Maljournalisme, 4, par Jean-Pierre Tailleur, précédé d'une leçon de journalisme, par Dominique Mouton du Parisien (27/02/2008)

Crédits photographiques : Stringer (Reuters).
Je poursuis la mise en ligne du texte de Jean-Pierre Tailleur avec ce Maljournalisme 4. On y lira avec ravissement, étonnement et, dans mon cas, beaucoup d’amusement, les efforts déployés par notre auteur pour parvenir à capter l’attention de quelques locustes bavards qui, cette caractéristique de l’espèce est suffisamment connue, ne peuvent survivre qu’auprès de leurs millions de congénères tout aussi bruyants.
Tout comme il est ridicule de parler d’un termite, nul n’a pu observer assez longtemps, en effet, l’un de ces criquets brutalement arraché à son nuage qui le protège de l'extérieur et des prédateurs. Encore moins est-il possible de surprendre un journaliste assez fier et brave pour penser tout seul, en tous les cas écrire sans consulter les articles de ses petits copains et, comme le ferait une hyène – ou peut-être un animal moins noble encore – flairer l’air pour découvrir où pourrissent les carcasses… Nous allons y revenir, à l'esprit grégaire propre aux moutons et aux journalistes, espèces voisines par leurs caractéristiques génétiques.
Je viens de terminer l’ouvrage de Tailleur (paru aux Éditions du Félin). Mon étonnement est devenu stupeur, celle-ci une consternation qui, au fil des pages, s’est transformée bien souvent en colère. Je ne suis guère étonné, en fin de compte, que pratiquement nul n’ait voulu de ce livre et bien peu de critiques en aient rendu compte ou seulement du bout des doigts pourrait-on dire, une pince à linge sur le nez. L’ouvrage du reste est parfaitement documenté, raisonnablement (si je puis dire) polémique même si jamais il ne succombe à la facilité de l’attaque gratuite ou à cette colère qui gâcherait selon certains quelque plume parfois valable. C’est même le contraire puisque Tailleur essaie d’être juste, n’hésitant jamais à louer tel ou tel quotidien, tel ou tel journaliste, pour leur travail d’investigation. C’est justement cette absence de colère, absence en fin de compte si peu littéraire, qui me fait pourtant préférer à ce type de livre à visée peu ou prou «scientifique» (et c’est bien sûr tout à son honneur) le genre du pamphlet ou, à tout le moins, les ouvrages irremplaçables d’un Kraus, que Tailleur ne cite jamais bien que le patron de Die Fackel ait décortiqué comme nul autre les mécanismes de la presse. J’oubliai, aussi, Kierkegaard qui n’a de cesse de maudire la termitière que représente la presse (en fait, la foule) à ses yeux et n’importe quel auteur, finalement, qui a compris une fois pour toutes que cette même foule était assimilable à un gigantesque étron, il est vrai peu commun puisqu’il bavarde et ne fait même rien d’autre que bavarder…
En guise de plaisante transition avec la suite du texte de Jean-Pierre Tailleur consacré au maljournalisme, voici la réponse que j'ai reçu de la part d'un des journalistes du Parisien, quotidien auprès duquel je me suis naguère étonné qu'il osât affirmer que la désormais fameuse vidéo montrant Nicolas Sarkozy envoyer promener un crétin irrespectueux (nul n'a apparemment noté que sa phrase stupide était en plus parfaitement incorrecte) constituait autre chose qu'une bien vulgaire tentative de racolage.

Ce journaliste qui existe bel et bien, appelons-le Dominique Mouton.

«Bonjour.

