Autour de Carlo Michelstaedter (27/05/2015)

Photographie (détail) de Juan Asensio.
374670967.JPGLa Persuasion et la Rhétorique.





IMG_4593b.jpgToute vie, fût-elle la plus noble et la plus haute, se termine finalement en rhétorique, quels qu'aient été les efforts pour éviter ce drame minuscule et commun : quelques lignes par exemple contenues dans «une nouvelle édition critique des œuvres de Michelstaedter, qui fait autorité par sa rigueur et son exhaustivité, dans une note de la Correspondance reprise ensuite par diverses publications», antidatant «de vingt-six ans la disparition d'Enrico Mreule, le donnant pour mort à Umago en 1933" (1), alors qu'il est le mort le 5 décembre 1959 et qu'il a été enterré dans le cimetière de Salvore.
Quelle question pose Claudio Magris, auteur du beau Danube dans ce texte pudique, parfois intense, et dirait-on honteux d'être si court, pressé qu'il est de retourner au silence de la vraie vie ? Celle qui fut l'obsession de Carlo Michelstaedter, la persuasion bien sûr, opposée par essence à la rhétorique : «Dans cette mansarde il s'était produit quelque chose de simple et de définitif, un appel sans recours, traversé d'air et de lumière, comme ces journées où ils allaient nager et faire des ricochets sur l'Isonzo : Carlo sourit, crête blanche d'une vague sous les yeux noirs et les cheveux noirs, et l'on va, comme en se levant de table on se dirige vers la piste de danse ou comme on monte au sommet du San Valentin ou dans la mansarde, dans la persuasion» (p. 15).
IMG_1337.jpgDe la persuasion, Claudio Magris donne plusieurs définitions, toutes discrètes à l'exception d'une (2), au coin d'une phrase : ainsi est-elle diminution, Enrico sachant comme nul autre «s'y prendre pour réduire les choses, pas pour les accroître» (p. 46), «la civilisation comme le jardinage» étant l'art de tailler (p. 38), et d'abord des paroles et des livres inutiles : «Carlo lui aussi se débarrasse du lest, au diable les bavardages qui font tourner la tête avec toutes ces histoires et ces intrigues et ces supercheries et ces malheurs et ces complications" (p. 42). La persuasion est aussi l'immortalité gagnée dans un présent de pure coïncidence, animal dirait-on : «Carlo est la conscience sensible du siècle et la mort n'a aucun pouvoir sur la conjugaison du verbe être, seulement sur l'avoir» (p. 57).
Pourtant, Enrico ne nous semble pas vivre, ou alors, vivre comme une bête, tout obsédé qu'il est, bien malgré lui, de ne s'intéresser à rien, de ne s'attacher à personne, comme si, finalement, il n'arrivait pas à vivre dans la persuasion, «transparence du pur présent» (p. 84) et «pur présent des choses» (p. 92), mais dans une sorte de destinée sans destin, pleinement tautologique, celui qui fut l'ami de Carlo ne parvenant jamais, en ne restant concentré que sur sa seule personne toute envahie de souvenirs trop forts, à se laisser envahir par une persuasion qui devrait être, plutôt qu'hermétisme, charité véritable, et amour rayonnant de l'autre, joie, en un mot, joie d'aimer et d'être aimé. Enrico illustre ainsi, toujours à son corps défendant, la belle parabole du rastreador, «un chercheur de piste infaillible qui reconnaissait n'importe quelle empreinte» et qui finira, en suivant les empreintes d'un homme ayant tué un négociant en bestiaux, par comprendre qu'il n'est qu'à la poursuite de lui-même (pp. 64-5). Il ne peut s'échapper de lui-même mais, surtout, de ses propres souvenirs, comme si sa vie, une fois son ami disparu, n'avait plus aucun sens que celui de se consumer lentement, inutilement. Il est vrai que Carlo Michelstaedter avait lui-même écrit : «Qui veut être lié à moi doit renoncer à tout, sans ambitions, sans gloire, pour se vouer à un rêve profond» (3), Enrico s'étant plus que tout autre enfoncé dans ce rêve profond, qui est déni de l'action, de la parole, de la vie, tout simplement.
