22/05/2007

Ils veulent défaire la France : dialogue à trois voix

Raphaël Dargent, Ils veulent défaire la France aux éditions L'Âge d'Homme



Voici un très beau dialogue à (pourtant) trois voix réunissant Francis Moury et Germain Souchet, deux des zonards les plus connus de mes lecteurs, dont le sujet est le premier essai de Raphaël Dargent, intitulé Ils veulent défaire la france, publié par les éditions L'Âge d'Homme.

Excellente lecture de ce long et passionnant entretien qui à sa façon donne une réponse a une question qui m'a été naguère posée.
Car, loin de tout sarkozisme impénitent pour lequel je n'ai bien évidemment aucun goût, cet entretien, que j'ai voulu aussi franc que possible (il a d'ailleurs failli, lors de tel passage que tout lecteur repérera assez vite, se terminer fort brutalement), apporte au débat politique de grande qualité le point de vue, sans la moindre concession, de Raphaël Dargent.

Francis Moury

Est-ce que la victoire relativement massive de Nicolas Sarkozy signe la perte d'influence, voire la mort avérée (momentanée ou définitive ?) du gaullisme social dans la vie politique française ?
Gaullisme social que vous avez, dans votre livre, désigné comme la formule synthétique d'une politique authentiquement juste. Et juste de deux manières : juste à l'échelle géopolitique nationale, européenne, mondiale et juste à l'échelle historique de la pure histoire de France.

Raphaël Dargent

Avant d'entrer dans le vif de votre question, une remarque liminaire, cher Francis : vous parlez de «gaullisme social». Qu'est-ce donc que le gaullisme social ? Pour ma part, je ne le sais pas et à aucun endroit dans mon ouvrage je ne parle de gaullisme social.

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11/03/2007

L'imposture chiraquienne : entretien entre Jean Charbonnel et Raphaël Dargent

Photographie de Damien Lafargue


Jacques Chirac, dans un discours d'une platitude consommée alignant tous les poncifs qu'il nous ressert (désormais, nous écrirons : qu'il nous aura resservis) depuis des années, annonce qu'il servira la France autrement, sans doute en paradant sur toutes les estrades des non-alignés exécrant l'ogre nord-américain. Il est vrai que, n'étant plus guère, sans doute à force de voyager à nos frais, vraiment au courant de la situation calamiteuse de notre pays (menace de libanisation accélérée, haine inouïe de Français pour la France, tropisme progressiste et bienveillant d'une festivité citoyennement responsable, honte perpétuelle d'un passé de grandeur, repentance systématique, même pour des crimes imaginaires, arrachage transgénique de nos racines judéo-chrétiennes : quelques exemples seulement, comme autant de moucherons écrasés sur ce phare universel qu'est la France), il est donc vrai que Chirac devient ipso facto citoyen du monde, prêt donc à se dissoudre dans la mélasse doucereuse du métissage éth(n)iquement reponsable...
Bon débarras, en espérant que ce rebut ne soit pas encore immédiatement recyclable...
En espérant aussi, à l'inverse de ce qu'a l'air de penser Le Figaro dans l'un de ses ridicules sondages, que peu de mes lecteurs oseront encore affirmer qu'il est ou plutôt était, ce président universel de la France moribonde, le dernier représentant du gaullisme.

Je remercie vivement Raphaël Dargent, directeur de l'intelligente et fière revue Libres (dont la quatrième livraison, outre les articles de mes amis Jean-Gérard Lapacherie et Francis Moury, évoque une question pour le moins d'actualité : quel homme politique peut encore oser se prétendre gaulliste ?) et animateur du site Jeune France, de m'avoir autorisé à reproduire cet excellent entretien avec Jean Charbonnel, ancien ministre du général de Gaulle.

medium_Libres4.JPG.jpgRaphaël Dargent – Dans le dernier chapitre de votre ouvrage Le gaullisme en questions, vous épinglez Jacques Chirac en citant Chateaubriand : «L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime». On est bien d’accord : le «chiraquisme» n’a rien a voir avec le gaullisme ? D’ailleurs, qu’est-ce que le «chiraquisme» ?

