Berserker, 2 (11/04/2007)

Crédits photographiques : Stringer (AFP/GettyImages).
«Ce que j’ai cru comprendre m’est apparu de plus en plus comme une certitude : l’homme croyant au sens le plus large du terme, que la foi qui l’anime soit métaphysique ou fondée sur une immanence, se dépasse lui-même. Il n’est pas prisonnier de son individualité, il fait partie d’un continuum spirituel que rien n’interrompt, même à Auschwitz», Jean Améry, Par-delà le crime et le châtiment [1995] (Actes Sud, coll. Babel, 2004).

«S’il nous est permis de donner ici notre avis, nous déconseillons tous les remèdes qui fleurent les relents de la superstition. Le meilleur nous a semblé être la réconciliation franche et sans fard avec les mourants et l’oubli du passé.»
Michaël Ranft, De Masticatione mortuorum in tumulis [1728] (Jérôme Millon, coll. Petite collection Atopia, 1995).

«Pour nous, nés sous la Troisième, ce serait un autre no man’s land que celui qui s’étendait, en 1916, des pentes de Souville jusqu’aux vallonnements qui précèdent la côte de Fleury. D’autres difficultés à vaincre. Sur le terrain libéré mais non dessouillé, où se décomposaient les anciennes alliances entre le mal et la poésie, la littérature et le salut, Dieu et la mort. Il nous semblait retrouver, comme un paysage prénatal, la succession grise de mamelons et de croupes chauves jusqu’au piton écrasé qui les dominait : Douaumont; et, sur des kilomètres d’astre mort, rien que de la matière cendreuse, grumeleuse, retournée par des milliers de trous d’obus […].»
Guy Dupré, Comme un adieu dans une langue oubliée (Grasset, 2001).


Le véritable chasseur n'est point celui qui trouve puis abat sa proie. Celui-là n'est qu'un piètre amateur de trophées, un mauvais écrivain, c'est strictement la même chose : le fauve empaillé plutôt que la force et la puissance devenus bonds, le texte fardé paradant comme une putain.
Le chasseur conséquent est donc celui qui attend, qui ne fait que cela, qui attendra sa proie jusqu'à la fin des temps, dût-elle ne point se présenter devant son fusil.
Ou, comme l'écrit Ernst Jünger dans Le cœur aventureux [1929] (Gallimard, 1995) : «C’est la proie la plus précieuse du chasseur, la proie qui touche à l’être lui-même et, si simple qu’elle paraisse, elle ressemble pourtant à une nomination dans le domaine du langage, à l’un de ces mots pour des choses bien connues, qui soudain touche la cible et y reste attaché pour toujours. Cela ne peut arriver que si celui qui parle n’a pas parlé seul, et si la chose aussi a parlé en lui. Toute langue est un livre d’aventures où s’est inscrite l’histoire de coups de filet et de razzias inouïs.»

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