La France Orange mécanique de Laurent Obertone (24/03/2013)

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«Les œuvres et les hommes sont immédiatement solidaires, sous peine de néant, et quand l'œuvre mérite la trique, c'est sur les omoplates de l'homme que la trique doit tomber et, infatigablement, ressauter.»
Léon Bloy, Propos d'un entrepreneur de démolitions [1884], in Œuvres de Léon Bloy, t. II (Mercure de France, 1964), p. 77.



41O3Me1s9QL._SL500_AA300_.jpgÀ propos de Laurent Obertone, La France Orange mécanique (Éditions Ring, 2013).
LRSP (livre reçu en service de presse).


Le succès de librairie de l'ouvrage de Laurent Obertone* est l'un des nombreux signes d'un pays profondément malade.
Malade de son insécurité, comme le pensent les thuriféraires du constat, implacable, et des thèses, pour le moins tranchées, exposés par l'auteur ? Malade à force d'être pressurisé par l'étouffoir idéologique qui, depuis des lustres, continue de gauchir la réalité en niant des évidences pourtant criantes, hurlantes, et qui finiront bien par faire exploser le récipient hermétiquement clos sur des personnes qui ne peuvent plus supporter les balivernes lénifiantes de nos édiles et docteurs en pureté qui ont, comme de petits papes laïcs, le pouvoir d'excommunier celles et ceux qu'ils qualifient d'hérétiques ?
Malade de son insécurité, certes, niée par quelques imbéciles et idéologues en déroute, et que, pour ma part, je n'ai jamais remise en question dans sa réalité brutale, laissant la parole à plusieurs personnes dont je ne partage pas forcément les présupposés politiques et philosophiques ni même l'analyse (comme Alexandre Del Valle, Germain Souchet, Francis Moury ou encore Jean-Gérard Lapacherie). Du moins leurs analyses sont-elles assez solidement étayées, ce qui, à défaut de constituer une vérité révélée, représente un gage de sérieux et la base d'une véritable discussion, comme celle qui s'engagea pendant une fameuse et très polémique série initiée par Francis Moury et intitulée Bellum civile qui me semble, à la relire, malgré ses outrances assumées par les intéressés, être beaucoup plus claire, pertinente et stimulante que le texte de Laurent Obertone.
Notre pays, répétons-le, est malade. Malade de la négation de la réalité. Malade de l'abrutissement des consciences, pourchassées lors de véritables ratonnades verbales, où les malheureux contrevenants à la rigide doxa sont passés au tabac des accusations moralisatrices, que dénonce d'ailleurs l'auteur avec la dernière énergie. Ainsi, bien que la préface du livre de Laurent Obertone, rédigée par Xavier Raufer, soit toute proche de l'insignifiance, elle ne s'est pas trompée en annonçant les trois étapes par lesquelles les thèses de l'auteur allaient être, sont, désormais, disqualifiées (cf. p. 8). À ce titre, ma propre note présentera au moins l'avantage, du moins je l'espère, d'échapper à cette disqualification en trois étapes (l'indignation, la fine bouche, les attaques ad hominem) aussi sommaire que convenue, du reste depuis longtemps exposée, mais dans un tout autre domaine que celui d'Obertone puisqu'il s'agit de la critique d'art (et de littérature), par un Jean-Philippe Domecq ayant bataillé contre Philippe Sollers et sa ridicule soldatesque. Procéder de la sorte, par une mise à l'index du livre qui dérange, c'est bien évidemment faire croire que le texte rejeté plus que critiqué pourrait se révéler dangereux, ce qu'il n'est en aucun cas, tant il manque de sérieux.
La France est encore malade de la nullité intellectuelle de ses hommes politiques, de l'impuissance coupable d'un État en quasi-faillite, de son incapacité à former des générations aptes voire dignes de comprendre ce qu'elles voient, écoutent et, dans le meilleur des cas, lisent ou plutôt, désormais, déchiffrent.
Notre pays est malade de la perte de toute référence à un arrière-pays (au sens que donne Yves Bonnefoy à cette expression) symbolique qui a, jadis plutôt que naguère, fait sa puissance et surtout son rayonnement artistique et littéraire.
La France est malade d'une perte de sa propre souveraineté, y compris symbolique et spirituelle, qui fit la prééminence, durant des siècles, d'un pays désormais saigné à blanc par l'incurie tranquille des gouvernements socialistes (et François Hollande peut à bon droit être considéré comme le parangon de l'insignifiance, Monsieur Homais accédant aux plus hautes fonctions de l'État) et la peur, à peine plus agitée et elle aussi tranquille, bonhomme, la peur (mais de qui ou de quoi, grands dieux ?) des gouvernements de droite, qui n'ont jamais été aussi pressés, avec Giscard, Chirac et même Sarkozy, de reprendre le crédo socialiste et surtout de l'appliquer.
Tant de maux affligent notre pays que c'est miracle qu'il soit encore, vaille que vaille, debout !
Notre pays est surtout malade d'une situation devenue je le crains inextricable, où les apôtres et les exécrateurs (ces deux termes ne sont point trop forts, au vu des réactions que j'ai pu lire) de l'ouvrage de Laurent Obertone peuvent, à peu de choses près, être renvoyés dos à dos. Les exécrateurs se trompent et, en guise de diable, je ne vois qu'un auteur presque gêné de constater que son nom est indissociablement lié à une polémique, bien évidemment strictement germanopratine. Les apôtres se trompent eux aussi et, en guise de Christ, je ne vois qu'un journaliste ayant fait parler de lui, comme on dit dans les campagnes (ou ce qu'il en reste), avec une pointe de mépris railleur pour les gars de la capitale.
