Découvrez ici pourquoi l'homme tombe dans les rues : à propos de Suttree de Cormac McCarthy (31/03/2021)

Photographie (détail) de Juan Asensio.
jhjhjhj.jpgCormac McCarthy dans la Zone.









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Pierre-Yves Pétillon, dans son imposante Histoire de la littérature américaine, 1939-1989 (Fayard, 2003, p. 551) n'a absolument pas tort d'affirmer que, dans Suttree, «les lambeaux de voix du passé ne suffisent plus à renouer le fil d'une généalogie, d'une histoire», et ce n'est pas sans raison non plus qu'il relie la trame de plus en plus effilochée du Vieux Sud à une «écriture hybride et comme écartelée entre deux registres dont McCarthy a fait au fil des années sa marque» : d'un côté une «prose quasi liturgique, de grand office des ténèbres, d'onirique requiem» venant de Faulkner, «mais aussi de toute la postérité de Joyce, y compris Dylan Thomas, le flamboyant Gallois» et, «par delà, dans son efflorescence baroque, comme le fit en son temps Melville, avec l'anglais» (p. 550) dit métaphysique du XVIIe élisabéthain, langue surchargée, véritablement précieuse, extrêmement travaillée, qui d'emblée nous est offerte par le romancier, avec les premières pages crépusculaires de son roman; de l'autre, «brusquement, au détour de la phrase», nous constatons une «chute dans l'autre registre, venu de l'écran (et, plus en amont, d'Hemingway), l'idiome sarcastiquement laconique, avec ses brèves de comptoir éméchées», ou «ses graffiti gribouillés à la craie sur le mur des chiottes» (p. 551).
Pétillon.JPGC'est dans la préface qu'il donne cette fois-ci à la version de poche du roman de Cormac McCarthy que ce même Pétillon, évoquant de nouveau William Faulkner dans les textes duquel «chaque descendant, au terme de sa lignée exténuée, est comme habité par les voix du passé, par ses chuchotements, ses cris», indique au contraire que, dans Suttree, la «mémoire jette sa grande ombre, mais c'est une mémoire morte» car, même si on voulait «remonter la généalogie du temps jusqu'à quelque origine qui donnât sens à toute cette histoire», ce n'est absolument «plus possible» car il n'y a plus d'histoire, «plus rien qu'une vague errance» (1). Errance, oui, mais qui ne me semble pas vague, mais comme aimantée par plusieurs pôles comme l'exercice naïf, spontané, d'une véritable fraternité ou encore la surrection de pans entiers du temps, parfois antédiluvien ou épique, légendaire, sans compte la très étrange proximité des morts, qui ne cessent, dans le roman, de voisiner avec les vivants, comme s'ils n'avaient qu'un seul désir : les attirer dans leur royaume.
L'errance de Suttree est en tout cas bien réelle qui s'étend sur six années (de 1950 à 1955) et, plus que l'errance, la clochardisation hallucinée dans les faubourgs de Knoxville et même bien au-delà, lorsqu'il quitte son lieu de séjour, les berges de la rivière Tennessee; nous la suivons durant plus de 600 pages, chacun des chapitres non numérotés composant cet épais roman pouvant être lu comme une nouvelle, notamment l'une des plus longues de ces parties, qui décrit l'installation du personnage principal au beau milieu d'une famille de ramasseurs de moules, modeste tentative de former quelque communauté soudée par un travail ingrat, jusqu'à la consommation des amours du personnage principal avec leur fille aînée au destin tragique. L'histoire, donc, comme toutes les autres du reste qui constituent le tissu élimé de cette ténébreuse geste de profonde décadence et de recherche des traces de l'honneur, de la fierté d'être homme, quelle que soit leur longueur et la densité des aventures rapportées, finira, elle aussi, mal, et qu'importe même, puisque la rechute dans la réalité triviale n'en sera que plus douloureuse, qu'importe même la splendeur un instant entrevue, autant de scènes «de festins héraldiques», où nous voyons Suttree comme «plongé dans une muette reconnaissance des morts en quelque sorte illustres» (p. 181), un passé qui l'a rejeté et que, de toute façon, la pourriture et la gangrène du monde moderne rongent pour le réduire à quelques bribes d'un tapis dont les motifs antiques figuraient un destin et des gestes, des paroles aussi, plus hauts.
