Les sept damnations ou Des inventions que leurs ennemis ne pardonneront jamais aux Juifs ni à leur Dieu, par Frédéric Gandus (15/08/2006)

Crédits photographiques : David Guttenfelder (AP Photo) pour le National Geographic Magazine.
«On peut affirmer une chose : c’est que, si le parti national-socialiste réussit en Allemagne la métamorphose d’ordre éthique et intellectuel qu’il prétend opérer, les conflits extérieurs qui pourraient suivre seront ce qu’ils n’ont jamais été depuis les Croisades : des confrontations totales de peuple à peuple où les philosophies, les croyances, les formes d’art et de pensée, les théories adverses de l’honneur et de l’amour seront opposées en même temps que les armées. Une guerre de la France et de l’Allemagne serait dès lors ce qu’elle n’a pas été absolument en 1914 : la mise en question d’une civilisation par l’autre. Il importe, non seulement à notre sécurité mais à notre dignité, que, pour une éventualité semblable, nous ne soyons pas seulement prêts sur le terrain matériel, mais aussi en mesure de répondre à une foi par une foi, à une mission par une mission, à un orgueil par un orgueil.»
Thierry Maulnier, Revue universelle, 15 avril 1933, p. 200.


Que l'on songe à la date à laquelle Thierry Maulnier a eu l'incroyable culot d'affirmer le choc entre deux ennemis irréductibles, le nazisme et le monde libre (la France, elle, collaborera) : 1933, quelques années avant que la folie de Hitler ne donne raison aux sombres visions de l'un de ces non-conformistes des années 30, comme nous les appelons aujourd'hui, qui virent au-delà même, on le croirait, du chaos de la Deuxième Guerre mondiale. De nouveau, ces phrases nous annoncent notre futur. De nouveau, ces phrases, pour notre époque, sont d'une extraordinaire valeur, même si, on s'en doute malgré ce que veulent nous obliger de croire les maîtres bien-pensants, même si donc notre ennemi ne présente plus les traits figés et comiques d'un Hitler ou de quelque dictateur d'opérette, mais nous fixe de milliers de paires d'yeux au regard brûlant et fou qui, lorsqu'ils se tournent vers nous, nous traversent, comme si nous étions transparents (et ne le sommes-nous pas, nous les hommes sans foi ?) pour se plonger directement dans les flots nacrés du Paradis qui les attend, les cuisses de centaines de vierges entrouvertes en récompense suprême de leur sacrifice pour Allah. Car, mesdames et messieurs les censeurs qui nous apprenez que nous ne devons jamais, sous peine de cruelle excommunication hors des murs roses de la cité festive, commettre d'amalgames, n'avez-vous donc pas encore compris que nous n'avons rien d'autre que notre plaisir gras, notre volonté de jouir, nos paroles ridicules et nos livres sans âme, nos forces de vieillards édentés, nous n'avons que cela à opposer à ces femmes et à ces hommes inflexibles, capables de se faire déchiqueter afin de faire triompher la voix de leur Prophète ?
En fait, je l'ai écrit plusieurs fois dans la Zone et ne puis que le répéter, dans un souffle de plus en plus las : nous sommes déjà morts. Et c'est la certitude de notre mort présente qui me fait douter, non point de la victoire que nos ennemis remporteront sur nous, mais de sa nature, puisqu'ils n'auront et n'ont déjà plus rien contre quoi peser de toutes leurs forces désespérées. Seule l'évidence de notre disparition gâchera la victoire de ces fous vivants, assez vivants pour mourir pour leur foi, et sapera le triomphe légitime qu'ils auront bien le droit de célébrer. Alors, nous pourrons, peut-être, réduits au sort peu enviable d'ombres plaintives, contaminer les esprits de nos assaillants qui fouleront la surface d'un immense cimetière : la France.
J’aurais beaucoup à dire de ce qu’avec de nombreux autres, nous vivons au travers même de notre soutien à Israël et à ses populations du Nord (et dans le regret, aussi, de ceux d’entre les Libanais tués qui furent de vrais civils, parmi lesquels viennent se cacher les nazislamistes du Hezbollah après avoir tiré sur Israël et dans l‘espoir de nombreux morts civils, fort nuisibles à l’action comme à l’image d’Israël).
Mille combats – qui, avec cela, restent en deçà des vrais combats et du vrai courage de ceux qui se battent au-delà de la frontière – nous assaillent à la fois; répliquer à une vingtaine de désinformations médiatiques par jour, organiser l’aide aux populations et à leur plus grande sécurité, faire importer et diffuser par Canadair un certain produit – le Firesorb – afin de stopper les nombreux feux provoqués par les missiles qui pleuvent sur la Galilée (site de support à cette opération et lien Israhelp vers d’autres opérations : ici – actuellement, seule l’adresse en Israël est valide).
Nous n’avons plus ni le temps, ni la force, et comme souvent dans l’histoire, les «vrais hommes», les «vraies femmes» que l’on peut encore croiser, se réveillent eux-mêmes bien tard.
Alors, plutôt qu’une énième analyse (par ailleurs très bien conduite par Alexandre Del Valle), je propose un texte qui a l’avantage de s’approcher du «tahless» (idée – en hébreu moderne – des quelques rares choses en ce monde qui soient effectuées de manière à la fois concrète, rapide et néanmoins sérieuse).

