L’Amérique en guerre (10) : Des clairons dans l’après-midi d’Ernest Haycox, par Gregory Mion (21/02/2019)

Crédits photographiques : Juan Medina (Reuters).
2550677439.jpgL'Amérique en guerre.

«Pin my medals upon my chest
Tell my mom I’ve done my best.»
«I don’t know but I been told
Eskimo pussy is mighty cold.»
Le sergent instructeur Hartman dans Full Metal Jacket.


Haycox.JPGDes blizzards du Dakota, vécus lors d’un hiver d’attente militaire, jusqu’aux champs brûlés du Montana, foulés lors d’un été de guerre, Ernest Haycox nous fait chevaucher dans un Ouest mythique avec un panache littéraire équivalent à celui de Tocqueville, lorsque le philosophe, au chapitre premier de son chef-d’œuvre (1), nous expose la Configuration extérieure de l’Amérique du Nord. Embarqué depuis le port du Havre au mois d’avril 1831 avec son complice Gustave de Beaumont, Alexis de Tocqueville terminera son voyage aux États-Unis au mois de mars 1832, et, au fronton de ses immenses réflexions sur la politique américaine, il aura sculpté une splendide description du Nouveau Monde, nous laissant parfois l’impression d’une terre invincible, irréductible aux affaires humaines d’hier et de demain. Ainsi, quelques décennies avant les dramatiques événements de l’été 1876, pas même un demi-siècle avant la sanglante bataille de Little Bighorn qui constitue la pierre angulaire du roman d’Ernest Haycox, Tocqueville semble nous dire que cette nature sauvage, dans toute sa majesté, ne pourra jamais être autre chose que le «silence» olympien des espaces infinis, seulement dérangée par «la chute d’un arbre renversé par l’âge, la cataracte d’un fleuve, le mugissement des buffles et le sifflement des vents» (2). Pourtant, à lire ces pages inaugurales de Tocqueville, au cours desquelles le Peau-Rouge surgit dans toute son indépendance au milieu de ces «déserts» grandioses, on ne peut s’empêcher de songer aux phases initiales de la colonisation, qui amorcèrent le drame multiséculaire des Amérindiens, tout comme il est impossible de ne pas avoir à l’esprit le carnage de Little Bighorn, qui, les 25 et 26 juin 1876, ensanglanta la rivière éponyme et figura la revanche des Indiens sur l’insupportable irrédentisme de l’homme blanc (3). En d’autres termes, là où Tocqueville signale deux camps éloignés, séparés par une nature apparemment trop vaste pour être dominée, Haycox, nanti des archives de l’Histoire, nous dépeint la collision fatale des Indiens et des Blancs, les premiers agacés par des années de provocations et de sommations à stagner dans leurs réserves aussi fragiles qu’une peau de chagrin, les seconds excités par le désir de conquête et d’écrasement d’un ennemi auquel on a retranché les ultimes semences de l’amabilité.