Enrico ne comprend même pas dans quelle impasse il s'est fourvoyé, ses dernières années de vie étant probablement gâchées par une de ces maladies si horriblement modernes affectant la mémoire, les choses, mais aussi les êtres étant accueillis avec indifférence (cf. p. 96), ses bras n'étant pas parvenus, comme celui d'un simple métayer, à tenir et retenir «l'amphore du présent» (p. 99). Certes, Enrico n'a pas peur de la mort, il ne craint même pas de la craindre, il ne demande pas l'aumône à la vie insolvable (cf. p. 106), mais non par plénitude : pas manque, désintérêt, absence, car il n'est pas là, il n'est cependant pas ailleurs, il n'est, en fait, nulle part. Certes encore, il a su «demeurer stable en un seul point, se faire flamme, se posséder dans la persuasion» (p. 125), mais cette stabilité est mort plus que vie, cette flamme est froide et Enrico n'a pas agi (4), n'a rien possédé, surtout pas lui-même, sauf peut-être pendant qu'il contemple, sans jamais se lasser, la mer, le spectacle qu'elle offre, toujours identique et toujours différent, dans de belles descriptions comme celle-ci : «Grosses vagues dans l'obscurité, un jaillissement d'écume blanche, l'aile d'un oiseau qui plonge dans les ténèbres. Cela fait des heures et des heures qu'il est sur le pont, immobile, jamais lassé de ces choses qui ne changent pas» (p. 12), mais, même un enfant sait cela, nul ne peut contempler la vie, sa vie, comme un océan, car «Certes, écrit Carlo Michelstaedter à Gaetano Chiavacci le 4 août 1908 (in Épistolaire, op. cit., p. 109) ce que n’a pas la mer, je l’ai : le tourment ininterrompu des intentions passées et du travail futur, de mes différentes aspirations insatisfaites; la conscience de ma nullité en ce monde qui vit autant par l’action que par la pensée et l’art; la conscience de ma vie qui se consume dans on ne sait quelle attente. Dans l’illusion d’une formation progressive qui n’existe pas, d’une accumulation qui ne se produit pas sinon comme celle du sable que les flots charrient et dispersent de nouveau».
Moins que tout autre, Enrico s'est dispersé, tout tendu dirait-on à ne se soucier que de lui, plongé dans ses souvenirs du prodigieux ami qui s'est tiré une balle dans la tête et l'a ainsi abandonné, mais alors, d'où vient l'évidence terrible, tragique peut-être, que sa concentration n'a jamais été différente de l'hermétisme de l'imbécile ou du fou ?

IMG_1344.jpgLe petit texte intitulé Un Crime parfait est le second que Patricia Farrazi consacre à Carlo Michelstaedter, mais je ne puis rien dire du premier que je n'ai pas lu. Passons sur les inutiles et quelque peu confuses complications de la trame narrative consistant, si j'ai bien compris, en un dédoublement de l'auteur ou bien de sa mère (5), censées donner une cohérence à la grande scène où l'auteur imagine que le fantôme d'Aristote, triomphant, vient moquer le jeune prodige et prophète ayant «pressenti la crise de folie meurtrière qui frapperait le monde quatre ans après sa mort» (p. 10) et qui a osé le défier et mettre en doute la puissance de la rhétorique, confondue avec tout ce que la modernité compte de monstruosités, petites et grandes, qu'il s'agisse de la propagande, d'un monde qui, créé par le langage, «par le langage serait détruit» (p. 27) puisque «les puits de paroles, les flux de langage» auront été empoisonnés (p. 47), de la réification des êtres, de leur abattage industriel, de l'horreur nazie qui aura d'abord consisté à pervertir le langage pour le forcer à appeler, pudiquement, «solution finale» l'extermination de millions de Juifs (p. 57) par «l'immense machine de mort rhétoricienne, les rouages, les courroies de transmission, la langue inventée pour accomplir ce crime et pour le dissimuler, et le rendre finalement aussi commun que n'importe quel acheminement de marchandises» (p. 58), selon une voie déjà évoquée par Claudio Magris (6), ou encore de la prolifération du novlangue contemporain lui aussi chargé de menaces et de l'extension de la Toile.
