Le monde du silence de Max Picard (17/02/2020)

Photographie (détail) de Juan Asensio.
1912684473.JPGMax Picard dans la Zone.








3679817577.JPGLe monde du silence par Gregory Mion.









Picard 2.jpgS'il faut évidemment saluer l'entreprise éditoriale courageuse de La Baconnière consistant à proposer, après tant d'années durant lesquelles l'ouvrage le plus connu de Max Picard, Le monde du silence, était devenu introuvable, je ne manquerai toutefois pas de pointer quelques défauts manifestes, tant dans la forme que dans le fond de cette belle et salutaire initiative.
La forme tout d'abord : quel est l'intérêt de faire précéder ce texte d'un avant-propos assez indigent de Carlo Ossola, si ce n'est de bénéficier du prestige universitaire supposer entourer ce professeur au Collège de France, dont nous avions évoqué un recueil d'articles ? Heureusement, la belle préface de Gabriel Marcel, qui figurait dans le livre de Maxi Picard tel qu'il a été donné une première fois aux lecteurs français par les éditions PUF en 1954, a été conservée, qui cite Charles Péguy et Léon Bloy (assez étrangement qualifié de «romancier prolifique» en apparat de la nouvelle édition !) et parle, à propos de la région du Tessin où Max Picard s'installa, d'une «terre admirable où la grandeur et l'intimité s'allient en une conjonction nuptiale», une belle image qui pourrait parfaitement convenir à l'ensemble de l’œuvre du philosophe.
Puisque je cite cette première édition du Monde du silence, qu'il me soit permis à présent de faire une remarque de fond, qui concerne la traduction, superbe, de Jean-Jacques Anstett, laquelle, nous apprend Jean-Luc Egger chargé de l'apparat critique de la nouvelle édition, a été revue même si, comme il l'affirme, «les quelques rares changements apportés à cette version ont surtout amendé de légères imprécisions et entendent garantir la cohérence terminologique de l'ensemble ainsi que la modernité du style» (1). Il ajoute que cette «révision et mise à jour du texte est due principalement au travail précis et très fouillé des deux réviseurs Julien Gabet et Alexandre Derot» (pp. 254-5), mais je ne puis alors que raisonnablement m'interroger sur la prétendue légèreté de ce toilettage si je compare les toutes premières lignes du livre de Max Picard, dans la traduction de Jean-Jacques Anstett, avant et après toilettage, donc.
Voici ce que nous donne l'ouvrage des PUF : «Le silence ne consiste pas seulement dans le fait que l'homme cesse de parler. Le silence est plus que simplement un renoncement à la parole, il est plus que simplement un état dans lequel l'homme peut se mettre quand cela lui convient. Certes, c'est quand cesse la parole que commence le silence. Mais il ne commence pas parce que cesse la parole. Il se manifeste alors seulement. Le silence est un phénomène pour soi. Il n'est donc pas identique à la suspension de la parole; il n'est nullement une réduction; il est quelque chose qui constitue un tout, quelque chose qui subsiste par soi; il fait naître à la vie comme la parole et il informe l'homme comme la parole, seulement ce n'est pas dans la même mesure» (2).
Voici maintenant, là encore débarrassé de ses retours à la ligne, le même texte auquel n'ont été apportés que quelques rares changements : «Le silence ne consiste pas seulement en ce que l'homme cesse de parler. Le silence est davantage qu'un simple renoncement à la parole, il est davantage qu'un simple état où l'homme se pourrait mettre quand il lui sied. Assurément, le silence commence là où s'arrête la parole. Mais il ne commence pas parce que la parole s'arrête. Il se manifeste alors seulement. Le silence est un phénomène autonome. Il n'est donc pas identique à la suppression de la parole; il n'est rien de réduit, il est quelque chose d'entier, quelque chose qui subsiste par soi-même, il peut engendrer comme la parole et donne forme à l'homme comme la parole, mais non pas dans une même mesure» (p. 21).