Jean Charbonnel – Non seulement dans le livre que vous voulez bien citer mais aussi dans tous ceux que j’ai écrits après 1976, j’ai en effet constaté, d’abord avec peine puis avec une indignation croissante, à quel point M. Chirac s’éloignait de l’héritage du général de Gaulle sur lequel il avait pourtant fondé le début de son engagement politique, et de sa carrière. Non seulement il ne s’en cache plus aujourd’hui mais il se permet de critiquer la conception du référendum qu’avait le Général, qu’il confond avec la pratique bonapartiste du plébiscite.
Mais qu’est-ce que ce «chiraquisme»… si tant est que l’Histoire retienne le mot et la chose ? C’est, je crois, une utilisation abâtardie de ce qui fut le gaullisme politique, ainsi réduit à un opportunisme à la petite semaine, qualifié, à temps et à contretemps, de pragmatisme. Je pense que la sévère citation de Chateaubriand que vous rappelez s’applique parfaitement à la situation actuelle, après qu’ait été liquidée, avec un cynisme tranquille, ce qui fut une grande idée et une chance majeure pour la France.
Tant il est vrai que le gaullisme ne se présume pas en gestes et en paroles mais se prouve dans l’action. Et il ne suffit pas, pour y parvenir, de se recueillir périodiquement avec componction au pied de la statue de l’homme dont on a trahi, sans scrupule, le message.

Raphaël Dargent – Comment comprendre alors qu’un certain nombre de journalistes continuent à qualifier l’UMP et son président – pourtant très libéral – de gaulliste ? Comment comprendre aussi qu’un certain nombre d’élus UMP continuent à se référer au général de Gaulle ?

Jean Charbonnel – Le comportement des journalistes que vous signalez à juste titre provient soit d’une pure et simple ignorance soit d’une inclination perverse à réduire le gaullisme à ce qui n’en est plus qu’une caricature. Aussi avons-nous l’impérieux devoir de rétablir en toute circonstance la vérité de l’Histoire, en utilisant ce qui doit être notre arme absolue, c’est-à-dire en invitant chacun, qu’il soit de bonne ou de mauvaise foi, à lire De Gaulle dans ses Mémoires, ses Discours et messages, ses Lettres, notes et carnets. Les jeunes journalistes, qui n’ont pas vécu la période de ses grands combats, de 1940 à 1970, auraient, en particulier, beaucoup d’informations et de leçons à y prendre.
Quant aux élus de l’UMP qui continuent, notamment au cercle «Debout la République», à se référer au gaullisme, je ne mets pas en doute leur honnêteté ni leur sincérité. Je souhaite seulement les inviter, eux aussi, à une réflexion attentive sur le gaullisme authentique, ce qui leur permettra de constater que sa volonté de rassembler les Français allait bien au-delà des frontières des partis, quels qu’ils soient : ces élus et militants devraient s’efforcer d’en faire autant. Le gaullisme ne se limite pas à la droite.

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20/01/2007

Aux origines du gaullisme : note sur le personnalisme d'Emmanuel Mounier, par Francis Moury

Emmanuel Mounier


Cet article de Francis Moury a paru dans une version quelque peu écourtée et amputée de sa bibliographie sommaire dans la revue de Raphaël Dargent, Libres – La Revue de la pensée française n°4, spécial Vrais et/ou faux gaullistes (éditions François-Xavier de Guibert, novembre 2006, pp. 169-171), sous le titre Emmanuel Mounier, philosophe français 1905-1950. Je remercie une nouvelle fois Raphaël Dargent de m'avoir autorisé à reproduire un article ayant paru dans sa revue.
Dernière précision : il va de soi que ce texte peut être légitimement lu comme un complément à l'entretien, précédemment paru dans la Zone, entre Jean Charbonnel et Raphaël Dargent sur la question du chiraquisme.

«Quand nous disons que la personne est en quelque manière un absolu, nous ne disons pas qu’elle est l’Absolu; encore moins proclamons-nous, avec les Droits de l’homme, l’absolu de l’individu juridique.»
Emmanuel Mounier, Révolution personnaliste et communautaire, Aubier, 1935, p. 65.

«On ne saurait se dissimuler le caractère global de la réaction existentialiste. Chrétienne ou athée, elle marque un retour du religieux dans un monde qui a tenté de se constituer dans le pur manifeste. […] Le rationalisme occidental garde un message vivant à entretenir dans le monde : l’existentialisme, s’il échappe à ce baroquisme de l’indigence spirituelle où certains semblent le pousser, s’il rédécouvre sans jeu de mots la plénitude de l’existence, peut en renouveler le visage et l’esprit devant les continents qui déjà s’avancent vers nous avec leurs richesses énormes, et leur dédain.»
Emmanuel Mounier, Introduction aux existentialismes, Denoël, 1947, pp. 154-156.

«L’idée de liberté et l’idée de personne sont au centre de la philosophie française. […] Nous pourrons dire que si la philosophie de Lachelier, de Boutroux, de Renouvier et de Hamelin, de Bergson s’achève par l’idée de la personne, la philosophie de Descartes s’ouvre par elle.»
Jean Wahl, Tableau de la philosophie française, Gallimard, coll. Idées, 1962, pp. 141-142.


Il semble que la revue Esprit qu’il fonda en 1932 ait survécu à la pensée strictement philosophique d’Emmanuel Mounier. Il convient donc de revenir à la source pour rétablir une perspective correcte.