Les exécrateurs du livre d'Obertone se trompent lorsqu'ils affirment que notre pays, pas plus qu'un autre pays développé, n'est ou ne serait gangrené par une violence de plus en plus flagrante et gratuite (c'est la thèse d'Obertone, qui évoque une ultra-violence, terme impropre s'il en est, car il n'y a pas d'au-delà de la violence, nous y reviendrons, mais une racine, qu'Obertone se garde bien de mettre à nu).
Ils se trompent encore, mais du moins sont-ils cohérents avec leurs petites habitudes staliniennes, lorsqu'ils fouillent, comme le fait Mediapart, dans le passé de l'auteur, pour, en révélant, du moins le supposent-ils, des aspirations vaguement stylistiques noyées dans des textes impubliables (et impubliables, d'abord, parce qu'ils sont mauvais), annuler la portée d'un texte présent, signé, du moins le prétendent-ils une fois de plus, par la même personne.
Nul besoin de savoir si, ancien blogueur, Laurent Obertone a été l'ami pseudonymique ou déclaré de quelques paumés extrémistes à comiques prétentions littéraires, politiques ou, simplement, journalistiques, pour affirmer que son livre est, en un seul mot qui ne manquera pas de décevoir ou fâcher les apôtres (qui me traiteront, au hasard, de remplaciste ou de Judas) et les exécrateurs (tout marris de constater que je partage le constat posé par le livre d'Obertone), décevant.
Les apôtres du livre d'Obertone se trompent lorsqu'ils portent aux nues un texte censé révéler l'atrocité de la situation française, où l'ultra-violence est reine, les politiques forcément incompétents et ridiculement impuissants, accablés par le prurit du laxisme, voire d'un angélisme pustuleux qu'ils n'en finissent pas, comme l'idéologue antédiluvienne Christiane Taubira vouée à toutes leurs gémonies, de gratter (voir les chapitres 5 et 4 de l'ouvrage qui, comme les autres, procèdent par un empilement d'exemples dont certains, qui le nierait ?, donnent le frisson).
Nul besoin de constater que l'ultra-violence est le fait d'individus le plus souvent (restons prudents) d'origine extra-européenne (mais aussi intra, avec la question pour le moins embarrassante des Roms, évoquée pp. 278 et sq.) mais devenus Français comme vous et moi, et qui n'obéissent à aucune loi sinon celle du plus fort, donc à la loi de l'argent, sauvageons que Laurent Obertone nomme ironiquement des rhinocéros (lesquels sont utilement secondés par des hippopotames ou des éléphants, cf. p. 113).
Nul besoin de craindre, selon la camusienne prophétie du Grand Remplacement, que ces individus, si ça continue, boutent hors de leur propre pays les bons Gaulois à moustache (camusienne) et yeux bleu (l'ayant pourtant vu de près, je n'ai jamais pu déterminer la couleur véritable des yeux de Renaud Camus : ils doivent être transparents) et égorgent à longueur de journée des moutons et de bons catholiques, du moins ce qu'il reste des seconds, que nous pourrions peut-être, réflexion faite, confondre avec les premiers, nul besoin, donc, d'affirmer valables et mêmes en partie réelles ces craintes, pour répéter que le livre de Laurent Obertone est, en un seul mot qui va de plus en plus fâcher, et que je souligne comme pour le faire exprès, décevant, voire, tout simplement, mauvais.
Je dois d'ailleurs immédiatement remarquer que le fait d'être mauvais est sans doute beaucoup moins grave que celui d'être faux mais, comme je n'ai, à la différence des spécialistes et de ceux qui, n'ayant aucune compétence particulière, n'en discutent pas moins de tous les sujets imaginables, aucun chiffre à opposer à ceux que Laurent Obertone nous donne et confirme longuement en répondant aux critiques, ma foi, je ne puis que me taire.
Un chiffre n'est rien, fût-il astronomique (et tous les chiffres en provenance de l'ONDRP que nous communique l'auteur sans les croiser avec d'autres sources, sont astronomiques), s'il n'est sous-tendu par une réflexion digne de ce nom à laquelle il confère une solidité argumentative, en plus d'exemples frappants. Comme le dit un des protagonistes questionné par Obertone lui-même, «On peut tout faire dire aux chiffres» (p. 144). Quoi qu'il en soit, n'importe quel citoyen français peut se faire une idée de l'insécurité estimée, en France, au moyen d'un site tel que celui-ci ou bien celui-là.
La réalité de la violence, elle, est tout simplement, par définition, hors de portée de nos plus fins instruments de mesure, qui jamais ne parviendront à rendre compte non seulement de tous les cas réels, avérés, de violences commises sur des personnes, mais aussi du sentiment d'insécurité qui, à la différence de ce qu'a déclaré tel angelot asexué devenu mystérieusement Premier ministre, ne peut se confondre, encore moins se substituer à la violence réelle.
Dans le livre de Laurent Obertone, tous les exemples sont frappants, et pour cause, puisqu'ils ont sans doute été choisis pour frapper les esprits qui, hagards ou dégoûtés une fois qu'ils auront fini de lire ce livre, se diront que, vraiment, là, ça suffit, il faut faire quelque chose si on ne veut pas devenir des étrangers dans notre propre pays.
Ces chiffres contestables (comme tous les chiffres), cette multitude d'exemples d'atrocités commises en France, qui m'ont fait immédiatement penser au compte rendu précis des centaines de meurtres de femmes tels que 2666 en accumule l'horreur dans un chapitre saisissant, échouent dans leur intention, qui était, du moins je le suppose, de conforter les thèses de Laurent Obertone.
