Du Soufre au cœur d'Arnaud Le Guern (12/01/2011)

Crédits photographiques : Miguel Villagran (Getty Images).
plan018.jpgÀ propos d'Arnaud Le Guern, Du Soufre au cœur (Éditions Alphée / Jean-Paul Bertrand, coll. Les Inclassables, 2010).

Arnaud Le Guern est l'auteur de plusieurs insignifiances qu'il a tout de même pris le soin de ne pas placer dans le même panier éditorial, sans doute pour nous convaincre qu'il n'a pas moins de talents qu'un de ces artistes polyvalents qui inondent de leurs missives les généreux services d'État chargés de subventionner les génies de la subversion. La subversion, Le Guern en est passé maître, il suffit, pour s'en convaincre, de lire une seule de ses lignes, fût-elle écrite sur le mur de son profil Facebook, un art difficile où il ne parvient toutefois pas à égaler le maître de la platitude absolue et du statut débridé (on en compte jusqu'à 78 par jour, à croire que l'homme n'a rien à traduire ni à écrire...), Christophe Claro, Ulysse redivivus, selon les journalistes qui ne disent jamais de bêtises, de la ruse et de la subversion de la langue.
Faire le tour, en sifflotant un air niais, des œuvres de Le Guern prend à peine moins de temps que la lecture d'un livre quelconque (ils le sont tous, à vrai dire) d'Amélie Nothomb : une notule sur Richard Virenque encore plus creuse que son guignolesque sujet parue dans le collectif cancérigène Gueules d'amour, une croûte à l'huile de tournesol, à peu près nulle bien qu'heureusement brève, sur Jean-Édern Hallier, diverses bluettes sur ses amis les chanteurs et enfin un blog qui ne craint pas le plus comique ridicule, où l'auteur se présente en ces termes, mélange truculent de bégaiement mental et d'adolescence attardée, termes que l'on supposera à peine exagérés : Artistocrate (sic) échoué, clodo célinien en haillon (sic) Armani, intellectuel de gôche, fanatique de la foi, pistoléro de l’art quasimodesque, socialo suicidé, dandy destroy, détrousseur du tout social, idiot inutile, coco fascistoïde, terroriste de basse-fosse, pouilleux sans Dieux, ni maîtres [...], franc tireur (sic) jamais partisan, derviche blasphémateur, Zorro au cœur qui pleure, qui flambe, fada de la peau.
Reconnaissons à Arnaud Le Guern un unique talent, finalement assez rare et très apprécié des éditeurs qui jamais ne savent comment s'acquitter d'un honnête résumé : en quelques mots, certes ridicules, il est toutefois parvenu à extraire la substance la plus secrète de son premier et, espérons-le, dernier roman. Ainsi, par les mots mêmes que Le Guern a écrits, nous pouvons supposer, et nous n'avons pas tort, que Du Soufre au cœur est une ode navrante à la bibine et à la baise non point désespérée mais grotesque, une errance lorgnant vers l'À vau-l'eau de Huysmans et ne parvenant qu'à s'encalminer dans la maigre flache de situations minables, une venelle peu ventée sur les murs de laquelle ont été tagués quelques dialogues risibles, peinturlurés des personnages aussi convenus qu'un livre de Laurent Gaudé, l'ensemble de notre décor miteux étant assemblé à la va-vite avec un style, mon Dieu, ne faut-il pas craindre d'employer ce grand mot !, avec un style qui semble avoir été produit par quelque lapin de laboratoire saturé de piquette auquel on aurait greffé, sur les bourses plutôt que sur le cerveau mis à vif, un clavier composé de cinq lettres clignotantes.