Je ne vais pas, comme l'un de ces condamnés aux travaux forcés universitaires qu'incarne suffisamment à mes yeux une méticuleuse comparaison mot à mot entre deux traductions d'un même texte, m'amuser à soupeser les mérites et les défauts de cette véritable relecture et modernisation du style d'une très belle traduction qui, si elle pouvait être amendée, n'avait aucun besoin d'être réécrite mais enfin, il me semble qu'il n'est point trop besoin de disposer d'une oreille absolue pour préférer la traduction de Jean-Jacques Anstett à la version revue qu'en donne l'un des deux rédacteurs, Alexandre Derot.
Picard - Monde du silence.jpegPour ma part, n'étant ni philosophe ni même professeur de philosophie, je me passerai donc de lire (ou plutôt relire) Le monde du silence dans sa réédition amendée et me contenterai dorénavant de citer le texte de Max Picard dans sa traduction point retouchée, même si je puis volontiers admettre que le texte de La Baconnière apporte sans conteste d'utiles précisions de vocabulaire aux germanistes et érudits. Je resterai donc ignorant des références explicites, ou pas, que contient le texte de Max Picard, consulterai à l'occasion sa réédition et relirai ma vieille édition princeps qui fort utilement fera l'affaire, et renverrai mes lecteurs point maniaques à cette excellente réédition, quoi qu'il en soit la seule disponible on l'aura compris, que reste tout de même le texte proposé par La Baconnière.
La préface de Carlo Ossola a beau être indigente, l'auteur n'en pointe pas moins l'enjeu du Monde du silence lorsqu'il écrit que : «On peut dire sans crainte de se tromper que toute la méditation de Max Picard est orientée vers la restauration d'une certaine intégrité de l'être qui est mise en péril, non seulement par le progrès des techniques mais par la volonté de puissance dont celles-ci ne sont que les instruments aveugles, des instruments qui d'ailleurs risquent de devenir les maîtres, aveugles certes eux aussi, de ceux-là mêmes qu'ils sont censés servir» (p. 14 de la réédition).
C'est toutefois encore rester dans des généralités qui, après tout, nolens volens, pourraient convenir à la pensée de bien d'autres philosophes, évoquant par exemple la question de la technique ou bien, pourquoi pas, celle d'une réduction du tissu socio-économique à sa trame techno-marchande (3), qui n'est d'ailleurs pas étrangère à la méditation de Max Picard lorsqu'il déclare que «tous les autres grands phénomènes ont été annexés par le monde de l'utile», qu'il s'agisse de «l'espace entre le ciel et la terre [qui] n'est plus que quelque puits lumineux qui sert à être traversé par les avions» ou encore de l'eau et du feu, des éléments qui «ont été intégrés dans le monde de l'utile» puisqu'on ne les remarque plus que «dans la mesure où ils sont parties de ce monde de l'utile [et qu'ils] n'ont plus d'existence pour soi» (p. 4), alors que le silence, bien solitaire désormais, semble pouvoir encore résister à cet accaparement planétaire, à cet embastillement généralisé dans le monde de l'échange : le secret «donne aux choses de l'inutilité sacrée, car c'est bien ce qu'est le silence : inutilité sacrée» (p. 5).
Nous ne devons pas écrire que le silence représente quelque chose comme une réalité sacrée mais que, plus profondément encore, il constitue comme une espèce de bloc de matière inaltérable existant depuis les premiers temps du monde, donc étant en fait sacrée dans son essence et même dans ses manifestations les plus anodines. Les passages où Max Picard nous rappelle que le silence est comme le dernier témoin privilégié des premiers âges du monde sont parmi les plus frappants d'un texte qui ne cesse d'entretisser les images, parfois un peu trop facilement : «Le silence émerge dans le bruit du monde d'aujourd'hui comme quelque chose qui remonte aux premiers temps. Il est couché là comme un animal primitif non point mort, mais vivant. On voit le large dos du silence, mais l'animal entier s'enfonce toujours plus dans les broussailles du bruit d'aujourd'hui. On dirait que cet animal s'enfonce peu à peu dans la profondeur de son propre silence. Cependant, tout le bruit d'aujourd'hui paraît n'être parfois que bourdonnement d'insectes sur le large dos de cet animal, du silence» (p. 7).
