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27/10/2012

Jack Kerouac à blanc, par Michel Hoëllard

Crédits photographiques : Carlos Barria (Reuters).

Pendant qu’une crèche de Saint-Ouen «en lutte contre le sexisme», se met à pilonner des bouquins (la série «Petit Ours Brun») sous les bravos d’un ministre au féminin – Najat VB – venue exprès avec sa déléguée solidaire («Petit Ours brun» et son papa fumant la pipe, lisant le journal quand sa maman bosse aux fourneaux);
Pendant que de petites mignonnes n’ayant encore jamais servi menuisent dur à l’établi et que des bandes de fistons s’apprivoisent les émotions;
Pendant qu’on arrache l’avenir d’un «vivre-ensemble» historiquement gréco-romain et judéo-chrétien plus de vingt siècles;
Pendant que, ping-pong anthropologique, on re-problématise une inégalité ♀/♂ qu’on ne saurait plus voir…

…à la Crèche Bourdarias
30 Rue Eugène Berthoud
93400 Saint-Ouen.
01 40 12 08 79
(…atelier émotions, bibliothèque épurée, lutte contre les stéréotypes de genre, kits pédagogiques anti-sexisme…);


Pendant que cette cause égalitaire subvertit ainsi la vieille raison hétérogame (fruit défendu…) pour opérer une inversion de l’espèce à venir;
Et pendant que ces futures «masses» éduquées en camp p/maternel, s’horrifient d’avance devant le «brun», ursidé ou pas, j’hausse moi un sourcil accablé et me console de relire une autre mutation «hallucinée», laquelle, loin de «promouvoir les bienfaits d’une sensibilisation précoce à la lutte contre les clichés garçon-fille» (même si ça mérite discussion), me permet de raccorder habilement sur le plus cliché des poètes beatniks, le plus beau mec plus ultra d’eux et le premier bénéficiaire d’une vraie vie moderne au grand air.

Les trois-coups sont frappés par la réédition en intégrale du célèbre roman de Kerouac : Sur la route. Traduit scientifiquement à partir de la première giclée rédigée en trois semaines de 1951 sur un rouleau* de papier télétype de 36,50 mètres de long, pour, non-stop, jamais rompre le « flot naturel de l’inspiration», ce gros bouquin est reconnu comme fondateur, par ses longues «sessions de prose enfiévrée», de la célébrissime Beat Generation.
Je crains malheureusement que cette réputation ne soit par trop surfaite ou supplétive de la macroéconomie d’une époque et, trouvant pas si baisant ce roi nu, je vais voir à mieux dire pourquoi.
Comme tout le monde, j’ai lu Sur la route gamin en VF et, effet d’une jeunesse occupée à des polycultures Marxketing, ses qualités romanesques ne m’avaient pas alors frappé. Je viens de reprendre le livre en sa version définitive (Folio, 5388). Pour ce que je vais en dire ci-dessous, faut pas oublier qu’il s’agit là d’une traduction (par Josée Kamoun) et ne pas appliquer mon propos à une impériale VO que je ne suis pas du tout en mesure d’apprécier.
Par ailleurs, si d’aucun(e)s relèvent peu de rigueur dans les lignes qui suivent, qu’ils ne s’en prennent pas à ma pomme : elles reflètent une écriture et un bouquin qui justement en sont fort dépourvus.
D’emblée, une bonne part de la réputation de ce Janus me paraît due à la fascination exercée par lui sur ceux que l’on ne nommait pas encore teen-agers et, passée la guerre mondiale n°2, sur leurs révoltes à crédit, leurs créations d’espaces durables et même leur avenir client. Beau gosse, routard, Kerouac trônait en produit-phare pour petits bourges comme une Blanche-Neige pour secte naine. Homos la plupart (ou pionniers/nières en interrogation de «genre»), de troubles désirs narcissiques envers son vrai beau corps musclé pimentaient puissamment les enchères et, fidèle à cet âge de pierre, il leur apportait son caillou mais, foin de coming-out culotté, collons plutôt direct au texte !
Ce roman n’est-ce pas, nous cause d’un ado qu’est sur la route, qui crapahute, voit des gens, des choses, fait des bonds, pousse des cris, tire son coup, siffle des joints et même des verres allant de soi. On le devine «bon sauvage» ou redneck poussé au cul par quelque rêve incompressible de grands espaces follement «libres». Il redécouvre la vieille Frontière et «l’esprit pionnier» en moins vaste toutefois, moins océanique, qu’un Sergio Leone ou John Ford; j’en cause d’eux car ils sont connus.
