Les Français sont des veaux, pourtant rédimés par l'Agneau (29/03/2004)

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Crédits photographiques : Joe Klamar (AFP/Getty Images).
Tentons d’oublier que les Français sont des veaux comme le savait un véritable chef qui gouverna un peuple qui ne méritait point cet homme. Deux jours avant la projection du tant décrié film de Mel Gibson, qui a beaucoup fait saliver les crapauds journalistiques qui, comble de l’honnêteté intellectuelle, n’ont pas jugé inutile et saugrenu de croasser alors même qu’ils n’avaient évidemment pas vu La Passion, j’ai lu un dossier assez bien fait dans Le Figaro Magazine, avec notamment un long article didactique, consacré à la dimension historique du Christ et aux querelles interprétatives qu’il a soulevées, signé de Jean-François Colosimo, étrange personnage qui, peu de gens le savent, est l’auteur d’un excellent premier roman, Le Jour de la colère de Dieu. L’homme, théologien de formation, a aussi longuement fréquenté Pierre Boutang et écrit un bel ouvrage sur la théologie orthodoxe, Le silence des Anges. Je dois ajouter qu’il n’aime guère George Steiner et que, lorsque je lui ai parlé du livre d’Éric Marty, Bref séjour à Jérusalem, il a déclaré, balayant de la main toute objection prévisible de ma part, que cela ne valait rien… Je l’ai nommé, autant par une affectueuse dérision qu’en me souvenant des premières lignes de la Saison en Enfer, mon noir démon, dans un texte qui paraîtra peut-être un jour mais qui, pour l’instant, ne me plaît guère et qu’il veut (le noir démon) absolument me voir écrire. Dans un article, intitulé, gros tirage oblige sans doute, Ce que l’on sait de Jésus, Colosimo évoque donc la destinée exégétique du Christ, soulignant justement que «chaque œuvre, chaque enquête qui prétend en élucider le mystère nous renseigne, pour l’essentiel, sur l’auteur qui l’a conçue, l’âge qui l’a vue naître», ajoutant que c’est justement la formidable capacité auto-réflexive propre au christianisme qui a permis ce questionnement sans fin des abîmes ouverts par le scandale d’un dieu fait homme. Je ne pousserai pas l’ironie jusqu’à faire remarquer que cette liberté est bien évidemment inconcevable dans l’esprit d’un islamisme aujourd’hui cancérisé par le prurit de l’intégrisme. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il eût pu être le propre d’une religion, quoi qu’en ait dit un Massignon par exemple ou un Corbin, reste relativement hermétique aux entreprises critiques. Je ne m’attarde pas plus sur le fait que les petits imbéciles qui n’ont d’autre commerce juteux que celui consistant à critiquer une Église jugée dogmatique et rigide (je reste poli) ne semblent pas avoir encore compris qu’ils doivent à celle-là même qu’ils toisent de très haut et méprisent leur formidable liberté de ton.
Tout cela est convenu. L’intérêt des lignes de Colosimo est autre et révèle, je crois, la part de ténèbres que cet écrivain, pour qui a su le lire attentivement, n’a pas manqué d’indiquer, en évoquant la «liberté absolue de l’homme » (citant au passage quelques grands noms comme Pascal, Kierkegaard et Dostoïevski, omettant bizarrement celui de Bernanos…), écho d’une liberté encore plus mystérieuse, à moins qu’elle ne soit le mystère même : celle du Christ, dont l’échec «se change en gloire» et «sa fin, en commencement». La liberté est l’essence même de notre grandeur mais aussi… de notre ruine, cette double postulation éminemment baudelairienne constituant la matière vive avec laquelle Colosimo a bâti son ténébreux roman, que j'ai évoqué ailleurs.

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