Ce passage, parmi tant d'autres que nous aurions pu choisir pour leur caractère résolument poétique (4) qui ne manquera pas de faire bondir les esprits sérieux, nous montre l'un des innombrables usages de la métaphore et de la comparaison par Max Picard, qui n'hésite pas à faire du silence une créature à part entière, autonome, se déplaçant de par le monde, fuyant le bruit, ultime vestige d'une époque totalement révolue où le silence était premier, inaltérable presque, mais pourtant gros de la parole qui ne tardera pas à en fuser, encore toute vagissante et comme enrobée des vestiges de sa naissance : «Jamais l'homme n'aurait été capable de créer lui-même la parole à partir du silence. La parole est quelque chose de si entièrement différent du silence que jamais l'homme n'aurait pu faire lui-même le saut du silence dans la parole» (p. 13). Ainsi plongés dans les temps les plus reculés, nous parviendrions presque à éprouver quelque gêne quand l'auteur en vient à évoquer la figure du Christ, dans une très belle méditation qui peut nous faire songer à Michel Henry mais aussi à cette lente montée de la parole christique, du Sauveur lui-même, dans le brouhaha de la langue irrédimée que nous voyons dans La Mort de Virgile d'Hermann Broch : «Il ne pouvait en aller autrement que, du silence, naquît la parole. Car, dans le fait que la Parole divine elle-même, Christ, descendit auprès des hommes, venant de Dieu», est «ébauchée, par delà tous les temps, la métamorphose du silence en la parole. La Parole, apparue il y a deux mille ans, était en route vers les hommes depuis le commencement des temps et elle fit donc, depuis le premier commencement, une déchirure allant du silence à la parole. Si immense fut cet événement d'il y a deux mille ans que tout le silence fut déchiré de tout temps par la Parole. Le silence en tremblait d'avance et se disloqua» (pp. 13-4). Quelques pages plus loin, Picard rappelle que «Christ seul a pu remplir entièrement la parole avec la vérité; aussi ses paroles ne sont-elles pas mélancoliques; rien d'autre que la vérité ne remplit l'espace de sa parole; la mélancolie n'y a plus de place» (p. 17), mais la figure du Christ, aussi profondes soient les remarques faites par le philosophe (5), ne donnent pas lieu à de plus amples développements, comme c'est le cas pour les incessantes métaphores, images et comparaisons qui, dirait-on, constituent presque une thématique à part entière, en tout cas l'illustration d'une écriture qui ne cesse, en développant toutes ses possibilités et, surtout, en fuyant la si morne chasse au concept, ce coléoptère par avance punaisé, de vouloir suggérer l'existence de ce continent aussi invisible qu'englouti qu'est le silence : «Le monde de la parole est dressé au-dessus du monde du silence. La parole n'a de sécurité pour se mouvoir amplement en phrases et en pensées que si s'étend au-dessous d'elle l'ampleur du silence; l'ampleur du silence lui enseigne à être elle-même ample. Le silence est pour la parole comme le filet tendu au-dessous du funambule» (p. 20).
Il s'agit donc de montrer que le silence est premier, à condition de comprendre que ce silence élémentaire, premier, primesautier, n'est autre chose que la Parole, la parole absolue, première et dernière : «C'est comme si, derrière le silence, se trouvait la parole absolue vers qui la parole humaine se dirige à travers le silence. C'est comme si la parole humaine était tenue par la parole absolue» (p. 25), et c'est comme s'il y avait quelque chose, dans le silence premier qui est parole, qui se situait au-delà de nos catégories morales. La nuit révèle ainsi une certaine dimension, noire si l'on veut, grosse de dangers, dans laquelle le silence prend aussi sa part : «Mais il arrive que, pendant la nuit, ce qu'il y a d'élémentaire dans le silence reprenne sa puissance entière. On a alors l'impression que se prépare une attaque contre la parole; la forêt, la forêt enténébrée, semble un lieu où le silence se rassemble pour l'attaque; les murs clairs des maisons semblent des pierres tombales de la parole; mais voici que, tout en haut d'une maison, apparaît une lumière dans une chambre et il semble alors que la parole soit proférée comme pour la première fois; le colosse entier du silence est maintenant couché là comme un animal docile qui attend son maître, la parole» (p. 33).
