La Critique meurt jeune : premières critiques et non-critiques (29/03/2007)

La Critique meurt jeune aux éditions du Rocher


«La critique littéraire au Nouvel Obs aurait pu retrouver sa crédibilité... si elle s'était débarrassée d'un Jean-Louis Ezine, entre autres...»
Propos apocryphe attribué à Jérôme Garcin.


[Ce texte a paru sur ce blog le 30 mai 2006. Profitant de l'entretien réalisé avec Jérôme Garcin dans le n°3 du Magazine des livres dirigé par Joseph Vebret, j'ai estimé que cette note, à la fois par son évocation de Renaud Camus et du lamentable travail de gredin réalisé sur mon livre par Jean-Louis Ezine qui, paraît-il, est un critique littéraire, avait quelque actualité.]

Je puis m'estimer heureux. Lisant le superbe Journal de l'année 2003 de Renaud Camus, Rannoch Moor, je note ces lignes (p. 325), moins accablantes par leur évocation du sentiment de solitude étreignant l'auteur qui vient de publier, comme il le rappelle, quatre livres tout de même, qu'en raison de l'ignominie intellectuelle qu'elles révèlent chez celles et ceux qui, laissant cet écrivain dans un silence qu'il juge scandaleux (et qui l'est, effectivement), ont failli à leur mission qui me semble être cet office de la vigie dont parlait Sainte-Beuve ou, pour le dire plus clairement : l'évocation, même et surtout critique, le coup de chapeau, la salutation adressée aux livres de quelque grandeur : «Lundi 23 juin, neuf heures du soir. Je me serai rarement senti aussi seul, seul... comment dirais-je, non pas intellectuellement, ou littérairement, ou socialement, encore que chacun de ces adverbes renferme en l'occurrence un peu de vérité; non, seul en tant qu'écrivain, si un pareil mot a encore un sens quelconque, à ce degré de solitude et de silence.»
Plusieurs textes ont déjà évoqué mon livre paru récemment aux éditions du Rocher, La Critique meurt jeune. Le premier, comme d'ailleurs dans le cas de La Littérature à contre-nuit : rédigé par Dominique Autié, toujours soucieux des détails et d'une impeccable mise en page, suivi de Raphaël Dargent et de Sarah Vajda sur le site gaulliste, Jeune France, qu'anime mon ami. Je reproduirai dans quelques jours cette fort belle critique de Sarah dans la Zone. D'autres textes, je l'espère [comme ceux de Bruno Gaultier sur son blog ou encore de Christopher Gérard dans un numéro récent de La presse Littéraire], seront mis en ligne sur différents blogs et sites, alors que je ne me fais plus guère d'illusions quant à la publication de critiques sous la plume de journalistes dits professionnels.
Justement, approchons-nous du vaste et bruyant cirque où combattent quelques trop rares rétiaires auxquels le public jette toutes sortes de déchets et où détalent, pour se réfugier dans leur clapier sombre et puant, de très nombreux bouffons. Signalons, pour l'instant, parus dans la presse professionnelle, la recension de Paul-François Paoli pour Le Figaro littéraire et, pitoyable éreintement puant la pauvaise foi et l'inculture journalistique la plus crasse, ces lignes minables signées (sans la moindre honte dirait-on) pour Le Nouvel Observateur par un certain Jean-Louis Ezine, le même qui, il y a quelques jours, sur les ondes de France Culture où il officie, nous a donné, comme un de mes amis, consterné, me l'a malicieusement signalé, une magistrale preuve de son encyclopédique savoir en affirmant que La Soirée avec Monsieur Teste (de Paul Valéry : précision peut-être utile, je vous rappelle que je m'adresse à Ezine) avait paru en 1919. Faisons remarquer à ce cancre insigne que cet ouvrage a été publié quelques années plus tôt, en 1896 tout de même.

Je ne reproduirai pas, ici, les quelques lignes stupides [désormais accessibles uniquement par les archives payantes du site en question, dans la catégorie Sifflets...] écrites par ce... comment dites-vous ? : journaliste... sur mon livre qu'il n'a, selon toute apparence, pas lu. Je préfère d'ailleurs cette hypothèse à celle qui me ferait penser qu'un homme doué d'un cerveau, après la lecture d'un recueil de textes tout de même complexes comme l'est ma Critique, a été pourtant capable de rédiger un aussi pathétique compte rendu et, l'ayant rédigé, l'ayant signé, n'a tout bonnement pas, de honte, disparu de la surface de la terre.
Je lui ai adressé, ainsi qu'à l'ensemble ou presque des journalistes du Nouvel Obs cette lettre, suivie d'un droit de réponse qui, bien sûr, m'a été refusé... Enfin, je puis le supposer, puisque nul de ces journalistes n'a bien évidemment pris la peine d'adresser ne serait-ce qu'une seule ligne à l'un ou l'autre de ces courriers, y compris pour m'intimer d'aller me faire voir ailleurs... Nous en sommes donc là, une fois de plus, réduits à devoir lire, en guise de critique littéraire commise par l'un des quelconques petits clones éziniens, des textes d'une aussi dramatique nullité de ton et de pensée.

