Défense et illustration de Marien Defalvard (06/02/2021)

Crédits photographiques : Cliff Hawkins (Getty Images).
Marien Defalvard.jpgMarien Defalvard dans la Zone.








Defalvard 2.JPGSur L'Architecture, ces deux notes, de Gregory Mion et la mienne.










EnthovenMion.jpgLe premier roman de Raphaël Enthoven, lui aussi, a été évoqué par Gregory Mion et moi-même.










Enfin, les emplâtres commerciaux de l'ignoble écrinaine Cécile Coulon sont évoqués dans cette série de notes.

IMG_8672.JPGJ'ai été frappé, ces derniers jours, en lisant les critiques journalistiques consacrées à L'Architecture de Marien Defalvard, comme je m'en suis fait l'écho dans la note indiquée plus haut, de retrouver, presque systématiquement, l'accusation d'illisibilité. J'ai été en revanche plus que surpris, outré, de constater que des personnes sachant, a priori, lire, employaient, en guise d'insulte plus ou moins déguisée et de fin de non-recevoir, ce même terme : illisible.
Je pourrais être cassant et renvoyer tous ces piètres lecteurs, journalistes ou esprits marris, à des textes réputés, eux aussi, illisibles (j'en ai cité quelques-uns dans ma critique), en répétant que seuls les mauvais textes sont finalement illisibles (je mets bien plus de temps à lire une rinçure de Cécile Coulon que Narthex de notre écrivain), alors que les grands, eux, méritent un effort plus ou moins conséquent, mais qui sera payé tôt ou tard.
Reste le cas des textes réputés hermétiques mais, là encore, et hormis peut-être ceux d'un fou ou d'un auteur jouant à l'être en inventant sa propre langue (je songe à l'exemple de Pierre Guyotat), je ne connais aucun texte qui résiste, des années ou des lustres, à une méditation attentive, patiente, humble surtout, s'il est vrai, comme le rappelle Rémi Soulié dans un petit livre stimulant, que l'hermétisme et l'herméneutique sont liés par bien davantage que des rapports étymologiques.