Son premier livre, co-rédigé mais déjà personnel, consacré à La pensée de Charles Péguy (1931) annonçait en germe son développement. Mais ni Révolution personnaliste et communautaire (1935) ni De la propriété capitaliste à la propriété humaine (1936) ne furent considérés comme dignes d’être seulement mentionnés dans les manuels scolaires de philosophie des années 1940 qui étaient en général au courant de la dernière évolution de la pensée française : pas un mot sur Mounier chez les pourtant très complets et honnêtes Paul Foulquié (1938) ou Armand Cuvillier (1942) ! Si Mounier n’est naturellement pas cité dans la première édition (1932) de la monumentale Histoire de la philosophie d’Émile Bréhier (1876-1952), il ne sera pas intégré pour autant dans les éditions suivantes parues du vivant de Bréhier qui néglige totalement Mounier dans son ultime ouvrage : Les thèmes actuels de la philosophie (1951). Même chose pour Jean Wahl qui ne lui consacre pas une ligne dans l’édition originale de son Tableau de la philosophie française (1946) ni dans sa réédition de 1962 alors que certains développements faisaient attendre qu’on citât son nom. Mounier n’est tout simplement pas considéré par l’Université française de son temps comme un philosophe digne d’être cité. C’est l’Anthologie philosophique de Léon-Louis Grateloup (1974) qui va lui rendre les honneurs scolaires au chapitre intitulé La personne (correspondant au nouveau programme des classes terminales) et comprenant deux extraits et une introduction critique. En revanche, le manuel clairement orienté «pensée 68» d’André Le Gall, Textes nouveaux pour une philosophie nouvelle (1973) ne lui consacre pas une seule page alors que Deleuze, Foucault et consorts s’en voient consacrer des dizaines ! Du point de vue universitaire, c’est Jean Lacroix qui lui consacre enfin quelques belles et claires pages dans les années 1960-1970. Le décalage chronologique de la reconnaissance de Mounier «penseur» par rapport au Mounier «intellectuel politique» est donc patent et rétrospectivement étrange.
C’est que politiquement Mounier est un peu trop équilibré et que philosophiquement il n’est pas original : on ne lui pardonne le premier trait ni à gauche ni à droite; on le méprise cordialement dans les cercles universitaires en raison du second.
Fils de paysans grenoblois, agrégé de philosophie, Emmanuel Mounier fut d’abord l’ami du thomiste Jacques Maritain qui publiera son premier livre de 1931 dans la collection Le Roseau d’or qu’il dirigeait chez Plon. Mounier refuse l’individualisme libéral autant que le collectivisme fasciste comme communiste : c’est d’abord un rationaliste catholique. Esprit est interdit en 1941 après avoir désavoué le statut imposé aux Juifs par le Régime de Vichy, sous couvert d’un article consacré à… Péguy. On refuse à Mounier l’accès à l’École des cadres d’Uriage; on l’exclut du mouvement culturel Jeune France qu’il animait; enfin ses contacts avec le directeur du journal Combat lui valent d’être emprisonné en 1942. Il est acquitté mais se rallie décidément à la Résistance et passe dans la clandestinité. L’après-guerre sera naturellement pour lui comme pour Esprit une période de gloire mondaine et d’influence politique. Il œuvre en faveur de la réconciliation avec l’Allemagne. Il est d’abord compagnon de route des communistes mais s’en détache dès novembre 1949. Dès lors, il se «recentre», comme on dit, même si sa revue connaît, pour sa part, une toute autre évolution.
Mounier déclarait que l’événement «était son maître intérieur». Il n’a pas abdiqué pour autant son ambition philosophique. Pendant sa période résistante, il s’intéressait à la psychologie et à la caractérologie mais les travaux plus assidus de Le Senne dans la même direction éclipsèrent évidemment les siens. Après 1945, Mounier écrit, en partie peut-être à l’usage de son prestigieux «transfuge» Maurice Merleau-Ponty passé, comme on sait, d’Esprit aux Temps Modernes dirigés par Jean-Paul Sartre, une Introduction aux existentialismes (1947) et un volume de la collection Que-sais-je ? sur Le personnalisme (1949) dans lesquels il se revendique haut et fort héritier de Kierkegaard et Gabriel Marcel bien davantage que de Hegel, Husserl ou Heidegger, à la différence de Sartre. Dans ces deux ouvrages, il affirme clairement et distinctement que son personnalisme est métaphysiquement issu d’un existentialisme chrétien dont il s’attache à préciser les origines et l’évolution.
Il faut absolument tenter de se procurer l’édition originale de son Introduction aux existentialismes car la page 11 est illustrée d’un magnifique «Arbre des existentialismes» probablement dessiné par Mounier lui-même et dont les racines remontent à Socrate, aux stoïciens, à saint Augustin et saint Bernard. L’amorce du tronc est constituée par Pascal et Maine de Biran puis le tronc lui-même par Kierkegaard. Le sommet du tronc est la phénoménologie husserlienne. La branche gauche est Sartre précédé par Heidegger et Nietzsche; la branche droite est celle du personnalisme de Mounier, située entre celles de Karl Jaspers et de Gabriel Marcel. Entre ces deux branches extrêmes, et en faisant courir son regard de droite à gauche, on constate que Mounier a réparti harmonieusement ses autres sources spirituelles : Vladimir Soloviev, Léon Chestov, Nicolas Berdaieff, Martin Buber, Karl Barth, Max Scheler, Herrad von Landsberg, Henri Bergson, Maurice Blondel, Lucien Laberthonnière. Trois ans avant sa mort, Mounier s’était donc soigneusement situé dans l’histoire de la philosophie française comme dans l’histoire de la philosophie occidentale. Pourtant c’est paradoxalement de la philosophie pratique de Kant qu’un interprète comme Grateloup fera dériver son intuition métaphysique fondatrice, en particulier de la seconde maxime de l’impératif catégorique qui exige que l’on traite les personnes comme des fins. Et Grateloup de citer à juste titre un illustre intermédiaire entre Kant et Mounier, nous voulons parler de Charles Renouvier, fondateur du criticisme et condisciple à Polytechnique du génial philosophe Jules Lequier. Dans les années 1950, Lucien Sève tenta de tirer le personnalisme dans le sens du marxisme : tentative absurde, typique du climat de cette époque.
Parmi les hommes politiques qui furent ses contemporains, c’est en fait Charles de Gaulle qui l’a lu le plus attentivement. L’idée gaullienne de la participation est directement inspirée du texte mounien de 1936. En outre, le parcours individuel comme politique et spirituel de Mounier ressemblait au sien : il pouvait sembler au Général de Gaulle qu’ils avaient été nourris tous deux aux mêmes sources, avaient traversé les mêmes épreuves, en avaient tiré les mêmes leçons.