Ils ne confortent absolument rien, et tournent à vide dans la monotonie de l'ultra-violence ainsi mise en scène et dévidée, d'une manière toute houellebecquienne, c'est-à-dire anodine, sans jamais hausser le ton (il reste toutefois, dans ce domaine, des efforts à accomplir pour que Laurent atteigne la nihiliste sérénité de Michel) et, parce qu'ils remplissent le vide d'un livre autrement à peu près insignifiant ou peu s'en faut, ils font, bien davantage que celui de l'extrême droite, le jeu des plus intolérants laxistes dont s'honore notre pays, ces laxistes haineux qui, si on ne les arrêtait pas, ne craindraient pas de punir, pour l'exemple, les victimes.
Pourquoi ? Parce que ce livre peut être critiqué depuis son paratonnerre (l'implosion, probable sinon certaine, de la France, suggérée tout au long du texte) jusqu'à sa cave (la présence, massive, d'une population d'origine immigrée, cause probable voire certaine de l'ultra-violence), sans qu'une seule brique de l'édifice laxiste ne soit déplacé de l'épaisseur d'un cheveu.
J'ai dit que ce livre était à peu près insignifiant. J'aurais pu affirmer qu'il l'était complètement, si je n'avais quelque respect pour les nombreuses victimes, bien réelles, d'une violence devenue endémique, ainsi que pour les rédactions de jeunes écoliers, qui, en tirant la langue parce qu'ils se concentrent de toute leurs forces, rendent à leur professeur de sciences naturelles une copie où ils auront préalablement dévoilé les plus hauts mystères philosophiques, tout en saupoudrant leur prose de noms (sans jamais directement sourcer leurs vagues platitudes) tels que Charles Darwin (évoqué, ironiquement, p. 311) ou Konrad Lorenz.
Voici le résultat auquel Laurent Obertone parvient, qui n'est rien de plus, à mes yeux, qu'un devoir poussif de sciences naturelles, disons digne d'un élève de sixième : «La sécurité préoccupe les mammifères depuis la nuit des temps. Elle se matérialise par l'angoisse, par la peur de ce qui peut éventuellement nous arriver, dans un environnement que nous ne maîtrisons pas, ou face à des individus que nous ne connaissons pas» (p. 21).
À quel jeune âge un de mes maîtres m'a-t-il repris en affirmant que la pire façon de commencer une rédaction résidait dans l'usage de ces marqueurs de sémantisme vide qu'étaient des expressions comme depuis la nuit des temps ? Ce devait être en classe de septième je crois. Laurent Obertone n'a donc qu'une année de retard, pardonnons-lui ce genre de coupable négligence au vu, m'objectera-t-on, de la gravité du sujet qu'il évoque.
Continuons de suivre l'évolution de l'aisance rédactionnelle du jeune Obertone, à présent qu'il vient de rendre son devoir de philosophie dont le sujet était, je vous le donne en mille, la violence : «Pourquoi ne pas les frapper [les femmes] ? Tout simplement parce que ce sont les femelles qui choisissent les mâles (sélection sexuelle) dans l'intérêt évolutif de l'espèce toute (sic) entière. Les mâles doivent faire en sorte d'être choisis sur des critères biologiquement rassurants (leur force, leur beauté, leur santé, leur pouvoir, leurs ressources, leur aptitude à séduire, etc.). L'option «taper sur la femelle» n'est pas évolutivement stable. Donc elle n'existe pas» (p. 89).
Parce que je suis un catholique, donc un homme pétri des douces vertus de la charité, je ne m'attarderai pas sur le degré zéro de l'écriture obertonienne, dont nous pourrions, ne serait-ce que dans ce seul huitième chapitre (intitulé, aussi pompeusement que faussement, Aux sources du mal), multiplier les exemples (1), pour évoquer la faiblesse de la pensée qui sous-tend, justement, de tels propos.
De deux choses l'une : soit Laurent Obertone a décidé, volontairement, de s'adresser à des imbéciles grâce à des phrases creuses que les imbéciles pourront, moyennant quelque effort tout du moins, parvenir à comprendre dès la deuxième ou troisième lecture. Soit Laurent Obertone exprime-là, par le biais de sa langue la plus pure, sa pensée la plus originale, et je vous laisse en tirer les conclusions nécessaires sur le prétendu caractère irréfutable de son livre, ou, tout simplement, sur son intérêt.
Par charité également, nous éviterons de trop moquer l'usage, récurrent chez les cancres comme l'a amplement démontré René Pommier dans ses textes savoureux et imparables, des pseudo-thèses de René Girard, du moins de la pseudo-thèse la plus fameuse de ce penseur pour comptoir, celle du bouc émissaire qui, traduite en langage obertonien, donne ce résultat : «Savez-vous ce qu'est un bouc émissaire ? Ce n'est pas uniquement un prétexte pour culpabiliser les Occidentaux, lorsqu'ils sont électoralement de mauvaise humeur. Le bouc émissaire est essentiel à la construction identitaire. Nous avons tous un bouc émissaire, voire plusieurs. Les groupes de bonobos aussi ont toujours un bouc émissaire, un souffre-douleur, qui, tel un paratonnerre, concentre l'agressivité du groupe et participe de sa cohésion. Le bouc émissaire est le premier pas vers la naissance d'un autre groupe, l'autre groupe est le premier pas vers la naissance d'une autre espèce» (p. 97).
Approfondissons notre lecture de ce chapitre qui, à bien des égards, peut être considéré comme le cœur de l'argumentation de l'auteur et qui tiendrait en une phrase obertonienne de la sorte : la violence existe depuis la nuit des temps et nous ne pouvons l'éradiquer, ce n'est donc pas le problème, qui réside bien davantage dans le fait que, depuis un certain événement, «des idées nouvelles ont émergé. Les hommes seraient égaux. Les puissants seraient donc des coupables, les faibles des victimes. C'est la morale des faibles, dont parlait Nietzsche, qui a renversé la morale biologique. Cette nouvelle morale étant basée sur l'envie, elle n'a pas manqué de partisans...» (p. 93).