Les «confins du monde» (p. 16) racontés par Haycox nous immergent dans la prodigieuse ambiance du western, anticipant bon nombre d’images forgées par Cormac McCarthy avec sa Trilogie des confins, et quoique les deux écrivains inégalement célèbres sondent un Ouest différent, ils se rejoignent pour ainsi dire à dos de cheval, juchés sur les destriers qui ennoblissent leurs personnages respectifs, comme si l’animal, à la longue, devenait le portrait même de l’homme, aussi gracieux et transcendant que sur une toile hippique de Théodore Géricault. Du reste, le silence à peine brisé de la nature que mentionnait Tocqueville, et qui n’était perturbé que par d’autres bruits naturels, se trouve chez Haycox interrompu par les diverses modulations du clairon, organisant les activités de la 7e cavalerie comme la cloche, au Moyen Âge, scandait les emplois du temps du corps et de l’esprit. Tantôt le clairon indique aux soldats le moment de prendre soin des chevaux (stable call), tantôt il leur indique de prendre soin d’eux-mêmes (sick call), de s’exercer aux manœuvres de guerre (drill call), de se faire payer (pay call), de se sustenter (mess call), tout cela préparant à la grandiloquente musique du champ de bataille, lorsque sonnera la charge et qu’il faudra se tenir prêt à vivre ou à mourir pour la patrie (4). Il y a dans ce clairon récurrent une indéniable dimension religieuse tant ces hussards de l’Amérique lui obéissent inlassablement, comme s’ils se soumettaient à un dieu qui eût soufflé ses décrets universels dans les cuivres cabossés d’un peloton de troufions aux aguets. Par ailleurs, ils sentent gronder au loin la menace indienne, les glaces de l’hiver soulevant les frissons de la crainte au-delà des somatisations ordinaires, glaces et frissons, en outre, qui n’auront point tout à fait fondu et disparu à la saison estivale débutante, à l’heure de se mesurer aux stratégies d’encerclement des chefs charismatiques des Peaux-Rouges, ces noms qui viennent en quelque sorte troubler la ferveur des trompettes martiales, ces Crazy Horse, Sitting Bull, Gall, Two Moons et compagnie, cités la boule au ventre plusieurs mois en amont de Little Bighorn (cf. p. 174).
Mais le ministère de la Guerre, en ce temps-là, ne lésinait pas sur la capitalisation des héros légendaires, et la 7e cavalerie, bien qu’elle sût exactement son rôle de contrepoids aux velléités et aux titans amérindiens, possédait à sa tête un homme impavide et impulsif capable de soutenir la comparaison avec ce folklore combattant : le général George Armstrong Custer, seigneur vivant des tactiques sanguines, vétéran glorieux de la guerre de Sécession, visage connu de tous en Amérique (cf. p. 44), drainant une réputation justifiée de passion pour les «assauts sauvages» et «pour l’action directe» (p. 44), pour le make it or break it, ce qui le met immédiatement dans la catégorie des êtres ou aimables ou détestables, cet homme ne pouvant susciter aucun «[sentiment mitigé]», trop «fier de ses capacités», de son «panache» et de sa mémorable jeunesse (p. 151). De plus, ce «visage belliciste» (p. 355) était sous l’emprise d’une intranquillité congénitale (cf. p. 257), celle-ci ayant poussé Custer aussi bien dans le meilleur que dans le pire, d’abord sous le feu des années de guerre civile, dont il est ressorti auréolé d’une estime nationale, ensuite dans sa malheureuse critique affichée de William W. Belknap (jadis dirigeant du département de la Guerre), un imprudent coup de sang qu’il paiera provisoirement par la décision souveraine du président Ulysses Grant (cf. p. 261). Fort heureusement, le président Grant, également militaire, saura rétablir Custer dans son régiment à l’aube de la campagne décisive contre les Indiens (cf. p. 265). Ceci étant, la bureaucratie présidentielle aura considérablement marqué l’exubérant Custer, d’où son intention d’atteindre la «rédemption» (p. 266) et de retrouver son «prestige» (p. 359) lors des prochaines échéances guerrières. Quelles que soient les conséquences pour lui ou pour ses hommes, George A. Custer veut raviver le rayon de sa prestance militaire, et cela provoque certaines conversations angoissées parce que l’on craint de la part du général un coup d’éclat qui pourrait envoyer les troupes au casse-pipe (cf. pp. 99 et 316). En effet, dès le mois de mai 1876, Custer apparaît frénétique, doté d’une «énergie animale» (p. 311), prêt à en découdre avec tous les monstres de l’Enfer indigène. On dirait finalement un rhinocéros blessé au plus profond de son caractère viril, un mastodonte des plaines qui parie sur son illustre maniement de la corne d’ivoire pour terrasser l’ennemi. Cette impatience néanmoins le perdra – il aura commis la «bourde» de trop (p. 422), la ruade fatale de celui qui n’aurait pas dû s’engager avec un surcroît d’héroïsme en reconquête, et cela confirme la déchéance d’un soldat d’anthologie qui cette fois n’a pas su redevenir un gladiateur collectif au moment opportun, emporté par la périlleuse tentation du make it all about himself.