C'est donc avec un immense respect et beaucoup de crainte et de tremblements à l'endroit d'un écrivain aussi lucide que modeste sur son propre cas visiblement clinique que j'ai commencé la lecture de Du Soufre au cœur, un titre qui se veut sans doute inventif, et c'est dans un grand éclat de rire que je l'ai terminée. Allons bon, nous ne le tenons pas encore, notre swingueur du Verbe, notre boxeur, même poids plume, de la grammaire, notre grimpeur des côtes virenquiennes les plus ardues ni même notre sous-clone approximatif d'Hallier, un bravache mythomane qui, bien que surestimé par quelques bas-bleus confondant écriture et grippe intestinale, savait au moins trousser (et parfois même retrousser) une phrase. Arnaud Le Guern ne parvient même pas, lui, à retrousser ses babines pour nous montrer, ne serait-ce qu'une seule fois, de quelle façon il est capable de saisir à la gorge son lecteur : tout est absolument monotone dans la pseudo-inventivité d'une langue saponifiée, tournant à vide comme une petite barque de gamin s'engouffrant dans un maelström de dessin animé. Parodiant le style journalistique, nous pourrions écrire qu'un tel naufrage, non point celui que met en scène Le Guern mais celui de l'auteur aux prises avec une matière qu'il touille inlassablement et avec laquelle il parvient à édifier, avant le retour de la vaguelette, quelques tours de château bancroches, est en fin de compte aussi pathétique que touchant.
Aussi pathétique et touchant que de voir notre auteur vidant des coupes de champagne, assis tout seul comme un pauvre hère se rêvant Hamlet et n'étant pas même Yorik, à une table de la Closerie des Lilas.
Jérôme Leroy, qui ne peut absolument pas se tromper sur ce qu'a écrit son ami Arnaud Le Guern puisqu'il est un grand et surtout rigoureux lecteur, déclare, pour Causeur (même clameur dithyrambique dans Valeurs actuelles) que son roman est un sprint immobile, ce qui doit probablement signifier que Le Guern fait du sur-place alors qu'il croit écrire, qu'il s'est noyé dans un flacon d'alcool nombrilique alors qu'il pensait tutoyer les anges et émouvoir les étoiles.
Dommage qu'il ne parvienne qu'à faire sautiller, sur une seule jambe et sur une ligne mélodique sortie d'un orgue Bontempi désaccordé, quelques capitaines de pédalos sponsorisés par Chouchen plutôt que les ours qui, depuis Flaubert, s'y connaissent en matière de jugement littéraire à peu près autant que Jérôme Leroy, y compris lorsqu'il évoque les textes de ses plus proches camarades de beuverie, pardon, ses honorables confrères et écrivains de talent. On aurait souhaité, sous la plume de Leroy parfois inspirée et émouvante, un peu plus de lucidité mais, las, notre dernier Gauvain de l'immense geste communiste, qu'on se le dise, est un homme d'honneur et jamais il n'écrira une ligne contre la plus infâme bluette, si et seulement si elle a été éructée, en quelques pets et renvois de tripot, par l'un de ses amis, Saül tremblant puis Paul impavide ayant reçu sur la nuque un glorieux coup administré par la dive bouteille.
Tout, absolument tout, dans le roman de Le Guern, est aussi mauvais que drôle, mais d'une drôlerie involontaire puisque, parfois, moins rarement qu'il n'y paraît (et cette réserve est le châtiment le plus cruel infligé à Le Guern par le Dieu des écrivains ratés), nous sentons bien que, las de fixer, la main en visière, son regard chassieux sur son nombril, de plonger son nez couperosé dans son vomi dont il cherche, comme un aruspice, à interpréter les entrelacs subtils et enfin de palper maladivement puis porter fièrement en étendard son vit immarcescible, l'auteur cherche à nous émouvoir, à nous faire pleurer quelques larmes sur de ridicules pages qui, pour la cent millième fois peut-être mais sans le moindre talent, évoquent la dérive d'un pauvre diable alcoolisé se croyant écrivain.