Autrement dit, c'est l'idéologie révolutionnaire, héritée, d'extraction lointaine, des postulats chrétiens qui, en promouvant massivement, par les moyens les plus expéditifs dans bien des cas, l'idée de l'égalité des hommes, a favorisé l'émergence d'un groupe d'hommes (vraiment ?) ou plutôt, comme les appelle Laurent Obertone, de rhinocéros. Ces derniers, quels que soient leurs délits, seront systématiquement excusés par la classe politique qui, de droite comme de gauche, est l'héritière de cette nouvelle morale, appelons-là, comme l'auteur une fois encore, une «morale hors-sol», totalement coupée de sa terre, donc artificielle, stérile.
Dès lors, il est facile pour Obertone d'affirmer que l'«affranchissement de la réalité par la morale bouleverse toute analyse sérieuse de la violence» (p. 94) puisque, de nos jours et en Occident, c'est bel et «l'idéal égalitaire, progressiste, socialiste, ses droits de l'Homme, sa démocratie, sa république, son pacifisme, son humanisme, son humanitarisme, son aide aux personnes, sa compréhension, son ouverture à l'autre, sa tolérance» (ibid.) qui justement excusent les violences des pires voyous.
Il n'est donc pas très étonnant que, dans notre société ainsi viciée par la morale hors-sol (puisque tout ce qui vient du sol est suspecté à bon droit être «d'inspiration hitlérienne», p. 112), nous assistions, médusés, à une véritable «compétition morale [devenue] la seule quête de pouvoir autorisée», étant donné que le fait d'«avoir du pouvoir, c'est avoir une bonne morale» (ibid.).
Ces considérations hautement philosophiques sur la nature darwinienne et lorenzienne de l'homme depuis qu'il s'est séparé de son très lointain ancêtre bonobesque (pour revenir à celui-ci dans bien des cas, dirait l'auteur, amateur de métaphores animalières), bien d'autres propos encore (2) qui forment le soubassement pour le moins friable sur lequel s'appuie la multitude d'exemples et de chiffres donnés par Laurent Obertone, sont très instructifs, puisqu'ils nous font soupçonner, derrière le stuc d'un nietzschéisme de bazar et, bien davantage encore, mais surtout plus grave, d'un spencérisme (3) bon teint, un mur de froideur inattaquable sur lequel la plus humble radicelle de vertu et, surtout, réflexion chrétienne, aurait encore du mal à trouver prise.
En quelques mots, Laurent Obertone stigmatise, et nul ne peut lui contester ce droit, la violence des hordes afro-arabo-musulmanes pour se faire le discret apologue, essuyant une larme devant le temps perdu qui n'est jamais retrouvé, d'une violence dont la traçabilité serait 100 % française, pardon, gauloise : «En France, généralement, l'homicide se résume à une bagarre de bistrot entre Maurice et Didier, qui ont trop bu et qui se sont chamaillés pour une bête histoire de football. Didier a insulté Maurice, Maurice a poussé Didier, sans imaginer que l'angle du comptoir aurait raison de son crâne. C'est gaulois. C'est un meurtre. Mais ça arrive. Maurice ne voulait pas tuer Didier. Il va le regretter, très sincèrement. Et pourtant il va le payer, et c'est normal, parce que ses excuses et ses regrets ne valent pas la vie de son ami. Maurice doit solder ses comptes, avec la famille de Didier et avec la société toute (sic) entière, parce qu'il n'a pas rempli sa part du contrat. Et d'ailleurs il assume, Maurice, il reconnaît sa faute et se plie à la sanction. Il paiera, sans broncher» (p. 22). La même antienne si prodigieusement caricaturale qu'elle en devient involontairement comique est répétée à la page 129, où l'auteur oppose l'homme violent des villes (banlieue) et l'homme violent des champs (campagne) dans sa relation avec les forces de l'ordre : «Vous, à la campagne, vous dialoguez en permanence avec les gendarmes, quand vous ne tapez pas le carton avec eux. Si ce n'est pas le cas, c'est de votre faute. Parce que si votre fils a un accident avec une moto volée, c'est à lui que vous vous en prendrez. Et peut-être même à vous, car l'échec de votre fils est aussi et d'abord le vôtre. En tout cas, vous vous ferez discret, et l'idée de vous en prendre aux gendarmes ne vous traversera même pas l'esprit. Donc c'est votre faute. Même si vous êtes au chômage, vous êtes quelqu'un de responsable».
Il est de fait pour le moins fort inquiétant qu'aucun commentateur ne semble avoir remarqué ce qui se tramait derrière la façade, pseudonymique ou pas peu nous chaut (4), du livre obertonien. Il est étonnant que nul ne semble avoir été désireux de commenter ce genre de tirade, alors même que Laurent Obertone ne cesse de les répéter, comme ici : «La France est encore éternelle. Les gens sont légalistes, ils s'attendent à ce qu'on combatte les virus. Mais ils ne veulent plus le faire eux-mêmes, et s'en remettent par suppléance à des institutions légitimes. Leur mentalité belliqueuse et fière a peu à peu accepté cette idée. La violence fait partie de la vie, mais les punitions sont exemplaires, les gens n'étant pas censés ignorer ce qu'il en coûte de mal agir. Et les gens croient, encore. Ils sont convaincus qu'une force supérieure guette leurs faits et gestes, et qu'un jour elle les jugera. Le vol et le meurtre sont péchés, tout ça limite l'insécurité» (p. 24).
Certains commentateurs (à condition qu'ils me lisent mieux qu'ils n'ont lu le texte d'Obertone), considéreront que ce passage contredit notre hypothèse concernant l'absence de référence à un horizon chrétien et, plus largement, la sécheresse absolue de ce livre si nous nous avisions d'en jauger la bonté, celle que nous saurions en droit d'éprouver en lisant par exemple les témoignages d'immigrés venant du Sahel (En terre étrangère d'Hugues Lagrange, Seuil, 2013) qui sont, bien souvent, les premières victimes de la violence régnant en France.
