Drieu la Rochelle ou le bal des maudits de Jacques Lecarme (26/07/2020)

Photographie (détail) de Juan Asensio.
Quelques suggestions de lectures pour Jacques Lecarme.

3197914642.jpgGilles et L'Homme à cheval de Drieu la Rochelle.







2181313488.jpgLes Décombres de Lucien Rebatet.







3197914642.jpgLe Salut par les Juifs de Léon Bloy.








3197914642.jpgLes Carnets du sous-sol de Dostoïevski.








Lecarme.JPGIl ne suffit donc pas de pointer comme un maniaque Karl Kraus, toutes les fois que je le peux et qui ne seront, hélas, jamais rien d'autre qu'une goutte d'eau douce d'attention perdue dans une planète-océan de laisser-aller, de relâchement et de fautes, les innombrables erreurs de grammaire, d'orthographe et de ponctuation, non seulement dans les articles journalistiques mais, de plus en plus, dans les livres de maisons d'éditions réputées sérieuses, il me faut donc, encore, évoquer la grande misère de la production universitaire, que nous aurions pu espérer, en étant, certes, quelque peu naïfs, épargnée relativement par le mésusage de la langue française.
Sans passer trop de temps à souligner quelques justes remarques de Jacques Lecarme (notamment sur le thème de Judas ou sur la décadence, sans compter de très nombreux rapprochements avec d'autres écrivains) dans ce recueil d'essais formant Drieu la Rochelle ou le bal des maudits, paru en 2001 aux éditions, paraît-il sérieuses, des PUF, ou même moquer la pitoyable façon de l'auteur consistant, toutes les fois qu'il le peut, à vilipender l'antisémitisme et le fascisme de Drieu (2), sans même pointer de lamentables jugements se voulant littéraires et n'étant bien au contraire qu'expéditifs et faux, sur la valeur intrinsèque des Décombres de Lucien Rebatet (1) ou encore sur celle de Dostoïevski (3), je me bornerai à relever toutes les fautes que j'ai pu repérer, à seule fin d'édifier, mais sans doute est-ce un vœu pieux, les éditeurs et, pourquoi pas, l'auteur. Puis, ma foi, ce sera peut-être méchamment signifier que l'intérêt d'un ouvrage ne mérite guère d'être discuté pour lui-même s'il est infesté par une colonie de puces, de tiques et même de morpions.
Cette maigre litanie n'est, on s'en doute, absolument pas exhaustive.

Page 30 : le titre La lutte avec l'Ange de Malraux n'est pas en italiques.
Page 35 : «ses confrères des l'intelligentsia».
Page 46, note 1 : espace manquante devant le titre La Règle du jeu.
Page 63 : se et non «le désespère».
Page 65 : n'y verra qu'un brouillon et non «d'un brouillon».
Page 104, note 1 : «citons La Taupe [de] John Le Carré.
Page 178 : «ces amours croisé[e]s».
Page 183 : le verbe éviter est répété deux fois dans la même phrase.
Page 187 : «ne vit rien à redire aux incipit de [c]es deux romans-phares».
Page 190 : cela ne paraissait pas au lieu de «cela ne paraissaient pas».
Page 204 : un et non «une imaginaire optimiste et pacifiste».
Page 206 : «dans la mesure où il ne cesse de [se] contester lui-même».
Page 228 : Feu folle[t].
Page 231 : «le vieux Cl[e]menceau».
Page 234 : junta de pronunciamento et non junte.
Page 246 : bien sûr, sans trait d'union.
Page 268 : «[un] pot-pourri» et «devine [dans] la salle du dancing.
Page 269 : «le style [d]e Drieu.
Page 273 : la dernière phrase de la page est tellement mal fichue qu'elle en devient incompréhensible.
Page 282, note 1 : virgule à supprimer entre «soumis» et «Camus».
Page 291 : pas de trait d'union pour «grand intérêt».
Page 296 : espace manquante dans la note 1, devant le titre d'ouvrage.
Page 298 : «[de] Gaulle».
Page 302 : un et non «une groupe».
Page 311 : «un[e] transfiguration».
Page 317 : point virgule entre «le rôle de Judas» et la suite de la phrase.
Page 323 : une mystérieuse note 7 ne renvoie à rien.
Page 325 : point manquant à la fin de la note 1.
Page 327 : la note 1 n'a pas à être en italiques dans le corps du texte.
Page 344 : un et non «une genre».
Page 345 : lui seul, sans trait d'union.
Page 346 : la dernière phrase du premier paragraphe eut logiquement dû se terminer par un point d'interrogation.
Page 348 : la parenthèse n'est pas refermée dans le premier paragraphe.
Page 354 : l'avant-dernière phrase de la page eut dû se terminer par un point d'interrogation.
Pages 390-1 : «bien» deux fois répété dans la même phrase.
Page 411 : pas de virgule entre «Darlan» et la suite de la phrase.
Page 424 : établie, puisque l'auteur évoque l'édition de la Pléiade.
Page 432, note 1 : quel est donc ce mystérieux titre, introuvable dans l'index des noms, L'Apocalyptique (Geuthner, 1977), et qui n'existe tout simplement pas, tel quel ?
Page 440 : «Plus dur[e] sera la chute et «feu de joi[e]».
Page 441 : Chiens de paille et non chien de pailles et «n'est [pas] Drieu.
Page 442 : trait d'union manquant à «ce moment-là».