«Monsieur le très piètre journaliste.
Je viens de lire votre lamentable petit torchon, ce matin, concernant mon livre, dans Le Nouvel Obs. Que vous ne l'aimiez pas, ce livre, je crois que n'importe quelle amibe siégeant dans votre salle de rédaction l'aura compris, avec deux doigts de réflexion, pardon : deux microns. Il est vrai que, pour d'aussi piètres et bien sûr fausses raisons, que même une Aude Lancelin (c'est dire) est parvenue, naguère, à expliquer, vous ne goûtez pas la prose de Dantec.
Dont acte : le jugement, même inepte, du dernier journaliste venu fait aujourd'hui figure de commandement inaltérablement gravé dans le marbre et, en citoyen irréprochable que je suis, je me plie aux bulles fulminées par les petits papes du parisianisme. Je suis donc à ranger, vous avez parfaitement réussi votre sale boulot d'épurateur, dans la très dangereuse catégorie des affreux réactionnaires stigmatisée par l'infime scribouillard Lindenberg.
Avec un peu plus de pouvoir, qu'heureusement vous n'avez et n'aurez jamais, il y a fort à parier que, ipso facto, je n'eusse été envoyé, aimablement recommandé par votre lettre de cachet, dans quelque Bastille où l'on aurait su m'inculquer les règles élémentaires du novlangue bien-pensant, n'est-ce pas ?...
En attendant ces lendemains révolutionnaires où, je n'en doute point, vous serez dressé, le premier, sur les barricades de la vertu, allez donc, dans quelques jours, sur mon blog, colonne de droite : une certaine catégorie polémique, que je vous laisse deviner, n'attend plus que le seul geste, pas bien difficile il est vrai, que je vous y épingle. Vous y serez en fort belle compagnie, cher monsieur, auprès de tant de vos congénères experts en littérature, qui d'ailleurs ne savent ni lire ni écrire, les pauvres.
Un peu de sérieux. Je vous le disais, c'est d'ailleurs parfaitement votre droit, de ne pas avoir aimé ce que j'ai écrit mais... Franchement, entre nous, n'avez-vous pas eu quelque honte à signer de votre nom un si mauvais, un si lamentable papier, qui jamais, parce que vous n'en avez tout simplement pas les compétences ni le talent, ne se prononce sur le fond et la forme de mon essai ?
Que votre ignoble papier suinte un tel mépris, alors même que vous vous êtes montré parfaitement incapable d'expliquer les raisons, tout simplement idéologiques, qui vous ont fait ne point aimer ce recueil d'essais, est déjà consternant et révélateur du niveau canivesque qui est le vôtre.
Que, pour ces mêmes fausses raisons puant le renvoi aigre de bile, vous passiez sous silence que certains des auteurs évoqués par mon livre (comme... qui donc voyons... Ah oui : Éric Marty... auteur absolument infréquentable, c'est bien connu !) ne sont absolument pas de droite, témoigne d'une mauvaise foi à laquelle je ne m'habitue point, même si je sais que, dans la maigre flache où vous croupissez, nombreux sont les imbéciles désireux de ravir votre place enviée par tous.
J'ai ri, plusieurs minutes d'affilée, en lisant ce que vous avez osé écrire d'un Bloy. Bravo : c'est de la critique littéraire stratosphérique, je vous tire mon chapeau, pardon, mon béret de Basque...
Vos lignes, permettez-moi d'être tout à fait clair avec vous, vos lignes sont tout simplement indignes d'un potache, dernier de sa classe de rattrapage, de 6 ans et encore, je vous octroie la possibilité de penser que Léon Bloy est effectivement quelque chose comme une sorte de poilu de la Guerre de Cent Ans, tout de même doublé d'un génie... Voilà un mot grossier qui a dû heurter de plein fouet, je le conçois, votre connaissance de la langue française.
Affirmer encore, comme vous ne le faites pas puisque, cher monsieur, j'ai plus que vous, il me semble, de critiques à délivrer à mon propre livre, affirmer comme vous ne l'écrivez point que la présence, dans ce livre, d'auteurs tels que Bernanos, Conrad ou Faulkner, est un gage de néant, une telle minable opinion, étayée par rien, strictement rien, pas une seule syllabe, pas une seule et unique lettre d'argumentation, vous renvoie, pour le coup, à une fosse des Marianne journalistique de laquelle on se demande bien quel drôle de démiurge bizarre vous a fait sortir.
Je ne vous salue point, tant il me paraît difficile d'essayer de saisir le sens d'une bluette qui aurait été rédigée par un ectoplasme, incapable de détruire un livre par la seule force de son imparable critique, ce qui eût eu tout de même, à mes propres yeux je vous l'assure, vertu de force, de courage et de panache, qualités dont vous me semblez drastiquement dépourvu.
En fait, pour ne vous cacher absolument rien cher monsieur le journaliste, je crois que même vos lecteurs les plus abrutis, devant un papier tout simplement aussi sidéralement nul que le vôtre, d'une inculture aussi crasse, d'une mauvaise foi aussi complaisamment étalée, risquent d'acheter mon livre...
Parfois, c'est la vertu de la plus colossale médiocrité que de parvenir, à son corps défendant bien sûr, à des résultats surprenants, que le médiocre en question était bien loin d'imaginer, l'inverse même du résultat par lui escompté (un indice, puisque vous n'avez visiblement rien compris, cher monsieur : relisez ou plutôt lisez, si vous savez lire, les Histoires désobligeantes de «Papy Bloy», vous comprendrez peut-être ma très fine allusion...).