Quoi qu'il en soit, en rappelant que l'époque dont parle Laurent Obertone n'est pas, comme nous pourrions le penser, le Moyen Âge mais les années suivant immédiatement les Trente Glorieuses, il me semble évident d'affirmer que l'auteur n'utilise le vocabulaire religieux qu'à seule fin de propédeutique, et nullement parce qu'il estimerait que la violence d'un pays profondément chrétien n'est pas celle, fondamentalement, d'un pays presque entièrement déchristianisé (5).
Les différents extraits que je viens de donner, bien d'autres passages du livre de Laurent Obertone encore, nous livrent un indice supplémentaire sur la nature réelle des thèses de l'auteur (comment les qualifier précisément, si ce n'est en les rapprochant d'un darwinisme social light ? À d'autres, ce travail...), du reste pas plus étayées que ne le sont certains de ses présupposés (6). À ce titre, le vocabulaire et les images utilisés sont frappants, puisés dans les registres de la zoologie (7), surtout comportementale (8) ou de la biologie, des théories de l'évolution (9) ou de la paléo-anthropologie (10), voire de diverses sciences (11). Je laisse à d'éventuels spécialistes de ces questions le soin de sonder ce terrain pour le moins meuble voire mouvant, ce qui, à tout le moins, serait une tâche tout de même infiniment plus intéressante que la recherche de l'identité véritable de l'auteur.
Un point eût à mes yeux mérité de plus amples développements, celui de l'analyse du vocabulaire systématiquement euphémistique utilisé par la grande majorité des médias français, qui n'osent pas, dirait-on, appeler un chat un chat, un voyou un voyou, un violeur un violeur, un meurtrier un meurtrier. Laurent Obertone a ainsi parfaitement raison lorsqu'il affirme que la «dévaluation sémantique de tout et n'importe quoi n'est pas anodine», puisqu'elle «permet de mélanger catastrophes naturelles et violences ordinaires, dans l'intention de nous convaincre que les unes sont aussi inéluctables et hasardeuses que les autres» (p. 77), par l'emploi «d'un vocabulaire unique, compartimenté et froid, [qui] amène le lecteur à oublier la réalité qui se cache derrière les mots» (p. 56). Mais il ne suffit pas, une fois de plus, d'évoquer une théorie de chiffres pour analyser le phénomène d'une méfiance des Français à l'égard de leur presse (rappelée par l'auteur à la page 327), alors même que ces chiffres ne sont pas analysés précisément et qu'ils sont noyés dans une multitude de considérations brouillonnes : l'ultra-violence, jamais précisément définie, est la conséquence autant que la cause d'autres aberrations, que l'auteur évoque en passant, lâchant une bordée de chiffres et d'exemples, sans jamais pratiquer ce qu'il est convenu d'appeler une analyse digne de ce nom, dans une démarche moins heuristique que tout simplement rationnelle.
Le langage, l'usage, le plus souvent ineptes voire, tout simplement, vicié, mensongers, journalistiques (12) des mots, c'est à mon sens pourtant la grande affaire, celle en tout cas qui nous permet de réaliser les introspections les plus profondes, comme celle que j'ai tentée en évoquant le cas de l'assassin Youssouf Fofana. Bien évidemment, ce texte se moque de la quantité de chiffres que nous jette Obertone, parce qu'il se préoccupe justement de ce qui reste invisible : la circulation, dans une conscience de semi-crétin, d'idées (chrétiennes ?) devenues folles, et devenues folles parce qu'elles ont été corrompues par l'usage de ce que nous pourrions appeler des idées plastiques, prolongement tout autant que cause des mots plastiques analysés par Uwe Pörksen (13).
Une autre grande affaire, qu'Obertone évoque cette fois-ci de façon assez réaliste (cf. p. 332 et sq.), est celle de la responsabilité de nos dirigeants dans la situation actuelle, lorsqu'il écrit : «La faute à qui ? Il faut être clair et ne pas se tromper de cible : la responsabilité de la situation incombe uniquement à la politique de Français autochtones, de gauche comme de droite, coupables d'avoir favorisé une immigration de peuplement coupée des réalités économiques et sociales, coupables de n'avoir su prévoir, organiser, gérer et combattre une insécurité qui n'existait pas dans les années cinquante, et qui n'a jamais été sérieusement combattue depuis son apparition». Il m'a toujours semblé que la question éminemment camusienne du Grand Remplacement était moins urgente que celle du Grand Renoncement, celui de nos élites pressées d'exercer leurs maigres talents intellectuels dans un monde utopique où les frontières n'auraient pas plus de sens que les nations devenues obsolètes, voire les sexes. Je conseille à nos apôtres de l'indifférenciation généralisée la lecture d'un livre de science-fiction, Triton de Samuel Delany, qualifié par l'auteur d'hétérotopie ambiguë (Michel Foucault eût aimé), radioscopie étonnante d'un futur où les hommes, devenus depuis des siècles apatrides, peuvent en outre changer de sexe plus facilement que de chemise.
Concernant la question des forces politiques en présence, qu'en est-il du cas du Front national, dont le livre de Laurent Obertone est censé conforter les thèses, alors même que sa dirigeante n'a pas hésité à faire, par deux fois, une large publicité à l'auteur ? Celui-ci, selon Laurent Obertone, «ne propose rien qui permette de sortir de la spirale à emmerdements [...]. Hormis un discours cohérent sur la sécurité, l'immigration et l'espace Schengen, son programme relève du gauchisme social, l'origine de beaucoup de nos maux» (p. 333).