Dans les journaux, les radios d’alors, le jeunot «beat» se prend pour la sorcière anti-ricaine d’un certain sénateur McCarthy (Joseph hein, pas Cormac … puisque ce dernier, dans un billet traitant de Kerouac, serait importun) et à ça, si t’ajoutes la pimpante bombe atomique, tu te retrouves en pleine Guerre froide. Alors, pourquoi pas verser sataniques ou devenir tous des James Dean fous de musique et de dope puisque oui-da, we must die, sous l’Alabama Moon ou ailleurs.
[Et tiens … ce sénateur : qui sait encore que le mot «beatnik» est une injure forgée par lui à partir du premier Spoutnik balancé vers le Dieu bolcho en 1957 ?]
Le long ruban de Sur la route court du soleil au soleil et une fois revisités ces extrêmes, notre farouche rejeton rentre chaque fois bien gentiment chez sa maman qu’est aux fourneaux. En chemin, ô très cher l’hasard, et si nombreuses étant les occasions de croisement, il tombe raide amoureux d’un fort vilain garçon à «grosse bite» mais las, le jeu entre ce nouveau Neal et son vice-versa scribouillard n’ira pas une fois à son terme (aucune interfellation n’ayant lieu) car ce terme pour Kerouac consiste surtout à bouger, à «pulser» alcool ou héro au mi des fesses, à se mouvoir cool sur la carte à la façon des Pères fondateurs trottant derrière leur Terre promise.
Presque simpliste, le monde blanc découvre l’Entertainment d’un branleur nommé Kerouac avec, en prime, le confort moderne d’American way of life et ces deux derniers CONTRE lui : Moral est sauf !
Plus platement l’histoire est d’un road-movie qui fait des boucles en temps de paix là où d’aucuns, moins roots qu’on ne pense, repèrent quelque Route du temps mais sous-jacente hein et qu’il faut tout de même être un peu fouineur pour l’y reconnaître. Et ces d’aucuns critiques littéraires de nous disséquer ce qu’est induit sous la niaiserie de ce qu’on est nous, pas cap’ de voir : une vraie réflexion sur l’altérité. Pour citer Zemmour : «non seulement les mots que vous employez, c’est pas les mots, parce que derrière les mots, y a vos pensées et derrière vos pensées, y a vos arrière-pensées».
Pigé ?
Ici aussi. Et pour pondre ce bel horizon de nos désirs, Kerouac tient à parler plus qu’il n’en parle des «vrais» américains que sont pour lui les seuls homos, les noirs et femmes quand femmes et noirs sont assez absents du bouquin alors qu’homos, y en a partout ! Mais comme la route mec, c’est du plat, du monotone en diable d’allers-retours, alors nos potes de surface biturent un max, ils baisent à fond et çà et là, volent des tutures, brament rayonnants, siphonnent puis s’en reviennent en se racontant l’un l’autre de miteux souvenirs d’enfance (en sont-ils jamais sortis ?) Au fil d’un phrasé macadam, voilà-t-y pas soudain qu’ils se chopent la célèbre «pulse» et font conséquemment tanguer la bagnole qui les covoiture vers l’est. Youpi mais las car dans ces lignes, de «pulse» : point, sauf quand Kerouac affirme qu’il veut «vivre à fond, vivre jusqu’au bout, jusqu’au néant de la transe» (456) et que sa prose vire limande, rythmée qu’elle est (c’est obsessif) de : «Oh là-là mec ! Oh mec ! Oh mec !» évocateurs, indicatifs et tout à fait très poétiques.
Non, rien ici n’est celé, rien ne se décèle et, si «présence» il y a sous l’expression ou l’expérience, on l’entend mal.
C’est donc pas tout à fait un clip, pas la téloche ou du ciné mais du roman et non des moindres répétons-le, du cultissime tenant au corps en temps d’après-guerre besogneux, de maccarthisme de façade et… mais qu’est-ce qui explique l’universel succès de ce brouet survitaminé ? De ces commerciales pitreries ? De cette daube dégorgée avec la grâce d’un mammouth, dénuée d’infime nécessité (même acnéique) et tourniquant avec toujours la route saoule du retour chez Maman (ou Mémère ou plus exactement Gabrielle L’Evesque Kérouac, ex-bretonne migrée Nouveau Monde).