Les futurs historiens de la décadence en feront un axiome : un pays sans littérature et sans philosophie est un pays qui a dégénéré. Je ne sache pas qu’il y ait dans le monde un autre pays qui puisse en ce moment rivaliser avec la France dans la célébration populaire, pathologique et systématique des mouches à merde littéraires et des chieurs d’encre laborieusement spéculatifs. À côté de cette liesse démocratique, ou, plutôt, complice de cette foule arriérée qui mange tout ce qu’on lui met de pourri dans le gosier, je ne sache pas qu’il existe un journalisme autre que français qui soit autant spécialisé dans la nomination, la glorification et la sanctification de toute la merde humaine imaginable telle qu’elle se reproduit sataniquement dans le domaine livresque de notre culture nationale. Cette impensable folie excrémentielle semble donc reposer dans l’entendement d’une contre-divinité fécalomaniaque dont le trou du cul, sans relâche, nous gratifie de ses inlassables productions, faisant passer ainsi la merde d’un état possible à un état réel pour le plus grand plaisir des salopes journalistiques chargées de l’emballer d’une réclame démentiellement racoleuse. Une telle industrialisation de la merde aboutit maintenant depuis environ trois décennies à une intériorisation massive du mauvais goût : la France, désormais, ne peut plus apprécier que de la merde, elle ne peut plus aimer que cela, et ce constat s’étend à l’ensemble des forces qui régissent la nation puisque la merde littéraire et philosophique, objectivement voire axiomatiquement, fonctionne en synergie avec la merde politique – on a ainsi vu la prolifération ou la détonation médiatique de plusieurs démons coprolithiques depuis que la Macronie est au pouvoir. Je pense par exemple à Eugénie Bastié, dont plusieurs connaissances avisées me rapportaient la situation de stagnation jusqu’à ce qu’une faute professionnelle, littéralement, la propulse sur une autoroute de médiatisation tout à fait inverse à la qualité de son intellect. Je pense à Raphaël Enthoven, qui hier encore n’était pas grand-chose d’autre qu’un bateleur pour quelques naïfs d’hypokhâgne, et qui, maintenant, se prend même pour un écrivain depuis que plusieurs analphabètes attitrés aux nouvelles lui servent la soupe et le préparent à succéder à BHL une fois que ce dernier sera mort et enterré. Je pense aussi, bien sûr, à l’inévitable vulgarité de Cécile Coulon, dont l’affairisme populiste ne cesse de propager son influence et sera bientôt au sommet de ce Putanat pyramidal, car lorsqu’on a braqué un Prix Apollinaire en ayant un niveau inférieur à tous les petits concours de poésie organisés dans les collèges ou les lycées, on peut bien braquer la France entière en continuant de s’entourer de ce qu’il y a de plus exceptionnellement corrompu et mauvais dans ce pays malhonnête.
Bastié, Enthoven, Coulon et tant d’autres ont pour dénominateur commun d’avoir bénéficié d’une explosion de popularité durant le premier – et sûrement pas dernier – mandat de la mystification macroniste. Ce sont aussi des calculateurs sordides qui s’enrichissent tant et plus à une période d’appauvrissement généralisé qui ne fait malheureusement que commencer. Pour eux la France n’est pas dépressive ou confinée – pour eux tout est opportunité d’exploitation, d’instrumentalisation, d’ajustement de leurs stratégies médiatiques afin de rentabiliser au maximum les vilaines choses qu’ils produisent à la chaîne. On les croirait toutes et tous ennemis politiques ou rivaux dans la pensée, se surveillant et se méfiant les uns des autres, mais une commune atrocité morale les unit. Ils sont à bien des égards pires qu’un Gabriel Matzneff car sous la nullité littéraire et la perversion de ce vieux hongre se dissimule encore un fragment d’humanité, une faille, une improbable lumière qui tremble et qui espère une ultime rédemption. Or chez Bastié, Enthoven, Coulon et leurs receleurs en forfaiture, il n’y a qu’une infaillible médiocrité, une froide et maladive socialisation qui prouve chaque jour la monstruosité artificielle qui les anime et leur absence totale de vie intérieure. Ils sont au-delà de l’imposture tant ils incarnent l’imposture, et, plus gravement, ils sont définis comme les gardiens consacrés de la morale contemporaine (mais il s’agit d’une morale à géométrie variable qui s’adapte selon les tendances). Ainsi Bastié s’exprime pour les réactionnaires dépourvus d’inspiration en visant une haute fonction de direction, Enthoven alterne entre la provocation et l’évangélisation en se prenant pour un souverain pontife, puis Coulon abuse du filon féministe tout en bouffant à tous les râteliers qui ont bonne réputation, usinant de la sorte la très prochaine obtention de son prix Goncourt en relation immédiate avec son invariable objectif – l’enrichissement personnel à court terme sur le dos d’un pays déclassé.
