Yannick Haenel est-il un imposteur ? (24/11/2017)

Photographie (détail) de Juan Asensio.
4213302744.jpgLe roi Philippe Sollers entouré de ses bouffons





«L’esprit d’imposture est entré en toi : il va te perdre si tu ne fais pas un retour sur toi-même et n’abjures on péché.»
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Les élixirs du diable [1816] (Presses Pocket, 1989), p. 60.

«Les disciplines de l'imposture ne sont pas moins strictes que les nôtres, l'imposteur ne dispose pas de son imposture comme il lui plaît, selon ses besoins ou sa fantaisie, toutes les impostures sont solidaires […].»
Georges Bernanos, Les Enfants humiliés (Essais et écrits de combat, t. 1, Gallimard, coll. La Pléiade, 1971), p. 871.


littérature,critique ,yannick haenel,philippe sollers,éditions gallimard,collection l'infiniNaguère, l'inepte Simone de Beauvoir se demandait s'il fallait brûler Sade. Je ne me demanderai pas s'il faut brûler Yannick Haenel, pour la simple et bonne raison qu'un feu ne peut se déclarer qu'en dévorant un combustible qui l'alimente et que ce dernier, en retour si je puis dire, détruit. La part du feu est ainsi faite, puisque tout livre véritable, toute littérature digne de ce nom, est un foyer dont la température peut être extrême. Je craindrais trop, dans le cas qui nous occupe, que le feu ne prenne pas, faute, justement, de matière à consumer. L’œuvre de Yannick Haenel n'est pas un foyer de cela nous sommes sûrs, ou alors, mauvais jeu de mots, un foyer pour immigrés, si appréciés par l'auteur qu'il ne manque jamais d'évoquer leur sort; je l'imagine plutôt comme un mégot éteint, dont nous verrions encore, sur le filtre, une petite trace de la salive ayant perlé de la bouche de notre écrivant, si peu expressive et comme réduite à un trait de prétention butée, bouche avare, mimant la fermeture des lèvres d'un Sphinx en bakélite, bouche rassie de vieille fille prétentieuse, amusée par le mauvais tour qu'elle vient de nous jouer, et comment lui donner tort ! : ces imbéciles ont consacré mon absence totale de talent ! Ils n'ont rien vu !.
J'ai donc choisi, la mort dans l'âme on peut me croire, un autre titre à ma note.
La question que j'y pose est bien évidemment de pure forme car, comme je l'ai écrit, et comme je le répète ici bien tranquillement, une nouvelle fois, et, désormais, comme je ne cesserai de le répéter, en caractérisant ce cacographe de la plus juste façon, c'est-à-dire en accolant ses prénom et nom d'une épithète de nature, Yannick Haenel est un imposteur : Yannick Haenel, imposteur ou, dans sa variante, l'imposteur Yannick Haenel.
Ce n'est pas d'hier que je tiens Yannick Haenel pour un imposteur puisque, dans une chronique publiée dans Valeurs actuellesà la fin de l'année 2009 et reproduite dans la Zone en 2010, j'accusai ce lamentable écrivant de faux témoignage, évoquant son indigent Jan Karski.
J'avais par la suite, pour étayer mes dires, publié une nouvelle note regroupant l'ensemble des pièces du dossier Jan Karksi, honteusement, odieusement, traîtreusement pipé par Yannick Haenel. Je renvoie à cette note et me contente de reproduire ce que Claude Lanzman écrivit dans Le Monde daté du 30 janvier 2010, un article d'ailleurs toujours disponible sur la Toile, ici :
«Ce petit jeune homme [Yannick Haenel] décrète que je ne comprends pas la littérature. Et il ose écrire : «Contrairement à ce tribunal de l'Histoire, d'où parle Lanzmann, la littérature est un espace libre, où la «vérité» n'existe pas.» Il n'est pas de phrase plus sotte. La littérature n'a affaire qu'à la vérité; si celle-ci n'est pas l'affaire de Yannick Haenel, c'est que Jan Karski, roman, et quoi qu'en dise Sollers, n'est pas de la littérature.» Quelle triste époque que la nôtre, où ce n'est pas un critique littéraire, dont c'est pourtant le métier que de juger, de trier, qui a pu dire qu'un des livres de Yannick Haenel n'était pas de la littérature.
