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27/05/2013

«Cafouillage pour tous», par Michel Hoëllard

Crédits photographiques : Stringer (Reuters).

«Une troupe sans culture est une troupe ignorante et une troupe ignorante ne saurait vaincre.»
Pol-Pot, (plagiant Mao Tsé…) in Khemarak Nisat, ésotérique revue khmère publiée à Paris en date du 8 février 1955.


Le 13 janvier de 2013, j’y étais.
Avant cette saloperie de blanche neige, avant l’envol de nos pioupious sur Tombouctou ou la Renonciation du Pape, déjà moi, j’y étais. La «Manif pour tous», ainsi bougrement nommée en écho de l’ânerie gouvernementale, répondait là au camouflage d’une affaire strictement homo dans la nasse collective et j’avoue piteusement que l’air de famille d’un tel copié-collé me gênait un peu l’entournure.
J’y étais et quand même, cette marche des «anti» relevait à mes yeux d’une unanimité bien suspecte.

«Tous contre tous, tous avec tousse et tousse, tousse, tousse en scène, tousse ensemble ouais ! ouais ! ouais !»

Pour preuve, les bus à musique techno-pop-rave-hip-hop-électro croisés d’entrée Place d’Italie en attestaient qui cadençaient la lente (et longue) marche des braves défenseurs d’un état de choses immémorial («le mariage, c’est la filiation !») jouant là aussi, musique pour tous, tellement de bruits d’affirmations… papas… pipis… mamans… cancans… qu’on pouvait plus vraiment penser aux pères & mères.
Recto-verso, on prend les mêmes, les «pour», les «contre», genres confondus, on se les place en face-à-face et hop, musique : tout le monde danse de jolies rondes autour du monde tel qu’il est. Qu’on entérine ou qu’on paraphe par-delà les antagonismes, combats d’hier, rivalités voire négatifs du monde ancien.
Les pavés d’antan sont des chants et les chants d’aujourd’hui, kif-kif...
Qu’il s’agisse précisément d’une réplique ou d’une réelle opposition à la mutation anthropologique annoncée par ladite filiation d’invertis ne sautait pas d'emblée aux yeux. Ces manifestants «contre» n’étant tous et toutes que rires, slogans fardés, chichis factices voire bonheur de se dénombrer en combientièmes sous l’infini des toits de Paris, c’est-à-dire toujours recomptant l’accroissement exponentiel d’un camp du Bien où, je le répète, j’avançais moi parmi elles et eux, mon clope au bec et tout de même plutôt d’accord.
Près des Invalides, le curé de Saint François-Xavier, tout jouasse et bouche carminée, nous balançait pareil ses cloches en sorte de carillon programmé histoire d’en rajouter une louche. Brave homme de chaire sur son parvis à saluer en soutane noire la parade comme autant d’ouailles, gestuelle complice de la main, onction ou mieux, bénédiction ?... Dans son transept portes ouvertes : peu de badauds ou alors, des michés gelés devant le Fils de l’Homme qu’expire.
Évidemment, il s’agissait là d’une belle farce, faire chier Hollande et au-delà, dire qu’on existe ici maintenant leur suffisait, surtout que personne non, personne (et quoi que puisse par ultérieur insinuer l’adversaire), personne n’était contre le mariage d’homos et partant, personne contre les homos. Moi non plus… Certains d’homos d’ailleurs dansaient dans cette Manif des «contre», serait-ce que pour renforcer le caractère transversal et citoyen et résolument consensuel d’une nouvelle union maritale considérée comme bien normale par tout le monde.
Nous ne trouvions plus, à l’ancienne, Diable et Bon Dieu de part et d’autre d’une barricade rougie au sang mais plutôt des gens, de vrais gens autoreverses à l’infini. Gentil homo en vouloir d’enfant contre gentil catho contre à-valoir d’une loi.
Les deux enchevêtrés comme amants.
Aux uns, le codicille et aux autres, le Code civil.
Aux «anti», ce dimanche 13 janvier et aux «pour», un jour à venir.
Et ce sont pas les Femen, spectaculaires marchandes bourre-pifs, qui nous soutiendront le contraire !

Ce que je dis moi, c’est que de blancs bonnets blancs défilaient en valsant ce jour de Sainte Yvette contre un mouvement «sociétal» et non contre un épineux groupe d’en face.
Ce que je vis, c’est la gentillesse d’un tel conflit même si de loin, LGBT (Lipsticks, Gitons, Berdaches et Triques ou quoi ?) critiquaient l’autre comme «réactionnaire», «pétainiste», «catho-nazi» voire bougrement «antisémite» selon un fier nabot berger, mais friqué.
Miettes d’une même pensée récusant surtout rien du Réel, les deux camps font Fête à la danse, à la zique, à l’Amour, à l’entrain en fusion jusqu’au bout de l’espèce. Part et d’autre, une même langue causée, de mêmes couleurs placardées, d’analogues pacotilles rivales. Quelques bonheurs tout de même au passage : cinquante mignonnes scandant haut fort qu’en ce beau jour «on veut du sexe et pas du genre»; cinquante mignonnes dans le vent, leurs cheveux fous, chattes mutines; cinquante vraiment des mieux roulées dans la singularité de leurs ovules et puisque ce qui compte ici, c’est le «on veut» épicurien, j’en aurais bien fait mon quatre heures moi d’une au moins de ces belles jeunesses mais n’y pense plus pauvre zozo, elles sont juste pour être ensemble et prononcer à l’unisson ce mot «sexe» qui émoustille.
Tant pire.
Je la fumera (sic) plus tard. Même si un tel combat mérite mieux qu’une fête, quelle fête digne de ce nom mérite mieux qu’une nouba ?
Passons.
Je passe aussi sur le fait qu’en face, des ils ou des elles réclament, «bite dans le cul ou pas*», le sexe et le genre, les deux en un ! (*ce ravissant slogan fut porté trois jours plus tard par un garçonnet de la manif pro-mariage gay. À quelques pas, et le zyeutant, un abject et pâteux quinqua trépignait d’une joie languide).

