Les Envoûtés de John Schlesinger, par Francis Moury (01/10/2008)

Crédits photographiques : Tara Todras-Whitehill (AP Photo).
Fiche technique succincte
Réalisation : John Schlesinger
Production : John Schlesinger, Beverly Camhe et Michael Childers (Orion Pictures)
Producteur associé : Mark Frost
Scénario : Mark Frost d’après le roman The Religion de Nicholas Conde
Directeur de la photographie : Robby Müller (1.85 DeLuxe)
Montage : Peter Honess
Musique : J. Peter Robinson
Effets spéciaux : Connie Brink et Tedd Ross

Casting succinct
Martin Sheen, Helen Shaver, Raul Davila, Robert Loggia, Harris Yulin, Richard Masur, etc.

Résumé du scénario

États-Unis, 1987 : après le décès accidentel de son épouse, un psychiatre travaillant pour la police s’installe à New York en compagnie de son jeune fils. Il est bientôt convaincu que celui-ci est la proie future d’un rite sacrificiel organisé par une secte de fous criminels, rite dont l’origine est une religion primitive africaine.

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The Believers [Envoûtés / Les Envoûtés] (États-Unis, 1987) de John Schlesinger, ici co-producteur et réalisateur, est son avant-dernier très bon film. Il bénéficie de tout le métier accumulé en vingt ans par ce grand cinéaste décédé en 2003 : sa mise en scène marie classicisme rigoureux et effets photographiques ou de montage les plus modernes. La jaquette du DVD de M.G.M. ajoute un article au titre français de sortie en salles : à ce titre français source de confusion, il vaut de toute manière mieux préférer le titre original qui met l’accent non pas tant sur l’aspect passif de la sorcellerie que sur son aspect actif, sur ceux qui «agissent» comme communauté criminelle cimentée par une croyance afin de modifier le monde en fonction d’un rite magique efficace par d’obscurs détours de soumission psychique et d’abandon.
Le scénario très impressionnant inspiré du livre The Religion de Nicholas Conde ménage le suspens le plus fort, fonctionne comme une boucle parfaite, un engrenage terrifiant duquel les individus ressortent broyés ou métamorphosés. Le personnage emblématique du film n’est pas tant, de ce point de vue, celui endossé par Martin Sheen que celui joué par Helen Shaver. Dénonciation des sectes religieuses criminelles, vampirisation insidieuse ou ouverte de la modernité rationnelle américaine par une religion primitive venue d’Afrique et implantée dans sa communauté afro-latine, elle-même organisée comme un objet de pouvoir auquel les membres sont prêts à sacrifier leurs enfants pour assurer leur prospérité, fragilité de la conscience humaniste héritée de la civilisation gréco-latine : les thèmes sont vastes, amples, profonds. Ils sont exprimés sous la forme d’un alliage intéressant de film fantastique et de film policier dont le héros est un psychiatre policier : cette double particularité assure d’emblée au spectateur sa moins grande vulnérabilité mais elle est immédiatement battue en brèche, ce qui redouble l’effet d’angoisse, puis de franche terreur. Schlesinger a en outre dosé son casting d’une manière remarquable pour obtenir les effets dramatiques qu’il recherchait : deux stars (Sheen et Shaver), trois seconds rôles puissants (Robert Loggia, Richard Masur, Harris Yulin) et un terrifiant sorcier (Raul Davila ? Le personnage n’est pas nommé mais d’après l’ordre du générique de casting final, nous avons cru comprendre que c’était cet acteur-là) dont la première apparition, lors de son passage en douane, fait toujours froid dans le dos.
L’interpénétration de la logique et de l’irrationnel – celle qui est au cœur de la relation entre surnaturel et nature dans la mentalité primitive telle que les grands sociologues et anthropologues l’ont étudiée au début du XXe siècle – est parfaitement illustrée : les apparences, le moindre détail sont ainsi passibles d’une double interprétation selon qu’on est croyant (believer) ou non. L’enfant, immature et passible de cette double mentalité jusqu’à un certain âge, en est le symbole comme la victime désignée et ambivalente. Interpénétration qui repose sur une réalité chiffrée dont le code terrible est synonyme d’une logique sacrificielle finale aberrante mais bien réelle.
The Believers demeure un film absolument cohérent, dont la cohérence même renforce l’effet de panique totale. Un grand Schlesinger et un des films fantastiques majeurs des années 1980-1990 à placer quelque part entre Devil’s Bride [Les Vierges de Satan] (Angleterre, 1967) de Terence Fisher, Rosemary’s Baby (États-Unis, 1968) de Roman Polanski et L’Exorciste (États-Unis, 1973) de William Friedkin, inspiré d’ailleurs comme ces trois-là par une œuvre littéraire préalable à son écriture cinématographique.

*Cette critique, parue en première version sur le site Écranlarge, avait été initialement rédigée dans le cadre d'un test global du DVD M.G.M. PAL zone 2, à sa sortie vidéo française en octobre 2004.

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