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05/11/2008

Victoire des démocrates aux Midterm Elections : analyse et perspectives, par Germain Souchet

George W. Bush


Le 25 décembre 2006, je mettais en ligne cette excellente analyse de la situation politique aux États-Unis rédigée par Germain Souchet. Plutôt que de nous extasier avec les ânes médiatiques devant la nouvelle quasi sainte icône noire, pardon, blanche, enfin... métis (alors que Barack Obama, lui-même, s'est toujours présenté en tant que l'Américain le plus capable de diriger son pays, assertion qui, pour le moment, n'est rien de plus qu'un slogan de campagne), voici quelques lignes aussi claires qu'intelligentes nuançant pour le moins les propos lus, ces derniers temps, dans la presse française, on le sait la meilleure du monde et surtout, la plus détachée de toute ridicule partialité.

Mardi 7 novembre 2006, le mardi suivant le premier lundi du mois, conformément à la coutume, les électeurs américains étaient appelés à élire le 110e Congrès de l’histoire des États-Unis, en renouvelant entièrement la Chambre des représentants (élue pour deux ans) et un tiers du Sénat (les sénateurs étant élus pour six ans).
Les résultats sont clairs : les démocrates ont remporté une large victoire, s’emparant des deux chambres du Congrès pour la première fois depuis 1994. Naturellement, les médias gauchisants (pléonasme) français ont tôt fait de se féliciter et n’ont eu de cesse, depuis lors, de cracher leur haine à l’encontre du président Bush. «Bush désavoué», «la défaite totale de Bush», une victoire «historique» des démocrates ouvrant la voie à un «changement de politique profond» de la part de la première puissance mondiale, tels ont été les principaux slogans répétés en boucle à la radio et à la télévision. Sur Internet, le ton était encore plus irrévérencieux, Yahoo ! France intitulant son dossier spécial «Ze big défaite» (sic) et Orange Infos nous apprenant «qu’après les résultats, un nouveau mot [apparaissait] dans la langue de Bush : cohabitation».


On ne pouvait évidemment guère attendre d’impartialité de la part des médias français qui, depuis six ans, font passer le président des États-Unis pour un sombre crétin, relayant sans cesse l’idée qu’il n’y aurait, au fond, pas de différence entre le comportement des troupes américaines en Irak et le régime de Saddam Hussein, et qu’il serait donc immoral ne serait-ce que de serrer la main de George W. Bush (1), principal danger pour la paix et la sécurité du monde. Néanmoins, dans une démocratie prétendument avancée, il est choquant de constater que le «quatrième pouvoir» est passé maître dans l’art de la désinformation, déformant la réalité et présentant les faits de manière biaisée, au service d’une pensée unique si souvent dénoncée mais ô combien pesante au quotidien.
En effet, une analyse un tant soit peu plus objective et plus poussée aurait mené à nuancer le compte rendu de ces élections. Si la défaite des républicains est incontestable, elle n’est pas réellement historique et ne peut être imputée au seul président. Par ailleurs, la victoire des démocrates ne dénote pas nécessairement une adhésion des Américains à leur projet, dans la mesure où celui-ci est quasiment inexistant. Enfin, si en apparence le président Bush se retrouve dans une situation délicate, la conjoncture politique particulière aux États-Unis pourrait lui donner l’occasion de rebondir et de terminer son deuxième mandat de manière très positive, ouvrant la voie à un succès républicain en 2008.

Une véritable «vague bleue (2)»

Après douze années passées dans l’opposition, les démocrates reviennent cette fois en force au Congrès. Alors qu’ils ne disposaient que de 201 représentants dans le 109e Congrès, élu en 2004, contre 232 pour les républicains, la proportion s’est totalement inversée. Le parti de l’âne disposera de 233 sièges contre 202 pour le parti de l’éléphant. La majorité, néanmoins, n’est pas écrasante : les démocrates disposent d’un peu moins de 54% des voix à la Chambre, loin des 60% (261 sièges) nécessaires pour surmonter un éventuel veto présidentiel.
Surtout que leur majorité au Sénat est encore plus limitée : avec 49 sièges, ils sont à égalité avec les républicains et ne doivent le contrôle de la chambre haute qu’au soutien annoncé de deux candidats indépendants, dont le populaire sénateur du Connecticut Joe Liebermann, pourtant écarté par son parti lors des primaires de l’été dernier, mais largement réélu dans son État (3). Les démocrates ne peuvent donc compter que sur 51 voix, et encore, le vote de M. Liebermann ne leur sera pas systématiquement acquis, ce dernier étant célèbre pour ses positions centristes – il n’est pas rare qu’il vote avec le camp adverse – et ayant fait connaître son intention de «construire des ponts» entre les deux partis. Le dimanche 12 novembre, il a même laissé entendre qu’il pourrait, en dernier recours, se rallier aux républicains si les démocrates ne restaient pas au centre de l’échiquier politique et se laissaient tenter par une attitude revancharde à l’encontre de ceux qui les ont si longtemps tenus éloignés du pouvoir (4).
Néanmoins, le succès des démocrates au Sénat est réel, leur gain net étant de six sièges par rapport au 109e Congrès : en d’autres termes, pour conquérir la majorité, aucun sénateur démocrate sortant n’a été battu, tandis que six candidats républicains perdaient leur siège, parfois d’extrême justesse il est vrai.
Si on ajoute à ces résultats la très bonne prestation du parti démocrate dans les élections des gouverneurs, qui ont également vu le partage des États entre «rouges» et «bleus» s’inverser (28 contre 22), il est légitime de parler de «vague bleue» comparable, par son ampleur, au succès des républicains en 1994, année qui les avait vu, de la même façon, reprendre le contrôle des deux chambres et obtenir la majorité des postes de gouverneurs.