L'infâme Bukowski, qui ne put prétendre au rang d'écrivain que dans les rêves les plus osés de quelques journalistes en mal de fort maigres sensations, nous paraît encore un idéal enviable de sécheresse descriptive et de tenue que l'écriture se voulant artiste et n'étant que clown de Le Guern est bien incapable d'atteindre, elle qui tente, sans bien évidemment y parvenir, de poétiser l'humeur (pas cérébrale, assurément) comme prétendit le faire Zola, magnifier le cul et l'amour ou son rêve érotisé (1) qu'il ne faut pas du tout confondre avec le cul, illuminer la gerbe et baudelairiser le guignon. Un écrivain, cher Arnaud Le Guern, pardon de devoir vous infliger la lecture de cette banalité, n'est pas grand parce qu'il étale, à la mode parisienne qui, au moins, est susceptible de rapporter quelques jolis billets, ses minables frasques (sexe, drogue, argent, quoi d'autre ?) comme le font Frédéric Beigbeder ou Nicolas Rey mais parce qu'il s'est nourri de ses blessures les plus profondes et que, de la douleur, de sa douleur qui n'est que de la boue, il a fait de l'or.
Le problème vient d'ailleurs de la prétention, pour le moins impérieuse, de notre auteur : Arnaud Le Guern, à le lire, est persuadé qu'il sait écrire et déploie mille efforts, en tirant sa langue, pour nous convaincre de cette évidence qui n'en est une que pour lui et, fort étrangement, pour son éditeur, Jean-Paul Bertrand, que nous avons connu plus inspiré.
J'ai d'ailleurs regardé de plus près le nom de cet éditeur, ne comprenant absolument pas pour quelle étrange raison ce n'étaient point L'Éditeur, ni même les éditions Léo Scheer, pourtant expertes dans la publication de livres dénués du plus petit intérêt (à l'exception de surprises heureuses qui sont peut-être même de véritables miracles), qui avaient décidé de se charger du premier roman de ce que, fidèles à leur comique tradition, elles n'auraient pas craint d'appeler de ce beau nom, totalement galvaudé lorsqu'il est de fait apposé sur une Alexandra Varrin, d'écrivain.
On affirmera qu'une fois de plus j'exagère et que je serais même à un fil de perdre ma légendaire sérénité, tant m'aveugle la haine de l'écrivain de talent. Jugez-en donc, de ce talent d'écrivain, par les toutes premières lignes du roman de Le Guern qui, je le suppose du moins, a dû tenter d'évoquer une atmosphère diablement sombre, à vrai dire sépulcrale : «Le ciel me tombe dessus avec ses nuages gros comme des mollards. Le froid découpe ma gabardine. [...] Les pigeons me prennent pour cible. Déluge de chiures sur ma gueule de poivrot au bout du rouleau» (p. 9).
Les dernières ? Avalons d'un trait cet «alcool fort à consommer sans modération» (selon la réclame de la quatrième de couverture), en priant discrètement pour que notre estomac tienne le coup, 186 pages et lisons : «Je n'arrive pas à relire les mots. Je tremble, bordel de merde, je tremble, je pleure. J'ai soif, j'ai terriblement soif, j'ai le corps qui crève de soif.
Djamila [le retour à la ligne est important, cela s'appelle une chute, dont la sidérante verticalité est accentuée par cette funeste répétition acméique], Djamila est morte, Djamila s'est pendue» (p. 187).
Entre les deux ? Diable, il n'y a absolument rien à sauver, pas même, comme dans l'inepte CosmoZ de Christophe Claro, pas même la quatre-vingt dix-neuvième page, où l'on peut toutefois lire, à peine surpris : «J'étais au septième étage d'un ciel gris où la tristesse se tirait en douce. J'appelais alors Elsa. Pour l'entendre, pour qu'elle sache que ma voix est une merveille, pour lui hurler que je l'aime, que je suis un génie, que je vais très mal, qu'on va se séparer, que je suis en grande forme, que je la trompe, qu'elle me trompe, qu'elle va me quitter, que je suis insupportable, que son cul me manque, qu'on sortira demain soir, que je l'emmènerai dans un grand restaurant» (p. 99, donc).
