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10/09/2013

L'Âme de Napoléon de Léon Bloy

Photographie de Juan Asensio.

3392243358.jpgLéon Bloy dans la Zone.

C'est Austerlitz, l'énigmatique et émouvant personnage que W. G. Sebald, dans l'un de ses plus beaux livres, écoute patiemment lui raconter non seulement son histoire mais les histoires de celles et ceux qu'il a connus, l'histoire, en fait, commune et monstrueuse, de l'Europe devenue presque tout entière criminelle l'espace de quelques années, c'est donc Austerlitz qui, errant dans un état second provoqué par l'afflux de souvenirs occultés durant si longtemps que son esprit semble même les avoir complètement oubliés, c'est cette pauvre ombre déracinée, cet homme poursuivant son passé et restant à «moitié conscient pendant des jours et des jours», déambulant «dans un écheveau de couloirs infinis, de voûtes, de galeries et de grottes», c'est Austerlitz qui s'imagine que «les noms de différentes stations de métro» comme Campo-Formio, Crimée, Iéna, Invalides ou encore Solferino «ainsi que certaines taches et colorations de l'air» semblent lui signifier qu'il était ici, transporté mécaniquement, sous terre, d'une station parisienne à l'autre en poursuivant les traces de son père, «sur le lieu d'exil de ceux qui étaient tombés au champ d'honneur ou avaient trouvé quelque autre mort violente» (1).
1005232_571247072916499_1378835102_n.jpgDe manière saisissante, Léon Bloy a évoqué les fantômes ou les âmes de ces mêmes soldats de Napoléon qui, leurs corps tombés sur le champ de bataille, viennent tournoyer autour du chef prodigieux, ce dernier se contentant d'un simple geste d'agacement pour éloigner les importuns qui ne sauraient prétendre une seconde le détourner de sa mission qu'il a été probablement le seul à voir, et pour l'accomplissement de laquelle il n'a pas hésité à consommer si je puis dire des millions d'hommes : «Mais la jonchée des morts s’épaissit et les âmes sorties du tombeau de leurs corps, les pauvres âmes auparavant ténébreuses, sachant enfin pour quoi et pour qui elles ont si sauvagement combattu, ont été flotter là-bas, invisiblement, sur le tertre impérial, autour du Maître visible qui les écarte de la main comme des pensées importunes…» (p. 299).
Ainsi, bien que Napoléon soit compris par Bloy comme le préfigurateur (2) de catastrophes à venir, comme il l'indique dans sa dédicace à André Martineau (3), malgré le fait, encore, qu'il peut à bon droit être considéré, ce qui n'est tout de même pas rien, comme «la Face de Dieu dans les ténèbres» (p. 271), nous ne pouvons déceler aucune crainte, fût-elle la plus légère, dans les propos de l'écrivain confronté à la trajectoire foudroyante de l'empereur.
C'est même tout le contraire puisque nous pourrions à bon droit prétendre que L'Âme de Napoléon, aussi intense que bref, est l'un des rares textes joyeux, parfois férocement joyeux de l'auteur, par exemple lorsqu'il écorche l'Angleterre. Sans doute ce trait peut-il s'expliquer par la rapidité relative avec laquelle l'écrivain a écrit son texte, fruit de très longues années de méditation (4) et d'inlassables lectures sur Napoléon qu'il semble, comme tout grand écrivain, avoir digérées au point que nous serions bien incapables, hormis quelques citations, en reconnaître le propos.
Je veux voir, dans cette joyeuse tension, l'existence d'une autre thématique, qui d'ailleurs est commune avec le texte de Sebald, et qui a trait à l'enfance : Austerlitz est hanté par son enfance perdue et, de façon un peu surprenante pour qui ne connaît les textes de Léon Bloy que de façon superficielle, c'est à l'enfance que ressortit la fulgurance du texte de l'écrivain, et c'est même à l'enfance que la destinée de Napoléon doit être rattachée, si tant est que nous désirions en comprendre quelques signes, que les imbéciles confondront avec les rébus d'une histoire dégonflée de sa sève invisible. L'auteur confie ainsi, à propos du souvenir de son père le conduisant dans la propriété qu’un bourgeois avait transformée en bizarre lieu de pèlerinage napoléonien : «Voilà tout ce que je peux retrouver dans les cryptes de ma mémoire et encore je n’en suis pas très sûr. Mais l’émoi de mon cœur d’enfant dure toujours et c’est parce qu’il n’a pas cessé, depuis cinquante ans, que je peux écrire ces pages. Tel était et tel est encore, si longtemps après son dernier soupir, l’ascendant de ce Prodigieux» (p. 281).