Un succès qui doit pourtant être relativisé

Pour autant, toute comparaison avec 1994 s’arrête là. Les médias ont tort de parler de succès historique des démocrates, dans la mesure où, de l’après-guerre à 1995, ils ont contrôlé les deux chambres du Congrès pendant 40 ans – et la seule Chambre des représentants pendant 46 ans (5) – à tel point que l’on se demandait si les républicains seraient un jour capables d’inverser cette tendance lourde. De fait, c’est bien la victoire de 1994 qui apparaît comme historique, mettant fin à quarante années consécutives de contrôle démocrate de la chambre basse et à huit ans de règne du parti de l’âne au Sénat (6). Le contrôle quasi continu du Congrès par les républicains depuis 1994 (à l’exception d’une période de 19 mois, au début de la présidence de George W. Bush, pendant laquelle le Sénat était repassé aux mains des démocrates, en raison de la défection d’un sénateur du GOP) fait donc encore figure d’exception. Il faudra attendre quelques années et analyser les résultats des élections présidentielle et législatives suivantes pour pouvoir dire avec certitude si la défaite des «rouges» en 2006 était conjoncturelle, si elle mettait un terme à une parenthèse historique, ou si elle marquait l’apparition d’une alternance plus fréquente à Washington D.C. Pour ma part, et je vais tenter de le montrer, je pense que le GOP est, à l’heure actuelle, structurellement plus fort que le Parti démocrate et que ces «Midterm Elections» constituent plus une sanction ponctuelle des républicains qu’une véritable adhésion aux idées – si tant est qu’ils en aient – de leurs adversaires.
En effet, en 1994, le succès du GOP, emmené alors par le charismatique Newt Gingrich, s’était appuyé sur un projet neuf et porteur, le fameux «contrat avec l’Amérique» («Contract with America»), proposant une véritable révolution conservatrice aux électeurs : baisses d’impôts, retour rapide à l’équilibre budgétaire, réforme de l’État – comprendre réduction du «Big Government», selon l’expression consacrée – et réforme du système de protection sociale hérité du New Deal et du Fair Deal de Roosevelt et de Truman, construit quarante ans plus tôt. Si beaucoup de propositions reprenaient des idées avancées par Ronald Reagan dans son discours sur l’État de l’Union de 1985, la vraie nouveauté résidait dans le fait que, pour la première fois, un parti s’engageait sur un programme de réformes précises à mener dans les quatre années à venir, donnant ainsi une visibilité nationale réelle à ces élections législatives.
Or, rien de tel n’est observable dans le succès des démocrates en 2006. S’ils ont su se mettre d’accord sur quelques propositions – augmentation immédiate du salaire minimum, bloqué depuis dix ans, volonté d’autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires (7), par exemple –, le reste de leur campagne s’est davantage axé sur des slogans voire des imprécations – changement de cap en Irak, démission de Donald Rumsfeld, rétablissement de l’éthique politique au Congrès – que sur un programme précis. Tentant de masquer leurs divergences, et même les profondes fractures idéologiques qui les divisent, les démocrates ont essentiellement bâti leur victoire sur la critique frontale de l’administration Bush, et ont su tirer profit des scandales financiers et sexuels qui n’ont cessé de secouer le 109e Congrès, de ses débuts jusqu’à sa toute fin (8).
En conséquence, et les médias américains – devrais-je dire la presse du monde libre ? – le confirment, les élections de 2006 doivent davantage être analysées comme un rejet du GOP que comme un véritable plébiscite en faveur des démocrates. Est-ce à dire que les électeurs ont principalement cherché à sanctionner le président Bush ? Oui et non. S’il est vrai que son taux de popularité est assez faible (tournant constamment depuis un an entre 35 et 40% d’opinions favorables), on peut néanmoins douter de la fiabilité d’un tel indicateur qui était loin de lui être favorable pendant la campagne de 2004… à tel point que tous les instituts de sondage le donnaient perdant contre John Kerry jusqu’à la veille de l’élection. Avec le résultat final que l’on sait. En réalité, c’est surtout sa gestion de la guerre en Irak qui est critiquée par les électeurs américains, 60% d’entre eux désapprouvant désormais ce conflit. L’économie restant au beau fixe (malgré les inquiétudes des économistes liées à la baisse des achats dans l’immobilier) avec un taux de chômage de 4,4%, soit son niveau le plus faible depuis mai 2001, et une croissance de près de 3% sur la dernière année (9), ce sont donc les sujets de politique étrangère qui ont, pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, miné la cote de popularité du «Chief Executive».
En dépit de ces mauvais chiffres, les études effectuées dans les derniers jours de la campagne de novembre 2006 ont montré que le marathon électoral du président Bush, principalement mené en terres républicaines afin d’éviter de mauvaises surprises, avait permis de mobiliser et de galvaniser les troupes du GOP, déjà presque résignées à concéder leur première défaite depuis la réélection de Bill Clinton en 1996. Il est donc fort probable que la campagne, certes un peu tardive, de «W», a contribué à limiter les pertes des républicains grâce à son incontestable charisme et sa manière unique de s’adresser directement aux électeurs.
Des sondages de sortie des urnes confirment par ailleurs, sous un autre angle, ce que je viens d’exposer : la principale raison avancée par les électeurs pour expliquer leur vote en faveur des démocrates est leur lassitude du Congrès républicain, de ses scandales et de son immobilisme au cours des derniers mois. La mauvaise gestion de la guerre en Irak n’arrive qu’en deuxième position et la volonté de sanctionner le président Bush en troisième (10). Même si, en homme politique honnête et digne, le président a partagé sa part de responsabilité dans la défaite du 7 novembre dernier, il serait donc totalement erroné de prétendre que les Américains n’ont voulu sanctionner que lui. Le «référendum contre Bush», présenté par les démocrates – c’est de bonne guerre, leur critique de Bush étant à peu près la seule chose qui les unisse –, mais surtout relayé par des médias aveuglés par leur haine du président américain relève donc, je le crains, plus du fantasme que de la réalité.