Consternant, que de prétendus journalistes en soient arrivés à un tel point de maljournalisme qu'ils en viennent à se battre (1 million de visiteurs, puis 2, 3, 180 millions, la Terre entière si vous le voulez, et alors ?) pour mettre en ligne une vidéo nullissime, qui ne montre rien de plus qu'un homme politique envoyant promener un gros beauf qui, quelles que soient ses raisons, n'a aucun droit de s'adresser de cette façon-là à une personne (fût-elle Nicolas Sarkozy) incarnant la plus haute fonction de l'État.
Je n'oserai pas m'adresser à un chien de la sorte et pourtant nul d'entre vous ne considère que c'est ce gros con qui devrait, plutôt que N[icolas] S[arkozy], présenter des excuses à la France entière, pour avoir insulté celui qui en est le représentant élu démocratiquement, que l'homme plaise ou pas (encore une fois, ce n'est pas le sujet).
Je conseillerai à Armelle Thoraval [rédactrice en chef de Leparisien.fr, Ndlr] et à ses supérieurs de retourner sur les bancs de son apparemment fort mauvaise école où elle a dû apprendre (mal) son métier, et à coup sûr l'a en tout cas oublié : journaliste, pas fouilleur de merde, pas dénicheur de vidéo tremblotante et mal filmée nous montrant le président à Panari-sur-Ongles en train de se gratter le nez; journaliste, ce qui veut dire, je crois : apporter une INFORMATION mise EN PERSPECTIVE, laquelle exige non seulement un élémentaire RECOUPEMENT de ladite INFORMATION mais un minimum de CULTURE et surtout d'HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE.
Nous en sommes loin, et bien sûr Le Parisien n'est pas le seul coupable, ce qui n'enlève rien à ma critique d'ailleurs. Voulez-vous me dire quelle est la valeur ajoutée de cette vidéo ? Du fait que presque tous les médias de France l'aient reprise ? Du fait que vous en ayez perdu le contrôle, puisque votre vidéo, désormais débarrassée du logo Le Parisien, circule jusque sur les sites les plus reculés de l'Antarctique ?
Arrivés un un tel degré d'ineptie et de non-professionalisme absolu, on se demande encore comment les journalistes peuvent ne pas rougir du niveau où ils sont descendus, comme des moutons.
Et de les entendre se plaindre que les Français, dans leur majorité écrasante, ne leur font absolument plus confiance !
Allez donc savoir pourquoi !
Lorsque vous (vous les journalistes, vous comme ceux d'autres canards, pas seulement les employés du Parisien) servez de la merde, à longueur de journée, de colonnes et d'antennes, à vos lecteurs, comment s'étonner que ceux-ci n'achètent plus des canards devenus torchons où nous apprenons, comme un événement d'importance mondiale, que Nicolas Sarkozy porte des caleçons à deux cents euros ?

Cordialement, etc.»

Que croyez-vous que fut la réponse, hautement inspirée, de Dominique Mouton ?

«Merci beaucoup pour cette leçon de journalisme. C'est toujours très instructif, surtout de la part de quelqu'un qui prend des cours au Celsa (1) pour apprendre à le devenir. Visiblement, c'est tous les journalistes français et étrangers qui devraient retourner à l'école pour apprendre leur métier car la vidéo a non seulement été reprise par l'ensemble de la presse hexagonale mais aussi par de nombreux media internationaux réputés sérieux. Preuve que cette vidéo tremblotante avait pour bon nombre de journalistes un réel intérêt. Mais vous avez peut-être raison contre tout le monde.»

À bientôt au Celsa.

Dominique Mouton.

Ma réponse, enfin :

«Cher professeur (le tutoiement festif n'est donc plus de rigueur, comme en cours ? Dommage...), pour votre gouverne, je ne suis absolument pas au Celsa pour devenir journaliste mais passons sur ce genre de subtilités, je sais combien vous êtes débordés, tous, au Parisien, à traquer le scoop, le vrai, et je vois que vous n'avez guère retenu ce que je vous avais dit durant notre tour de table du premier cours.
Bref (mes phrases sont trop longues, je sais...); votre argument n'en est évidemment pas un : s'il y avait une cinquantaine de moutons qui, comme un seul, se jetaient dans le vide, cela ne voudrait en rien dire que le fait de se jeter dans le vide est une bonne idée, n'est-ce pas ?
Petite colle (vous permettez que j'inverse les rôles durant quelques secondes ?) : quelle est la valeur réellement journalistique de ce genre de vidéo ? Je n'en vois aucune mais le professionnel que vous êtes va sans doute daigner me répondre, je suis candide dans le métier voyez-vous.

À bientôt ? Je n'en sais rien, mais certainement pas au Celsa.»

Note
(1) Par convenance et curiosité à l'endroit de la formation donnée aux journalistes (plus largement, aux étudiants, innombrables, qui se destinent à la «com»...), j'ai passé une année fort instructive sur les bancs du Celsa.
Dominique Mouton ainsi qu'Élodie Mao, du Parisien, ont été mes... professeurs en presse écrite. Détail piquant : Élodie Mao, qui a répondu à mon envoi par une expéditive sentence me faisant comprendre, fort directement, qu'un étudiant n'avait aucun droit de critiquer la profession qu'il allait embrasser et que, pour moi, franchement, c'était très mal parti, a passé 75% des heures de cours qu'elle nous a donnés à griller des clopes au soleil. Il faut dire que le Celsa dispose d'un beau jardin, sans doute pour apporter quelques minutes de sérénité à ses intervenants (ce terme est préférable à celui de professeur d'ailleurs), bien souvent des journalistes surmenés.