Première damnation
L’invention de la liberté offerte aux esclaves, pour le meilleur et pour le pire, c’est-à-dire aussi pour la naissance de l’Histoire avec un grand H, et l’espoir d’écrire le mot «Homme» orné d’une majuscule de même hauteur.

Accusés : Le Dieu des Juifs et Moïse.

Deuxième damnation
Le droit arraché aux Cieux de ne servir qu’un Dieu acceptant de se voir contesté.

Accusés : le Dieu des Juifs, Moïse, Jonas et de nombreux autres trublions du même peuple qui, comme tous ceux qui savent l’amour être plus épreuve que grâce, disent plusieurs fois non avant de s’abandonner à l’aveu d’un oui éternel… fatalement perlé d’instants infidèles.

Troisième damnation
Le droit de développer tout à la fois une ironie supérieure, un art de la décadence et un stade plus particulièrement avancé en matière d’éthique personnelle (mais aussi peut-être, une «divine ruse» sur laquelle il faudrait revenir dans un autre texte).

Accusés : Le Dieu des Juifs et Jésus.

Quatrième damnation
L’invention d’une résistance à toutes certitudes, et la création d’une religion où l’art de se tenir auprès de son prochain alors même que l’on défend – à la fois contre lui et avec lui – un droit fondamental au désaccord est le seul critère réel de continuité historique de la pensée juive.

Accusés : Le Dieu des Juifs, le Talmud, les rabbins et les intellectuels s’inscrivant dans la même lignée spirituelle.

Cinquième damnation
La contestation par laquelle il existe – ou devrait pouvoir subsister – une autre possibilité que suivre le chemin de croix.
Et la certitude que l’on a le droit de préférer l’esthétique d’un Messie en gloire aux traces de sang laissées sur les pavés par un Messie souffrant.
Même si, finalement, ce dernier Messie est sans doute nécessaire pour donner sens au premier, qui reste temporellement le dernier, celui – plus exactement – d’un «achèvement» (au sens biblique du terme).
Mais aussi, parce que c’est nous – et non pas Dieu – qui recevons les coups.
À cet égard, nous savons bien mieux que Lui ce dont nous parlons quand nous parlons de souffrance et de chairs soudain éclatées et projetées sur les étals du marché.
Et aux croyants qui poétisent trop vite le réel de leurs mièvreries «mais Dieu souffre à travers vous !», nous répondons que cela «nous fait une belle jambe !», et nous n’entendons l’écho d’aucun cri (seulement les explosions et les critiques sélectivement outragées des nations dès lors que nous répliquons).
La probabilité, enfin, que Dieu aurait pu ou aurait dû faire autrement.
La certitude aussi, que Dieu n’a pas encore tout dit de ce qu’il entend dire et faire.
Et qu’à l’égard de tout ces «mystères» ou «secrets», il garde une lourde dette impayée.
Et par tout ceci, la certitude que celui qui vous met sur la croix n’accomplit pas forcément la volonté de Dieu, et que s’il l’accomplit effectivement, vous êtes encore en droit de dire : «Non !», à votre bourreau comme à Dieu.
Et si tout – ou presque tout – doit être jugé, tout ne saurait être pardonné.
Pas même sous le prétexte d’une reconnaissance qui suffirait au rachat, selon certains aux postérieurs trop confortablement bordés de velours rouge.
Que le Ciel tombe… plutôt qu’il ne soit bradé !