L'ascendant de Napoléon sur Léon Bloy s'explique parallèlement par une autre thématique, la seule, peut-être, en vérité, que l'écrivain n'a cessé d'explorer tout au long de chacun de ses textes : «Autrefois, au temps de ma jeunesse, et même plus tard, quand j’aimais les romans d’aventure ou les mélodrames, j’ai vu que ce qui me passionnait surtout, c’était l’incertitude sur l’identité des personnes. C’est la grande ressource, inépuisée encore aujourd’hui, de la Fiction pathétique» (pp. 276-7, l'auteur souligne).
De cette incertitude, voire inconnaissance du monde visible qui nous entoure, découle tout le système exégétique déployé par Bloy, qui lie de manière absolue le Visible à sa réserve d'être et sa profondeur essentielle, séminale, l'Invisible, véritable texte qu'il s'agit, sous les apparences historiques traçant de confuses arabesques (5), de déchiffrer lorsque l'on sait lire : «En réalité tout homme est symbolique et c'est dans la mesure de son symbole qu'il est vivant. Il est vrai que cette mesure est inconnue, aussi inconnue et inconnaissable que le tissu des combinaisons infinies de la Solidarité universelle. Celui qui saurait exactement, par un prodige d’infusion, ce que pèse un individu quelconque, celui-là aurait sous les yeux, comme un planisphère, tout l’Ordre divin» (p. 273), autant dire, donc, qu'un tel homme s'égalerait, par sa connaissance absolue et foudroyante, à Dieu.
Léon Bloy cherche, scrute, déchiffre, tente de comprendre l'immense phrase par laquelle Dieu inscrit Sa volonté dans l'âme des hommes, dans un langage symbolique et figuratif que tout écrivain digne de ce nom doit s'efforcer, selon l'auteur, de tenter de comprendre, puisqu'il lui permettra, une fois qu'il sera parvenu à en identifier quelques syllabes, à relier les faits divers les plus éloignés, mais seulement en apparence, les uns des autres. Massignon et Bernanos se souviendront de la leçon bloyenne, l'un en évoquant les réalités apotropéennes qui structurent l'Invisible et donnent au Visible sa richesse interprétative phénoménale, l'autre en liant indissolublement la destinée d'un prêtre tourmenté, Donissan, à une gamine perdue, Mouchette : «Identité du pain de César et du pain de l’esclave, écrit, magnifiquement, Bloy, qui poursuit : Identité mondiale de l’impétration. Équilibre mystérieux de la puissance et de la faiblesse dans la Balance où tout est pesé. Il n’y a pas un être humain capable de dire ce qu’il est, avec certitude. Nul ne sait ce qu'il est venu faire en ce monde, à quoi correspondent ses actes, ses sentiments, ses pensées; qui sont ses plus proches parmi tous les hommes, ni quel est son nom véritable, son impérissable Nom dans le registre de la Lumière. Empereur ou débardeur nul ne sait son fardeau ni sa couronne» (p. 273). De cette idée, appliquée à Napoléon comme à d'autres personnages historiques que Léon Bloy a auscultés, l'écrivain tirera quelques aperçus surprenants.
Une telle grille de lecture pourrait condamner celui qui s'en fait le thuriféraire à la lassitude, voire au désespoir, puisqu'il est évident que le lecteur, aussi patient, intelligent et intuitif soit-il, ne saurait en aucun cas prétendre posséder la clé universelle du déchiffrement, qui ne peut qu'être donnée dans l'extase de la vision mystique (6). Nous sommes condamnés à croire sur parole Léon Bloy, même si, fort prudemment, il n'a jamais prétendu avoir eu la raison bouleversée par une vision de type mystique.