Suttree a un fils, à l'enterrement duquel il sera contraint d'assister en cachette, tout comme il a un père, pratiquement absent du récit, et nous apprenons même qu'il a eu un frère mort-né (cf. p. 151), alors que le si débrouillard, involontairement drôle bien que dénué de toute forme de scrupule, Gene Harrogate dit rat ou souris des villes, qui s'est fait pincer parce qu'il se masturbait dans des pastèques préalablement fendues, ne puisse être décemment considéré comme le rejeton symbolique de cet homme dont nous ne connaissons que de très vagues bribes du passé, qui n'a qu'un présent fait de beuveries, de longues marches exténuantes, de pêches, toutes modestes, pratiquement frugales puisqu'elles permettent au pécheur de survivre, sans oublier une multitude de rencontres avec tant de rebuts de la société nord-américain, Suttree, donc, s'il a un passé enfoui, aboli même, un présent que d'aucuns qualifieraient de sordide, n'a apparemment aucun avenir dans une société dont nous ne fréquentons que les déchets, les cadavres, comme autant de pièces d'un puzzle brillant, rutilant, que nous ne voyons jamais autrement que comme des draperies de lumières lointaines, les lumières de la grande ville.
Pourtant, cette vie de dèche, de galères, de pauvreté voire de franche misère et de folie, résumée dans une vision englobant les morts et les vivants d'une même famille ou même d'une commune lignée sous un unique paletot de décadence et de crasse sordides (cf. pp. 151 et 174), est supérieurement précieuse car, comme l'écrit McCarthy, «un homme c'est tous les hommes» (p. 554), ou, plus loin, parce qu'il n'existe en fait «qu'un seul et unique Suttree» (p. 607). Ainsi, les multiples aventures picaresques de Cornelius Suttree tracent la trajectoire d'un bolide traversant le ciel et qui se désagrègerait en tombant sur une terre polluée, vaine, qu'il semble désormais impossible non pas même de sauver mais de tenter d'assainir, colonisée qu'elle est par la démesure des villes modernes, la fallacieuse solidité de milliers de villes construites «en dehors de tout modèle connu, architecture bâtarde, catalogue des œuvres humaines, condensé d'aberration, de désordre, de folie» (p. 8, l'auteur souligne).
Cette trajectoire est une espèce de rédemption inversée ou plutôt : une tentative, certes minimaliste, pour ne pas crever comme un chien, ne pas finir comme ce cadavre à moitié décomposé, anonyme, que Suttree retrouve sur son lit après s'être absenté longtemps de sa cabane, la morale du personnage principal valant bien après tout de pesantes déclarations philosophiques, elle qui s'est définitivement débarrassée de toute forme de prétention, puisqu'il estime qu'il a parlé avec amertume de sa vie et qu'il a dit qu'il prendrait sa propre défense contre «l'infamie de l'oubli et contre sa monstrueuse absence de visage», et qu'il irait y compris jusqu'à dresser «une stèle dans le vide même sur laquelle tous liraient [son] nom», alors qu'il conclut son propos en nous assurant qu'il abjure cette vanité «tout entière» (p. 543), comme une erreur passagère, le fruit de la lente décantation de sa propre expérience au milieu de ses frères en déshérence.