Les républicains et le président avaient l’Histoire contre eux

Autre élément à prendre en compte dans l’analyse des résultats électoraux : l’usure du pouvoir. N’oublions pas que George W. Bush a été élu président il y a déjà six ans. Son élection s’était alors faite sur le fil du rasoir, mais elle avait été confirmée par le joli succès remporté par le GOP deux ans plus tard, lors des «Midterm Elections» de 2002, au cours desquelles le président s’était personnellement investi dans la campagne et avait joué un rôle décisif dans la victoire de son parti.
Or, une telle victoire n’allait pas de soi. En effet, il est de règle que le parti du président recule aux élections de mi-mandat. Ce phénomène s’observe de manière quasi systématique depuis la fin de la seconde guerre mondiale : en 1946, les républicains arrachaient un Congrès pourtant bien ancré à gauche, au détriment du parti de Harry S. Truman. En 1950, les démocrates reculaient nettement, tout en conservant leur majorité, toujours sous la présidence de Truman. Alors que la victoire présidentielle d’Eisenhower s’était doublée d’une reconquête républicaine du Congrès, celui-ci était de nouveau perdu par le GOP en 1954. Je ne vais pas continuer cette énumération, car jusqu’en 1994, le phénomène s’est répété à l’identique, sous les présidences successives de Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush père et enfin de Bill Clinton. Ce n’est qu’en 1998 que, pour la première fois, les démocrates ont inversé la tendance, prenant quelques sièges à la Chambre des représentants à des républicains un peu discrédités par leur acharnement à vouloir faire tomber le président par le biais de la seule affaire Lewinsky. Encore faut-il souligner que les démocrates restaient minoritaires et que le recul républicain était très limité (-5 sièges à la Chambre, match nul au Sénat).
Dans ce contexte, la victoire du GOP en 2002, qui avait vu les républicains reprendre le contrôle du Sénat (+2 sièges) et augmenter de huit sièges leur majorité à la Chambre, était d’autant plus impressionnante. Contrairement à ce qu’on peut entendre en France, il semblerait bien que George W. Bush n’ait donc pas toujours été détesté par les électeurs américains. D’ailleurs, faut-il rappeler qu’il a été réélu triomphalement en 2004, avec 51% des voix contre 49% en faveur son adversaire John Kerry, devenant le premier président élu (ou réélu) avec la majorité absolue des suffrages exprimés au niveau national depuis son père en 1988 (11) ? Faut-il aussi rappeler que cette victoire l’a vu remporter le plus grand nombre de voix jamais portées sur un candidat à la présidence des États-Unis, 62 millions d’électeurs ayant voté pour lui, soit 3 millions de plus que pour John F. Kerry (59 millions), pulvérisant le record détenu par Ronald Reagan depuis 1984 (54,4 millions) (12) ?
Malgré son invincibilité électorale quasi légendaire – élu gouverneur du Texas en 1994 en battant facilement (53% contre 47%) le gouverneur démocrate sortant pourtant donné comme grandissime favori, Bush a été triomphalement réélu en 1998 avec 69% des voix, avant d’enchaîner les succès présidentiels, en 2000 et en 2004, et législatif en 2002 –, George W. Bush et son parti avaient cette fois l’usure du pouvoir et l’histoire des élections de mi-mandat contre eux. La défaite du GOP n’est donc pas vraiment une surprise si on fait l’effort de regarder quelques données statistiques objectives, au lieu de réduire le monde à une grille de lecture idéologique forcément simpliste. De fait, depuis la deuxième guerre mondiale, Bush apparaît comme un des présidents les mieux «lotis», ayant pu compter sur six années de majorité de son parti au Congrès. Il faut remonter aux administrations Kennedy et Johnson pour trouver huit années de pouvoir présidentiel de la même couleur politique que le Sénat et la Chambre des représentants (et encore, par la force des choses, cette équivalence a joué en faveur de deux présidents et non d’un seul). Seul Harry S. Truman a donc fait «aussi bien» que George W. Bush, avec six années de Congrès démocrate sur les huit ans de sa présidence, quand un président aussi populaire et aussi largement élu et réélu que Ronald Reagan a dû affronter huit années de contrôle démocrate sur la Chambre, ainsi que la perte du Sénat lors des dernières «Midterm Elections» de sa présidence. De la même façon, malgré une facile réélection en 1996, Bill Clinton n’a pas pu entraîner ses troupes vers la victoire et a dû composer pendant six ans avec un Congrès républicain, agressivement républicain, serais-je tenté de dire, ce qui n’a pas conduit à un blocage généralisé du pays.