La méditation sur l'aspect démonique (ou démoniaque, préfère la nouvelle traduction) du silence nous rappelle que la pensée de Max Picard n'a que faire de considérations liées à une quelconque théorie de l'évolution, surtout lorsqu'elle est assez maladroitement appliquée au langage : nous sommes directement dans l'ontologie avec lui ou, comme le précise notre livre, dans l'ontique. Ainsi, le «langage est entièrement ontique, au point que tout élément génétique y est sans importance, y paraît comme englouti par la puissance de l'ontique. Même si le langage était le produit de l'évolution, celle-ci n'entrerait pas en considération, elle n'existerait pas, elle serait entièrement absorbée par l'ontique» (p. 35). C'est dire que le silence et l'Être ne font qu'un (cf. p. 54), c'est dire encore que le silence peut être considéré comme le centre du monde, le point de concentration infinie de l'univers, mais aussi «le centre de l'homme» (p. 41).
Nous avons perdu notre centre, c'est un fait, et ce n'est que de plus en plus rarement que nous parvenons désormais à retrouver la trace de ces «phénomènes premiers» que sont l'amour mais aussi le silence, définis comme appartenant à un monde révolu «où l'existence compte plus que l'agitation, le symbole plus que l'explication, le silence plus que la parole» (p. 70), temps révolu ou plutôt aboli mais qui peut du moins être rejoué à condition que le silence soit de nouveau accueilli, et qu'une place soit préservée pour les amants réinterprétant à neuf, répétant, au sens que donnait Kierkegaard à ce mot, le drame initial, qu'importe même qu'ils soient entourés d'un monde où tout hurle, et pas seulement le métal des machines, de la Machine (cf. p. 148 : «Les machines sont là, triomphantes, comme si elles méditaient une autre destruction maintenant que la destruction du silence est achevée»), mais nos propres consciences polluées par le bruit incessant, puisqu'il n'y a plus que les animaux pour traverser «le monde des paroles comme une caravane de silence» (p. 82), les animaux et les enfants, «ces petites collines de silence» qui sont disséminées partout, «rappelant aux hommes l'origine de la parole» (p. 90), les enfants qui sont encore comme une «conjuration contre le monde trop dynamique des paroles d'aujourd'hui et, parfois, il semble qu'ils soient là non seulement pour faire souvenir d'où est venue la parole, mais aussi pour rappeler le lieu où elle pourrait retourner, le silence» : et que pourrait-il en effet de mieux advenir «à la parole corrompue que d'être ramenée dans ces petites collines de silence et de s'y enfoncer», puisqu'il n'y aurait alors «sur la terre que des petites collines de silence et [que] la parole chercherait à s'y enfoncer bien avant afin que, de la profondeur, du silence, naquît la première parole, la parole originelle» (pp. 90-1), les animaux, les enfants et aussi les vieillards (sans oublier les malades et, bien sûr, les morts) qui, «comme ils conduisaient les vaches à l'abreuvoir plein d'eau», «conduisent maintenant le soir à l'abreuvoir du silence» et «attendent qu'il ait assez bu» puis ils se lèvent lentement «et ramènent le soir désaltéré à la maison, à la lumière et à sa chaleur» (p. 91), les animaux, les enfants et les vieillards, la poésie aussi, du moins la grande poésie, «mosaïque insertie dans le silence» (p. 112), bref, autant de signes de Dieu qui se dit dans le silence, de la parole qui elle aussi se dit dans le silence, de la parole dont naît le silence, cette naissance étant du reste pour Max Picard la preuve de l'origine divine de la parole (cf. p. 104), comme s'il nous fallait, en quêtant ces derniers signes de ce qui nous dépasse, ces derniers refuges du silence, nous faire «plongeurs qui vont chercher, sur le fond de la mer du silence, les trésors perdus du silence» (p. 107).