Dès lors, que faire ? Laurent Obertone ne nous le dit pas, s'engluant dans des considérations vagues sur la «compétition morale» qui selon ses dires paralyserait la majorité des Français de souche, y compris, surtout glisse-t-il fort méchamment, exemples édifiants une fois de plus à l'appui, les propres victimes des voyous et des délinquants.
C'est sans doute, cette impuissance à ne serait-ce qu'esquisser des solutions politiques aux innombrables et graves problèmes soulevés par cet essai brouillon, contestable dans bien des points et, je l'ai dit, dont l'assise intellectuelle est pour le moins fâcheusement bancale, c'est sans doute cette impuissance qui constitue le défaut majeur de notre livre. Il constate, il analyse peu ou mal, mais il ne propose rien.
Car enfin, si le diagnostic, sur les faits qu'évoque Laurent Obertone (puisqu'il n'en révèle aucun), a le mérite d'exister, toutefois parmi tant d'autres, plus sérieux que le sien et certainement tout aussi contestables, force est de constater que le livre n'esquisse pas la plus petite piste de réflexion sur les solutions possibles, bien évidemment, à suivre sa démonstration, toutes éminemment politiques, droite, gauche et même extrêmes confondus.
Allons-nous parvenir à endiguer cette violence, en donnant un sens politique essentiel, c'est-à-dire symbolique et méta-politique (en clair : la fierté d'être Français) à la vie de ces femmes et hommes qui, pour bien des raisons, méprisent la France, lorsqu'ils ne la haïssent point, et qui la haïssent encore un peu plus depuis qu'il devient clair, sans doute inéluctable, qu'elle tend à fondre l'ensemble de ses structures juridico-politiques dans une Europe en crise, malade d'une immigration incontrôlée (14) ?
Allons-nous au contraire nous décider, enfin, à mettre cartes sur table les problématiques de l'extrême délinquance (pendant de l'ultra-violence) et les réponses policières mais aussi pénales (puisque Laurent Obertone n'a de cesse de dénoncer le laxisme coupable dont les juges et les magistrats font preuve selon ses dires) ?
Nous dirigeons-nous vers la mise en place de mesures extrêmes, face aux problèmes qu'entraîne une immigration qui n'est pas d'une qualité économique et intellectuelle absolument irrécusable (15), mesures extrêmes aux conséquences nationales mais aussi internationales incalculables, comme par exemple la réduction draconienne, comme par le passé le plus ancien, du jus asyli, la France et même l'Europe ne pouvant plus être considérés comme une sorte de gigantesque Asylum accueillant, selon le mot célèbre de tel homme politique de gauche, toute la misère du monde ? Sur ces brisées, devrons-nous instaurer une loi comme la lex Papia de peregrinis de l'an 65 avant Jésus Christ, qui interdisait aux non-citoyens, à l'exception des Italiques, de s'installer à Rome (16), une ville dont Juvénal, dans sa troisième Satire, critiqua violemment le caractère cosmopolite et multiculturel, en la qualifiant de graeca urbs où les Grecs ne seraient même plus de véritables Achéens, mais des Orientaux hellénisés plus que douteux ?
Allons-nous même vers des mesures encore plus radicales, comme le serait l'expulsion des Arabes de France, réédition, en somme, de l'expulsion des Juifs de France qui eut lieu en 1336 ?
Nous dirigeons-nous, plus vite que nous ne le pensons, vers une guerre civile, bellum civile je l'ai dit, comme celles qui ensanglantèrent l'Antiquité gréco-romaine, sur laquelle débattirent, ici même, certains de mes amis, Francis Moury avançant même, arguments à l'appui qui n'avaient strictement rien de racistes, l'impérative nécessité d'autoriser les particuliers à se défendre par leurs propres armes ?
Cette possible guerre civile nous conduira-t-elle à l'instauration d'un régime fort, voire, pour l'Europe, d'un empire autoritaire (17) ?
Allons-nous être confrontés au choc des civilisations, dont la nôtre, en déclin selon Spengler, se suicidant bien davantage qu'elle ne meurt (18), choc des civilisations prédit par Samuel Huttington, qui scandalisa les imbéciles, lesquels ne remarquèrent bien évidemment point que les thèses de cet auteur n'étaient franchement pas nouvelles, puisqu'un penseur juif, Isaac Abravanel les développa, se servant de la vision célèbre d'une statue composite telle que le livre de Daniel la décrit, à la fin du XVe siècle ? Autre hypothèse : l'Occident chrétien, du moins ce qu'il en reste à la suite d'évolutions complexes, n'a-t-il d'autre choix, pour survivre, que de s'allier à Israël afin d'éradiquer la menace islamiste désormais planétaire et ainsi (d'une façon certes plus pragmatique que théologique, du moins dans un premier temps), donner aux Juifs le statut théologico-politique et même eschatologique suréminent que sonda un écrivain comme Léon Bloy ?
Spéculations purement fantaisistes que cette dernière supposition ? Je rappellerai brièvement l'exemple d'un certain David Haréouvéni qui, au XVIe siècle, affirma être envoyé par les dix tribus d'Israël afin de proposer au pape Clément VII une alliance où chrétiens et Juifs combattraient leur ennemi commun, les guerriers d'Allah. Haréouvéni échouera à convaincre l'empereur Charles Quint et, désormais sans protection papale, sera livré à l'Inquisition.
Une fois de plus, la situation française est riche d'enseignements, et pas seulement, sans doute, à l'échelle de notre seul pays.