C'est ainsi que peut s'expliquer l'attention et, même, la véritable affection que Suttree porte à Harrogate toujours à la recherche d'un sale nouveau coup qui finira bien par le reconduire derrière les barreaux; c'est ainsi que lui, alors même qu'il est un solitaire ayant coupé les liens avec sa propre famille que l'on devine avoir été aisée, peut être ému jusqu'aux larmes par la solitude extrême dans laquelle se meut l'ancien violeur de pastèques et jeune cambrioleur (cf. p. 576), c'est aussi de cette façon que nous comprenons la bienveillance que Cormac McCarthy lui-même porte au plus déshérité de ses personnages, non seulement Suttree bien sûr mais tous ceux qu'il côtoie (à l'exception peut-être d'une putain aux grands airs, qu'il quittera assez vite), et jusqu'aux plus humbles, dont bien souvent nous ne savons même pas le nom, attention et bienveillance qui éclatent au détour d'une phrase ample ou bien d'un banal adjectif apportant un rai de lumière dans un cachot aux noirceurs impénétrables : «Toute la journée ce proscrit à demi fou tituba à travers la neige abritant tendrement en lui un cœur ô combien lugubre» (p. 385).
Il n'y a pas de rédemption directe dans le roman de Cormac McCarthy, un prêtre étant même qualifié de «préteur d'une divinité pédéraste» qui se contrefiche si visiblement «des rites funèbres que l'on réserve aux sans-nom et aux laissés-pour-compte» (p. 605) desquels bien au contraire Suttree, lui, ne s'est jamais détourné, sans doute parce qu'il a fini par apprendre que «toutes les âmes ne sont qu'une et que toutes les âmes sont solitaires» (p. 604). Rien ne sera épargné à cette âme solitaire qu'incarne si modestement Suttree : aucune hallucination de pandémonium (et Dieu sait qu'elles sont nombreuses dans le roman !), aucune méditation sur la déchéance, le passé aboli, revenant parfois sous forme de visions étincelantes d'une grandeur tombée en ruines, aucune hypothèse sur ce qu'un philosophe, Jan Patočka en l'occurrence, appela la solidarité des ébranlés et que l'écrivain, lui, creuse d'une dimension tragique, proprement infernale, lorsqu'il fait méditer Suttree sur la «communauté de souffrance» des «damnés de l'enfer», Suttree qui pense même être capable d'estimer «un chagrin nominal chez les vivants comme sont pesés à la métairie désastre et ruine selon des lois d'une équité trop subtile pour être prédite» (p. 610).
Un Dieu incompréhensible et vengeur, voire les dieux, évidemment infernaux, ne sont pas absents, à proprement parler, de notre roman, comme de discrètes allusions le suggèrent : en revanche, il n'existe aucune voie pour s'assurer de Sa présence, si ce n'est, je l'ai dit, une vie d'endurance, comme l'affirma William Faulkner dans d'autres circonstances. Il n'y a pas de rédemption directe, aucune figuration d'un parcours christique dont nous pourrions lire les principales stations, fussent-elles parodiques ou sordides, toujours inversées selon la tragique complexion de notre époque qui cherche désespérément une verticalité lui permettant de redresser la tête, mais nous n'en comprenons pas moins que, comme tel personnage de Paul Gadenne, Suttree n'en finit pas de se dépouiller, comme l'indique ce très beau passage, situé à quelques pages de la fin, avant une autre scène, bouleversante, que nous allons évoquer : «Il s'était débarrassé du petit fétiche encapuchonné et de ses autres amulettes en un lieu où on ne les trouverait pas de son vivant et il n'emportait en guise de talisman que l'humble cœur humain qui était au plus profond de lui. En descendant la petite rue pour la dernière fois il sentit que tout se détachait de lui. Jusqu'à ce qu'il ne restât plus rien dont il eût à se dépouiller. Tout avait disparu. Plus la moindre trace, plus rien. La piste se perdait là, dans cette rue au bord de l'eau où tout ce qu'il a avait été traînait en ombres de papier, quelques-unes ici même, qui s'effaçaient. Après ça, plus rien. Quelques rumeurs. Des mots vains emportés par le vent. D'antiques nouvelles qui à force de voyager n'étaient plus fidèles» (pp. 616-7). L'une des leçons des romans de McCarthy : tout passe, et il serait illusoire de penser que notre propre civilisation, édifiée sur des décombres, durera beaucoup plus que d'autres qui lui furent supérieures et dont quelques ustensiles et os pulvérulents subsistent.
