Dune de Frank Herbert, 2 (04/01/2007)

Illustration de Chris Foss pour un projet d'adaptation cinématographique de Dune réalisée par Jodorowsky.
1832339335.jpgDune, 1.





Quelle est la préoccupation constante qui, dans ce second volume (apparemment mieux relu que le premier) rassemblant les suites de Dune, guide Frank Herbert ? Celle qui consiste à montrer que l'humanité ne saurait survivre sans qu'à une période d'extrême concentration (ordonnée par l'Empereur-Dieu de Dune, qui sera surnommé par ses descendants le Tyran) ne succède une période d'extrême expansion pendant laquelle des milliards d'êtres humains seront lancés dans tout l'univers. C'est la trame d'un autre roman d'Herbert, Dosadi. Et ce retour aux sources que les peuples de la Grande Dispersion désirent à tout prix est aussi, pour le romancier, l'occasion d'aborder, d'une façon relativement discrète, une thématique pourtant d'importance : la conservation d'une tradition, menacée par tout un ensemble de forces plus ou moins occultes acharnées à la détruire. Gérard Klein n'a apparemment rien compris lorsqu'il commente, à propos du dernier volume de Dune écrit par Frank Herbert, La Maison des Mères, l'apparition de la thématique de l'Israël Secret : il s'agit sans doute moins de rééquilibrer comme il le pense, au profit du judaïsme, une trame romanesque qui fait évidemment une très large part aux motifs du monde arabo-musulman que de montrer de quelle façon Israël a su conserver, au fil des millénaires (c'est le cas de le dire, puisque l'avenir décrit par le romancier américain est plutôt... lointain), l'âme de sa mission. Du reste, cette thématique du secret, constitutive de bien des romans de Frank Herbert, est développée dans Les Hérétiques de Dune par le biais d'une exploration des arcanes du Bene Tleilax, ces adorateurs cachés de la vraie foi, dont bien des traits (dont le rôle, proprement inimaginable, réservé aux femmes) semblent avoir été empruntés à l'Islam le plus rigoriste. Ainsi, Klein, qui pointe dans sa préface les nombreuses lectures qui ont tiré, à hue et à dia il faut le reconnaître, les romans les plus connus de Frank Herbert, serait-il sans doute consterné s'il apprenait que, tout autant qu'une lecture pro-palestinienne, pro-israélienne ou, pourquoi pas, écologiste, Dune autorise parfaitement une interprétation réactionnaire consistant à pointer, sous les couches du perpétuel changement qui pour le romancier est la source de la survie, la quête d'une permanence protectrice qui guiderait les actions du Bene Gesserit mais aussi les géniales intuitions du fils de Paul Atréides, illuminé par les fastes fragiles de son Sentier d'Or.
Expansion et contraction sans doute, trop commode image pouvant rendre compte du souffle prodigieux, du courant d'eau très profonde qui anime ces pages mais davantage encore, à mon sens, illustration de la doctrine apocalyptique du reste. Finalement, tout grand roman de science-fiction (comme, peut-être, tout grand livre) avance masqué, riche d'un substrat religieux méconnaissable, subverti ou, comme dans les romans de Frank Herbert, habilement détourné. Dans La Maison des Mères, il me semble que le romancier a été toutefois à deux doigts de s'enfoncer dans des profondeurs qui ne lui étaient point familières et qui, on s'en doute, ont été saccagées par les commerciales suites (ou pré-suites !; de même, Les Chasseurs de Dune, apparemment dernier volet de la saga mais je me dois de rester prudent, sont annoncés) ayant fleuri comme de la chienlit sur la tombe finalement si peu désertique de Dune.

Lien permanent | Tags : littérature, critique littéraire, science-fiction, dune, frank herbert | | |  Imprimer |