Julien Dray ou la politique dans le caniveau (02/01/2005)

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Crédits photographiques : Yuriko Nakao (Reuters).
« Wesh lé gens on va voir ske sa donne sur ce blog jai lu kelke coms mé bon tré compliqué a comprendre alez ciao et generation de wesh represente big up a ma teC stainssssss tkt »
Commentaire posté le dimanche 2 janvier 2005 à 8 H 06 sur le blog de Julien Dray.


Vulgarité aguicheuse, stupidité intellectuelle, démagogie inacceptable, «jeunisme» outrancier, veule, irresponsable, imbécillité tsunamique, saleté et indigence d’une langue ridiculisée dont l’usage autiste mériterait, à défaut d’un traitement approprié dans un institut pour personnes mentalement déficientes, un nettoyage sous pression de la bouche (ne s’agit-il pas plutôt, en vérité, d’un boyau moins noble, réservé à l’évacuation des déchets ?) ordurière de ce prétendu homme politique qui se révèle, sur son blog, n’être qu’un clown phocomèle (j’adore ce mot…), un de plus, voici qualifié, en quelques termes encore respectueux du Politique que déshonore allègrement ce pitre médiatique, le déchet virtuel de Julien Dray [à l'adresse iledefrance.skyblog.com, ce blog n'existe plus]. Passons et surtout bouchons-nous le nez.
Alors que deux correcteurs du Monde, que l’on imagine bien avoir été recalés une centaine de fois au Capes de Lettres modernes, nous livrent de plaisantes chroniquettes ma foi bien peu relevées (la lecture du Dictionnaire historique de la langue française est un plaisir autrement rare et coruscant…), Pierre Assou(p)line, dont Joseph Vebret gratte voluptueusement, à peu près dix fois par jour, la purulence sans que je puisse m’expliquer les raisons de ce curieux eczéma, croit être drôle et spirituel en vantant les mérites d’une langue saponifiée (de «savon», Nda) dans le commerce duquel il est du reste l’un des plus illustres représentants, peut-être même quelque chose comme un VRP de choc.

Beaucoup plus intéressant à présent.
Voici la contribution à la «dispute» opposant Francis Moury à Serge Rivron que j’ai reçue de la part de Karim Bourkache, «étudiant en fin de droits» selon ses propres termes, que je remercie vivement sans le connaître.
Je me permet de vous adresser ce mail comme un modeste contrecoup à l’intéressant dialogue entre Serge Rivron et Francis Moury se déroulant ces jours-ci sur vos pages. En particulier, la question de la relation de notre être-au-monde au sol originaire a éveillé en moi le souvenir d’une nouvelle de Drieu la Rochelle. Dans cette courte nouvelle intitulée Défense de sortir, les péripéties relatives à la naissance de l’aéronautique font naître une controverse entre deux sectes. D’un côté, les zélateurs d'Ailleurs qui refusent «d'admettre plus longtemps la Terre comme l'habitacle naturel et obligatoire de l'Humanité» et, face à eux, les partisans d'Ici-bas pour lesquels «l'homme n'était et ne pouvait être que ce que l'avait fait la Terre; hors de la Terre il cessait d'être homme, il devenait une chose sans nom, un rien». L’argument de ceux qui lient le destin de l’homme à celui de la Terre consiste donc à dire que la fugue (je n'ose parler d'Exode) du giron terrestre va de pair avec un anonymat, une perte du nom qui revient à néantiser l'humain en tant qu'il est être-pour-le-sens. Du reste, les zélateurs d'Ailleurs reconnaissent eux-même que la transformation des conditions de vie entraînerait une rupture d’avec l’humanité (soit-dit en passant, cette rupture s’est déjà consommée dans l’espace bien terrestre quoique inhabité des Camps) : «on venait à admettre que l'Humanité en émigrant dans d'autres planètes pouvait cesser d'être humaine, se transformer du tout au tout, aussi bien dans l'ordre physique que dans l'ordre psychique et jeter au vent des mondes les catégories d'un entendement qui ne valaient que sous la calotte étouffante de l'atmosphère terrestre».
Si l’on offre quelque crédit à cette hypothèse de la transformation de la nature humaine par sa condition, quelle importance pourrait alors revêtir la mise à disposition orbitale de la culture humaine pour ceux qu'on qualifiera, faute de mieux, de post-humains ? Notre culture dont la croissance n’a été possible qu’en regard d’une vie naturelle qui se présente à nous comme une Faveur serait de peu de prix pour des entendements rendus artificiels et incommensurables aux nôtres par une radicale déterritorialisation. Quel sens y-aurait il alors à parler de transmission ? Que vaudrait un héritage s’il n’était pas possible de le faire précéder d’un testament ?
L'ironie, si l'on veut, de la nouvelle de Drieu c'est que la controverse amène les religieux, qu’il qualifie assez grossièrement d’«idéalistes», à se détourner du ciel et à opter pour le parti d'Ici bas (un mouvement d’hubris renversé, en quelque sorte). Réconciliés avec les politicards et les fonctionnaires des science sociales, ils entonnent un hymne à l’Homme, et reconnaissent la Terre Mère comme l'unique sol fertile de sa culture, et au-delà comme sa seule destination. Je ne résiste pas à l'envie de recopier in extenso les dernières lignes de cette nouvelle; ne m'en voulez pas trop d'exhiber puérilement et si mal un texte dont vous avez certainement connaissance : «Une assemblée solennelle de toutes les religions, de toutes les philosophies, de toutes les sociologies, de toutes les disciplines humaines et terrestres fut convoquée à Sumatra. Là, dans un temple fait de monolithes de ciment, fut instauré le culte d'Ici-bas. Une statue faite de tous les métaux qui entrent dans la composition de notre globe fut dévoilée qui représentait l'Homme sur la Terre. Sur son socle était gravée cette parole : «Il n'est rien en dehors de l'humain». Devant le temple se dressait un obélisque, un phallus gigantesque, symbole de l'union fatale de l'Homme avec sa Planète.
La fête se termina en orgie.
Les furieux répandaient leur semence dans les sillons.
La foi dans Ailleurs fut à jamais condamnée. Ses zélateurs
furent voués à la mort.
Sur tous les champs d'aviation furent apposées de vastes
affiches qui se reflétaient la nuit sur les cieux des villes :

DÉFENSE DE SORTIR.»

Merci de votre attention.

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