus qu’une lumineuse idée, pour le dire autrement une révélation plus qu’une vague intuition, « dieu » disais-je, n’est sans doute pas sans avoir à faire avec quelque courbure du temps, « Lui qui est le lieu du temps lorsque le temps n’est pas son lieu ». (désolé je ne sais plus de qui est la définition)
Picasso disait encore* : il faut copier car l’on arrive jamais à reproduire et c’est lorsqu’on se trompe qu’on est soi-même. Au-delà de ce que Pablo doit à Charles Bimbert (ou Bumbert je ne me souviens plus), presque tout, Einstein, pour y revenir, copiant le monde ou ne réussissant à le transcrire que pour part, fut parfaitement lui-même, fut celui qui est aujourd’hui, qui sera demain. Onfray n’y peut rien. Idem pour/sur Freud. La théorie freudienne si elle n’est trinitaire est à tout le moins ternaire (rien que le ça le surmoi et le moi) ; à réfléchir. On f’rait du binarisme monoculaire que ça ne m’étonnerait pas. Au royaume des aveugles, les borgnes… bref Onfray manque de souffle. Alors que la vision binoculaire mène nécessairement à un espace en trois dimensions. Du duel ou du dual vers une trinité.

@Daniel, formidable cet extrait de F. Hadjadj ! Au départ assez d’accord, notamment à propos de l’ignorance encyclopédique de l’imbécile contemporain qui, comme je l’avais écrit à Juan il y a peu, tient ses acquis pour acquis, la suite m’a emporté. Le reste est saisissant.

@Gaëtan, il existe tout de même des fous meurtriers, tueurs en série, tueurs de masse. Ne seraient-ce que le pervers, le clinique, pathologique, pervers, celui qui jouit de faire le/du mal. Regardez les enfants qui expérimentent la torture jusque dans les jeux de cartes les plus anodins. Y’a là des gosses qui ont un plaisir non dissimulé. Certains peuvent se corriger, d’autres passent un cran au dessus. D’autres encore font un choix, j’entends un choix inverse, un refus de la domination que le corps et/ou l’esprit peut, peuvent exercer sur un autre plus faible ; c’est une question d’empathie, puis de morale personnelle, le refus d’un plaisir vain. Cela peut avoir à faire avec le Fils du Père bien qu’inscrit pour l’exemple dans un cadre profane, je le conçois sans crainte.
Mais les fous ? Les pas risibles du tout. Même pas satanistes, ni pervers. Ceux qui ne pratiquent pas le doute. Pas les jouisseurs, les zombies sans âme sentiment ou remord. Francis Heaulme ou dans un autre genre tenez, le si sympathique Burgaud.
Judica me Deus et discerne causam meam de gente non sancta !
Certains ne se passent pas de Dieu mais Lui semble se passer d’eux.
Y’a un choix, intime, à faire. Tout est question de choix, libre à nous, Jésus le nazôréen, le Fils du Père ou Jésus Barrabas (bar Abbâ) littéralement le fils du père ? Cela dépasse de loin Abel et Caïn, Isaac et Ismaël.
–Libère Jésus qu’ils disaient…Lequel Celui-là ? –Non l’autre ! Faudrait pas pousser mamie dans les orties. Ce refus dit aussi merde au Baptiste voire donc à Elie, de facto à l’Esprit Saint. Pas de lumière. Refus de réforme. Et nox facta est. Puis donc rachat de la faute. Pardon possible.
L’homme n’a pas le pouvoir de trancher de juste façon. Il distingue le bien du mal, ne pouvant qu’ainsi méconnaître ce qui, par delà le Bien et le Mal, est (La connaissance, l’Amour, Sa présence, ce que vous voudrez). Il n’est pas forcément condamné à se fourvoyer mais il est mis devant un paradoxe gémellaire, son monde d’apparences l’empêche de discerner le vrai ; libérer l’un n’est sans doute pas condamner l’Autre sinon Judas ne serait d’aucune fidélité, d’aucune efficacité, de nulle efficience, une figure de peu d’utilité, contestable.

Si nous naissons cruels (à l’image du monde) comme Maldoror, nous avons toutefois la possibilité d’échapper à la loi de la nature, l’indifférence (selon Nietzsche), en nous départageant des bas instincts de la prédation, autre commandement naturel. Il y a forcément une part de sacrifice, l’instinct pouvant être le gage de la survie. Et la Vie ? C’est l’art, mais dans l’art, l’artifice est comme le ver dans le fruit, le serpent ou le poison dans la pomme. Pomme croquée, il faut digérer le ver, le Mal, en respecter les protéines. Filant la métaphore je dirais l’apport vitaminique du Bien. Une joie cristalline. Le Bebop. Une joie ternaire.
Le bien et le mal comme l’amour et la haine, la vie et la mort sont choses inextricables. Elles se contiennent et se soutiennent. Il faut bien, pour aimer le Christ, à Judas savoir Le trahir. (Judas, encore un type à sébile. Comme le traître Céline.) Pas le renier trois fois comme Pierre qui finit tête en bas. Pauvre église. L’idée parait encore apocryphe à plus d’un chrétien -d’autant que l’Iscariote se suicide-, que Judas, le sicaire, peut-être le Zélote de la bande, contribue au processus de rédemption : sans dénonciation point de crucifixion. Judas et Barrabas, un autre zélote (si tant est que ce personnage de la geste chrétienne ait réellement existé).
Ne considérer que les pharisiens c’est ne pas reconnaître la valeur littéraire et réduire les textes et leurs personnages au seul intérêt historique, c'est-à-dire renier encore les vertus métaphysiques et le pouvoir législatif du Texte.
Le nazaréen lui-même peut-il être considéré comme zélote, condamné au sort que réserve Rome aux rebelles politiques et autres bandits, la croix ? Le glaive de la parole de Dieu contre celui de la justice romaine.

Autre chose. Ce qui peut être risible est le mépris qu’afficherait un chrétien sur le style pour la métonymie, pour l’homonymie, (le Texte en est truffé) celui qui pense que la forme serait exsangue, exempte de fond. Quant à rechercher une étymologie perdue.
Je vais pour ma part méditer ce que nous dit Fabrice Hadjadj sur un Onfray Martyre.

Je vous salue ; mes remerciements à qui de droit.
Amicalement.

H.J.
*je crois que le propos de Picasso a été rapporté par Maurice Reims mais là encore la mémoire me fait défaut. Citation de Picasso que je puis mettre en perspective avec cet aphorisme d’Oscar Wilde :
« C'est lorsqu'il parle en son nom que l'homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité. »

Écrit par : Hector | 01/06/2010

Je vais méditer vos paroles, Hector... Il y aurait beaucoup à en dire, mais mes compétences s'arrêtent pour le moment là. On en reparler, j'en suis sûr.

Écrit par : Gaëtan Flacelière | 27/06/2010

Ce sera avec plaisir Gaëtan. Je suis passé il y a quelques temps sur votre blog. J'y ai vu cette photo de la punition d'un corsaire qui m'intrigue, dont la découpe du personnage semble l'exacte reproduction de celui d'un tableau d'un anonyme du 18ème... Shelley Marie et Lord Byron... oui nous aurons de quoi discuter... mais Maiakovski et d'Oscar Wilde la balade de Reading... je n'ai pas bien compris le rapport... je survolais; vous me direz. Vous m'en apprendrez aussi.

Je vous écris dès que j'en ai le temps; à bientôt.

Écrit par : Hector | 02/07/2010