Le reste ? Échantillons, fort heureusement gratuits : «Il n'y a rien à faire contre le plaisir des breuvages enchanteurs. Tout au plus se laisser enfermer, priver, brimer, sevrer [notez le jeu des allitérations] pour s'astiquer le cervelet, refaire du muscle et une belle bite. En attendant le comebaque des ivresses orphelines» (p. 42). «Bien longtemps avant Elsa, une Lolita [avec Natacha et Djamila, quoi de plus logique ?] m'a planté une fin d'été. Sa voix froide comme un couteau au téléphone. Les cornes qui poussent, qu'on porte le regard embué. La fumée d'une cigarette qui irrite les sanglots coincés [subtile rime, mais hélas pauvre, entre «embué» et «coincés], appelle le houblon, les arômes, les degrés beaux et forts qu'on aime tant» (p. 56). «Les jeunes filles, c'est une robe à fleurs, des chaussures d'écolière anglaise, une voix d'anis abracadabrante. C'est le goût d'embruns, le goût de spleen des baisers volés sur les bans publics» (p. 62). «Je laisse couler l'eau longtemps, très chaude. En me brûlant, elle me dépouille de ma vieille peau trouée de partout, gilet pare-balles déchiqueté par les excès» (p. 69). «La grâce des demoiselles, la peau, ses ombres et ses planques, la salsa des frissons, les tendres saisons [sublime prose poétique, quand tu nous tiens], les anges tutoyés puis tirés en plein vol, les bouteilles descendues [métaphore ô combien inattendue, après les «anges [...] tirés»], toujours plus, encore une autre au bistrot, au restaurant, sous un porche, à l'abri des portes cochères, dans l'obscurité d'une cuisine ou sous les sunlights de la fête» (p. 70). «Elle se morfondait dans des allers simples vers le grand rien du cul sentimental» (p. 75). «Mon amour, je [c'est la poétesse Elsa qui écrit] veux te voir, te toucher. Je veux que tu me prennes dans tes bras. Je veux tes lèvres, tes mains, ta bite juste pour moi [remarquez l'admirable rime en -a]. J'ai tellement besoin de ta tendresse. Je me sens si triste quand elle s'en va, ta tendresse. Tu me manques, tu me manques tellement» (p. 85). «Pour nous, la lune offrait son plus beau sourire de croqueuse de diamants. Les nuages faisaient une sieste le temps que nous passions. Pas un bruit, sauf une plainte de la mer dans les pistons du vent. Un souffle violent, bluesy et sexy. Miles à la partition bleutée de nuit du ciel» (p. 128). «Elle baisait mes lèvres, mon corps, ma bite. Elle me ramenait tout entier vers l'astre noir de sa chatte» (p. 135). «Vous n'aurez qu'une intifada verbale, mes pierres et mes baisers, lâchés comme des ballons rouges tutoyant les nuages. Vous n'aurez qu'une parole d'exilé à l'asile, de snob, d'assoiffé, la parole des entrechats et des enchanteresses chattes, la parole d'une sortie de route, la parole d'un enfant gai et mélancolique qui retrouve les mots perdus et les dépose amoureusement sur la peau de ses héroïnes...» (p. 153). «Je distingue quand même une écriture ronde, penchée, nerveuse comme un sprint vers nulle part» (186-7), ultime extrait qui nous montre bien que Jérôme Leroy, en véritable journaliste, est allé à l'essentiel du livre de son ami Le Guern : sa dernière page.
Mais assez, assez, de grâce, c'en est trop !
Bien évidemment, cher lecteur et, tout comme Karl Kraus déclara qu'il était complètement muet, lui l'éternel emmerdeur ou grogneur, devant l'absolue banalité d'une phrase d'Adolf Hitler («Mir fällt zu Hitler nichts ein»), je suis, pour ma part, parfaitement incapable de signifier la sidérante nullité du roman d'Arnaud Le Guern autrement qu'en vous exposant quelques-uns de ses passages.