Route et maman, roue et mémère, rut et retour au nichon-source.
On ne sent rien dans ce long roman-twist, rudimentaire à lire sur place entre côtes ouest et est mais sans pulsation sinon, monomaniaque, la ritournelle du seul mot «pulse» sans cesse en boucle. De là, force platitudes nous enseignent que «la route, c’est la vie » sans qu’on s’intéresse une seule fois à ces «bons moments» de beuverie, ces «bonnes baises chaudes» et «jeux de pisse» immatures entre deux urinoirs pour hommes. Chemin faisant ainsi «on the road», nous sommes très loin d’une Rrose Sélavy nommée Marcel…
Mais puisqu’on cause d’un style tout de même right in the right place, bidouillons des extraits cut-up :
«…en pensant Dieu sait quelles pensées … dans le mystère des espaces dévorants … bagnoles à toutes blindes … dans les rues abominables de l’homme … bitures de mauvaise bière et l’Amérique au comble de son délire … personne ne sait ce qui va échoir à tel ou tel sinon les guenilles solitaires de la vieillesse…» et finalement, passant au mythique Mexique, cette concise mais cordiale envolée : «Bon Dieu ! Quel pied ! Ah ce pays !» nous apporte virilement la preuve par 9 d’une prose envoûtante et d’un «chant d’innocence» dans lequel «rien de plus cool, de plus grandiose, de plus quoi que ce soit» pour les ceux qu’auraient pas saisi.
Un fort sentiment se dégage de ces lupercales romanesques : un vide avivé, une ébauche d’avance, la vraie bavure United States of différences.
Ceci encore (on s’en lasse pas) : «le soleil se lève pur sur la pureté des travaux et des jours» quand l’une des «putes mexicaines en délire» du coin, exhibe (485) «une chevelure magnifique, les yeux d’un bleu profond, farouche et frémissante comme une antilope» et nous prouve, coquin de sort, que le Kerouac, conquistador, il nique sa lope sans entraves.
Mille fois c’est redit que ces boutonneux foncent «braqués sur l’avenir» quand rien n’advient de cet avenir même si, de et dans ces pages fastidieuses, on ne part jamais, non, «on s’arrache». D’ailleurs, pour nous faire partager que leur bagnole roule vraiment très-très-très vite, l’image est de villes qui, j’y crois pas : «crépitent». C’est comme la vieille carotte de l’âne qu’avançait avec le bestiau et la route tourne, mouv’ perpétuel et l’on revient l’air con entre biture et «petits culs moulés» au point de départ de tout le monde : maman ! Maman qui, «il s’en rendait compte, avait été, par un sacrifice délibéré, préparée pour lui, avec ce curieux mélange de rudesse et de pitié, de tendresse et de haine». Mais ça, c’est signé Faulkner et c’est quand même pas mal autre chose !
Dessine-moi un plan américain, steuplé, un provocant pagne de roussi.
L’auteur écrit souffle trop court, «toujours incertain de quelque chose» et les progrès de ses dérives ne font que ça, progresser incertains sans qu’il bouge d’un poil, d’une virgule ou d’une rengaine, bouché qu’il est au plus petit transcendantal comme au véritable sidéral. L’auteur s’exprime plus qu’il n’exprime. Fort capable de sensations, il l’est beaucoup moins d’en faire part, de les nommer, les faire passer, inoculer à d’autres, transplanter en vrai don d’organe (salut Muriel) et, quand il vient causer popu, revendiquant alors gros mots et sainte tripe, on en demeure rond-de-flan : «les putes énervées glapissaient d’un sale œil … non mais tu te rends compte, quel naze».
Nous touchons là au degré zéro du roman, produit Disney ou c’est Coca et vrai, Kerouac n’ébruite rien, ne circonscrit ni ne décrit rien. Juste il mentionne en vain l’air du temps au seul bénéfice de l’élan.
Sans humour vache, on le devine télécommandé par l’époque, prêcheur en marche du Marché et on se demande alors pourquoi c’est pas, ça, souligné plus souvent par LA critique officielle. Car ce n’est, superlative, qu’énergie asociale et crue, subversive supercherie entre western et hit-parade, tournis infantiles, hédonisme aguicheur et, pour paraphraser Norman Mailer à double sens : «ce vide fait sa force et en ce sens, Kerouac est irréversible». Belle façon de voir ce dadais comme un symptôme d’autant plus pur qu’il prend ses désirs pour les nôtres et tout le paquet pour du Réel.