«Toutefois je ne vivrai sans doute pas assez pour le voir, mais je suis bien assuré qu’on en arrivera un jour jusque là. Comme la Chine s’est arrêtée à un point de son développement, l’Europe s’arrêtera à la presse, elle restera comme un memento rappelant que l’humanité a fait là une invention qui a fini par prendre le dessus sur elle».
Sören Kierkegaard, Journal, IX A 378.


Mieux vaut mentir sur l’Holocauste

Après ces incidents, j’ai fait appel, un jour, pour voir, à Robert Ménard, l’animateur de Reporters sans frontières. Il venait de publier un essai où il soutenait le droit d’expression pour les auteurs négationnistes. Le co-fondateur de RSF était au courant de mes mésaventures avant que je ne le contacte. Mais il n’a pu rien faire, cette cause ne l'intéressant pas. Il est vrai que c’est plus médiatique de défendre le droit de Roger Garaudy à dire des bêtises sur l’Holocauste, que de faire valoir la licence de critiquer les pratiques journalistiques inavouées. Ceci demande plus de courage, aussi, et ce n’est pas dans la ligne d’action d’une organisation qui dépend des médias et de l’apitoiement pour le sort des reporters réprimés par la force.
Bévues de presse a été victime d’une spirale du silence, d’un conformisme timoré, plutôt que de censure à proprement parler. Il s’agit d’un mal plus grave, car plus diffus et moins attaquable qu’une interdiction politique de s’exprimer. La revue Médias, consacrée aux journalistes et lancée en même temps que le livre, a illustré de façon encore plus éloquente cette forme de censure moins identifiable. Ce magazine rapidement disparu n’a en effet pas trouvé le moyen de présenter ou de débattre sur l’ouvrage situé au centre de son champ rédactionnel. Dans ses pages livres, Médias a préféré publier la critique de livres sur l’insécurité alimentaire ou policière, sur les juges et même sur les raves party
La direction de ce bimestriel a pourtant reconnu l’originalité de mon approche, m’ayant commandé un papier pour son premier numéro. Elle souhaitait publier un passage du chapitre que je consacre au Canard enchaîné dans le cadre d’un dossier sur le journalisme d’investigation. Mais j’ai préféré faire un article spécifique sur un thème précis, non abordé dans l’essai : la manière assez calamiteuse par laquelle l’hebdomadaire satirique a prétendu faire des révélations dans les deux numéros qui ont suivi les attentats du 11 septembre. Malgré des parfums de CIA, de DGSE et autres services secrets, on n’en apprenait pas beaucoup plus qu’en écoutant les bulletins de radioMédias souhaitait publier une interview de Claude Angeli pour faire contrepoint, mais le rédacteur en chef du Canard n’était pas disponible. «Du coup, votre article n'a pas pu être publié. Manque de place et erreur de jeunesse commune à tous les premiers numéros», m’a-t-on expliqué. Mon donneur d’ordre a été correct sur le plan matériel, par rapport à beaucoup de ses confrères, car j’ai été réglé pour les deux journées consacrées à ce travail. Mais nous n’étions pas sur la même longueur d'onde. Le dossier sur le journalisme d’investigation, long d’une dizaine de pages, ne comprenait pas de critique du Canard enchaîné tout en incluant les propos d’un collaborateur de Claude Angeli, Louis-Marie Horeau. Les quatre pages consacrées au Monde étaient même cocasses d’indulgence envers Edwy Plenel, quand on les compare avec les attaques contre ce dernier au moment de la sortie du brûlot de Péan-CohenLe bimestriel avait pourtant été annoncé comme