Juan Asensio.»

Voici enfin le droit de réponse envoyé aux intéressés, bien sûr trop long (puisque je rappelle que, d'un point de vue strictement juridique, le droit de réponse ne doit pas excéder la taille de l'article incriminé) et qu'ils considèreront comme étant insultant, mais tout de même assez clair je crois. Autre critique à laquelle je prête le flanc, et ne rougis point de le prêter : certains de mes amis m'ont suggéré d'ignorer ce genre de papier gras, de ne lui accorder aucune importance, surtout celle qu'à leurs yeux mes propres réponses leur confèrent. Je les comprends, certes, je suis même d'accord avec eux mais je suis ainsi fait que j'ai les plus grandes difficultés à ne point botter le derrière des pouacres incultes. Je ne peux lutter efficacement contre le curieux tropisme qui me pousse, lorsque l'on me présente l'un de ces larges séants tout auréolé de sa propre crasse, d'y envoyer un puissant coup de pied. C'est ainsi et je vous assure beaucoup souffrir de ce TOC pour le moins étrange et gênant lorsque je me trouve en laide compagnie :

«Jean-Louis Ezine n’a qu’une seule conviction mais il la défend avec un professionnalisme et une opiniâtreté remarquables : c’est par des plumes aussi talentueuses et érudites que la sienne que le journalisme, déjà dans un piteux état si l’on en croit nombre d’enquêtes récentes, sera sauvé. Certes, cette résurrection du cadavre du journalisme contemporain, singulièrement celui de la critique dite «littéraire» qui parviendra sans mal, s’il continue sa rapide déliquescence, à devenir banale charogne ouverte impudiquement à tous les regards, a bien des chances de se révéler n’être qu’une piteuse farce, si l’on s’amuse, en quelques mots, à disséquer ces lignes consternantes qu’Ezine n’a pas eu honte de signer.
Remarquons en tout premier lieu l’assurance, à nulle autre pareille, du ton journalistique content de sa propre insignifiance, ravi de son tragique manque de culture, cette patte du griffon reconnaissable entre mille comme le rappelait Julien Gracq… Mais… Je suis subitement pris d’un horrible doute à l’idée qu’Ezine puisse ne pas connaître le célèbre écrivain, puisque récemment, sur des ondes radiophoniques fort connues, notre journaliste affirmait sans rougir de son ignorance que la publication de La Soirée avec monsieur Teste datait de… 1919 alors que l’ouvrage célèbre de Valéry a paru en 1896, année de la naissance je crois d’André Breton.
Passons.
Selon Ezine donc, le travail du journaliste peut se définir, sommairement, de la sorte : il faut ne pas critiquer un livre que l’on n’a apparemment pas lu ou alors superficiellement, en promenant un regard inattentif sur sa quatrième de couverture, tout en écrivant, c’est là la difficulté redoutable, un texte sur ce livre congédié d’une chiquenaude. Ce n’est qu’un début me direz-vous, naïfs ? Non, détrompez-vous. Pour Jean-Louis Ezine, ce début est une fin puisque, sauf à prétendre que j’aurais mal lu ses phrases il est vrai fort complexes, je n’ai point cru y déceler l’ombre d’un argument, que dis-je, un simple avis capable d’étayer quelque peu la condamnation sans appel prononcée contre mon ouvrage qui, aux yeux de notre redoutable spécialiste de Parménide, n’appartient d’ailleurs point à la catégorie de l’Être. Puisque je n’ai rien écrit, disons alors que la critique d’Ezine sur mon non-livre n’en est pas une, que même elle n’est absolument rien (une non-critique) puisque nous ne pouvons, selon la philosophie antique, rien dire de ce qui n’est pas, n’est-ce pas ? À moins… À moins d’être un sophiste, ce que monsieur Ezine effectivement, à la réflexion, est peut-être. Je laisse à l’intéressé le soin de me répondre, voire le plaisir de me contredire.