Les deux partis ont intérêt à travailler main dans la main

Conscients que leur victoire reste fragile, les démocrates doivent impérativement renforcer leurs positions, à deux ans d’une des élections présidentielles les plus ouvertes depuis quatre-vingts ans. En effet, le président Bush ne pouvant se représenter – le XXIIe amendement de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels – et le vice-président Cheney ayant très clairement affirmé qu’il ne se présenterait pas (en faisant ce qui s’appelle un «Shermanesque Statement», ou déclaration définitive de non-candidature, en référence à un général de la guerre de Sécession), ni le président ni le vice-président sortants ne seront candidats à l’élection présidentielle, ce qui ne s’était plus vu depuis 1928 et l’élection du républicain Hoover, successeur du président Calvin Coolidge.
Cantonné dans l’opposition depuis douze ans et absent de la Maison Blanche depuis six ans, le parti de l’âne a donc dix-huit mois pour convaincre les électeurs qu’il est capable de gouverner l’Amérique et de succéder durablement aux républicains, ce qui n’est pas gagné d’avance. Je le disais précédemment : les démocrates ont en effet remporté ces élections sans proposer un programme clair aux Américains. Sur le principal sujet de discorde actuel, l’Irak, ils ne disposent d’aucun «plan B», pour reprendre une expression bien connue en Europe. Sur la guerre contre le terrorisme, ils doivent impérativement montrer qu’ils sauront se montrer à la hauteur des menaces pesant sur les États-Unis, alors que leur parti se déchire actuellement entre une aile pacifiste et isolationniste – incarnée, par exemple, par Howard Dean, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2004 et «président» du parti (13) – réclamant un retrait immédiat des troupes d’Irak et pensant assurer la sécurité des États-Unis et du monde libre en se désengageant des conflits mondiaux, et une aile plus réaliste, dont une représentante médiatique est Hillary Clinton, la populaire sénatrice de New York, facilement réélue, mais qui pourrait rencontrer des difficultés à gagner l’investiture de son parti si elle ne se démarquait pas clairement de la politique étrangère du président Bush. Par ailleurs, les démocrates doivent aussi asseoir leur crédibilité en matière économique : si les Américains sont, assez étrangement, peu satisfaits par l’actuelle politique économique – alors même, je le disais précédemment, que ses chiffres sont excellents –, les choses pourraient empirer avec la perspective d’un ralentissement progressif de la croissance dans les mois à venir, signe probable d’une fin de cycle précédant un nouveau départ. Les démocrates devront donc réussir à maintenir la solidité de l’économie, répondre aux attentes de leurs électeurs concernant le pouvoir d’achat et réduire le déficit, sans augmenter les impôts, ce qui serait très impopulaire, et sans mettre à mal une politique de l’emploi aux résultats brillants.
À l’inverse, le président Bush a également intérêt à coopérer avec les démocrates. Préoccupé, comme tout président en fin de deuxième mandat, par la trace qu’il laissera dans l’Histoire de son pays et du monde, il aura à cœur de quitter la Maison Blanche avec une perspective claire de sortie de crise en Irak, cette guerre masquant un bilan par ailleurs assez flatteur. Désireux de reprendre dès maintenant l’initiative, coupant l’herbe sous le pied des démocrates, et les obligeant ainsi à véritablement mettre les mains dans le cambouis – et non à se contenter de critiquer sans proposer d’alternative crédible –, il s’est d’ores et déjà séparé de Donald Rumsfeld pour le remplacer à la tête du Pentagone par l’ancien patron de la CIA. Une décision saluée deux jours plus tard par le chef d’Al-Qaïda en Irak, ironisant dans une vidéo sur «la fuite de Rumsfeld du champ de bataille», ce qui montre plus que jamais qu’un succès américain en Irak est une nécessité absolue dans la guerre contre le terrorisme.