Nous avons quitté Gene Harrogate au moment où ses yeux d'imbécile débrouillard fixaient le paysage vide, tandis qu'il était conduit à une prison, et nous ne le reverrons plus, comme nous ne reverrons plus, à une exception près, l'associé d'un temps de Suttree, dont il aima la fille aînée qui fut tuée par un éboulement de terrain gorgé d'eau, comme nous ne ferons qu'apercevoir l'Indien, pécheur de tortues, revenu saluer Suttree hélas absent de sa misérable cahute, avec lequel ce dernier avait pourtant sympathisé : en somme, le romancier détache son personnage de celles et ceux qu'il a connus, appréciés voire aimés, Suttree pouvant même, à mon sens, être considéré comme le roman du dépouillement absolu, mais la réussite de Cormac McCarthy est de nous suggérer l'existence d'une communauté invisible, l'indivisible souffrance des hommes faisant royaume pour ainsi dire, de l'homme, donc, de Suttree lui-même, en personne, qui est tous les hommes, souffrance colossale, inimaginable mais qui, pourtant, un instant miraculeux et comme suspendu dans le temps, rédimant celui-ci, sera soulagée, prise sur les épaules fragiles et néanmoins fortes d'un porteur, porteur de feu dans La Route, porteur d'eau dans Suttree saluant, une dernière fois, l'homme qui aura tout quitté, fera du stop, banalement, dans l'incroyable chaleur, fuyant Knoxville, sa pauvre vie de guignon au milieu des ivrognes, des truands, des filles et des franches putains : «Suttree pouvait voir l'eau former des perles froides sur l'aluminium et couler en minuscules ruisseaux et en gouttes qui s'évaporaient là où elles tombaient. Il pouvait voir le duvet blond doré comme du blé neuf sur les bras brûlés de soleil du porteur d'eau et il se voyait dans des puits de cobalt fumants, en jumeau, et sombre et profond, dans des yeux d'enfant, des yeux bleus sans fond comme la mer. Il prit la louche et but et la lui rendit. Le gamin la laissa tomber dans le seau. Suttree s'essuya la bouche avec le dos de la main. Merci, dit-il. Le gosse sourit et recula. Une voiture s'était arrêtée pour Suttree, il n'avait pas levé la main» (p. 619). Sans convoquer le souvenir de la figure de quelque Bon Samaritain, qu'il nous suffise de rappeler que, dans Suttree du moins, Cormac McCarthy associe l'enfance à l'innocence perdue, comme l'indique suffisamment ce beau passage, évoquant la compagne d'un temps, de plus en plus détestable, roublarde putain devenant grosse et laide, de notre vagabond magnifique : «Suttree se demanda si elle avait jamais eu l'occasion, enfant, d'aller à une foire, et d'être étourdie par les constellations lumineuses et la musique des orgues de manèges et les beuglantes invites des bonimenteurs. De découvrir dans tout ce monde de pacotille une vision que seule connaît la grâce enfantine, incapable de voir la sueur et les dents gâtées et les taches innommables dans la sciure de bois, les mouches et le delirium rebattu et l’œil vide des solitaires qui errent parmi ces voyants appareils à la recherche de ce qu'ils sont incapables de nommer» (p. 536).