Une telle grille de lecture, qui fait de ces grands hommes que Carlyle évoqua les serviteurs aveugles bien davantage que les interprètes éclairés de Dieu et les condamne à n'être que des outils soumis au destin (7) pourrait être désespérante comme je le disais. Je pense qu'elle ne l'est aucunement, du moins dans ce livre de Bloy, et pour deux raisons au moins. Tout d'abord, le catholicisme farouche de Léon Bloy n'a jamais estimé que la liberté réelle, profonde, d'un homme, devait être en une quelconque concurrence avec l'enchaînement destinal, puisque ce dernier n'est en fin de compte que l'accomplissement du plan divin, qui utilise la liberté des hommes pour servir Ses desseins, cette servitude étant noblesse plutôt que servage. Le héros sert Dieu, qu'il le désire ou pas, qu'il en ait conscience ou pas, mais ce service, cette servitude si l'on veut, sont les seules capables de déployer tout l'empan du génie humain. Bloy illustre cette idée par une métaphore qui est commune sous sa plume, et qui ne laisse pourtant de nous donner la sensation du vertige, tant ses implications sont profondes : «À une époque lointaine et passablement obscure, il y eut un moment où tout ce qu’on nomme le Passé fut dans la nécessité d’aboutir à Charlemagne. De même, il y a cent ans, il fallut que tout, Charlemagne en tête, se précipitât sur Napoléon et ce conflit est sans doute le plus extraordinaire d’entre les prodiges. Il est donc inévitable d’affirmer que Napoléon est le Chef souverain de toutes les volontés, antérieures, contemporaines ou postérieures, qu’il centralise en la sienne, le total de toutes les âmes» (p. 293).
Certes, nombreux sont toutefois les passages où Bloy, en esthète et en écrivain bien davantage qu'en chrétien, admet quelque tragique dans la destinée inouïe de Napoléon, non seulement aveugle sur son propre cas mais bafoué (8) par Celui qu'il sert sans même le savoir (9), et retrouve alors la vieille idée de la fatalité comme bras armé d'un Dieu vengeur et jaloux : «Dieu aime ce superbe et l'afflige par amour, sans vouloir tout à fait l'abattre. Dieu a regardé dans le sang liquide des carnages et ce miroir a renvoyé la face de Napoléon. Il l'aime comme sa propre image […]» (p. 276) ou bien encore : «C’était beau pourtant, trop beau sans doute pour ce Dieu jaloux qui ne veut pas de partage. Quand il daignera se manifester complètement à la fin des fins, c’est-à-dire lorsque toutes les figures auront été épuisées, il faudra bien qu’il fasse quelque chose de semblable à ce Dessein de Napoléon. Alors, mais seulement alors, on saura combien c’était beau !» (p. 278). Dieu, censé répondre à l'originalité dont l'une de ses figures, Napoléon, a fait preuve, l'hyperbole, chez Léon Bloy, ne peut que forcer le respect par son audace tranquille ou le faire soupçonner de folie !
Il existe à mon sens une seconde raison qui doit nous empêcher de désespérer, que j'ai avancée plus haut : le rapprochement inattendu entre la destinée de l'empereur et l'enfance, non seulement, comme l'a rappelé l'auteur lui-même, celle de Léon Bloy mais, plus symboliquement, l'univers de l'enfance, de la petitesse au sens premier et noble de ce terme, de l'humilité en un mot, est parfaitement inconciliable avec toute forme d'envie, de ressentiment et donc, selon Bloy du moins, de désespoir : «C’était, avec l’impatience de tout obstacle, le zèle profond d’une mission surnaturelle qu’il n’arrivait pas à démêler, mais qui lui sortait par tous les pores et dont la certitude le crucifiait; – situation amoureuse qui le montrait, quand même et toujours, infiniment au-dessus des convoitises ordinaires et de leur misérable servitude» (p. 336).
L'empereur Napoléon, pouvant être à bon droit qualifié comme ayant été le «pétrisseur» de l'Europe (10), n'en est d'abord pas moins un enfant (11), comme le soulignent les toutes dernières lignes du livre, qui se clôt dans un retournement moins ironique ou, qui sait, secrètement humoristique (car enfin, que peut bien savoir un homme, fût-il de la trempe de Léon Bloy, d'un ange ?), qu'illustrant à sa façon l'une des vertus théologales (la charité, mais aussi, d'une certaine façon, l'espérance) : «On peut supposer qu’à l’heure dernière, un puissant Archange dut intervenir pour présenter au Père des miséricordes sa plus grande image, mais, au cours de son périple de gloire et d’infortune, il semble conforme aux lois de l’équilibre surnaturel que cet Empereur des siècles ait eu, pour protecteur et pour compagnon de tous les instants, le moindre des bienheureux Esprits Messagers que le Seigneur pût trouver dans ses vastes cieux» (p. 341).