Revenons au livre de Laurent Obertone, un livre qui, remarquons-le, ne s'appuie guère sur l'exemple, pourtant célèbre et qui lui a assuré, à plusieurs dizaines d'années de distance, son succès commercial, d'Orange mécanique du grand Anthony Burgess, évoqué deux fois dans la Zone (19). C'est d'ailleurs l'exemple de ce livre, ô combien connu depuis son adaptation par Stanley Kubrick, qui me permet de conclure en rappelant ce que j'ai affirmé : je ne sais si Laurent Obertone est chrétien, ni même croyant, mais ce qui m'a frappé, alors que nul je crois ne peut me soupçonner d'angélisme, est son absence totale de charité, pas même, de compréhension du contexte socio-économique et culturel de l'ultra-violence. C'est même l'inverse, puisque l'auteur n'a de cesse de railler les pauvres victimes qui n'ont d'autre désir, dirait-on, que celui d'exonérer leur détrousseur ou même violeur.
Ce qui me frappe, et qui mériterait sans aucun doute une étude beaucoup plus poussée que celle que je donne dans cette note bien trop longue, c'est, lié à la froideur mécanique admirablement évoquée par Burgess dans son roman le plus connu, l'aspect monodique de l'ouvrage de Laurent Obertone : de l'humour, noir voire jaune, souvent, mais qui tourne à vide, une noria nauséeuse de chiffres et d'exemples, bien souvent donnés sans le moindre souci logique, les chiffres chassant les chiffres, les faits divers s'empilant comme des cadavres sur d'autres faits divers, comme si l'auteur était pressé, avant de se faire casser la figure au coin de la rue il le craint peut-être, de dégorger, une fois pour toutes, son nébuleux et amphigourique pensum, frappant à bien des égards mais rédigé (pas écrit) pour frapper, le plus souvent ridicule dans ses analyses très vaguement philosophiques, qui jamais n'aura eu, quoi qu'il en soit, la puissance d'évocation d'un roman, Orange mécanique par exemple (20) ou bien, comme je l'ai mentionné, le monstrueux 2666, voire d'une enquête journalistique somme toute honnête mais s'écartant quelque peu de l'ornière du fait divers, pour atteindre une universalité quasi littéraire.
Que l'on ne me rétorque pas que ce type d'ouvrage est un idéal inaccessible, puisque j'en vois immédiatement au moins deux exemples, l'un sur la guerre du Vietnam, par Michael Heer, l'autre, dont s'inspira d'ailleurs le romancier chilien pour 2666 sur les meurtres de Ciudad Juarez, par Sergio González Rodríguez.
Je ne m'étonne pas de ces faiblesses, puisque manque le soubassement à la fois philosophique et théologique qui eût permis à Laurent Obertone, tout en illustrant ses démonstrations de chiffres (mais davantage sourcés et, surtout, comparés les uns aux autres), d'exemples (pas tous recherchés pour leur puissance d'impact) et de références bien plus abondamment développées (notons ainsi l'absence, pour le moins fautive, d'un appareil de notes dans le livre), de contextualiser la violence, d'en établir la source ailleurs que dans des comportements humains devenus aberrants et expliqués par un amateur de l'Almanach Vermot qui aurait lu, dans sa jeunesse, pour en rester marqué à vie, Rahan, le fils des âges farouches.
En un mot, Laurent Obertone a écrit un livre très documenté quoique profondément superficiel, dont les chiffres en provenance de plusieurs sources ne sont jamais comparés les uns aux autres, un compendium brouillon qui n'impressionnera que les esprits brouillons qui, par avance, sont impressionnables, un catalogue de faits divers cahin-caha reliés par une écriture banalement plate en dépit même de quelques saillies et pointes d'humour, où le seul mot important, le Mal je l'ai dit, n'est jamais écrit, qui eût pourtant donné un peu de hauteur (ou plutôt de profondeur) à cette enquête à ras de caniveau ou de front journalistique, c'est tout un.

Notes
* Afin de prévenir tout faux procès, je tiens à préciser le fait suivant. En tant que membre du jury du Prix du Livre incorrect, j'ai demandé à ce que le livre de Laurent Obertone soit ajouté à notre liste d'ouvrages réputés peu orthodoxes. Ce qui a été fait, puisque c'est par ce biais que j'ai reçu, en service de presse, mon exemplaire du livre. Seules des considérations d'ordre logistique (en clair, l'impossibilité pour l'éditeur d'envoyer un exemplaire à chacun des membres composant notre jury) ont empêché que La France orange mécanique ne figure dans notre sélection.
(1) «Nous sommes dans une large mesure programmés pour agir. Pour survivre, par exemple. Mais nous avons aussi notre libre-arbitre, qui nous permet de nous opposer à notre programme, de nous inventer une morale, ou de nous suicider» (p. 95).
(2) «Les actions présentées comme «désintéressées» sont un miroir aux alouettes. L'altruisme au-delà du degré de parentèle est un égoïsme déguisé. Il est une expression de la compétition morale : je suis bon, j'aide les autres, on reconnaît que je suis bon, j'en tire un statut enviable, donc du pouvoir» (p. 113).
(3) Rappelons qu'Herbert Spencer fut le père du darwinisme social, puisqu'il appliqua la théorie évolutionniste de Darwin au champ de la société qu'il analysait comme un organisme vivant, les individus les plus faibles étant supplantés par les plus forts, donc, pour reprendre la distinction établie par Laurent Obertone, les sur-socialisés par les sous-soucialisés, les hommes par les bêtes.
(4) Peu nous chaut en effet, bien que je répète mon opposition de principe à l'utilisation de pseudonymes (y compris de vagues noms de plume pour d'aussi vagues écrivains sans livres), hormis, cela va de soi, pour des raisons de sécurité liées à la personne (ou à la famille de la personne). À ce titre, il est fort probable que Laurent Obertone soit confronté, depuis peu, à des menaces, réelles ou imaginaires, ce qui n'excuserait en rien ses déclarations passées, apparemment faites sous pseudonyme selon l'enquête rigoureuse (paraît-il) de Mediapart. L'auteur ayant réfuté ces allégations et n'ayant pour ma part aucun élément susceptible de le contredire, je n'ai strictement rien à ajouter sur ce sujet.