Ainsi modestement, ridiculement peut-être puisqu'il a pu, à telle occasion, être «frappé par la fidélité de cette terre qu'il habitait et [éprouver] envers elle un amour soudain» (p. 466), bien conscient que «la détresse humaine ne connaît pas de limites et [que] tout peut toujours aller plus mal» (p. 490), Suttree est-il appelé à de nouvelles aventures dont nous ne saurons rien, bien que nous sachions en revanche, une fois le roman refermé, qu'il a réussi à ne pas être entraîné par les morts, «les morts [qui] emporteraient les vivants avec eux s'ils le pouvaient» (p. 19), dans leur noir royaume d'avidité carnassière. Désormais, Suttree, comme un moderne fol en Christ privé pourtant de son glorieux modèle, qui n'a pas retenu un seul mot «de tout ce qui est sorti du gosier des anciens, des vieux livres moisis» (p. 20), se met-il de nouveau en branle vers une destination inconnue, prêchant, loin du bruit et de la fureur tous deux surjoués de «ces aboyeurs de Dieu avancés dans le monde tels des prophètes d'antan» (p. 88), son évangile de patience (d'endurance) et de toute simple attention à la souffrance des autres, lui qui «aurait pu être pécheur d'hommes en d'autres temps» alors que les poissons qu'il a péchés lui ont semblé «une tâche suffisante» (p. 21), désertant la terre orde, submergée de détritus, livrée au «spectre de la prolifération mécanique et du fléau universel» (p. 339), sur laquelle nous ne pouvons plus que singer la réelle présence, l'accord intime avec le monde entier des choses, au milieu des «vestiges d'une ancienne grandeur» (p. 30), en ayant garde de s'abriter des monstres que Gene Harrogate semble avoir réveillés quand il s'est avisé d'explorer les cavernes tissant leur labyrinthe sous le paysage de bicoques délabrées habitées par des Noirs et des Blancs déclassés aux «yeux usés qui brûlaient au fond de leurs tunnels de malheurs» (p. 502), monstres et goules que Suttree verra bien des fois dans ses hallucinations cauchemardesques, lui qui se demande s'il y a «des dragons dans les coulisses du monde» (p. 40), lui qui, tel l'un des personnages de La Route, peut contempler l'horreur dans l'horreur puisque, «au-delà de l'écorché, vaguement ébauchée, une autre silhouette empalée, car ses chirurgiens errent à travers le monde comme vous et moi» (p. 113) (2), lui qui, aux toutes dernières lignes du roman, semble avoir échappé à la gueule d'un «énorme chien efflanqué [...] sorti du champ bordant la rivière tel un molosse surgi des abîmes» comme s'il s'agissait d'une des bêtes de la meute dirigée par «la chasseresse [qui] œuvre en tous lieux» et dont les «chiens jamais ne se lassent», monstres que le narrateur, Suttree peut-être puisqu'il parle à la première personne, a «vus en rêve, la bave aux lèvres, bêtes sauvages aux yeux fous d'une faim dévorante pour les âmes de ce monde» (p. 620 et dernière), et qu'il est parvenu à fuir, comme un homme qui plus d'une fois est tombé dans les rues, mais qui s'est toujours relevé.

Notes
(1) Cormac McCarthy, Suttree (traduction de l'américain par Guillemette Belleteste et Isabelle Reinharez, Actes Sud, 1994, puis Seuil, coll. Points, 1998), p. 3. Comme toujours, quelques fautes (ponctuations ou mots manquants, erreurs manifestes) déparent le texte, sans réelle gravité toutefois (cf. pp. 77, 116, 206, 269, 271, 357, etc.).
(2) L'une des plus évidentes thématiques que Cormac McCarthy illustre dans chacun de ses romans réside non pas dans la peinture, tour à tour clownesque ou grandiose voire profondément baroque, de l'horreur, mais dans la certitude que ladite horreur, ou bien quelque spectacle épique imaginé par une cervelle sombrant dans la folie (cf. p. 381) n'est que le signe grossier, bien qu'ininterprétable, d'un monde plus noir encore ou, comme l'affirme l'auteur, au moment où Suttree délire dans une chambre d'hôpital : «Son décentrement astronomique le situait au-delà du décalage vers le rouge et il s'interrogea sur la géographie de ces espaces et sur la manière dont le monde s'engrène avec le monde qui est au-delà du monde» (p. 596). Parfois, se surimposent aux linéaments du monde bassement quotidien les nervures, et même «l'esprit d'un ordre plus ancien» dont la brusque et labile apparition, surimpression plutôt, a pu être provoquée par la découverte d'un «objet de l'aube» (p. 433), minuscule gorgeret que Suttree pend autour de son cou et qu'il finira, nous l'avons vu, par jeter sans plus y penser.

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