Le texte de Patricia Farazzi, comme celui de Claudio Magris, insiste sur le leurre que représente la persuasion : «La persuasion n'est pas l'antidote, bien au contraire, elle est ce mirage qui fait s'enfoncer toujours plus loin au cœur de la rhétorique» (p. 30) mais aussi sur le danger de son utilisation dévoyée : «Car dans un futur proche et après bien des séismes de tous ordres, la persuasion se fera conviction et la conviction sera le filon le plus exploité de tous les temps, un filon inépuisable qui plus est. La perle de la rhétorique. Elle ne sera plus enseignée à quelques-uns parmi les meilleurs, bien au contraire, toutes les couches de la société y auront accès. Convaincre et dominer. Et les premiers qui en auront usé, ce ne sont pas les princes, comme tu le sais, cher Carlo, mais les gens de foi, les prêtres, les mystiques, les mystificateurs, et ce n'est pas près de finir. La lutte pour la parole unique, la foi unique, l'idéologie unique ne fait que commencer» (p. 43).

IMG_1438.jpgDran, sous-titré, assez bellement, Méridiens de la décision dans la pensée contemporaine, est un livre qui évoque des auteurs tels que Nietzsche, Heidegger et Jünger, Wittgenstein, Leopardi, Simone Weil mais aussi, pour ce qui nous intéresse en premier lieu, Carlo Michelstaedter, abordé directement dans la deuxième partie du livre par Massimo Cacciari. Le premier des textes qui lui est consacré, Interprétation de Michelstaedter s'ouvre sur une phrase qui d'emblée montre l'importance que le philosophe accorde au jeune auteur qui s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête le 17 octobre 1910 : «Dans la culture d'Europe Centrale du début de ce siècle, l’œuvre de Carlo Michelstaedter représente un des pôles ou plutôt une des lignes-frontière qui la circonscrivent entièrement. En effet, il ne s'agit pas d'une simple expérience dans le cadre de cette culture, mais précisément de son acmé (p. 63, l'auteur souligne), même si Cacciari prend grand soin de rapprocher l'auteur d'autres grands noms comme celui de Kafka (cf. p. 65) et, plus largement, s'il détaille «une affinité profonde», presque une «harmonie cachée» qui relie, "au-delà des différences récurrentes de contenu et de méthode de recherche», «toutes ces voix de la génération des années quatre-vingt qui, au cours de la décennie précédant la Grande Guerre, s'expriment en des œuvres où se mêlent l'enthousiasme de la jeunesse, la géniale solitude dont elle est seule capable quelquefois, au douloureux désenchantement, à l'adieu, au renoncement propre à une maturité plus sobre et plus lucide» (pp. 63-4, l'auteur souligne). Ce sont alors les noms de Schopenhauer, du jeune Lukács de L'Âme et les formes et de Wittgenstein qui sont cités : «Un profond pathos de la vérité, le sens d'une responsabilité absolue de la pensée et de l'écriture, unissent Lukács, Michelstaedter et Wittgenstein», mais aussi des auteurs de la finis Austriae comme Weininger, Kraus, Mauthner, Ebner ou encore Haecker (cf. p. 67). Cacciari, sur les brisées des travaux de La Rocca (Nichilismo e rettorica. Il pensiero di Carlo Michelstaedter, 1983) et de Pieri (Saggio su Carlo Michelstaedter, 1989) rapproche Michelstaedter de Wittgenstein, écrivant ainsi : «Que le langage reste inexorablement en-deçà d'une telle solitude, et donc d'une telle vie – et qu'en même temps, la philosophie ne soit essentiellement que classification-logicisation des termes du langage, et donc essentiellement inadéquate à «toucher» la vie – tel est le trait qui rapproche véritablement Michelstaedter de Wittgenstein» (p. 75, l'auteur souligne). Bien sûr, en bon philosophe, Cacciari pointe les différences des deux approches : «Toutefois Wittgenstein ne risque pas un mot au-delà de cette limite : le seul moyen de désigner ce qui la dépasse – la vie – c'est le silence. La position de Michelstaedter défie, au contraire, le paradoxe : il cherche le chemin des mots dans lesquels résonne aussi le timbre de la persuasion» (p. 76, l'auteur souligne), poursuivant son propos en écrivant que La Persuasion et la rhétorique aussi est rhétorique ! Puisque, comme nous l'avons vu, la rhétorique n'est pas une forme du langage, mais le langage dans son essence. Toute tentative de «parler" de la persuasion se révèle intrinsèquement antinomique. Et pourtant cela doit être fait : drân, faire, – verbe tragique, par excellence, qui indique non pas le faire dans sa discursivité quotidienne, mais l'instant, l'acmé suprême de la décision, le comble de l'action, où le caractère du héros émerge pleinement, irréversiblement. Cela doit être fait, malgré tout : soulever le langage de l'intérieur en le forçant, bia, à sortir de soi, comme s'il pouvait se dépasser. Ou, pour paraphraser Wittgenstein : cela doit être fait : se taper la tête contre ses limites, contre sa cage, jusqu'à ce que ça saigne» (pp. 76-7, l'auteur souligne).