La possibilité grandissante de ces monstres médiocres est concomitante à l’impossibilité croissante du génie. L’impuissance de la France, par extension, ne peut tolérer l’apparition de la puissance nue. Lorsque Bastié n’était encore qu’une étudiante qui tout au plus eût pu viser le professorat des écoles, lorsque la fatuité d’Enthoven n’était encore qu’un épiphénomène à France Culture et lorsque l’insignifiante Coulon n’avait pas encore été comparée à Giono, Faulkner ou Apollinaire par tout un réseau de putains et d’eunuques, Marien Defalvard, en 2011, recevait un Prix de Flore pour Du temps qu’on existait et s’annonçait alors comme une relève inespérée de la littérature française. Quoique la presse, à cette époque, était déjà la Putain sidéenne que l’on connaît, elle avait tout de même été en partie subjuguée voire guérie par le torrent spirituel de ce jeune homme qui n’avait pas tout à fait vingt ans sur ses épaules. Mais cet état de grâce ou de semi-grâce ne devait pas durer. Tout ce qui est maladivement démocratique ne peut supporter longtemps tout ce qui est naturellement aristocratique, et Marien Defalvard, peu à peu, a subi un évanouissement journalistique prévisible, comme les bâtiments d’une ville disparaissent progressivement à la fenêtre d’un train pour laisser place à la certitude rurale. Tel encore Samuel Paty dont les portraits affichés dans certaines écoles ont été subrepticement décrochés ou finiront inexorablement par l’être, Marien Defalvard, aussi, a fini par gêner ou par encombrer la récente mémoire française.
De sorte que le destin en apparence déclinant de Marien Defalvard, né en 1992, m’a longtemps paru symboliser une anomalie à corriger d’urgence pour peu qu’on l’ait mesuré au destin en apparence ascensionnel de Coulon (née en 1990). En tenant compte de ces deux trajectoires que tout oppose, nous considérons la révélation de toute l’horreur de la France actuelle. Pourtant il est impératif de se dire que ce qui est monté vite redescendra tout aussi vite, de même qu’il faut rappeler que ce qui a réussi dans le temps court échouera dans le temps long. Coulon n’est qu’une créature publicitaire aliénée à un dispositif qui n’a rien d’authentique et qui se sert d’elle à l’instar d’un avatar économique. Elle n’est que l’offre triviale adaptée à une demande philistine, l’imposture maximale qui absorbe toutes les modes, le perroquet anémié qui répète depuis bientôt dix ans les mêmes éléments de langage, les mêmes références, prouvant par là qu’elle ne travaille pas et qu’elle est prisonnière d’une matrice de relations de plus en plus grande et qu’il faut attentivement flatter (ce qui empêche le travail de fond et pulvérise l’imagination). Revendiquant la liberté à tout bout de champ, Coulon, paradoxalement, perd cette liberté qu’elle a tant besoin de proclamer. Et comme l’aurait si bien vu Blaise Pascal, si les idiots accordent à Coulon du crédit, si les coulonneux adorent se faire pigeonner, elle, en revanche, n’ignore absolument pas sa position d’imposture et doit chaque jour s’employer à continuer à être ce qu’elle n’est pas : un écrivain et même paraît-il une poétesse. En ce sens elle n’ignore pas que l’ère du soupçon qui s’est emparée de l’Occident pourrait venir perturber celle que l’on dit au-dessus de tout soupçon (et il n’est pas besoin d’avoir expérimenté l’espèce humaine pendant un siècle pour savoir que tout ce qui est au-dessus de tout soupçon est par essence douteux). Le jour où un diligent journaliste ou – qui sait ? – un ami factice de Coulon s’intéressera d’assez près aux très troublants rouages de son Prix Apollinaire, ce jour-là nous pourrons éventuellement rire. Et Coulon découvrira par ce biais ou par un autre que les prétendus amis ne nous veulent parfois pas autant de bien que nos prétendus ennemis.
Cela étant dit Marien Defalvard et son recueil de poésie Narthex n’ont pas obtenu de Prix Apollinaire. Est-ce vraiment préjudiciable quand on a identifié toutes les combines et toutes les nullités qui règnent autour et au sein de ce prix ? En ne réagissant pas, en ne levant même pas un petit doigt de colère, les poètes éliminés par le succès potentiellement arrangé de Coulon en 2018 ont démontré leur niaiserie et ont du même coup justifié l’inanité certaine de ce prix (de même qu’ils ont corroboré leur désir d’être tôt ou tard couronnés par cette récompense en ayant accepté l’inacceptable : avoir laissé salir le nom d’Apollinaire). Par analogie, les journalistes, en ne réagissant pas ou en réagissant mal à la récente publication de L’Architecture, le deuxième roman de Marien Defalvard, ont achevé de démontrer l’inutilité de la presse française qui n’est plus qu’une maison de tolérance où sévit un hédonisme capitalistique odieux où Tonton suce sa Nièce, où Machin dorlote sa Pute et où Papa décharge sur sa Fille ou son Fils. Dans cette perspective, l’excès de malveillance des journalistes envers Marien Defalvard, en tant qu’il est radicalement inverse à l’excès de bienveillance qu’ils ont envers Coulon, doit nous renseigner sur quelque chose – tout cela est évidemment apocalyptique et achève de nous montrer l’évidence : les favoris et les favorites des journalistes ne sont