Relecture de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme de Cormac McCarthy (30/12/2019)

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Photographie (détail) de Juan Asensio.
64016489.jpgCormac McCarthy dans la Zone.









Non ce pays.JPGJe ne puis bien sûr, ici, que rappeler ce que j'ai écrit dès sa parution sur Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme. La relecture de ce roman efficace, à l'évidence écrit pour être filmé, remarquablement traduit à l'exception du titre que l'on doit à Yves Bonnefoy, m'a rendu encore plus sensible que je ne l'étais à la thématique, partout présente mais jamais autant que dans les monologues du shériff Bell, de la transformation de plus en plus rapide d'une société nord-américaine devenant elle-même de plus en plus violente, oublieuse de Dieu, et, manifestement, de sa destinée théologico-politique ayant fondé sa puissance impériale, sous la poussée de cavaliers apocalyptiques dont la figure évanescente du tueur Chigurh est la préfiguration, comme si les proliférations du Mal étaient en train de faire muter les hommes, les transformer en quelque nouvelle espèce, ainsi que l'affirme le shériff dès les premières lignes du roman, comme s'il fallait, encore, essayer non pas d'enrayer le Mal, car vaincre un Chigurh paraît être une chose hors de notre portée, mais se borner à le contenir, en essayant de comprendre ce qui est en route et pourrait nous arriver jusqu'ici, comme si Bell, d'autres hommes droits, n'étaient plus que les ultimes représentants, dépassés par les événements et confrontés à quelque chose qu'on n'a encore jamais vu avant, d'un monde agonisant qui lui-même n'aura jamais été qu'un minuscule et fragile havre de paix entre une sauvagerie passée, celle sur laquelle l'Amérique s'est fondée, et une sauvagerie future, qui, peut-être, défera cette même Amérique.
No country.JPGJe ne reviendrai pas sur les considérations de Cormac McCarthy évoquant le déterminisme le plus inamovible qui soit et la nécessité absolue de toute chose, la liberté des hommes semblant finalement, aux yeux du romancier, n'être qu'une plaisante chimère se dissolvant, comme tout le reste, dans l'universel vacillement, dans ce monde en perdition, car l'on hésite à affirmer que Cormac McCarthy n'est en fin de compte attiré que par une seule et unique chose : ce qui va advenir bien sûr, et dont il déchiffre les signes, comme tel visage qui tremble et bouge dans le liquide noir de la tasse [et qui] semble un présage de choses à venir, sans doute le règne du démon matérialisé par la drogue et l'argent ravageant le pays, tous les pays, et qui ne pourra être freiné, voire stoppé comme s'il s'agissait d'un train devenu fou, que par la seconde venue du Christ qui, contrairement à son Adversaire, ne semble pas faire les gros titres de la presse nous dit McCarthy par la bouche de l'épouse du shériff.
Il faut d'ailleurs noter que Bell, s'il a eu quelques doutes quant à la validité d'une explication théologique de la destruction du monde, semble désormais privilégier l'hypothèse de l'existence et de l'action de Satan, qui explique pas mal de choses qui n'ont pas d'autre explication, ce qui me fait songer à George Steiner affirmant, dans je ne sais plus quel livre, que l'hypothèse de la Chute consécutive au péché originel rendait infiniment mieux comte du Mal cherchant qui dévorer que les plus savantes théologies. Quoi qu'il en soit, c'est dans le livre que Cormac McCarthy écrira après celui-ci, La Route, qu'il tentera de donner consistance romanesque à un monde entièrement ravagé, le lien entre les deux textes étant superbement figuré par le rêve qui clôt Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, le fils y suivant le père qui éclaire la nuit d'une flamme brûlant dans une corne, le fils prenant dans l'autre livre la charge de son père qui finira par mourir, contribuant ainsi à essayer de dissiper la nuit ultime menaçant de tout recouvrir.

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