J'ajoutai, en guise de commentaire à cette évidence, le propos suivant : si le diable en personne avait écrit cette phrase, elle n'en serait pas moins juste. Je le pense toujours, car la vérité parle toujours comme elle veut, empruntant les voies les plus diverses, paradoxales voire honteuses : Christine Angot ou Amélie Nothomb affirmant que Jan Karski n'est pas de la littérature, voilà qui suffirait à me mettre à genoux devant de tels génies critiques.
Un autre commentateur encore, mais davantage historien que littéraire, Jean-Claude Durbant parlait, lui, à propos du lamentable et faux Jan Karski monté de travers par Yannick Haenel, de falsification très précisément historique.
Depuis l'affaire Jan Karski, Yannick Haenel, en bon gestionnaire de sa petite entreprise cotée au Sollers 40 des valeurs littéraires les plus nulles, a diversifié son portefeuille, comme on dit, car il est bien connu, comme on le dit encore, qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Prospérant, l'entreprise d'affabulations pas même correctement écrites dans laquelle Yannick Haenel s'est spécialisé, a infligé un cruel démenti à cette question que je posais dans une nouvelle note, en 2011, assez peu naïvement bien sûr car jamais je n'ai oublié la leçon de Georges Bernanos : un affabulateur prospère, grandit, grossit comme une baudruche parce que les affabulés croient eux-mêmes aux sornettes qu'ils avalent comme de l'ambroisie. S'il y avait, en France, une critique littéraire journalistique digne de ce nom, jamais Yannick Haenel n'aurait été consacré comme un écrivain.
L'entreprise Haenel, voilà qui réjouira le N-200 de notre scribouilleur, Emmanuel Macron qu'il moque d'ailleurs dans son dernier navrant navet couronné par le prix Médicis, Tiens ferme ta couronne dont nous avons longuement détaillé la nullité bavarde et grandiloquente, l'entreprise Haenel est prospère : plusieurs livres, au moins tous aussi mauvais comme Les Renards pâles pour lequel, une nouvelle fois, je parlais d'imposture littéraire, parus depuis son fallacieux Jan Karski mais, surtout, un soutien indéfectible de la presse, directement (en évoquant ledit navrant navet) ou indirectement (en évoquant le N+1 de Yannick Haenel, Philippe Sollers), des lecteurs sans doute nombreux et, enfin, la consécration médiatico-éditoriale apportée par le prix Médicis. Gageons que l'entreprise Haenel, à ne surtout pas confondre avec celle qui fabrique des fusils (l'auteur lui-même s'en amuse dans son dernier navrant navet parfois involontairement drôle), va continuer son extension à l'international, et qu'elle n'en restera donc pas à ce seul coup médiatique, certes d'ampleur, ayant consisté à faire croire, aux imbéciles c'est-à-dire aux journalistes, qu'il était un écrivain, alors qu'il est à nos yeux tout ce que l'on voudra sauf, précisément, un écrivain.
Et j'annonce la couleur, si je puis dire, et je l'annonce, en premier lieu, à l'imposteur Yannick Haenel, en reprenant cette belle pensée consignée le 10 décembre 1910 par Stanislas Brzozowski : «Qui se charge de la critique littéraire ? Elle est pourtant une arme contre l’imposture intellectuelle et morale» (1), et en lui demandant s'il a deviné qui allait continuer de dénoncer l'imposture intellectuelle et littéraire qu'est l’œuvre indigente de Yannick Haenel.

Note
(1) Stanislas Brzozowski, Histoire d’une intelligence. Journal 1910-1911 (traduction du polonais, introduction et notes par Wojciech Kolecki, suivi de L’inquiétude de pensée, par Marta Wika, Le Bruit du Temps, 2010), p. 36.

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