(5) Cette affirmation mériterait, à elle seule, une étude comparative, qui existe peut-être et que je ne connais pas. Pour ma part, seul m'éclairent les travaux d'un Jean Delumeau sur la peur au Moyen Âge, ainsi que de nombreuses lectures consacrées aux phénomènes, le plus souvent très violents, des bandes errantes obéissant à une inspiration apocalyptique ou millénariste.
(6) Comme par exemple la curieuse tirade concluant le septième chapitre, où l'auteur affirme que le rôle d'une police suréquipée et de plus en plus violemment attaquée par les voyous consiste, bien davantage que de faire respecter l'ordre dans des banlieues où l'ordre ne règne plus, à «prévenir toute vraie rébellion populaire» (p. 151, l'auteur souligne).
(7) Le livre de Laurent Obertone est une véritable jungle puisque, après les rhinocéros et les éléphants (clin d’œil évident aux caciques socialistes qui nous gouvernent) ou les bonobos, l'auteur évoque nos ancêtres directs : «Les policiers font-ils un travail de primates ? En quelque sorte. Selon une récente étude (Von Rohr et al.), la plupart des grands singes et macaques «feraient la police». Concrètement, ils prennent des risques pour interrompre les bagarres de leurs congénères, la plupart du temps en s'interposant physiquement entre les protagonistes» (p. 119). Une nouvelle fois, l'horizon intellectuel de l'auteur prête à caution, qui semble obsédé par une explication strictement mécaniciste, donc incomplète et fausse, des comportements humains. À la page 134, les délinquants qui mordent des représentants des forces de l'ordre sont implicitement comparés à des chiens, classés «par catégorie de dangerosité», ceux qui mordent étant, on s'en doute, euthanasiés. À la page 318, ce sont les fourmis qui sont convoquées par Obertone, l'organisation des fourmilières pouvant servir à comprendre celle des groupes d'individus violents.
(8) Voir ainsi l'explication que donne l'auteur sur l'interdiction biologique du viol au sein du groupe, cf. p. 161.
(9) «D'un point de vue évolutif, la justice est le grand ordonnateur de l'altruisme réciproque (Wright)», p. 160. Ailleurs (cf. p. 319), l'auteur évoque la criminalité comme «élément de la sous-adaptation» ou sous-socialisation (cf. p. 334).
(10) Didier Fassin, anthropologue, est cité, mais pour établir le ridicule de ses assertions concernant une sur-représentation des Blancs dans les rangs de la police, qu'il faudrait, bien évidemment selon cet auteur, corriger au plus vite (cf. p. 328). C'est à la même page que Laurent Obertone, pour la moquer puisqu'elle concerne selon ses dires le camp des «progressistes», fustige un «désir d'homogénéité raciale» (l'auteur souligne).
(11) Voir le passage concernant le daltonisme dont seraient atteints «la plupart des antiracistes» (p. 263), image évoquée de nouveau p. 283. Nous pourrions encore indiquer le cas du vocabulaire propre au registre de l'épidémiologie : «Dans une société normale, c'est-à-dire avec des défenses immunitaires, la masse des sous-adaptés est limitée parce que la société la rejette et lui mène la vie dure [...]», p. 339.
(12) Laurent Obertone analyse l'idéologie dominante dans les médias dans le troisième chapitre (intitulé La morale contre la réalité) qui se contente de répéter ce qu'une multitude d'ouvrages ont préalablement affirmé, études comparatives à l'appui, comme celui de Jean-Pierre Tailleur, Bévues de presse, auquel je fis dans la Zone la publicité qu'il méritait, évoquant longuement la question du maljournalisme. Ma propre expérience, au Celsa, ne peut que conforter les observations de Laurent Obertone. J'ajouterai à son analyse l'extraordinaire inculture de la majorité de nos intervenants, puisque ce terme était préféré à celui de professeur par les intéressés eux-mêmes.
(13) Uwe Pörksen, Plastikwörter. Die Sprache einer internationalen Diktattur (Stuttgart, 1992), un titre pour le moins éloquent qui ne nécessite point une grande connaissance de la langue allemande !
(14) Remarquons ainsi que, en 2008, 44 % des Européens estiment que les immigrés apportent beaucoup à leur pays d'accueil. 47 % pensent exactement le contraire, selon l'Eurobaromètre 69 publié au printemps 2008 et consacré aux valeurs des Européens.
(15) On estime en France, en 1999, à 23 % le nombre de citoyens ayant un parent ou un aïeul immigré (voir M. Tribalat, Une estimation des populations d'origine étrangère en France en 1999, in Population, 2004, n°1), soit 14 millions de Français. Entre 1999 et 2005, c'est un million d'étrangers qui ont reçu la nationalité française selon les chiffres de l'INSEE, cette proportion s'établissant, pour les dernières années, à une moyenne de moins de 150 000 personnes par an.
(16) Sur proposition d'un tribun du peuple du nom de Caïus Papius. Rappelons que cette loi, dont les effets sont peu connus des spécialists (cf. D. Noy, Foreigners at Rome. Citizens and Strangers, London, 2000, pp. 37-47), a été vivement critiquée, par exemple par Cicéron.
(17) Rappelons que c'est le grand historien Arnold J. Toynbee qui a écrit ces mots fameux : «Civilizations die from suicide, not by murder».
(18) C'est l'hypothèse que développe, dans un ouvrage aussi intéressant que documenté, David Engels : Le Déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Éditions du Toucan, 2013).
(19) À propos du Testament de l'orange et de La folle semence.
(20) Lequel procède du reste à l'invention d'un véritable langage argotique, propre selon Burgess à l'ultra-violence.

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