qu’une vermine assortie à l’air vicié du temps. Tout cela est également caricature. La France est caricature. Et en ce sens, comme l’on affirme que Satan est la caricature de Dieu, l’on devrait affirmer que le bourgeois est la caricature du noble. Le problème provisoire de Marien Defalvard, c’est que la France est devenue la cuve à merde de la bourgeoisie et du mensonge démocratique. En sera-t-il toujours ainsi ? Probablement pas et je parierais même sur un brutal changement de paradigme dans un avenir point si lointain. Certes la bourgeoisie s’est acclimatée à la pandémie, elle a multiplié ses richesses et ses outrances, elle a mis de la détermination dans l’indétermination qui tue beaucoup trop de pauvres, mais elle n’est pas à l’abri d’un nouveau principe de réalité qui viendra anéantir une fois pour toutes son principe de plaisir.
Je vais en outre terminer sur un point qui me paraît fondamental : la lâcheté des lettrés autoproclamés, car, à n’en pas douter, c’est cette lâcheté qui maintient les Bastié, les Enthoven et les Coulon là où ils sont. Que le Putanat journalistique ou que des millions d’imbéciles à tête vide méprisent Marien Defalvard, ma foi, je ne vois là qu’un phénomène cohérent qui n’exige aucun débat de fond. En revanche, je m’étonne qu’en France, avec tout ce que ce pays compte d’esprits forts et de lecteurs soi-disant compétents, il n’y ait presque personne pour défendre Marien Defalvard du scandale de sa disparition du paysage littéraire français officiel, puisque, même quand la presse ou un peuple d’imbéciles ne s’émeut pas de passer à côté d’un génie ou de l’accabler ouvertement, on peut toujours prendre le maquis et renverser virilement l’ordre établi. C’est du reste exactement le contraire qui s’est opéré ces récentes semaines et qui s’opère toujours à l’heure où j’écris ce bref pamphlet : au lieu de frapper très violemment sur les Bastié, les Enthoven et les Coulon, des lecteurs qui pourraient le faire s’emploient plutôt à chercher des poux à Marien Defalvard, ayant même pour certains d’entre eux l’outrecuidance de lui prodiguer des conseils littéraires. Cela serait tolérable dans un pays où il y aurait des milliers de Marien Defalvard sur les étagères de nos librairies. Mais, en l’état actuel des choses, je ne vois là qu’un prolongement de l’infamie, un ressentiment démocratique décidément plus répandu que je ne le croyais, et, surtout, la très haute probabilité que ceux qui s’en prennent à Marien Defalvard sont les mêmes qui pourraient tourner casaque en louant soudainement les Bastié, les Enthoven et les Coulon si cela pouvait leur garantir un succès retentissant dans le temps court. Ils ont peut-être même déjà tourné casaque. Ceux-là, il faut le répéter, sont des traîtres, des lâches, des couilles molles, car de près ou de loin, je pars de ce principe très simple que ne pas défendre aujourd’hui Marien Defalvard, c’est défendre tout ce qui avilit la France et la transforme en Putain planétaire. Je pars de ce principe vraiment simple que même si l’on a des réserves sur Marien Defalvard, même si l’on a détesté son livre, même si l’on ne peut supporter ses amitiés ou ses soi-disant travers, il faut à tout prix le défendre pour ne pas que la lie humaine que j’ai mise en exergue continue d’être tranquille. Une communion de résistance doit s’ériger et mettre hors d’état de nuire les agents de la mort qui assassinent la France. Quand Eugénie Bastié, Raphaël Enthoven et Cécile Coulon peuvent être respectivement confondus avec ce qu’ils ne sont pas, eux et tant d’autres d’ailleurs, il est nécessaire de mettre de côté toute forme d’incohérence et de ne faire qu’un seul homme pour faire exploser le déshonneur, l’insulte et la profanation de la vérité qu’on inflige à la France. Au risque de la grandiloquence assumée, je veux écrire distinctement qu’aimer la France, c’est aimer sa langue et son esprit de finesse, et, en cela, c’est forcément aimer Marien Defalvard par-delà toutes les critiques bonnes ou mauvaises qu’on voudrait prononcer à son encontre. Il me semble par conséquent impossible d’ouvrir sa gueule sur Marien Defalvard tout en la fermant sur les plus ignobles impostures qui détruisent la France. Aucun homme sensé, aucune femme clairvoyante, aucun individu ne pourrait me dire en face que Marien Defalvard, avec ses textes, souille la France et sa culture, tout comme personne d’un tant soit peu sincère ne pourrait démentir que Cécile Coulon, jusque dans ses virgules, jusque dans ses silences, ne cesse de dégrader l’esprit et l’Histoire de France. Les circonstances sont pour moi tout à fait claires : toute personne aujourd’hui qui s’en prend à Marien Defalvard en déployant une énergie qu’elle pourrait employer à défaire une imposture que le journalisme a mis du temps à faire, toute personne de cet acabit, à mes yeux, ne mérite pas de continuer à vivre dans le pays de Bloy, de Bernanos et du fils Daudet.

Lien permanent | Tags : littérature, critique littéraire, marien defalvard, l'architecture, gregory mion | | |  Imprimer |