Précisément contemporain de la surproductivité agro-alimentaire, précurseur de ce qu’il adviendra bientôt d’une littérature de batterie et pareil aux pauvres poulets (mot désignant jadis un animal vivant et aujourd’hui : deux-trois hormones sur papattes avec pas mal de plumes autour), le mot «roman» demeure le même tout en changeant de contenu.
L’ancienne charte qualité est oubliée mais son nom, non.
Kerouac, j’ose, est un poussin introduisant le monde moderne et son nombril auprès de segments-clientèles avides d’espaces «risque-zéro». Il nous la joue superficiel, subséquemment sans conséquence dans la vraie vie.
Confiant crédule, crétin complice et produit …
Est produit …
Devenir produit …
Easy reader’s digest.
Sur la Route eh oui, n’est pas écrite mais parcourue du simple fait qu’ils la parcourent. Ces jeunes glandus tirent la queue du diable quand le pays mitonne entier dans un puritanisme tâcheron : ils en défient, croient-ils, le moindre tabou. La sensation nouvelle (délinquance, homosexualité, anarchisme, bop, cames et raids sur l’exotique local) remplace la trouille du Dieu du Père d’une époque charnière, les guerres étant juste derrière et les crédits conso : devant. Le Welfare state de la société neuve submerge tout, ça part en flèche, la morale suit et le conformisme balise la moindre existence jusqu’à la retraite des ossuaires. Biture et dope se font rebelles en ce miroir dont l’âme de fond, ou «Plan Marshall », va bientôt bouleverser le monde puis, sacrant l’acte consommateur plus que tout autre, rock et pop débarquent et le bien-être s’universalise quand Kerouac fait l’idiot utile : «je chante ce que je comprends. Y a eu des moments où je chantais pas et ils étaient pareils» (Mexico City Blues, Éditions Christian Bourgois, 1-251). Des moments où il nous chantait qu’en matière de littérature, on demeurait assez loin du compte.
On voit combien l’urgence pose ici à la candeur, combien la liberté interchangeable du beatnik trahit le poupon aux hormones et ce sont pas les mille fusées ponctuées par Kerouac de «Aha !» de «Génial !» et de «Super !» kilométriques qui me feront changer d’avis.
«Venir à moi tout palpitant sur la route, s'approcher comme un nuage, à une vitesse énorme, me poursuivre dans la plaine tel le Voyageur au suaire», l’extase et sa fièvre sont souvent si mal traitées par notre auteur qu’elles déplaisent même explicitement au modèle vivant de son Neal.
Le navet va «si authentique» qu’il nous décrit une Odyssée dénuée de ruse et se défait pour se refaire d’une page l’autre. Ici, à tout l’horizon rien n’est écrit ni n’a lieu qui n’aille dans le sens des produits du tourisme à grande échelle, de l’espace atypique du bonheur et alors là, Kerouac affiche 13 ans et ½ au compteur, ce qui l’autorise à charmer bien des âmes tendres frissonnant devant ces «contraires non identiques et qui, pour cette raison, le sont» ou autres fatrasies chérubines.
Du même tonneau sortent des lignes à même de produire des faussetés, des malices heureuses de couper au hasard la tangente de l’Histoire et la naissance d’une société nouvelle dont Kerouac se fait le guide pression à froid ou du moins, le poète décalé. Chaque mot dissident se croit dès lors à la hauteur de cette prétention historique, marque de fabrique et de fabrication même pas foutue ou pas souvent de mettre à jour ou signaler ce qui ronfle sous les apparences.
À lire ce babil bafouillé sur lequel nagent mes petits sourires de commisération, j’en viens penser (en forçant, bien sûr, la provoc) que si Kerouac dit rien, c’est pas d’avoir rien à dire mais de ne pas en avoir les moyens; cette simili-spontanéité, cette confuse fusion, à force d’être réifiée en code inusable, se satisfait (mantra … marotte) de qualifier toute sensation («super», «génial», «explosif» ou «c’est fabuleux de A à Z») plutôt que d’en faire part littéraire.
Sans voix donc, notre aphasique toto conte son histoire d’un mec qui tourne dans le western en repassant chaque coup par la case maternelle avant d’à nouveau repartir vers son copain « bitures & baises » au long de Sur la Route où le vide est gros des promesses d’une « nouvelle façon d’être » romantique en diable, voluptueuse à souhait, égocentrique ta mère.