Accusés : le Dieu des Juifs, et une bonne part de l’humanité (pour des raisons qui néanmoins diffèrent sensiblement), par les Juifs eux-mêmes.
Autres accusés : beaucoup d’entre ceux qui prétendent parler au nom de Dieu, et dont c’est là le métier.

Sixième damnation
Tout à l’opposé du précédent point, le droit de Dieu – qui a tenu Sa parole quant à la survie de son peuple dans le temps et à la disparition systématique de tous les empires ou tyrans qui l’auront soumis – de traiter son peuple comme bon lui semble, arguant le choix du «privilège inouï» ainsi accordé ou, dans un scénario beaucoup plus orageux, avançant la destruction du Temple ou forçant la Crucifixion dont, dans un cas comme dans l’autre, les Juifs porteraient la responsabilité.

Accusé : le peuple Juif, par son Dieu Lui-même (et souvent encore par quelques autres).

Septième damnation
L’échappée loin des tyrans d’Orient, et peut-être même sous ce prétexte d’un exil punitif
afin de détourner la haine, puis un court mais certain épanouissement dans un partage d’élan vital des États-nations d’Occident, avant un retour en catastrophe dans un Israël si petit et aux frontières tant contestées et incertaines qu’un politicien de ce même pays les nommait «les frontières d’Auschwitz».
Avec, stupeur et tremblement sous nos yeux, cette soudaine grandeur – trop vaste pour nous – d’être subitement devenu l’avant-poste du monde libre dans une mer de tyrannies orientales et sans que jamais nous quitte cette hantise d’une Europe toujours prête à nous trahir.
Et dans ce retour vers le seul refuge promis de Dieu, le sentiment d’être intérieurement plombé par une sorte de malédiction semblable à celle frappant les tortues de l’île de Galapagos, dont sept seulement sur la couvée des 150 enfantées parviennent à rejoindre la mer sans se faire dévorer vivantes par les prédateurs.

…«Ad Mataï !» – «Jusques à quand ?» reprochait déjà le Roi David au Seigneur, en même temps qu’il Le louait.

Accusés : la Promesse du Dieu des Juifs. Le Dieu des Juifs.
Mais aussi (par d’autres) : le Sioniste. Le Juif charnel (qui certes peut être un peu con s’il n’est que charnel, mas qui reste «humainement con» de profiter de l’instant présent, à l’inverse de l’islamikaze qui fait sauter l’éternel présent en éclat).
Au final (qu’en ce résumé, je n’ai pas atteint), si la liste est longue, le choix reste maigre.
Néanmoins, il faut bien manger.
Et quel que soit le plat (la «bonne raison» ou la «juste accusation») que vous choisirez (pour continuer d’appartenir à – ou abandonner – le peuple Juif), le plat vous gavera pour deux mille ans, vous laissant en fonds de gorge comme un arrière-goût de… Judas.
Judas… celui que l’on croyait maudit et dont l’Évangile retrouvé proclame qu’il n’a pas trahi et que son royaume, comme celui de son Maître, relève d’une promesse à venir.
Ô Seigneur, comme tes subtiles fantaisies de Maître nous coûtent cher !

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