Finalement, par d'autres voies, Massimo Cacciari retrouve l'intuition de Claudio Magris : la persuasion est une impossibilité, qui fonde pourtant toute possibilité de vie authentique : «Une vie persuadée ne peut être donnée dans les limites du langage, et pourtant justement l'affrontement absolument désespéré contre de telles limites, est un signe anti-nomique : il est un signe irréductible par rapport à ce système des signes qui informent du monde «commun». Il ne dit pas, comme ces derniers – mais n'est pas pour autant simple silence, non-dire négatif» (p. 80, l'auteur souligne).
Massimo Cacciari conclut son propos en évoquant la position éminemment tragique de Michelstaedter, qu'il oppose à «l'honnêteté ascétique» de Wittgenstein (p. 77) : «La «passion» pour cet impossible domine, d'un bout à l'autre, les pages de Michelstaedter. Sa solitude, son désert n'expriment que cet impossible. C'est celui-là même qui «se montre» à la fin du Tractatus. Celui qui ne sent pas dans le silence de Wittgenstein ce tenter-de-dire désespéré de Michelstaedter [...] mériterait véritablement un monument équestre dans cette «philosophie des universités" sur la porte de laquelle est gravé l'adage : «ici il est interdit de penser»» (p. 86).
Dans le texte suivant, intitulé La lutte «sur» Platon. Michelstaedter et Nietzsche, Massimo Cacciari évoque la figure du Christ, «celui qui a parfaitement montré que la Persuasion est un don divin» et qu'il est santé et vie» (p. 107), Carlo Michelstaedter étant aux yeux du penseur un athée-qui-croit, ou, mieux, «qui est contraint de chercher à croire, continuant ainsi à développer l'aporie selon laquelle aucune voie ne conduit à la Persuasion, ni aucune œuvre» (p. 109), Carlo Michelstaedter étant selon Cacciari parfaitement conscient du fait qu'il est contraint de «devoir vouloir la Vie vraie, ne la pouvoir que vouloir, et ne pouvoir l'avoir la voulant» (p. 110).
Massimo Cacciari cite dans ses notes d'autres commentateurs, nous l'avons vu, des textes de Carlo Michelstaedter, et une banale recherche sur Internet démontre amplement que les études sont légion sur celui-ci, du moins dans d'autres langues que la française. Ces quelques aperçus consacrés à la grandeur de la pensée de Carlo Michelstaedter, diffractée par trois de ses commentateurs les plus directement consultables, qu'ils soient écrivains ou philosophe de métier, ne prétendent remplir qu'un seul rôle, celui de nous montrer que, contrairement à d'autres penseurs, aussi bien Italiens que s'exprimant en langue anglaise, les intellectuels français, ces incultes, ces paresseux, une fois de plus, sont non seulement à la traîne d'un grand mouvement de questionnement d'une œuvre essentielle bien que concentrée en quelques années seulement d'écriture, mais se révèlent aussi et de très loin, les plus ignorants. Pour le coup, ils ont pleinement assimilé l'adage que cite Massimo Cacciari : «ici, en France, il est interdit de penser».