Aussi, et à décharge, me faut-il avouer que c’est quand même bien du repos un tel sabir, de l’hypnose à force, un vertige qui m’épargne les aspirants Goncourt de l’année en cours.
Sans épaisseur ni exigence, cette mise au rebut d’une langue, cette apathie, ces saouleries primo-génitales se veulent fondatrices et si le be-bop de Charlie Parker est ici convoqué plusieurs fois, Kerouac est loin d’en posséder l’it ou l’envol. Il croit jouer un sax scandé et nous balance de grasses glaires ou des fuites d’âme. Des jets de braise à la douzaine : «… Neal nous ouvre en calcif. Louanne saute du lit, vite fait. Il faut croire qu’il était en train de baiser avec …» Certes, il cherche explorer de nouveaux horizons en ces tristes temps de Guerre froide et même, il rêve de « premiers jets parfaits … mais on va pas se perdre dans des explications à n’en plus finir» où le thème annoncé plus qu’évoqué ne penche pas vraiment dans ce sens. Et aussi, si sa mélodie est élémentaire, c’est moins par choix que par niaiserie spontanéiste du genre : «ce qu’on ressent trouve toujours sa forme».
Filant cette franchise édénique : «On est constamment un génie» témoigne encore notre génie même quand (dixit son pote Bill Burroughs) «l’importance littéraire du mouvement Beat n’est pas aussi évidente que son importance sociologique»… Charming Burroughs oui, et qui dit si vrai que les Gallimard 2012 nous le vendent en collection SF !
Atteignant par très grand hasard des proses tout juste passables, Kerouac (dont la mission littéraire avouée était tout de même de produire du «lyrisme vibrant» là où y avait pas) joue alors d’une vaine sincérité, d’un ersatz de grâce dont l’ultime et seul titre de gloire n’est que sa prévision d’une nouvelle cible commerciale : les Jeunes et leur culte du Moi. Jeunes dont la délatrice accroche de ce billet nous montre assez ce qu’il advient…
Fourguant plan-plan sa marchandise à nous masquer les Plans Marshall, Kerouactionnaire se réclame aussi, c’est logique, d’un bouddhisme en pièces détachées et c’est pas faux : Sur la Route visitant le chemin qui mène de Jack à Jack, c'est-à-dire à pas grand-chose ou alors à l’infantilisme ou encore à l’impérialisme, pour user d’un terme vintage. Et quand le sire écrit sous amphés comme Dylan dix ans plus tard, son absence de talent demeure toujours d’un bambin trop tôt né.
Sans aller jusqu’à faire chanter Ramona, y a tout de même du désespoir sur cette route devenue le but, redevenue le monde entier; du désespoir sans référence – ni révérence – au Fitzgerald de La Fêlure. On y joue à perdre sa vie quand les autres la réussissent avec bagnole, frigo, lotissements et ambitions matricielles dignes des Desperate housewifes. En somme, l’homme Kerouac ratifie son monde moderne et l’ivresse du voyage plus qu’il ne les peint réellement : la platitude de la route se décalquant miraculeuse sur celle de la narration puisque : «ce sont pas les faits qui intéressent les gens mais, ah-ah-ah, oh-oh-oh, les exclamations qu’ils nous arrachent»… (auxquelles, selon moi, manque un malicieux «hi, hi, hi»).
Est-ce encore ou déjà de la littérature quand cette dèche langagière, cette molle mélodie consommable étayent la tutelle sans partage du Tout-Marché ? L’est-ce toujours quand on parcourt avec lui une Amérique manichéenne entre les ceux qui bossent, bourgeois et ceux qui glandent, les rebelles ? Sans parler du futur mariage (ou divorce) de tout le monde avec n’importe qui dont il est un des michetons.
Voilà pourquoi ce petit papier confirme ma première méfiance et, relecture faite, mon premier soupçon dès bambin : Kerouac est une tache ménagère de réellement n’importe quoi. Mais Bon Dieu, et si je me montre aussi féroce, serait-ce parce qu’il a du vrai sang rouge, qu’il a cette veine d’un gros livre, qu’il écrit dedans comme il veut, qu’il boit et baise quand ça lui plaît, que son nom lui vient de Bretagne ou même qu’il est trop beau garçon ?
Hoëllard, signant ça, s’interroge.

* Moins saint ou calligraphié qu’un Sefer Torah mais présageant Word sous Windows de gauche → droite…