Quoi qu’on ait pu penser des conditions dans lesquelles cette guerre avait été menée, on ne peut que reconnaître que le renversement et le jugement de Saddam Hussein (14), un des pires tyrans de la seconde moitié du XXe siècle, ainsi que la large participation des Irakiens aux différentes consultations électorales, malgré la multiplication des attentats, représentent des avancées notoires dans l’expansion de la démocratie dans le monde. On se doit également de prendre conscience qu’un retrait précipité des troupes américaines serait une erreur stratégique majeure, l’Irak étant devenu, de fait, un front visible dans la guerre contre le terrorisme, un front sur lequel une défaite – ou un retrait, qui serait assimilé comme tel – aurait des conséquences catastrophiques, comme le très probable retour d’attentats de grande ampleur aux États-Unis ou en Europe.
Le rapport récemment rendu par la commission bipartisane Baker-Hamilton devrait constituer une base de travail pour un infléchissement de la stratégie américaine en Irak. Néanmoins, le président, commandant en chef, gardera la haute main sur les décisions concernant les troupes et la stratégie militaire sur le terrain, et il est clair qu’il n’abandonnera pas, à juste titre, l’idée de se retirer sur une incontestable victoire américaine contre le terrorisme. D’ailleurs, le changement de stratégie pourrait ne pas être celui attendu par les médias européens : certaines voix commencent en effet à s’élever pour réclamer une augmentation de la présence militaire américaine en Irak, la doctrine Rumsfeld d’une armée légère, à géométrie variable et s’appuyant largement sur l’usage des nouvelles technologies ayant montré ses limites (15). L’autre solution, que les démocrates tenteront probablement de privilégier, consisterait à l’inverse à solliciter une plus grande implication des Européens, sans doute par le biais de l’OTAN, comme cela a déjà été fait en Afghanistan (16). Ainsi, au lieu de se complaire dans un triomphalisme arrogant, affiché notamment par une partie de la classe politique française, sur le thème assez ridicule du «on vous l’avez bien dit», il serait grand temps que l’Europe s’interroge sur sa capacité, mais aussi sur sa volonté réelle d’assumer le statut de puissance mondiale qu’elle revendique. Si elle se défile, les grands discours sur la nécessité d’un monde «multipolaire» apparaîtront brutalement comme de belles déclarations d’intention, incapables d’apporter une réponse crédible à la menace terroriste internationale, et confortant de fait les analyses géopolitiques de George W. Bush.
En politique intérieure, le président américain pourra aussi compter sur le soutien des démocrates sur deux sujets qui lui tiennent à cœur : l’adoption d’une réforme globale de la politique d’immigration – consistant à régulariser plusieurs millions de clandestins, tout en fermant la frontière avec le Mexique et en mettant en place un programme de travailleurs immigrés ou «Guest Workers Program» – et le renouvellement du «No Child left behind Act», la grande loi sur l’éducation adoptée lors de son premier mandat, et à l’époque défendue au Congrès par le très démocrate sénateur Ted Kennedy. Enfin, alors que les républicains avaient traîné les pieds pour réformer le système de retraites («Social Security») pourtant condamné à la banqueroute à l’horizon de vingt ou vingt-cinq ans, le président pourra faire pression sur les démocrates pour qu’ils agissent rapidement et courageusement sur ce sujet.
Contrairement aux apparences, le président ne sera en effet pas nécessairement en position de faiblesse dans le rapport de force qui l’opposera au Congrès. N’étant pas handicapé par la perspective d’une prochaine élection présidentielle, il aura toute latitude pour prendre des risques et inciter le législateur à se saisir de dossiers sensibles. Les démocrates, de leur côté, seront systématiquement confrontés à deux dangers : s’ils veulent à tout prix appliquer leur programme (bien flou, encore une fois), sans faire de concessions avec la Maison Blanche, ils risquent de se heurter au veto présidentiel qu’ils ne peuvent surmonter seuls, comme je le soulignais au tout début de cette analyse. Et s’ils agissent de concert avec le président, celui-ci pourra s’attribuer une part du mérite, notamment sur les sujets de politique intérieure que j’évoquais à l’instant (17).