À bien des égards, le général Custer incarne le point de réversibilité d’un «Ouest éclatant [qui renferme] une perpétuelle promesse de fortune et d’aventures» (p. 38). Assez vite dans le livre, Haycox nous induit pour ainsi dire en certitude, faisant planer à l’horizon du Dakota une quantité de mauvais présages, à l’instar de John Steinbeck, dans La Perle, qui fait de la piqûre d’un scorpion l’ancrage précoce des malheurs à venir. En plus de cela, nous sommes d’emblée initiés à la sourde présence des Indiens, dont la notoriété péjorative les réduit à des scalpeurs et des assaillants de diligences (cf. p. 17-8). Ils ne sont jamais vraiment appréhendés de façon directe, sinon lors de rapides missions d’inspection des plaines, en prévision des futures offensives qui paraissent inévitables. Pour l’exprimer synthétiquement, ils sont omniprésents dans le hors-champ des présomptions contenues. Presque toujours, donc, le Peau-Rouge se détache comme une ombre démoniaque au cœur d’un panorama sublime où les forces de la nature, à la fois tumultueuses et cohérentes, prophétisent la collision des forces humaines par l’intermédiaire d’une constante symétrie polémique. Les affrontements naturels instituent les affrontements culturels, mais à la différence de la nature où le Tout n’a pas vocation à supprimer l’une de ses innombrables parties, la culture américaine de la guerre intestine souhaite en finir avec la question indienne (cf. p. 101), assimilant cette lutte contre les Indiens au «combat d’une race contre une autre» (p. 133). C’est là une sorte d’harmonie nécessaire entre la sauvagerie et la civilisation, avec, en ligne de mire, la synthèse de la multiplicité des vivants réalisée dans la trame des rapports conflictuels. La paix de l’hiver n’est qu’une trêve qui prépare la guerre des beaux jours, comme s’il s’agissait de faire éclore les énergies accumulées afin de permettre l’épanouissement de toutes les formes vivantes, quels que soient du reste les degrés de violence par lesquels il faudra passer. Et à l’instar de l’hiver qui soigne les préparatifs des saisons de combat, telle une balance cosmique assidûment équilibrée, l’Est du pays, dans les couloirs de la bureaucratie, ne cesse d’aménager les antagonismes de l’Ouest, produisant là un équilibre culturel qui répond à l’équilibre naturel, parce que rien ne saurait échapper à la logique proportionnée des contradictions entrelacées qui fondent le maintien de l’univers (5). Par conséquent la guerre est partout, dans les documents administratifs comme dans les regards en coin que s’adressent les Blancs et les Peaux-Rouges, l’ensemble formant une espèce de zone grise constamment vibrante où le noir et le blanc, symboliquement, s’opposent à divers niveaux de friction, à l’image de l’instinct qui s’oppose au savoir, la Little Bighorn à la terre durcie, la vocifération de l’attaque à la phrase de la diplomatie.
Dans cette perspective, les variétés de la distance qui sépare les Blancs des Indiens ne sont que les préludes aux inéluctables rapprochements qui accréditeront la perpétuité d’une symétrie polémique. La leçon de Faulkner, dans Parabole, se voit reformulée : s’il est vrai que la guerre subsiste et s’amplifie lorsque les belligérants ne partagent pas le champ de bataille, s’il est vrai que cette distance incite à l’entretien des haines et des fictions regrettables, il n’est pas moins vrai que la paix que l’on pourrait faire en se fréquentant est susceptible d’avoir pour corrélat de futures et immuables tensions renouvelées (6). Certes il est possible que les coulisses du pouvoir s’arrangent pour que les combattants ne puissent pas se parler, cela dans la mesure où la guerre est un facteur d’économie musclée, mais par-delà les théories objectives des gouvernements cyniques, par-delà les lectures approfondies de l’Histoire où l’on finit quand même par rallier des armistices, il y a l’évidence du «torrent de la vie» (p. 409), les fluctuations acharnées de la nature, l’idée que la guerre, infailliblement, constitue le seul théâtre viable pour la totalité des choses existantes. De là une égalité pacifique artificielle qui n’a pour aspiration que de dissimuler l’inégalité à la fois dérangeante et libre des élans naturels, la démocratie américaine, ici même, n’étant peut-être qu’un régime politique mensonger qui veut empêcher l’émergence concurrentielle des puissances aristocratiques véritables. Aussi est-il bon que les Indiens n’aient pas accepté de se plier à l’appropriation illégitime de leurs territoires, parce que, le cas échéant, la dualité se fût affaiblie dans l’unanimité d’une lecture bourgeoise et biaisée de la réalité (cf. pp. 56 et 88). Autrement dit la résistance annoncée des Indiens sauve le phénomène de la guerre et préserve les forces cruciales de l’univers.