Permettez-moi tout de même, Jean-Louis Ezine, de vous donner quelques aimables conseils qui, peut-être, vous apprendront les rudiments de votre propre métier, commentateur, je crois, du célèbre Tour du Daghestan en vélocipède pour la première chaîne publique de la télévision moldavo-crétoise. Détruire un livre, puisque c’est bien ce que vous avez essayé de faire avec votre pathétique recension, ce n’est point tenter de l’égratigner, ni même, d’aventure, prétendre le châtrer. Le plus mauvais chasseur vous apprendrait ainsi qu’il ne faut jamais blesser inutilement une proie, de peur de la rendre plus dangereuse qu’elle n’était. Le plus indigne médecin exerçant illégalement sa science vous avouerait que de si délicates opérations chirurgicales, si elles ne sont menées par des professionnels aguerris, bien trop souvent échouent de la plus lamentable façon : il y a peu de temps, j’ai pris connaissance, avec horreur, d’un cas tragique où le sécateur avait glissé des mains du malhonnête et malhabile praticien qui, bêtement vous en conviendrez, s’est ainsi privé de la chance inestimable de voir ses fiers descendants lui survivre et honorer sa mémoire.
Je suis donc le tout premier à déclarer qu’un livre qui ne vaut rien et se fiche de toute évidence de ses lecteurs doit être imparablement conspué : je m’adonne à cette très saine activité, presque quotidiennement, sur mon propre blog, Stalker et nul ne me reprochera je crois le fait que, par mes textes de critique, je contribue quelque peu à préserver notre fragile planète de redoutables pollutions prétendument littéraires. Je crois même que c’est là la mission, il est vrai fort oubliée par nos hongres, de toute critique littéraire qui garde quelque conscience et honneur de son rôle : si les voies de l’homme sont dans l’exultation, disait le poète (il ne s’agit point, cher monsieur, de Paul Valéry), que je cherche à louer une belle œuvre ou à en démontrer au contraire l’inanité criarde, il me faut, n’est-ce pas, une plume, un style, un stylet (c’est parfois une seule et même chose) et tout de même deux ou trois arguments à développer.
Cette exécution que vous avez rêvée, comprenez-moi bien, doit être l’œuvre d’un orfèvre, d’un rétiaire des lettres comme l’était Bloy, là où vous ne vous êtes pas révélé digne d’obtenir un CAP d’équarrisseur. Si l’on se moque donc, sous prétexte d’attaquer sans y parvenir mon ouvrage, de «papy Léon Bloy» ou de Dantec (passant sous silence bien d’autres auteurs comme Conrad, Faulkner, Broch, Bernanos, Scholem, etc., sans doute tous infréquentables selon vos critères jamais exposés), bien évidemment (sur-)taxés à peu de frais d’être d’odieux auteurs réactionnaires, il faut savoir tenir une plume cher monsieur pardon, un couteau, un stylet écrivais-je et, ce faisant, apporter tout de même quelque micro-gramme d’argumentation, peut-être même, nous pouvons rêver je crois, un début de concaténation entre deux idées que ne liera, dans votre cas, rien de plus qu’une consternante inculture littéraire et une nullité stylistique absolue. Car c’est là le dernier secret, que je vous livre sans plus attendre : certains textes, aussi invertébrés que le vôtre, comme le vôtre encore dénués de la plus petite assise logique ou, à tout le moins, vaguement argumentative, sont parfois, miraculeusement, sauvés du néant par un style unique, rare, une violence salutaire qui nous fait immédiatement soupçonner la présence du talent. Je n’ai vu, dans vos lignes, qu’un seule miracle, il est vrai fort banal : le triomphe de la mauvaise foi.
Cependant, étant un homme de dialogue, je veux bien vous écouter me dire que, votre ridicule article étant dépourvu de toute notion de problématique, n’ayant vous-même pas lu mon livre débité à la masse par le boucher sans diplôme que vous êtes, incapable encore d’aligner une seule contre-thèse sérieuse (mais vous seriez alors dans la réaction… horrible mot qui fera frémir les moustaches de monsieur Lindenberg !) fustigeant les miennes (exposées tout au long de plusieurs dizaines de page et que vous n’évoquez pas), il a bien fallu dès lors que vous vous cachiez dans quelque recoin où croupit votre absence de professionnalisme (ne parlons pas de talent !) qu’un pépiniériste du dimanche n’oserait point arroser de peur qu’elle germe, donnant naissance à une maladive plante sans racines, tige, fleurs et fruits : votre propre écriture, cher monsieur.

Juan Asensio.»

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