09/06/2009

Paul Gadenne l'oublié

Crédits photographiques : Saif Dahlah (AFP/Getty Images.

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01/11/2008

Méridien de sang de Cormac McCarthy, 3



Au fond, le reproche essentiel que j'adresse à l'étude de Florence Stricker consacrée à Méridien de sang tient en peu de mots : sous prétexte de privilégier ce que le romancier nomme étrangement une «démocratie optique» (1), Stricker fait fi d'une dimension pourtant absolument essentielle de notre roman et, sans aucun doute, du dernier livre de McCarthy, La Route, n'en déplaise à ceux qui n'ont guère compris, comme Ygor Yanka dans une note cependant intéressante, son sens éminemment parabolique (donc, théoriquement : obvie) et à ceux, encore plus nombreux, taupes privées de vision qui, ayant tout de même quelque peu flairé ce point qui les incommode, ont immédiatement appliqué aux conceptions de McCarthy l'épithète infamante de réactionnaire.
Cette dimension, déposée comme une couche épaisse de sédiments dans chacun des romans de McCarthy (singulièrement depuis Suttree datant de 1979), est celle qui consiste à se nourrir de la tradition, à puiser dans les livres les éléments, quitte, bien évidemment, à les modifier et les critiquer, y compris de façon extrême selon l'exigence exprimée par Harold Bloom (2), que l'on s'apprête à inclure dans les livres que l'on va écrire. Un grand auteur est d'abord cela, une chose de plus en plus rare en notre époque de démocratie médiatique : un grand lecteur, c'est-à-dire un homme qui tente de conserver les traces d'un passé (3) certes reçu mais qu'il faut, à tout prix, essayer de se réapproprier, s'il est vrai que ce qu'il est convenu d'appeler un livre classique (le Moby Dick de Melville aux yeux de McCarthy) tient sa légitimité du futur, des cohortes de lecteurs à venir plutôt que d'un passé sclérosé qu'il débordera de toutes parts.

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