L’Élection d'Israël expliquée à la République (22/07/2004)

Crédits photographiques : Jonathan Nackstrand (AFP/Getty Images).
J’ai peut-être été quelque peu dur, hier, en déclarant qu’il n’y avait, sur la Toile, qu’une minuscule quantité de textes valant la peine d’être lus, a fortiori lorsque n’importe quelle pucelle ou ménagère esseulée s’avise de nous livrer ses redoutables pensées.
Je relis toutefois les textes de Raphaël Juldé sur Blondin et Matzneff parus dans Le Journal de la culture et parcours sur son site ses derniers billets, pour me convaincre qu’il n'y a là aucun intérêt, l'absence de tout fait marquant dans la vie de ce non-écrivain n'étant même pas drôle et encore moins signe de modestie, même si une originalité miteuse est aujourd’hui revendiquée avec des cris d’orfraie par n’importe quel béjaune.
Même s'il faut remarquer que nulle part ce médiocre n’a parlé, pour sa production monocorde, de journal littéraire mais bel et bien de journal intime, sa non-vie est relatée dans un français aussi correct qu'absolument plat.
Raphaël Juldé, le sous-Houellebecq pour foire du livre à Terne-sur-Damart.
Cette précision étant faite, il me faut immédiatement écrire que le stalker a besoin d’un autre type de nourriture, plus spirituelle que terrestre, et plus consistante qu'anémique. Car le stalker est un homme qui, bien que misérable, ne peut se contenter de fixer son regard sur le nombril proéminent de sa petite personne, fût-elle affligée par une madréporaire colonie d’écrouelles. Évidemment, cette nourriture spirituelle, je serai bien incapable de la trouver dans les honteuses platitudes républicardes que l’inamovible sot Badinter serine dans un entretien au Monde.
Dans ces quelques lignes sans le moindre intérêt, de la main droite Badinter donne aux Juifs de France, avec une largesse de monarque, ce qu’il leur retire pour le donner immédiatement, cette fois de la main gauche, aux Musulmans français, dans un souci ridicule de maintenir le fléau au centre de la balance et afin d’éviter toute extrémisante stigmatisation (le mot est à la mode bien que dépouillé de son aura religieuse). L’irrésistible pleutre, qui se tique de justice alors qu’il est incapable de manifester autre chose que l’immonde et avilissante égalité laïcarde ! Ainsi Badinter n’échappe pas à la règle qui veut que tout imbécile soit, par nature, un prudent, a fortiori lorsqu’il couche avec la putain républicaine qui, il est vrai, n’a jamais su fermer bien longtemps ses cuisses au premier venu, c’est-à-dire à tout un chacun. Non ! Les nourritures républicaines sont décidément à vomir et il me faut autre chose qu’une purée incolore de fayots rancis. Autre chose vous dis-je, de la colère, de la passion, c’est-à-dire une parole claire qui tranche dans cet inextricable mélange de voix et de rumeurs. J’ai trouvé cette passion dans un journal qui, depuis quelque temps, ne m’intéressait plus, à force de distiller son catéchisme ultra-sioniste et ses amphigouriques envolées véronales qui ne tranchent ni n’affirment mais rusent, insinuent, contournent l’obstacle sans jamais le sauter.
Ce journal s’intitule Les provinciales (son directeur tient à la minuscule) et l’article en question, qui prend comme prétexte le film La Passion de Mel Gibson afin de conduire une superbe méditation sur l’Élection du peuple juif, est celui signé par Fabrice Hadjadj, dont j’avais salué il y a longtemps le premier livre, Et les Violents s’en emparent. En quelques mots résumée, la thèse de ce Juif converti au christianisme d’Hadjadj est la suivante : Israël, à n’en point douter, est le Peuple élu et c’est l’intolérable mystère de cette élection qui le désigne aux turpitudes de l’histoire, élection que seule l’Église peut reconnaître et certainement pas la Putain républicaine. Comme Hadjadj l’écrit : «La République qui ne connaît que des individus égaux a échoué à reconnaître l’Élection. Sa tolérance est l’autre nom de sa haine de l’Esprit. Son humanisme conduit au massacre des âmes». Autre passage, sur la France, fille aînée de l’Église qui, «depuis longtemps prostituée, ferait bien de se tourner vers lui [l’État d’Israël] pour retrouver un peu sa virginité de cœur, et pour lui montrer en retour le visage de celle qui sut allier l’emploi des armes charnelles et la charité pour l’ennemi, je veux parler de Jeanne d’Arc, la plus juive des saintes de France».
Sur l’Élection d’Israël : «La communauté juive, ni universelle comme l’Église, ni particulière comme une nation, traverse l’histoire dans une altérité irréductible. Contre elle se brise aussi bien le repli sur le particularisme que la dilution dans l’universalisme. Devant elle, chaque nation est mise à l’épreuve : ou bien elle refuse cette étrangeté et se perd soit dans la fossilisation identitaire, soit dans la liquéfaction mondialiste; ou bien elle est amenée à ressaisir son identité comme ouverture à une transcendance». Tout est dit ou plutôt écrit, avec l’appui de Saint Thomas d’Aquin et de Léon Bloy, cet écrivain qu’Éric Marty estropia si lamentablement dans son dernier ouvrage, Bref séjour à Jérusalem. Après tant de hauteur théologique (ou tout simplement d’un mélange salutaire d’intelligence et de culture…), me permettra-t-on une petite anecdote que j’espère aussi aigre que possible pour celui qui me lira, Olivier Véron, directeur des Provinciales ? A l’origine, mon texte de critique sur l’ouvrage de Marty, publié dans Cancer !, devait paraître dans la revue confidentielle (aucun mépris dans ce terme) de Véron qui, s’étant mis martel en tête d’obtenir un articulet de Marty, que dis-je !, moins que cela, la plus minuscule de ses rinçures, me fit comprendre, toujours à son inimitable façon, rien moins qu’apophatique, torve et comme au travers d’un miroir, que mon papier était malvenu qui critiquait assez durement les lectures mensongères de Marty commises à l’égard de Bloy et Bernanos. Petite histoire sans doute mais petite histoire qui néanmoins a sa morale : on peut sonder les ténébreux gouffres du plus ardu mysticisme et n’en être pas moins diablement chatouillé par la mouche humaine, trop humaine, d’une ridicule réussite médiatique.
Dommage d’ailleurs qu’Olivier Véron ne connaisse pas Jean-Pierre Tailleur, que j’ai rencontré il y a peu dans un café parisien. Jean-Pierre Tailleur a écrit un livre, Bévues de presse, qui eût pourtant pu renseigner notre provincial prosateur philosémite sur les pratiques journalistiques que ce dernier, ô paradoxe, ne peut s’empêcher de condamner tout en louchant sur elles d’un regard d’envieux.
Je publierai d’ici peu, en plusieurs extraits, comme je l’ai fait pour mon livre sur Steiner, un texte que Tailleur m’a adressé dans lequel les lecteurs de ce blog, au cas où ils l’ignoreraient, apprendront les us et coutumes de ce lamentable milieu qu’est le bocal bavard du journalisme parisien.

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