Le GOP dispose de solides atouts pour l’élection de 2008

Les élections de mi-mandat passées, la course pour la présidentielle de 2008 est déjà lancée. D’autant que dans cette élection très ouverte (cf. supra), il va être important de se positionner rapidement en vu des primaires qui commenceront dès le mois de novembre 2007. Le gouverneur démocrate de l’Iowa a déjà annoncé officiellement sa candidature, tandis que le sénateur John McCain, battu lors des primaires du GOP par Bush en 2000, s’apprête à créer un «comité préparatoire», première étape vers une candidature (un tel comité permet en effet de lever des fonds servant à parcourir le pays à des fins électorales).
Malgré leur toute récente défaite, les républicains apparaissent pourtant en position de force structurelle pour l’échéance de 2008. En effet, en dehors du bourbier irakien, le bilan du président Bush est globalement flatteur et devrait permettre d’assurer un soutien de la base du GOP à son futur candidat. En politique intérieure, le président a en effet mené une politique économique très «reaganienne», avec des baisses d’impôts massives qui ont stimulé la consommation et permis au pays de surmonter le ralentissement économique de 2000 et 2001. Le taux de chômage est au plus bas et Bush ne s’opposera sans doute pas à un relèvement du salaire minimum par le Congrès, ce qui devrait permettre d’évacuer la question du pouvoir d’achat des prochaines élections. Le président peut également se targuer d’avoir été le premier homme d’État américain à mener une réforme du système Medicare depuis trente ans, n’hésitant pas, en pragmatique qu’il est, à augmenter considérablement les financements publics de l’assurance maladie des personnes âgées. De même, son «No Child left behind Act», même s’il ne fait pas l’unanimité, constitue la première réforme d’ampleur du système scolaire aux États-Unis, prenant pour modèle l’action très positive qu’il avait menée en tant que gouverneur du Texas dans le domaine de l’éducation. Ses grands principes sont la généralisation de tests fédéraux sur le niveau des élèves, un contrôle de l’efficacité des établissements d’enseignement, et la possibilité de choisir entre une école publique et une école privée, grâce au système des «vouchers» (sortes de «chèques-éducation» remis aux parents et qui servent à financer les écoles en lieu et place d’un versement automatique de crédits budgétaires fédéraux). Enfin, lors de son dernier discours sur l’État de l’Union, en janvier 2006, George W. Bush, rompant avec la stratégie du tout pétrole, a demandé au Congrès d’adopter rapidement une politique globale visant à assurer l’indépendance énergétique des États-Unis, en lançant un vaste programme de constructions de centrales nucléaires et en augmentant sensiblement les crédits pour la recherche dans les technologies énergétiques d’avenir (voitures à hydrogène, éthanol, etc.).
Par ailleurs, le président Bush et le parti républicain continuent à bénéficier d’une image plus positive que leurs adversaires sur les questions de sécurité. Si l’électorat a progressivement remis en cause son soutien à la guerre en Irak – alors que près des deux tiers des Américains y étaient favorables lors du déclenchement des hostilités en 2003 –, il n’a pas oublié que les Talibans avaient été balayés d’Afghanistan quelques mois après les attentats du 11 septembre (18) et, surtout, peut constater qu’aucune nouvelle attaque terroriste n’a été perpétrée sur le territoire américain depuis cinq ans. Car l’action de George W. Bush ne s’est pas limitée à faire deux guerres et à détenir des terroristes présumés à Guantanamo, comme on voudrait trop souvent nous le faire croire. Il a également créé un nouveau ministère – un événement rarissime aux Etats-Unis –, le département de la sécurité intérieure («Departement of Homeland Security»), chargé d’assurer la coordination entre les différents services de sécurité et de renseignement du pays (19), fait adopté une série de mesures anti-terroristes connues sous le nom de «Patriot Act», renouvelé quelques semaines avant les élections, et lancé un programme d’écoutes sur la base de ses prérogatives exécutives qui, s’il fait débat sur sa constitutionnalité, reste pour le moment en vigueur.
Si, dans les deux années à venir, le président parvient à impliquer suffisamment les démocrates dans la gestion de la crise irakienne pour que cet argument ne puisse être utilisé contre les républicains, ceux-ci pourront donc s’appuyer sur un bilan solide pour emporter la décision lors de l’élection présidentielle. Pour cela, un infléchissement de la stratégie électorale sera néanmoins nécessaire : Karl Rove, le très influent conseiller politique du président, avait centré les trois dernières campagnes sur la mobilisation de l’électorat le plus conservateur, pensant y trouver un réservoir de voix plus important qu’au centre. Désormais, il est clair que le déplacement du «centre» américain vers la droite a atteint ses limites : ce sont en effet les indépendants qui ont fait perdre au GOP le contrôle du Congrès. En choisissant pour 2008 un candidat capable d’assumer le double héritage de Ronald Reagan et de George W. Bush, tout en recentrant son discours sur des principes conservateurs simples et partagés par une majorité d’Américains – limitation du rôle de l’État fédéral, conservatisme fiscal, recherche de l’équilibre budgétaire –, les républicains pourraient conserver le soutien de leur électorat traditionnel et regagner la confiance des indépendants, peu enclins à suivre un parti démocrate tenté par une dérive gauchiste et libertaire.