Abondance alarmante de clichés précédant la naissance des frères Lumière, écriture vide, devenue tout entière cliché, alors qu'elle se veut, on le devine, d'une intrépidité folle, images du plus parfait ridicule, métaphores pitoyables, intrusions scatologiques à peine aérées par des envolées lyriques dignes d'un albatros aux pattes coupées échoué au milieu de marins cruels, mélange sans grâce ni même invention des niveaux de langue, emploi stupide d'anglicismes du plus haut parisianisme, thématique surfaite (cul/bibine/écriture/déveine, l'ordre des termes n'ayant strictement aucune importance) et totalement insignifiante : a-t-on réellement le droit de publier un tel ouvrage en osant l'appeler roman ou même, livre ? Qui, parmi les rares personnes (espérons-le, du moins) qui ont parcouru quelques lignes seulement d'un texte de ce cacographe sans le moindre talent qu'est Arnaud Le Guern, a déjà ressenti la plus minuscule, la plus quelconque émotion, hormis un ennui inamovible et la crainte, légitime, que les questions si hautement métaphysiques (la déchéance, l'amour, la rédemption, l'art) et si minablement évoquées d'un post-adolescent en sorties de crises ne se transforment systématiquement en mauvaise littérature, en rinçure pour blogueur rêveur ?
Je doute que quiconque doute de ma réponse, mais il faut bien admettre que ce livre, qui jamais n'aurait dû croiser le regard, fût-il le mien, pourtant averti, d'un seul lecteur, existe et continuera d'exister, très probablement, après la disparition d'Arnaud Le Guern, noyé dans un demi-verre de gnôle ou d'insignifiance prétentieuse.

Note
(1) Nul étonnement de constater que ce pathétique roman oscillant entre grâce farcesque et damnation de pacotille attire de longs écoulements d'érotomanie aussi diffuse et impressionniste que peu virile sous la plume gémissante et saupoudrée d'un sucre de sensiblerie d'un Ludovic Maubreuil (dans Le Magazine des Livres, n°25, juillet / août 2010) qui, sans honte aucune, affirme que ma critique, qui pourtant prend la peine de citer longuement le texte de Le Guern, est celle du ressentiment, de la jalousie et de l'aveuglement haineux alors que la sienne, comme il se doit, témoigne de sa vive intelligence et de sa très fine sensibilité au texte lu, moins critiqué que flatté à vrai dire, cajolé, servilement paraphrasé selon la pente propre aux médiocres qui caressent les petits vices des écrivains (Matzneff) et des scriboulleurs (Le Guern) dans lesquels se reflètent et s'atténuent, croient-ils, leur propre ridicule tas de petits secrets ! Maubreuil, donc : «Les sourires de jeunes filles finissent toujours par se ternir, c’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’on les guette, qu’on les entoure de mille précautions, qu’on les vénère jusqu’à la folie. Il faut bien s’en enivrer puisqu’il s’éteignent. Les sourires, on ne peut guère que s’en souvenir en effet, parce que sur le coup, tout entier dans la fièvre et la douleur, on les voit sans les voir, baumes inconscients, bonheurs furtifs : les jeunes filles sont toujours plus belles dans l’écrin de la mémoire, c’est là qu’on peut le mieux les déshabiller, les sortir de la gangue du contexte, ce contexte qui nous les a fait connaître mais qui peu à peu finit par les gâcher, les froisser, les diluer.» Délicieux, ne trouvez-vous pas, fondant comme une sucette de Lolita dans une bouche d'homme mûr ! Le rêve de l'action plutôt que l'action elle-même, le souvenir dolent de l'amour plutôt que l'amour lui-même, la ridicule et toute molle complainte de la chair jamais vraiment embrassée qui berce d'un doux murmure l'impuissance se rêvant puissance et s'effrayant de pareille audace, dans une posture qui rappelle moins l'aorasie des Anciens que l'inaptitude plaintive et geignarde à la lutte.
On comprend que l'auteur, un de ces bravaches virtuels ayant choisi d'écrire sous pseudonyme, ait pu survivre aux si terrifiantes années 70, 80 puis 90 (qu'aurait-il donc écrit s'il avait traversé les trente premières années du XXe siècle), armé d'une telle carapace en guimauve.

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