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29/04/2011

Le mariage d’un (futur) roi, par Germain Souchet

Crédits photographiques : Christopher Furlong (Getty Images).

Aujourd’hui était célébré le mariage princier de William, héritier du trône d’Angleterre, et de Catherine Middleton. Un événement médiatique d’une ampleur exceptionnelle, puisque près de deux milliards de téléspectateurs étaient attendus par le gouvernement britannique. Il était d’ailleurs amusant de constater que, si d’aucuns affectaient une totale indifférence, ils ne pouvaient s’empêcher d’en parler et se ruaient sur le moindre écran de smartphone pour arracher quelques images à une terne journée de travail. Soyons clair : qu’il ait irrité ou fasciné, qu’il ait fait rêver ou susciter une réaction de rejet aux relents révolutionnaires, l’événement n’a laissé personne indifférent. C’est, je pense, le signe que la puissance britannique, bien que rabaissée et en déclin continu depuis plus d’un siècle, conserve une force suffisamment imposante – celle des grandes nations, qui ne meurent jamais – pour que le monde entier tourne ses yeux vers cette modeste île du Nord-Ouest de l’Europe. C’est aussi le signe que la monarchie britannique, bien que ridiculisée par des décennies de «peoplisation», comme on dit vilainement de nos jours, bien que réduite, notamment par les frasques de Charles et Diana, au rang de monarchie d’opérette, de soap opera pour vieilles dames désireuses de tromper leur solitude ou pour jeunes filles vaguement fleur bleu, rêvant du prince charmant tout en bénéficiant de leur «pass contraception» gratuitement fourni par l’Éducation nationale, de feuilleton à deux sous faisant la richesse des paparazzis et des journaux à sensation, c’est le signe, disais-je, que cette monarchie reste l’incarnation de la nation britannique et de sa puissance désormais plus légendaire que réelle, que j’évoquais précédemment.
Il me semble que le peuple britannique attend précisément de ce mariage l’exact contraire de ce que fut la vie conjugale désastreuse de Charles et Diana : il attend que son futur Roi assure la continuité de sa dynastie, une dynastie décriée par d’aucuns mais qui a tout de même vu le Royaume-Uni dominer le monde et figurer du côté des vainqueurs des deux plus grands conflits de l’histoire de l’humanité, qu’il s’élève au niveau des grands monarques du passé, qu’il devienne à son tour, avec son épouse, le ciment intemporel de l’unité du pays, son corps figuratif, en somme.
Naturellement, il y a l’agitation médiatique et superficiellement «people» qu’un tel événement ne peut manquer de provoquer. Bien sûr, dans leur volonté de «moderniser» la cérémonie – qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire quand on appartient à une monarchie vieille de mille ans ? – William et Catherine cèdent à la mode contemporaine qui consiste à vouloir à tout prix rendre plus proche du peuple les institutions royales, républicaines ou encore ecclésiastiques. En cela, ils font fausse route, car si ces institutions étaient totalement démocratisées ou banalisées, elles ne seraient plus rien et n’intéresseraient plus personne.
Mais ne boudons pas notre plaisir : au-delà de cette modernisation de façade et de l’inévitable kitsch que constituait la présence d’un Elton John ou d’un David Beckham, l’essentiel demeure : l’abbaye de Westminster, symbole de l’anglicanisme d’État, remplie par les membres du gouvernement britannique, les prélats et, bien sûr, la famille royale au grand complet; la longue et solennelle remontée de la mariée, avec sa traîne, dans l’imposante nef, artère encore vivante de l’histoire anglaise; la cérémonie dans le jubé où tant de monarques ont été sacrés, et où se marie aujourd’hui le Prince, futur Roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande du Nord, futur chef des États canadien et australien, revêtu de sa tunique rouge de garde irlandais de Sa Gracieuse Majesté.
L’Église, fût-elle anglicane, l’armée, la monarchie : c’est ce qui définit, depuis plus de mille cinq cents ans, l’Occident. Aujourd’hui, à leur manière, sans l’assumer totalement, mais sans renier l’essentiel non plus, William et Catherine ont donc incarné l’Occident, avec élégance et dignité. Et c’est pour cela que les peuples occidentaux, attachés au plus profond de leur âme à ce qui fit leur grandeur et leur splendeur, restent fascinés par une telle cérémonie. Et c’est encore pour cela que les autres peuples regardent de leurs yeux émerveillés, envieux, jaloux, mais toujours admiratifs, vers cet Occident qui a été et demeure encore pour quelque temps la lumière du monde.
Le restera-t-il ? Qui sait s’il ne reviendra pas, in fine, aux quelques rois encore sacrés de se dresser courageusement, le jour venu, pour sauver cet héritage inestimable ?
En attendant, en ce jour de joie, nous pouvons dire sans honte : God save the Queen ! God save William and Catherine !