Au milieu de la foule des candidats potentiels (20), deux hommes et une femme se détachent pour le moment clairement. Le sénateur John McCain, tout d’abord, qui bénéficie d’une image d’homme intègre, d’une grande crédibilité sur les sujets de défense et d’une grande popularité auprès des indépendants. S’étant rapproché du président Bush, en étant un de ses principaux soutiens sur la guerre d’Irak et sur les questions de sécurité pendant la campagne de 2004, il a réussi à combler son déficit de popularité auprès de la droite du GOP. Son âge (72 ans en 2008, soit le candidat le plus âgé depuis Reagan en 1984 pour sa campagne de réélection) pourrait néanmoins être un handicap majeur. Rudolph Giuliani, ensuite, fait aussi figure de grand favori : l’ancien maire de New York a acquis, lors des attentats du 11 septembre, une popularité nationale qui ne s’est jamais démentie depuis. Il a d’ailleurs été très sollicité pendant la campagne de 2006 par des républicains en difficulté. Giuliani pourrait néanmoins souffrir de ses positions sur l’avortement et le mariage homosexuel qui sont en contradiction avec la base du parti et la politique menée par l’actuel occupant de la Maison Blanche (ainsi qu’avec les idées de John McCain), alors même que ces sujets ne cessent de prendre de l’importance au moment des élections. Il lui faudra donc manœuvrer avec habileté pour évacuer du débat «fédéral» ces sujets et les renvoyer à des décisions locales, s’il veut pouvoir rester dans la course. Enfin, malgré des assertions répétées selon lesquelles elle ne se présenterait pas – mais qui n’ont jamais donné lieu à un «Shermanesque Statement» en bonne et due forme – Condoleezza Rice, l’actuelle secrétaire d’État, figure régulièrement parmi les trois principaux favoris à l’investiture du GOP dans les sondages. Associée à l’administration Bush mais connue pour son réalisme dans la conduite des affaires étrangères – elle n’est pas considérée comme une néo-conservatrice –, «Condi», comme on la surnomme, bénéficie d’une excellente réputation pour ses qualités de femme d’État et aurait le double avantage, précisément, d’être une femme, mais aussi d’être noire, ce qui pourrait élargir sensiblement le vote de cette communauté en faveur des républicains. Seule faiblesse réelle : sa vie privée. L’électorat le plus conservateur serait-il prêt à élire une célibataire ?
Côté démocrate, en revanche, les choses sont bien plus compliquées. Comme je le disais précédemment, le parti doit d’abord restaurer sa crédibilité et montrer qu’il est capable de diriger le pays. Il lui faudra notamment combler son retard sur le parti républicain sur les questions de sécurité. Or, il devra pour cela jouer une partie d’échecs permanente avec le président Bush, qui pourrait tirer tout le profit d’une cohabitation pacifique, que l’équipe de Nancy Pelosi est condamnée à mener si elle ne veut pas être accusée d’immobilisme en 2008.
Quant aux candidats potentiels, ils peinent pour le moment à s’imposer véritablement. Al Gore et John Kerry songent tous deux à repartir à l’assaut de la Maison Blanche, mais, contrairement à la France, rares sont ceux qui bénéficient d’une deuxième chance aux États-Unis (Richard Nixon étant la seule exception au XXe siècle). De plus, Kerry reste trop marqué à gauche pour pouvoir s’imposer dans le nouveau paysage politique américain, et sa plaisanterie ratée sur la guerre en Irak, interprétée comme une insulte aux soldats présents sur place, pourrait bien avoir mis un terme définitif à ses espoirs. Si Hillary Clinton fait figure de favorite dans les sondages menés auprès des démocrates, elle devra néanmoins surmonter deux handicaps assez irrationnels : celui de son patronyme – en cas de victoire, les quatre derniers présidents auraient pour noms : Bush, Clinton, Bush et… Clinton ! (21) – et le fait d’être une femme. En effet, l’électorat masculin ayant tendance à voter majoritairement républicain et étant de surcroît allergique aux positions féministes, la sénatrice de New York risquerait d’avoir un réservoir de voix très limité, passées les limites de son parti. Ce qui serait sans doute un avantage pour Condi Rice pourrait donc s’avérer être un handicap majeur pour Hillary Clinton. Enfin, d’autres noms circulent, comme ceux de John Edwards (ancien colistier de John Kerry en 2004), du général Clark (déjà candidat malheureux en 2004), de l’ancien sénateur Tom Daschle, ou encore du jeune et populaire sénateur noir Barack Obama, élu à la chambre haute en 2004. Peu de sang neuf, en réalité, hormis Obama, peu de candidats ayant une réputation d’hommes d’État ou une popularité capable, en apparence, de rivaliser avec les favoris républicains, mais surtout une absence criante de projet cohérent capable de réunir à la fois la base du parti et une majorité d’Américains. Voilà trois difficultés que les démocrates devront surmonter en à peine quelques mois. Mais dans la politique américaine, tout est possible, dans la mesure où une plaisanterie ratée ou un terme mal choisi peuvent avoir des conséquences radicales sur l’avenir politique d’un individu, voire de tout son parti.