Je passe encore songeant qu’il faudrait le flair et le talent d’un Balzac ou d’un Houellebecq pour prendre tout ça bras-le-corps et décoder combien ces modernes clivages sont contrefaits dès leur naissance, comment le réac organise le sauvetage d’un mariage en voie d’extinction quand le progressiste, plus platement, le défend en l’état.
Ou c’est l’inverse ?...
(…S’échangent ici tant de vœux pieux à pile et face, impair ou passe que j’en perds mon pauvre latin. Sauf que, et ça fait bien du bien, je suis pas seul à le paumer. La preuve :
L’hasard faisant bien les choses, deux infos du 12 février atteignent l’accidentogène. Le «Mariage pour tous» était juste en train d’être voté par nos représentants qu’on a dans notre Assemblée Nationale qu’au même instant pilepoil précis et à trois encablures de là, sur la procédurière île de la Cité, les tarés de l’Arche de Zoé dont on se souvient certainement était condamnés deux ans ferme pour avoir cru dès 2007 que le droit à l’enfant pour tous les autorisait impunément à faire leurs courses au Darfour en exfiltrant cent mômes et quelques, en guise de faux-vrais orphelins, vers de gentils adoptants tout-à-fait blancs eux et de chez nous.
L’ahurissant de l’anecdote étant que ni les adopteurs putatifs devant l’Assemblée ni ces grossistes en mômes pour tous n’ont fait le lien… en dépit des arrêts de Batobus jalonnant pourtant le trajet.
Ballot, non ?
J’en perdais mon latin disais-je, eh bien maintenant c’est mon … tchadien).

Ce sont donc pas des «contre» qui défilaient fièrement ce dimanche-là et plus tard, c’étions point non plus des «pour» qu’ont hululé avec fierté leurs incantations émergentes. Chaque rôle joue interchangeable, Bien contre Bien, mariage vs mariage, maternage contre maternage, parenté vs parentalité avant qu’on tourne la page de nos chouettes protections sociales, cool et métissées et prometteuses, fissa, d’autres grands bonds en avant.
Je m’écarte va-t-on objecter des objectifs officiellement affichés de cette immense «Manif pour tous» ? Que nenni ! Qu’homos demain puissent enfanter, adopter, voire même avorter, divorcer, verser des pensions, en percevoir, rembourser de foutus gazons par chèque d’1 centime chacun, latter la gueule de leur cher/ère moitié, renoncer au plaisir d’être parent(e)s d’un mioche moche d’ex-colonies pour, et rabiboché(e)s à l’instant, décider d’en choisir un neuf en plus mignon, girond, fripon, qu’importe au fond. Être chiard dans ces conditions sera toujours un peu plus doux qu’amputé d’une main ou deux entre Gao et Bamako. (Et tiens, à propos de paluches, pourquoi ne pas se serrer celles qui restent pour un pont aérien entre le Mali, pays ami et l’ici chez nous, une fois ces branques de talibans boutés ailleurs ou «dans les chiottes» ?)
Un grand marché genre sur Meetic-EBay où de charmantes frimousses bronzées seraient mises à l'encan homoparental afin, aller savoir, de manifester dans quinze-vingt ans pour le droit d’épouser quelque père adoptif amical et divorcé ou son grand frère à la noix enrouée ? Et ce, bien nourris, scolarisés, vaccinés, héritiers sachant compter, zapper, lire, pas cons et avant tout, au-dessus du reste : aimant follement la folle ambiance des mariages !
Le retour de noce et les bougies !
La pièce montée !
Les confettis !

Mon truc moi, c’est l’altérité, piger si ça diffère vraiment, si ça diverge ou à défaut, regretter qu’il y ait peu d’écart entre : «le mariage, c’est la filiation» scandé par les un(e)s et «mieux vaut une paire de mères, qu’un père de merde» chanté par les autres (on distinguera cependant le péquin uraniste à ce qu’il fait toujours son intéressant dans un très pur style charretier).
J’oserai presque un mix des deux : «le mariage, c’est une paire de merdes» mais là, pardon Dame Frigide, faudrait avoir certains moyens et moi, par coup du sort, j’en manque...

D’aucun(e)s, liseurs(seuses), lecteurs(trices) ou fidèles zonard(e)s de l’immortel Soleil noir nommé Stalker, trouveront que j’empire mon cas quand d’autres me trouveront confus, tout de traviole ou pour le moins, pas vraiment clair.
Toutes et tous auront raison, bien sûr même si fin mars, pour la suite des réjouissances, on me reverra certainement trottiner dans la rue contre ledit «Mariage pour tous» et faisant sa fête à la fête … en toute discrétion.