Heureux et fier... Mais après ?, par Serge Rivron (30/05/2005)

Crédits photographiques : Rodrigo Abd (Associated Press).
«Mes chers compatriotes, au cours de ces débats, vous avez exprimé vos inquiétudes et vos attentes, j'entends y répondre en donnant une impulsion nouvelle et forte à l'action gouvernementale».
Jacques Chirac au peuple français.


Voici le texte que m'a envoyé hier soir (ou plutôt ce matin, très tôt) Serge Rivron, texte court mais pas moins superbe, grondant, selon l'expression, d'une sainte colère à l'encontre des imbéciles (au sens bernanosien du terme, on l'aura compris...) qui nous gouvernent, lesquels, je suis moins optimiste encore que Rivron, ne changeront sans doute strictement rien à leur odieuse façon de nous mépriser, nous humilier, nous intimer de faire silence et, surtout, résipiscence, nous, celles et ceux qui les avons pourtant portés à un pouvoir qu'ils n'en finissent plus de ternir, de salir, de déshonorer.
Excellente lecture donc.

Aujourd'hui 29 mai 2005, la grande majorité des Français a dit NON. Des voix se sont élevées qu'on présumait depuis si longtemps confinées à la soumission ou à la démission. Un PEUPLE existait qu'on imaginait tellement avachi, qu'on décrivait depuis tellement de temps comme tellement abruti qu'il avait fini lui-même par ne plus se savoir Histoire. Malgré les mensonges dont on pensait l'avoir éparpillé, malgré le gouffre du doute ouvert devant celui à qui l'on répète qu'il a tort, et qui s'avance quand même au châtiment promis, le peuple de France a rejoint son destin. Il attendait seulement que l'Histoire à nouveau le sollicite.
Ce soir je ne peux m'empêcher de penser à Georges Bernanos, à ses imprécations contre les imbéciles, à sa France contre les robots : «Les réalistes, mêmes catholiques, m’objecteront que, puisque le mal est fait, mieux vaut ne pas laisser se déchaîner la colère des masses dupées et trahies. Pourquoi ? Nous préférons ce risque pour le monde. Ce risque est selon l’histoire, selon l’homme, selon la nature des choses. Il est selon l’ordre du monde, selon la volonté de Dieu, que les peuples se vengent.»
Enlevez, si vous voulez, le «même catholique», et écoutez tonner cette phrase à l'heure de la victoire du non à l'abominable texte qu'on voulait nous faire boire. «Nous préférons ce risque pour le monde». Le peuple français, contre ses édiles, contre toute sa médiature unie dans le mépris, le trucage et le mensonge, le peuple de France a choisi sa voie, ce risque. Le peuple français s'est vengé, et qui plus est il s’est vengé à bon escient, refusant un texte abject et vomissant les mensonges et les menaces par lesquels on voulait le bâillonner. J'en suis heureux, et pour la première fois de mon existence je suis fier, bêtement, d’être de France.
Et après ? Le texte rejeté cumulait les chausse-trapes, à l’espoir, à l’éthique, à l’histoire, à l’économie, à la solidarité, à la simple possibilité pour les hommes en société de vivre et d’aimer en préférant l’être à l’avoir, et d’être respectés comme êtres humains avant de l’être pour leur pouvoir de produire ou de consommer. Un peuple a majoritairement refusé l’institutionnalisation de ce qu’il pressentait comme une émanation de la morbidité. J’entends au gré de mes zappings pérorer les perdants, et les «vainqueurs» tenter, devant la morgue de leurs adversaires, des arguments pour reconstruire enfin l’Europe que les peuples attendent, et j’ai peur que la vengeance de mon peuple n’en soit qu’à son premier acte.
Barrozo ne croit pas à la possibilité d’une renégociation, et Chirac nous parle de porter le verdict des Français devant les instances européennes tout en menaçant les Français de sa propre définition de «l’intérêt national». Personne n’a relevé cette ultime argutie. Sarkozy plante ses banderilles pour son élection certaine à la Présidence. Mammère et Ségolène s’enlisent dans la mauvaise foi, ils finiront par rendre Marine Le Pen sympathique à l’imbécile bernanosien lambda. On ose encore dire que le NON tourne le dos à l’Europe. Une souriante blondasse et quelques ministres fatigués nous parlent de gâchis comme si le gâchis n’était pas de leur fait. Arlette est persuadée que les 15 millions de Français qui ont dit non veulent avant tout qu’on les protège, et Dominique Voynet saisit cette planche moisie pour encore une fois remettre le terrible verdict sur l’angoisse et la paupérisation des Français.
Ils n’ont rien entendu, ou si peu.
Il faudra pourtant qu’on en sorte avant que la prochaine manœuvre des pantins ne provoque un carnage. On me rétorquera que loin s’en faut. Il y a six mois à peine, la ratification par les Français du Traité constitutionnel était vendue comme une formalité dans les salons de la «gouvernance».

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