La thématique de l'enfance est, du moins dans ce livre incandescent, indissociable de celle de la pauvreté, Léon Bloy n'ayant de cesse de présenter Napoléon comme un nécessiteux et même, le premier des nécessiteux : «Qui donc a pu être plus étranger, plus nécessiteux que Napoléon ? Ne comprenant rien à l’apparition d’un tel homme sur la terre, je renonce à le dire […]» (p. 339) ou, dans une formule frappante, un mendiant : «Celui qui n'a jamais mendié ne peut rien comprendre à l'histoire de Napoléon» (p. 297).
Celui qui mendie, le misérable (12) comme Napoléon ou, bien évidemment, comme Léon Bloy, est aussi, est d'abord un être solitaire (13), son histoire s'inscrivant en creux de celle du Christ : «Napoléon, semblable à un monstre qui aurait survécu à l'abolition de son espèce, fut vraiment seul, sans compagnons pour le comprendre ou l'assister, sans anges visibles et, peut-être aussi, sans Dieu, mais cela, qui peut le savoir ?» (p. 285), ce mendiant prodigieux que fut Napoléon ne cessant de quémander, à sa façon, le regard de ses rivaux et peut-être, sans le savoir encore comme le pense Bloy, celui de Dieu.
Ainsi, qui agit, avec la force et le génie d'un homme tel que Napoléon, ne peut être désespéré ou, s'il l'est, le désespoir ne peut éclore qu'au moment où il sait qu'il a fini d'accomplir sa mission (14), et la déception (15) s'enter sur la volonté formidable vaincue, l'empereur sachant alors qu'il est donc rendu à sa seule condition humaine, celle d'un détenu humilié par ses geôliers. Léon Bloy, moins étonnamment qu'il n'y paraît, présente dès lors l'empereur comme un poète de l'action (ou du destin : «Toujours le destin ! Napoléon est-il donc le poète du destin ?», p. 334) : «On ne peut rien comprendre à Napoléon aussi longtemps qu’on ne voit pas en lui un poète, un incomparable poète en action. Son poème c’est sa vie entière et il n’y en a pas qui l’égale. Il pensa toujours en poète et ne put agir que comme il pensait, le monde visible n’étant pour lui qu’un mirage» (p. 334).
En toute logique avec ce que nous venons d'affirmer, il est clair que, depuis la disparition d'un tel homme, et même si, comme l'écrit Bloy, «La France n'est incurable que de Dieu» (p. 333), le cirque démocratique ne peut avoir qu'un intérêt fort limité à ses yeux, le monde continuant, mais un peu plus vite peut-être, de s'enfoncer dans les ténèbres («notre vieux monde qui ne s’arrête pas de descendre dans les ténèbres depuis qu’il a disparu», p. 306), tout en restant plus que jamais fasciné par la nouveauté : «Il est vrai que le monde n'est pas difficile à étonner. Il est si médiocre et si bas, cet apanage de Satan […]» (p. 274), alors même qu'avec la mort si peu glorieuse (16) de Napoléon, c'est une part sans doute colossale de la capacité d'admiration que les hommes accordent aux plus terribles ogres qui s'est réduite, ou a disparu à tout jamais, laissant la carrière politique ouverte aux médiocres qui, depuis l'empereur, assoient leur large séant dans le fauteuil des plus hautes fonctions de l'État : «Les souverains eux-mêmes, ses adversaires ou ses rivaux, si souvent vaincus et humiliés, ne pouvaient se défendre de l’admirer en tremblant. Il sortait de lui, pour prendre les âmes, des millions de mains» (p. 310).
Affirmer que l'homme le plus terrifiant de son siècle eut une âme d'enfant et que, comme un enfant, il fut d'une certaine façon aveugle à ce qu'il était réellement, aux actes qu'il accomplissait, à la mission qu'il menait en vérité, étant, tout comme un enfant, plongé dans une forme d'enchaînement destinal (17), affirmer, donc, que ce «fataliste profond» (18) qu'était Napoléon, comme un enfant qui oubliera néanmoins très vite ses colères les plus violentes, comme si elles n'avaient jamais existé, était incapable d'un ressentiment durable, c'est peut-être trouver une correspondance profonde, en dépit de différences irréductibles, entre le livre de Léon Bloy et certains éléments que les thèses sur l'Histoire de Walter Benjamin développent.