un Columbia Journalism Review ou un Brill's Content à la française, du nom de deux magazines plus mordants de et sur la presse états-unienne (le second a disparu également, au bout de trois ans). Cette comparaison était mensongère car, pour prendre le titre d’une rubrique du CJR, le journal français ne lançait pratiquement aucune dart (fléchette) contre ses confrères. Dans son deuxième et dernier numéro paru en juin 2002, Médias évoquait plus de cas de bidonnages repérés Outre-Atlantique qu’en France. Nos journaux étaient critiqués de façon convenue, uniquement, à travers la question rebattue de la connivence des journalistes par exemple.
Malgré la publicité et l’enthousiasme dont il a fait l’objet dans les journaux, Médias n'a pas convaincu assez de lecteurs. Dommage, car il y avait aussi quelques enquêtes intéressantes sur des métiers cachés du journalisme, comme les vérificateurs de faits dans certaines rédactions américaines. Il a disparu au bout de deux numéros dans une indifférence révélatrice de l’incohérence et des réticences à critiquer la presse écrite.
Mon livre a fait l’objet du même traitement sur le front audiovisuel, malgré un contexte particulièrement favorable. En télévision, une productrice de On a tout essayé, magazine quotidien de France 2 animé par l’humoriste Laurent Ruquier, m’a appelé pour me tester en vue d’une participation à l’émission. Elle s’imaginait que Bévues de presse était un sottisier, comme beaucoup de libraires qui ne se sont même pas donné la peine de lire son résumé en page de dos et l’ont placé en rayon humour… Hélas, je n’ai pas dû être assez rigolo lors de cette conversation d’une vingtaine de minutes, par manque de préparation. À ma connaissance, une chaîne câblée (Public Sénat, dans une chronique littéraire) et un journal local (le 13 heures de France 3 à Montpellier, lors d’une interview de deux minutes) ont été les seuls à évoquer le livre. Dans les deux cas, je connaissais un membre de la rédaction qui avait proposé d’en parler.
Imaginons plusieurs émissions spécialisées dans les questions de santé : ignorent-elles toutes un essai consacré pour une fois à une critique en profondeur des hôpitaux français ? C’est pourtant ce qu’ont fait les magazines radiotélévisés grand public consacrés aux médias, exceptionnellement nombreux en ce début 2002.
L’émission de France 5 On aura tout lu, animée par Paul Amar et initialement consacrée à la presse, n’a pas cru bon d’en parler. Il est vrai que cet hebdomadaire du samedi, dont plusieurs producteurs ont reconnu en privé la valeur de l’essai, s’est détourné progressivement de ses finalités. Avant de disparaître au bout de deux saisons, il s’est transformé en un magazine de société supplémentaire, se contentant de citer des titres de journaux pour illustrer les thèmes traités.
Comme ses confrères, le magazine de Paul Amar a eu du mal à aborder la presse écrite en tant que sujet journalistique, débordant très rapidement sur l'actualité couverte par les journaux. En d'autres termes, il a mélangé contenants et contenus, à l’instar de Michel Field avec une émission radio encore plus éphémère, dédiée aux médias et à la presse écrite tout particulièrement. Je m’estimais chanceux que ce magazine-ci, diffusé en fin de week-end sur Europe 1, ait été lancé peu avant la sortie de Bévues de presse lui aussi, mais à tort. Les producteurs de Michel Field n’ont également pas trouvé (ou cherché) de créneaux pour parler d’un livre qui leur semblait pourtant intéressant.