Cette matrice polémologique est encore accentuée par une histoire d’amour et de ressentiment. Du temps de la guerre de Sécession, l’officier Kern Shafter aimait Alice MacDougall et cette dernière a préféré les bras du lieutenant Edward Christian Garnett, un homme à femmes qui prétendra avoir suivi les volontés de ses amantes, comme s’il n’était pour rien dans les jeux de séduction (cf. pp. 402-6). Après une grosse décennie de ruminations vindicatives, Shafter, qui a été «démobilisé avec les honneurs» à la fin de la guerre civile (p. 49), revient s’engager dans la 7e cavalerie du général Custer, d’une part en vue de «côtoyer des hommes simples et honnêtes» (p. 65), et d’autre part, probablement, en vue de régler ses comptes avec Garnett, ce goujat qui ressemble à «un aristocrate sorti d’un roman français» (p. 72), un genre de fantôme bourru de Barbey d’Aurevilly. Les retrouvailles entre les deux soldats s’opèrent non seulement à partir du souvenir contrasté d’Alice MacDougall, mais aussi à partir d’une compétition assourdie autour de Josephine Russell, qui incarne une pernicieuse redite d’Alice dans le contexte bouillant qui unit ce couple de sigisbées. La haine réciproque de Shafter et de Garnett nourrit une guerre du désir qui doit éprouver son dénouement dans les circonstances de la guerre politique, en l’occurrence dans la lutte armée avec les Indiens. La scène officielle des opérations militaires se présente alors comme l’opportunité de résoudre le problème du désir, ce que Bruno Dumont, par exemple, a magnifiquement montré dans Flandres, où le personnage de Demester semble faire de la guerre un expédient pour se débarrasser à bon marché des amants de sa copine. Dans le fond, ce qui ne peut se résoudre facilement dans une société pacifique et ramollie (tuer par jalousie un soupirant trop libéré), la guerre le résout parce qu’elle autorise le chacun pour soi dans les situations les plus désespérées. Ainsi l’occasion fera le larron pour Shafter ou Garnett.