Notes
(1) Claudio Magris, Une autre mer (traduit de l'italien par Marie-Noëlle et Jean Pastureau, Gallimard, coll. L'Arpenteur, 1993), p. 137. Les pages indiquées entre parenthèses, sans autre précision, renvoient aux éditions utilisées.
(2) «La persuasion, dit Carlo, c'est la possession au présent de sa propre vie et de sa propre personne, la capacité de vivre pleinement l'instant, sans le sacrifier à quelque chose qui est à venir ou dont on espère la venue prochaine, détruisant ainsi sa vie dans l'attente qu'elle passe le plus vite possible. Mais la civilisation est l'histoire des hommes incapables de vivre dans la persuasion, qui édifient l'énorme muraille de la rhétorique, l'organisation sociale du savoir et de l'agir, pour se cacher à eux-mêmes la vue et la conscience de leur propre vacuité. Enrico effleure du doigt la crête sinueuse de la frise, feuillette le livre, l'annote en marge et en bas de page, inscrit même parfois une brève remarque en italien ou en allemand entre deux lignes imprimées. Il vaudrait mieux ne rien écrire du tout, mais si vraiment on ne peut pas s'en empêcher, ces gribouillages sont le genre littéraire le moins indécent, le moins rhétorique» (pp. 78-9).
(3) Carlo Michelstaedter, Épistolaire (éditions de l’Éclat, 1990), à Iolanda De Blasi, av. 1-2 mai 1907, p. 60.
Patricia Farazzi, Un Crime parfait (Éditions de l’Éclat, coll. Éclats, 2015).
(4) Dans une lettre à Enrico Mreule, 29 juin 1910 (cf. Épistolaire, op. cit., p. 188), où nous pouvons lire : «depuis lors, combien tu as agi ! comme tes paroles se sont faites action ! je me nourris en revanche encore de mots et j’en ai honte». Je cite un autre extrait de cette lettre magnifique : «Mais écrire sans conviction des mots vides pour pouvoir exhiber du papier couvert d’écriture, cela m’est encore impossible. Et dans ce triste cercle je me suis débattu ces derniers mois, l’âme malade et la paresse au corps, réussissant parfois à me récupérer et à rassembler en moi avec sa vivacité et sa concrétude, tout ce qui sans elles ne me procure qu’un obscure tourment; d’autres fois et le plus souvent, vaincu par l’inertie, dispersant mes forces à la faveur de ce qui, ici et là, semblait me tirer de l’ennui, et d’autant plus vivement me livrait à la dure nécessité», p. 187.
(5) Combien plus justes sonnent ces quelques mots, où Patricia Farazzi évoque l'effet que la lecture de Carlo Michelstaedter a provoqué sur elle : «Oui, j'ai été terrassée à sa lecture, jetée à terre puis conduite à travers les enfers et enfin ramenée à la lumière, mais ce n'était plus la même» (p. 8), ceux-ci encore : «La persuasion et la rhétorique était bien plus qu'une simple thèse de philosophie, elle échappait de tous ses mots et de toutes ses phrases lapidaires au carcan universitaire de son époque; quelque chose de tranchant, qui découpait et brouillait les strates du temps, nous propulsait dans une antiquité entièrement construite avec des mots» (p. 13). Combien plus juste, aussi, que toutes ces complications, sonne la toute dernière description du texte, consacrée à la tombe abandonnée de Carlo Michelstaedter, «au cimetière juif de Valdirosa, qui se trouve désormais côté slovène, et où je suis ce matin, dans le soleil d'un jour d'été, alors que les larmes coulent sur mes joues» (p. 60).
(6) «Voilà, ce Reich millénaire est la preuve que la rhétorique est mort et destruction» (p. 117).
(7) Massimo Cacciari, Dran. Méridiens de la décision dans la pensée contemporaine (traduction de Michel Valensi, Éditions de l’Éclat, coll. Philosophie imaginaire, 1992. Ce livre, véritable tour de force nous le supposons pour son traducteur (et également éditeur, donc) était inédit en Italie au moment de sa parution en France et je n'ai pas pris la peine de vérifier s'il l'était toujours.
(8) Nous avons dans la Zone évoqué Mauthner, Kraus et Haecker.

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