Des radios et des télés pusillanimes

Il faut reconnaître à Daniel Schneidermann le grand mérite d’avoir su tenir la ligne de son Arrêt sur images, lui. Son émission de France 5 respecte le rôle qu’il lui a assigné depuis bientôt dix ans, en effet, comme auscultateur de la qualité dans les informations télévisées. Mais au grand dam de l’attachée de presse du Félin, A.S.I. n’a pas trouvé non plus, curieusement, le moyen de mentionner un essai qui aurait pu s’intituler Arrêt sur écrits. Son animateur, chroniqueur au Monde passé à Libération, l’a pourtant trouvé pertinent lui aussi, si j’en crois un courriel. J’ai eu la même déception sur la même chaîne avec Serge Moati, pourtant un des rares à m’avoir remercié pour l’envoi du livre. Son émission Ripostes a à plusieurs reprises été consacrée à la critique des médias mais n’a pas donné lieu à des débats sur les questions principalement soulevées dans Bévues de presseD’autres hommes d’audiovisuel se sont clairement opposé à mon projet. Par un silence volontaire pour certains, comme Daniel Mermet sur France Inter. D’autres parce qu’ils estiment avoir été injustement critiqués dans l’essai. Nicolas Poincaré, qui tient une chronique médias tous les mardis sur la même station, dans l’émission Tam tam etc. de Pascale Clark, m’a fait de vifs reproches par téléphone peu après la parution. A la fin du livre, j’ai en effet publié une enquête que je comptais faire paraître dans Le Monde diplomatique, sur sa contre-enquête mettant en cause le bilan officiel de l’ouragan Mitch, au Honduras en 1998. Il m’en veut de lui avoir attribué des propos qu’il n’aurait pas tenus, mais il s’agit d’un malentendu ou d’un refus de reconnaître ses torts : je n’ai fait que déduire, du truquage qu’il attribuait aux autorités honduriennes, ce que cela signifiait en nombre de morts surévalués.
Gilles Perez, le journaliste de Radio France Internationale qui l’a accompagné au Honduras et Edwy Plenel, qui leur a ouvert les colonnes du Monde, ont participé eux aussi à ce dopage de scandale. Il s’agissait de révélations montées en épingle par les stations de Radio France et RFI alors que le Honduras ne s’était pas encore remis de la catastrophe. Elles constituent un cas d'école sur les fausses autocritiques d’une presse qui occulte des bévues plus graves et totalement imputables à ses propres journalistes. Nicolas Poincaré n’a pas jugé utile de se défendre publiquement contre les «mensonges» de Bévues de presse, par exemple.
Tous les journalistes radio n’ont pas boycotté mes travaux, cependant. Le service français de RFI a réagi dès la sortie de l’essai, m’interrogeant à deux reprises alors qu’il s’agissait probablement de la station que j’égratigne le plus à travers l’affaire de l’ouragan Mitch. Les auditeurs africains ont ainsi été informés de la parution de l’essai bien avant ceux de Radio France dans l’Hexagone (j’ai aussi eu des échos d’un Français de Colombie et d’une francophone de Buenos Aires). Les services espagnol, allemand et anglais de RFI ont également joué le jeu, après les avoir démarchés.
Mais il a fallu attendre fin avril 2002 pour qu’une radio nationale parle de l’essai, deux mois après sa sortie. Au moment de clore son émission-débat L’Esprit public sur France Culture, une semaine après le 21 avril de sinistre mémoire, Philippe Meyer l’a signalé en tant qu’essai qui aide à mieux comprendre notre crise de la représentation citoyenne.
L’émission Média Info de France Info a convenu de présenter l’essai à la mi-mai, finalement. C’est à ma connaissance la seule radio diffusée nationalement qui lui a consacré une chronique ad hoc, par un concentré d’interview le résumant très finement, en deux minutes. A la fin de notre rencontre, j’ai demandé à la journaliste Danièle Ohayon pourquoi elle avait attendu un trimestre après l’annonce de la sortie de Bévues de presse pour me contacter. La responsable de la rubrique médias de France Info ne m’en voulait pas d’avoir relativisé la valeur de la contre-enquête de Nicolas Poincaré au Honduras; d’autres l’ont d’ailleurs fait en privé au sein de Radio France. Danièle Ohayon m’a avoué avoir simplement buté sur un paragraphe où j’expose des reproches faits à une consœur, Marie-Monique Robin. Celle-ci est lauréate du Prix Albert Londres grâce à un reportage sur le vol d’organes humains en Amérique latine. Il contient des approximations et des contrevérités reconnues par cette instance, et je me suis contenté de le rappeler sans juger le documentaire dans son ensemble.
Danièle Ohayon s’est néanmoins ravisée, par chance, après avoir repris la lecture de mon livre, estimant qu’elle devait le présenter dans sa rubrique. Contrairement à la grande majorité de ses confrères spécialisés, elle a mis de côté les velléités corporatistes et pensé d’abord à ses auditeurs. Un comportement de bon professionnelPar la suite, hormis quelques radios alternatives et locales, France Culture a été la seule à présenter ce tour d’horizon sur le maljournalisme à la française, mettant en évidence le silence des grandes radios généralistes. Au cœur de l’été 2003, l’ancien journaliste de L’Événement du jeudi Brice Couturier m’a convié à un débat sur la presse avec André Bercoff. L’été précédant, son confrère Antoine Mercier m’a également ouvert son micro, montrant une fois de plus qu’il n’avait pas peur de déplaire. Début 2001, l’animateur de l’émission matinale Dispute avait en effet diffusé une interview controversée de Jean-Marc Rouillan, le dirigeant emprisonné du groupe Action directe. Je dois aussi être un criminel aux yeux de beaucoup de journalistes.

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