Les deux années à venir s’annoncent donc passionnantes et échapperont sans aucun doute à la logique simpliste et manichéenne qu’ont tenté, une nouvelle fois, de nous faire avaler les journalistes français depuis que les résultats des élections de mi-mandat sont connus.

Notes :
(1) Interrogé par Franz-Olivier Giesbert, Jack Lang, l’homme qui venait de rendre visite quelques semaines plus tôt au pacifique régime iranien, déclarait qu’il préfèrerait serrer la main de Fidel Castro, «nuançant» son propos de la façon suivante : «le Fidel Castro des débuts de la révolution, celui qui a investi massivement dans l’éducation et le système de santé». De la part du brillant analyste de géopolitique qui déclarait en 2002 «Bush – Ben Laden, même combat», plus rien ne devrait nous étonner. Mais la bêtise poussée à ce point, atteignant à un tel néant de la pensée, ne manque pourtant jamais de me surprendre… et de me navrer.
(2) Une petite précision s’impose : aux États-Unis, le rouge est la couleur du Parti Républicain, aussi appelé GOP («Grand Old Party»), tandis que le bleu est la couleur des démocrates.
(3) Lors d’une conférence de presse, l’ancien candidat à la vice-présidence aux côtés d’Al Gore a annoncé qu’il devait en priorité sa victoire au vote des indépendants et des républicains, seule une minorité de démocrates ayant apparemment voté pour lui.
(4) Très récemment, la situation s’est encore compliquée pour les démocrates : après l’hémorragie cérébrale du sénateur Tim Johnson du South Dakota, l’éventualité de le voir renoncer à son siège n’est pas exclue. Dans ce cas, le gouverneur républicain de l’État devrait nommer un nouveau sénateur, renvoyant ainsi à égalité les deux camps, et donnant de fait la majorité aux républicains grâce à la voix prépondérante du vice-président Cheney.
(5) Sur un total de 50 ans, et ce, malgré une relative égalité dans le partage de la présidence entre les deux partis.
(6) Étrangement, le Sénat fut sous majorité GOP pendant les six premières années de la présidence de R. Reagan.
(7) Ce que le GOP avait tenté de faire cet été, se heurtant pour la première et unique fois, au jour d’aujourd’hui, au veto du président Bush, fidèle à ses convictions morales malgré une opinion publique favorable au projet de loi.
(8) En 2005, Tom DeLay, «majority leader» de la Chambre des représentants, était mis en examen au Texas pour financement frauduleux de sa campagne de réélection. Après un pathétique épisode au cours duquel la possibilité de l’amnistier avait été évoquée, il a finalement été poussé par son parti à quitter ses fonctions, puis à démissionner de la Chambre à l’été 2006. En septembre 2006 a éclaté le scandale des e-mails à caractère sexuel envoyés par le représentant Mark Foley à des stagiaires masculins mineurs ayant travaillé au Congrès; l’affaire a pris encore plus d’ampleur quand il a été révélé que le Speaker (président) de la Chambre, Dennis Hastert, avait eu connaissance des faits au moins une année auparavant et qu’il avait gardé le silence
(9) Pour être tout à fait exact, il faut mentionner l’inquiétude des Américains sur le niveau du déficit public, malgré sa réduction de près de 100 milliards de dollars entre 2004 et 2005, ainsi que leur sentiment de voir leurs revenus stagner, malgré les chiffres avancés par la Maison Blanche (hausse moyenne des salaires réels de 2,4% en un an et hausse moyenne des salaires après impôts de 9,8% depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président).
(10) À noter que ne figurent pas de raisons «positives» du vote en faveur des démocrates, accréditant l’idée que le parti de l’âne ne soulève pas un enthousiasme délirant chez les Américains, malgré son net succès électoral.
(11) Clinton avait été élu avec respectivement 43 et 49,2% des voix en 1992 et 1996, et Bush avec 48% en 2000.
(12) Ceci s’explique par le très fort taux de participation, de l’ordre de 60%, contre les 50% «habituels». À noter que Kerry a lui-même dépassé le score de Ronald Reagan. Il n’empêche, et n’en déplaise aux grincheux, Bush est, à ce jour, le président le mieux élu de l’histoire des États-Unis en nombre de voix.
(13) Il faut toutefois rappeler que la fonction de «chairman» de la DNC (democratic national convention), ou son équivalent au RNC, n’a pas la même importance qu’en Europe. Les candidats à la présidentielle sont en général issus du Congrès, ou sont des gouverneurs en exercice ou retraités, et le véritable chef du parti est soi le président (c’est actuellement le cas pour le GOP avec Bush) soit le Speaker de la Chambre des représentants, qui devrait être Nancy Pelosi dans le 110e Congrès (première femme à occuper ce poste).
(14) Lire l’excellent article de Guy Sorman, une des rares réactions positives en France au jugement du dictateur déchu, dans Le Figaro du 9/11/2006 : Le procès de Saddam, un événement historique.
(15) Le sénateur GOP John McCain a milité pendant la campagne électorale pour une augmentation des effectifs de l’armée de terre américaine, tandis que le commandant en chef des troupes américaines en Irak, le général Casey, a dernièrement laissé entendre qu’un renforcement de la présence militaire pouvait avoir des effets positifs sur la sécurité dans le pays, notamment à Bagdad. Une question que le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, alors membre de la commission Baker, s’est posée lors de sa récente visite en Irak (cf. dépêche AFP du 11/11/06, US military chief signals changes ahead in Iraq strategy).
(16) À noter, au passage, la plus grande méfiance dont font preuve les démocrates à l’égard de l’UE, et qui pourrait les pousser à en revenir à une politique atlantiste plus traditionnelle, laissant peu de place aux initiatives de l’UE.
(17) Lors du premier discours sur l’État de l’Union ayant suivi sa réélection, en janvier 2005, le président Bush avait consacré de longues minutes à expliquer les enjeux de la réforme du système des retraites, affirmant que l’inaction serait une erreur majeure et une faute vis à vis des générations futures. S’il y a bien une qualité que l’on peut reconnaître à ce président, c’est sa volonté de prendre à bras le corps les problèmes auxquels son administration est confrontée, et son refus de se défausser sur les dirigeants suivants.
(18) À noter toutefois que la construction de la démocratie en Afghanistan s’avère également plus difficile que prévu. La réduction progressive de la présence américaine – 20 000 hommes restent à ce jour sur place – n’étant pas efficacement compensée par l’extension du rôle de la FIAS – la force internationale de stabilisation – placée sous commandement OTAN, les attaques des Talibans, retirés dans les montagnes de la frontière avec le Pakistan, se font toujours plus fréquentes et plus meurtrières depuis quelques mois.
(19) L’efficacité de ce nouveau ministère tarde cependant à s’affirmer, tandis que l’on peut émettre des doutes sur l’opportunité de la création, adoptée sur une base bipartisane par le Congrès, du poste de «Director of National Intelligence», qui risque de créer un écran supplémentaire entre le président et le directeur de la CIA.
(20) Comme l’actuel «majority leader» du Sénat, Bill Frist, qui n’a pas cherché à obtenir un troisième mandat, ou le conservateur Mitt Romney, élu gouverneur du Massachusetts, pourtant réputé démocrate.
(21) Il est d’ailleurs intéressant de constater que lors de sa campagne sénatoriale, les affiches en faveur de l’ancienne «First Lady» ne comportaient que son prénom : Hillary.

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