Pierre Assouline : la douceur de votre commerce l'enrichit (14/11/2009)

Crédits photographiques : Jim Edwards.
Ajout du samedi 14 novembre :
...je me demande pourquoi la multitude innombrable des rédacteurs de blogs ne se scandalise pas de la parution de ce livre qui, donc, n'en est pas un mais sa minable défroque publicitaire, écrivais-je dans cette note publiée le 12 septembre 2008, perdant visiblement patience, à propos du... truc pas même écrit par Pierre Assouline. Heureusement, avec quelques mois de retard tout de même, Cyril de Pins, sur Boojum, a réagi à cette lamentable affaire dans une note implacable.
Notons aussi le scandaleux manque de sérieux que constitue l'écriture, si pareil mot n'est point galvaudé dans ce cas, de Jan Karski de Yannick Haenel, quelque peu coutumier du fait de ne pas vérifier la provenance de ses sources. Yannick Haenel et sa petite voix si douce, comme si lui-même avait jamais connu les fantômes qu'il trahit de si odieuse façon...
Enfin, cette fois-ci de façon fort plaisante et afin de conclure ce rapide examen d'une triade dont le dernier côté est aussi le paradoxal ventre mou, je renvoie mes lecteurs à cette note (et surtout à la correspondance échangée avec le blogueur dont il est question) de Serge Rivron évoquant un certain Marcus Elbozo, autrement dit Marc Alpozzo (1).
Dans ces trois cas lamentables, un double fil peut nous servir de guide : médiocrité absolue et incapacité à fournir un travail original de la part d'un polygraphe, d'un ancien professeur de français reconverti dans l'éloge sollersien à tout crin et enfin d'un monsieur-pipi de Café du Commerce.

Note
(1) L'analphabète Marc Alpozzo est l'un des plus infâmes pisseurs de copies truffées de fautes pour classe de Terminale sévissant sur la Toile, sans l'ombre d'un talent, qu'il s'agisse de réflexion ou d'écriture, pseudo-vulgarisateur et échotier se rêvant philosophe, saule pleureur plutôt que penseur entonnant la complainte de l'honnête bousilleur pour obtenir de vous, de préférence dédicacé, un de vos livres qu'il salopera comme tout ce qui passe sous sa calamiteuse plume de petit barde virtuel à l'aigrelette ritournelle. Un mercenaire ? Ce serait lui faire trop d'honneur et l'Elbozo, comme le surnomme Rivron, n'a qu'un lance-pierre en caoutchouc pour blesser les brontosaures qui ne le remarquent pas plus qu'un buffle s'inquiète d'une piqûre de parasite. Un demi-solde peut-être ? Pas même : un vivandier, un de ces pauvres hères de basse extraction récupérant les restes (cadavres, ordures, absolument tout ce qui peut être réutilisé) laissés par l'armée et les recyclant en de peu ragoûtants torchons que les chiens évitent même, par prudence instinctive, de venir renifler.