Mais hormis ces différents aspects du conflit éternel, Ernest Haycox, en filigrane, nous suggère aussi que Shafter entretient l’espoir de toucher à la sérénité, à la paix intérieure, fût-elle une acrobatie de l’esprit pour dégrever certains antagonismes difficilement supportables. S’ensuit la virginité d’un engagement dans l’armée qui concerne moins l’ambition de se battre pour telle ou telle cause que l’envie de se sentir «appartenir à un groupe d’hommes» (p. 80), comme si cela devait toujours durer, abstraction faite des raisons d’État qui fédèrent une soldatesque. Pour Kern Shafter, l’union dans «la dureté des conditions de vie», mais aussi dans «la concupiscence et le mal», «la franchise et la fidélité» (p. 80), cultive un bonheur qu’il n’a pas su vivre avec une femme, façon de dire à demi-mot que l’amour est une guerre, une folie qu’il convient peut-être d’éviter encore plus que la chevrotine. Aussi serait-il plus douloureux de tomber amoureux que de tomber au front de guerre, et quoique Josephine Russell consente in fine aux initiatives sentimentales d’un Shafter apparemment réconcilié avec lui-même (cf. pp. 438-9), on peut tout de même supposer la précarité d’une relation qui ne pourra être que le substitut d’un vieil amour beaucoup plus flamboyant. Pire encore, Shafter a tenu un discours d’idéaliste à Josephine quelques semaines avant que le retour de Little Bighorn ne les emporte – ou plutôt n’ajoute de l’illusion à la réalité brute, la survie d’un homme au combat pouvant momentanément briser les digues de ses conceptions bien définies et de son tempérament bien établi. Préalablement à la déroute américaine de Little Bighorn, donc, Kern Shafter révélait à Josephine Russell ses arguments en faveur d’une sacralisation des femmes (cf. p. 244-5). Selon lui, toute femme s’édifie comme un «sanctuaire» et sitôt qu’un homme y pénètre, il en détruit la beauté. Et de parachever son propos par une considération qui aurait dû avertir Josephine de l’impossibilité de vivre pleinement l’amour avec ce martyr sublimé : «C’est très dur pour un homme d’arriver dans ce lieu saint et de découvrir les traces laissées par d’autres adorateurs passés avant lui» (p. 244).
En conformité avec cette vision, chaque femme devrait être un temple au sein duquel a été vissé un seul ex-voto, un vœu unique d’attachement, et Josephine Russell, par jeu ou par inadvertance, peu importe, a aussi laissé Garnett accéder à la nef de son église. C’est probablement un homme de trop pour Shafter, et la consolation qui se dessine avec Josephine, malgré son air de famille avec les meilleures passions de l’humanité, paraît moins valoir que la «foi dans un symbole» (p. 158), en l’occurrence le drapeau d’un pays dont le flottement remplit la poitrine d’un homme et lui fait oublier les femmes qu’il abîmerait s’il osait indûment les approcher (cf. p. 157). Sur les ruines fumantes d’Alice MacDougall, le sergent Ken Shafter a bâti le temple immatériel de la fraternité qui n’a pas besoin des corps parce qu’elle possède la plénitude indestructible des âmes retrouvées – de retour à elles-mêmes après l’expérience de quelques déceptions incarnées. Cela signifie-t-il la fin de la guerre ? Nullement. Après les guerres humaines, il y a les guerres surhumaines, celles que l’âme affranchie ressent par le biais d’une connivence avec le Chaos, ce lieu primitif duquel tout provient dans le fracas des mondes naissants, cet être premier et inspirateur, ce «gouffre béant» que Shafter n’a peut-être jamais quitté des yeux, d’où les nombreux questionnements de Josephine à son égard, car un homme qui voit distinctement le gouffre primordial n’est pas un homme du commun. L’élan chaotique croissant de Shafter a dès lors éconduit toute espèce d’élan pathétique obscène. En paix avec l’humanité, le voici prêt à monter d’un cran dans la compréhension métaphysique de la guerre.

Notes
(1) Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (tome I).
(2) Ibid.
(3) Haycox évoque un «calvaire» et une «gigantesque tragédie» pour les soldats américains. Cela contraste avec les Sioux qui étaient «au summum de leur puissance» (p. 422).
(4) Cf. pp. 61-62 et 327.
(5) Il est difficile de se passer de la thèse d’Héraclite qui proclame que le Polemos est le père de l’univers et qu’il n’y a que l’affrontement réitéré de toutes les choses qui autorise l’univers à se tenir droit.
(6) Nous donnons ici une version plus pessimiste que celle que formule François Esperet dans la Revue Limite le 16 mai 2017 : «Qu’on soit policier ou voleur, soldat d’un camp ou de l’autre, il faut et il suffit de com¬mencer à se parler pour faire la paix. Et à l’inverse, comme Faulkner le montre superbement dans Parabole, la guerre ne vit et ne se nourrit que du silence et de l’isolement des combattants. Si les soldats se parlent et se tendent la main, immédiatement la paix advient – les généraux s’acharnant à empêcher l’éclosion de cette évidence qui menace tous les pouvoirs.»

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