Notes
(1) Parlant de Rebatet, Jacques Lecarme affirme qu'il n'a «aucun talent littéraire, rien que le bagou ordinaire d'un «gros bras» de Je suis partout, et la rhétorique monotone de la délation dans Les Décombres. Mais l'auteur trouva sa rédemption avec Les Deux Étendards» (pp. 191-2). Je veux bien admettre, si l'on y tient, que la personne de l'écrivain n'incarne pas exactement la plus haute figure de l'homme moral, mais enfin, pour porter une telle appréciation sur Les Décombres, il faut être un strict imbécile ou alors parler de ce que l'on n'a pas lu, ce qui revient à n'être qu'un strict imbécile. Une page plus loin et toujours en note, Jacques Lecarme montre qu'il n'a absolument rien compris au Salut par les Juifs de Léon Bloy. Qu'il n'y comprenne rien, mai foi, cela ne me gêne pas, mais qu'il profère d'expéditives âneries, sur un petit ton professoral insupportable et à coup de narrateurs hétérodiégétiques et autres horreurs sorties de la besace de Gérard Genette, voilà qui ne peut qu'être exaspérant.
(2) Nous apprenons ainsi que le magnifique roman qu'est L'Homme à cheval est «indubitablement fasciste» (p. 291). Deux pages plus loin, notons cette connerie stratosphérique : «La haine de soi [...], la haine du petit bourgeois fascisant que l'on porte en soi, et la haine de la littérature qui n'est jamais qu'un ersatz de l'action violente ont produit chez Drieu les œuvres les plus aimables et les plus séduisantes, même si tout lecteur a de bonnes raisons de ne pas les admirer". Ce propos est d'autant plus absurde que Jacques Lecarme, fidèle aux habitudes des ânes qui jamais n'hésitent, par endurante obstination, à reprendre le même itinéraire, fût-il le plus raide ou dangereux, écrira qu'il constate «avec un grand déplaisir [que] l'antifascisme n'a pas eu un grand rendement esthétique» (p. 295). Ailleurs et à propos de la fin de Gilles, gâtée selon ses dires, l'auteur parle d'une «regrettable vision franquiste du christianisme» (p. 393).
(3) «Je, soussigné, doit faire, comme le nommé Stavroguine, une confession : je n'ai jamais, de ma vie, pu rentrer dans un roman de Dostoïevski, moins encore le lire jusqu'au bout» (p. 303) : où l'on voit que la bêtise ne se départit que fort rarement d'un sentiment de satisfaction comme si, se sachant trop plate, elle rêvait de se donner une mystérieuse profondeur, creusée de vanité.

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