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Nous l'attendions tous, bien évidemment, ce livre (je doute que pareille production mérite encore le nom de livre) parfaitement inutile que, pour l'heure, je n'ai fait que parcourir. Les Arènes ne m'ayant envoyé aucun exemplaire de cet ouvrage (1) qui sera oublié dans deux ou trois jours et probablement commenté dans un avenir proche, à grand renfort de procédés herméneutiques aussi systématiques que jargonneux et sots par quelque sociologue des médias, pardon, des pratiques comportementales langagières à l'ère de la virtualité rhizomique et pseudonymique, il a même fallu que, hésitant à l'acheter (je ne l'ai finalement pas fait, fort heureusement), je me pose la question probablement la plus dramatique et sotte de mon existence de blogueur impénitent : allais-je donc contribuer, moi, Juan Asensio, unique et humble passeur de la Zone, à l'enrichissement de l'éditeur de Pierre Assouline et, indirectement, à l'enrichissement de celui dont les textes ont très vite représenté à mes yeux la quintessence du bavardage monétisable ?
Il est vrai que, récemment condamné pour avoir diffamé la veuve du grand Borges (c'est bien connu, les veuves des grands hommes ne sont presque jamais à la hauteur de leur époux disparu mais en revanche constituent de remarquables procédurières... Notre cacographe, à l'affût du moindre ragot pourvu qu'il se répande dans les tuyaux des milieux éditoriaux, aurait dû tout de même se méfier), Pierre Assouline a besoin d'argent, même s'il peut faire appel de la décision rendue par les magistrats de la 17e Chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
Ma foi, infirmant l'adage parfaitement stupide (et repris, tel quel, par tous les ânes qui s'estiment dans leur bon droit) voulant qu'une décision de justice ne doit jamais être commentée, alors même que ladite décision est toujours rendue au nom du peuple français (dont je fais, je crois, partie), je salue cette condamnation qui pointe un seul, mais le pire, des nombreux travers que je stigmatise, sous la plume de notre maljournaliste préféré : le manque de sérieux dans la vérification et le recoupement des sources utilisées (ici, l'ouvrage de Juan Gasparini, La dépouille de Borges publiée par les éditions Timeli, cité sans les précautions d'usage), donc, en peu de mots, le manque de professionnalisme de Pierre Assouline, tout récemment illustré de façon magnifique par une note d'une malhonnêteté sidérante consacrée à quelques propos de George Steiner tirés de leur contexte.
Puisque nous commentons allègrement, sans bien sûr nous réjouir du triste sort fait à l'un des blogueurs les plus subventionnés et surestimés de la Toile, une décision de justice, comme aucune loi au monde, y compris celles, plutôt discrétionnaires, ayant cours dans la République bananière de Pierre Assouline, ne nous empêche de le faire, je me demande pourquoi la multitude innombrable des rédacteurs de blogs ne se scandalise pas de la parution de ce livre qui, donc, n'en est pas un mais sa minable défroque publicitaire.
En effet, il est à mes yeux une parfaite aberration, un monstre, une de ces chimères improbables dont la vie est un scandale plus qu'un miracle scientifique (2). Aberration : non seulement parce qu'un auteur mais ici le terme est galvaudé, disons : un écrivant, Pierre Assouline, sans les consulter préalablement sans doute, s'arroge le droit de publier nombre des commentaires les plus intéressants, nous dit-il, de ses lecteurs tout en les présentant de bien pauvre façon mais ensuite parce que ce livre est tout simplement un pied de nez à tous les petits apôtres, comme François Bon, du livre numérique, cette friture électronique goûtée par tout ce que la Toile compte de mauvais cuistots de l'écriture et de garçons de café se prenant pour Rimbaud, si pressés de publier leurs fadaises qu'ils seraient prêts, comme tel fantasque personnage de Roberto Bolaño, à écrire leur texte au moyen du fumigène lâché par un avion affrété par la société à but très lucratif Marc Levy & Co.
Il y aurait eu pour le moins quelque cohérence à l'entreprise d'une publication des meilleurs commentaires d'un blog si Pierre Assouline s'était contenté de proposer un livre électronique en libre accès, selon l'une des nombreuses formules de lecture de fichiers disponibles depuis des années sur la Toile. François Bon en eût été ravi et, par conséquent, cela nous eût ravis, puisqu'il n'est pas bon de ne point ménager le vieux cœur en titane polarisé de ce cyborg de l'écriture non pas légère mais sans poids. L'argent qu'il nous aurait fallu verser, peut-être, pour lire ces fadaises participatives ne m'aurait même pas gêné s'il avait, d'une façon ou d'une autre, été redistribué par notre généreux auteur aux intéressés, du moins à celles et ceux qui se seraient identifiés auprès d'Assouline puisque je suppose que doivent exister, derrière certains des habitués aux noms fantaisistes ou idiots du blog souplinien, des personnes bien réelles (3).
Alors que, en publiant son livre de la façon la plus classique (4), en bafouant donc le sacro-saint principe de la gratuité des contenus mis en circulation sur la Toile, Pierre Assouline, une fois de plus, témoigne de la façon la plus éclatante qu'il méprise ses propres lecteurs tout autant que les usages de l'Internet. En un mot, Assouline ne joue pas le jeu : journaliste indécrottable et rien d'autre, ses billets ne sont rien de plus que des textes calibrés pour une publication dans un journal, une relecture sérieuse (et une mise en page soignée), calamiteuse dans le cas de notre maljournaliste, en moins.
Ma foi, Pierre Assouline a bien raison de publier son herbier de pissenlits si nos imbéciles bavards, lamproies suçant à longueur de journée des textes insignifiants, sont incapables de donner un coup de pied au derrière de notre piètre journaliste, mauvais lecteur, lamentable relecteur, insignifiant critique, mais fort avisé vendeur.

Notes
(1) Tiré tout de même à plus de 15 000 exemplaires. J'ajoute qu'aucun des responsables de cette maison d'édition se voulant polémique auxquels j'ai fait part de certaines observations sur l'ouvrage de Pierre Assouline ne m'a répondu. Mépris redoublé donc.
(2) Selon toute probabilité cependant, l'ouvrage de Pierre Assouline appartient au régime de l’œuvre dite composite (ou œuvre dérivée) tel qu'il est défini par l’article L. 113-2 al. 2 du CPI. Il s'agit, en l'espèce, de «l’œuvre à laquelle est incorporée une œuvre préexistante sans la collaboration de l’auteur de cette dernière. L’œuvre dérivée est la propriété de l’auteur qui l’a réalisée, sous réserve des droits d’auteurs de l’œuvre préexistante. Lui seul peut autoriser l’incorporation de son œuvre dans une œuvre nouvelle et il conserve le droit discrétionnaire de s’opposer à l’exploitation de l’œuvre dérivée».
(3) L'un de ces commentateurs attitrés de Pierre Assouline, signant Mac (ou Montaigne à cheval, que je renommai immédiatement Baudet sur Hongre) m'écrivit même, après quelques houleux échanges tenus sur le blog de son Maître, sous son nom véritable, Jean-Philippe Goldschmidt.
(4) Didier Jacob, qui salue comme il se doit, c'est-à-dire en ne lui trouvant que des vertus, l'initiative de son collègue, a publié ses meilleurs textes, mais retravaillés, parus sur son blog.

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