Filons la métaphore, pour remarquer, avec l'auteur, que la «parole authentique», à la différence de la rumeur si remarquablement analysée par un Armand Robin, «est plénitude sonore au-dessus de la surface silencieuse du silence» (p. 134), même si cette profondeur est aussi dangereuse qu'attirante : si «la parole est une protection pour l'homme» (p. 139), c'est que «beaucoup de choses démoniques [démoniaques, donc, préfère la nouvelle édition] attendent de pénétrer en l'homme et de le détruire, mais l'homme est gardé de leur atteinte», car «elles ne pénètrent pas dans la parole» puisque «la parole détourne le démonique de l'homme», alors que la rumeur, elle, «est trouée et [que] les forces démoniques peuvent passer au travers», puisque, encore, «la parole met des frontières», tandis que la rumeur, elle, «saute les frontières» (p. 140), car, même si elle n'est pas le mal proprement dit, elle «prépare le mal» (p. 154), la guerre par exemple, comme Karl Kraus n'a cessé de le répéter, la guerre que Max Picard considère comme «une partie de la rumeur universelle de la radio», la guerre qui «n'est même pas une rébellion contre le silence» mais «seulement le plus grand tourbillon sonore dans le trafic sonore universel» (p. 160).
Que nous reste-t-il à espérer sinon parvenir à un silence qui, confirmant l'adage, n'est pas, n'est plus, est de moins en moins de ce monde ? Max Picard, bien qu'il n'ait cessé de nous rappeler que le royaume du silence s'était réduit comme peau de chagrin, ne semble étrangement pas pessimiste, peut-être parce qu'il a estimé être parvenu à conjurer, un temps du moins, l'espace d'un temps d'écriture et de lecture, avec son propre livre, le bruit menaçant de tout dévorer, peut-être encore parce que, tirant les conséquences logiques de ses propos assimilant le silence et l'être, donc le silence et la Parole, cette dernière, si elle existe, ne pouvant qu'être sacrée, le silence ne pourra jamais être aboli tout à fait, et c'est dans ce dernier recès, dans cet ultime reste que résidera la liberté de l'homme.
«Quand, parfois, au-dessus de toute la rumeur de la radio, on regarde le silence du ciel et qu'on y aperçoit la lumière qui aspire tout, presque aussi les murs du ciel, alors, effrayé et joyeux tout à la fois, on s'attend à ce que, tout à l'heure, la radio et sa rumeur soient, elles aussi, aspirées dans cette lumière et y disparaissent» (p. 165).

Notes
(1) Max Picard, Le monde du silence (Die Welt des Schweigens, 1948, traduction de l'allemand de Jean-Jacques Anstett, avant-propos de Carlo Ossola, préface de Gabriel Marcel, notice et apparat critique de Jean-Luc Egger, La Baconnière, 2019), p. 254.
(2) Le monde du silence (Presses Universitaires de France, 1954), p. 1.
(3) La pensée de Picard, dans cet ouvrage, évoque la question de la technique par opposition au silence. Ainsi écrit-il par exemple que : «deux formations menaçantes se dressent donc en face l'une de l'autre : le chaos de la machinerie de la parole qui veut résoudre chaque chose en bruit et le chaos de la machinerie de la chose qui, détachée de la parole, attend de se créer à soi-même un langage dans le fracas d'une explosion» (p. 57).
(4) Ici le langage est comparé à «des blocs de lave jaillis de la surface du silence, gisant là dispersés et reliés par la surface du silence» (p. 12), là ce sont les animaux qui sont qualifiés comme étant des «images du silence» qui «traversent le monde des paroles comme une caravane de silence» (p. 82).
(5) «Christ descendit du silence dans la parole si immédiatement [...] que le monde entier compris entre le silence et la parole, le monde des figures mythiques, voila en éclats; il n'avait plus cours», ce passage complété par celui-ci : «Avant l’Épiphanie, dans les dernières décades qui précédèrent la naissance de Christ, un silence traversa le monde antique; les anciens dieux se turent; leur silence n'était point passif, il était un acte : ils apportaient au Dieu qui venait, à Christ, l'offrande du silence. Maintenant que les hommes cessaient de sacrifier aux anciens dieux, les anciens dieux offraient au nouveau Dieu leur silence en sacrifice; ils le lui offraient afin qu'Il le métamorphosât en la Parole» (p. 64).

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