Ricardo Paseyro est mort (06/02/2009)

Charles Burchfield, The Coming of Spring, 1917-43.


«En este instante en que la primavera
vuelve y viste de luz de olvido el tiempo,
¡ si llegara la muerte paso a paso
enmascarada en la ilusión del aire !
Si desde las criaturas distraídas
tornase lentamente a mí los ojos
suaves de gracia y hondos de vacío,
yo me fuera con ella paso a paso,
total, desvanecido en esplendores,
como quien se deshace de tan pleno.»

Ricardo Paseyro, La Muerte.

Poète, essayiste et critique d'expression espagnole et française, Ricardo Paseyro était le gendre de Jules Supervielle auquel il consacra une belle et étrange biographie. Représentant diplomatique de l'Uruguay en France durant une quinzaine d'années, il fut destitué par les militaires en 1974, obtint la nationalité française et s'installa à Paris, où il est mort hier, jeudi 5 février. Il fut le rédacteur en chef de la revue Contrepoint et collabora au Figaro, La Parisienne, Les lettres françaises, L'Aurore, etc.
Signalons quelques-uns de ses ouvrages dont : Dans la haute mer de l’air et Mortel amour de la bataille, L’âme divisée (Éditions de Corlevour, 2003) et Toutes les circonstances sont aggravantes (Le Rocher, 2007), une fresque politique et littéraire de l’Amérique du Sud des années 30 et du Paris des années 40.

Bibliographie succincte et tout aussi succinctement commentée par Ricardo Paseyro

Le mythe Neruda (L’Herne, 1965, édition revue et corrigée en 1972). Neruda qui a déclaré «Staline est plus savant que tous les hommes ensemble» et qui ne pardonna jamais à Paseyro de lui avoir fait rater le prix Nobel, en publiant, justement, dans Le Figaro, quelques-uns de ses «poèmes» à la gloire de Staline.
L’Espagne sur le fil (Robert Laffont, 1976). «La gauche l'avait [Soljenitsyne] reçu de la façon la plus infâme, en l'insultant, parce qu'il jugeait Franco moins nocif que Staline – idée absolument insupportable pour l'intelligentsia, restée très stalinienne... Je craignais que l'Espagne sans Franco finisse dans le chaos. L'armée n'était pas sûre, certaines régions non plus».
Taïwan, clé du Pacifique. Vues sur la Chine nationaliste (PUF, 1986 puis 1998). «De toute façon, à Paris, on considérait que Taïwan traînait un régime irrationnel hérité de Tchang Kaï-chek : indéfendable. Curieusement, pour embêter Mao, l'URSS pratiquait une protection indirecte de l'île».
Jules Supervielle, le forçat volontaire (Le Rocher, 1987 édition revue et corrigée en 2002). «J'étais entré dans le «système» Supervielle, très ardu, qui exige une exploration affûtée. Sa biographie valait la peine, il a été vraiment un poète, malgré tous ses défauts personnels et son système nerveux...»
Éloge de l’analphabétisme à l’usage des faux lettrés (Robert Laffont, 1989), destiné, selon l'auteur, à «dégonfler les maîtres à penser, imbus d'eux-mêmes. Il fallait un retour à la réalité. Cela m'a coûté un an et demi de travail».
Poésies/Poesías. Choix de poèmes (1950-1980) (Le Temps qu’il fait, 1998).
Poesías completas (1950-1999) (Biblioteca Nueva, Madrid, 2000).

Je signale enfin que la belle revue Nunc a consacré un dossier à Ricardo Paseyro dirigé par Yves Roullière dans sa cinquième livraison.

Toutes les citations entre guillemets sont extraites de l'entretien que Ricardo Paseyro a accordé à Yves Roullière en février 2006, publié à la suite de Toutes les circonstances sont aggravantes (pp. 286-306).

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