Bibliographie
1) Œuvres d’Emmanuel Mounier (sauf indication contraire, la ville d'édition est toujours Paris)
- La pensée de Charles Péguy, éd. Plon, coll. Le Roseau d’or, 1931.
- Révolution personnaliste et communautaire, éd. Aubier, 1935.
- De la propriété capitaliste à la propriété humaine, éd. Desclée de Brouwer, coll. Questions disputées, 1936.
- Manifeste au service du Personnalisme, éd. Montaigne, 1936.
- L’Affrontement chrétien, éd. La Baconnière, Neuchâtel 1944-1945.
- Montalembert – Morceaux choisis, éd. Luf, Fribourg, 1945.
- Liberté sous condition, éd. du Seuil, 1946.
- Traité du caractère, éd. du Seuil, 1946.
- Qu’est-ce que le personnalisme ?, éd. du Seuil, 1947.
- Introduction aux existentialismes, éd. Denoël, 1947 (rééd. 1960)
- La petite peur du XXe siècle, éd. La Baconnière, Neuchâtel 1948.
- Le personnalisme, éd. P.U.F., coll. Que-sais-je ? n°395, 1949.
- Feu la chrétienté, 1950.
- Œuvres, éd. du Seuil, Paris 1961-1963 divisées en 4 volumes.
2) Études sur sa pensée
Son meilleur exégète universitaire demeure Jean Lacroix qui le rencontre dès 1928 et avec qui il fonde Esprit :
- Jean Lacroix, Vocation personnelle et tradition nationale, éd. Bloud & Gay, coll. La Nouvelle journée, 1942 : le nom de Mounier n’y est, sauf erreur, pas mentionné mais le chapitre final de conclusion, après des études très suggestives sur Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Auguste Comte et Charles Renouvier, s’intitule tout de même Personne et personnalisme.
- Jean Lacroix, Personne et amour, éd. du Livre Français, coll. Construire, 1942 puis réédition revue et augmentée aux éd. du Seuil, 1955.
- Jean Lacroix, Marxisme, existentialisme, personnalisme – Présence de l’éternité dans le temps, 7e éd. P.U.F., coll. B.P.C., 1949.
- Jean Lacroix, Le personnalisme comme anti-idéologie, éd. P.U.F., coll. SUP n°105, 1972.
On peut également consulter :
- le numéro spécial de la revue Esprit en hommage à Mounier, 1950, contenant des textes d’H.-I. Marrou, F. Goguel, P. Fraisse, P. Ricoeur, P.-A. Touchard, etc.
- le volume collectif Mounier et sa génération – Lettres, carnets et inédits 1956.
- J. Calbrette, Mounier le mauvais esprit, 1957.


Version revue, corrigée et augmentée le lundi 15 janvier 2007.