1209072_576017022439504_1544306920_n.jpgRappelons que ces thèses, au nombre de dix-huit, furent écrites en 1940 et publiées à titre posthume en 1942 par l'Institut für Sozialforschung sous le titre Über den Begriff der Geschichte, et qu'elles ont provoqué d'abondants commentaires et controverses (19) qu'il nous est parfaitement impossible d'évoquer en quelques lignes. Contentons-nous d'affirmer que, sous le présentisme (20) de Benjamin, que nous pourrions caractériser comme étant l'oubli du passé doublé de la révocation de l'avenir, y compris dans sa possibilité révolutionnaire, se cache la possibilité de la théologie, «petite et laide» (21), étude qui permettrait sans doute aux historiens de ne pas considérer le passé comme un temps irrévocablement perdu et le présent comme un «temps homogène et vide», mais leur offrirait «le temps empli d'instantanéité» (22), un temps du présent en somme reconquis qui serait également «temps du maintenant, dans lequel, précise Benjamin, sont incrustés des éclats du temps messianique» (23, l'auteur souligne) dont chacune des secondes peut être considérée comme «la petite porte par laquelle [peut] entrer le Messie» (24), présent dans lequel «le temps intervient» et s'est pourtant «mis au repos» (25), présent riche d'un passé non seulement sans cesse réinterprété, contre toute forme de tradition sclérosante (cf. thèse n°4, p. 58), mais encore capable d'infuser une vie réelle au moment vécu hic edt nunc considéré comme le temps plein, quasiment bloyen, des petits et des grands événements (partant, des liens invisibles qu'il faut tisser entre eux), puisque «rien de ce qui s'est passé un jour» ne devant dès lors «être considéré comme perdu pour l'Histoire» (26), le passé étant considéré comme perdu toutes les fois que le présent ne s'est pas «reconnu comme désigné» par l'image de ce dernier (27), le véritable sondeur du temps bien davantage que le simple historiographe, Bloy par exemple, pouvant dès lors considérer que tous les événements sont liés, de même que les vivants et les morts puisque, en effet : «Ne sommes-nous pas nous-mêmes effleurés par un souffle de l'air qui a entouré ceux qui nous ont précédés ? N'y a-t-il pas dans les voix auxquelles nous prêtons attention un écho de celles qui se sont tues ? Les femmes que nous courtisons n'ont-elles pas des sœurs qu'elles n'ont pas eu le temps de connaître ? Si tel est le cas, alors il existe un accord secret entre les générations passées et la nôtre» (28).
Il est de fait assez peu étonnant, le mysticisme cryptique affiché dans ses thèses sur l'Histoire ayant, comme un minuscule grain de sénevé, finit par faire éclater la trop commune profession de foi marxisante, que Walter Benjamin retrouve deux idées fondamentales qui sont également communes à Léon Bloy. La première est celle de l'Adversaire censé barrer la route au Messie, le philosophe écrivant : «Le Messie ne vient pas seulement en tant que rédempteur; il vient en tant qu'il est celui qui surmonte l'Antéchrist», soit comme Messie non seulement mystique mais, idée chère au judaïsme, d'abord éminemment politique, Walter Benjamin ajoutant que seul le vrai historien (qu'il nomme «l'historiographe) «a le don d'allumer dans le passé l'étincelle d'espoir qui en est pénétrée : même les morts ne seront pas en sécurité face à l'ennemi si celui-ci l'emporte» (29), alors que l'écrivain, lui, a fini par comprendre que son héraut n'était pas l'Antéchrist mais rien de plus que son très modeste annonciateur peut-être : «Il viendra pour Dieu ou contre Dieu, on n'en sait rien. Mais il sera certainement l'Homme attendu par les bons et les méchants, Missionnaire surnaturel de joie et de désespoir que tant de prophéties ont annoncé, que les cris des bêtes craintives ou féroces ont prévu, aussi bien que le chant limpide ou mélancolique des oiseaux, la clameur des gouffres ou l'épouvantable exhalaison des charniers, — depuis la Désobéissance du Patriarche de l'Humanité» (p. 309).
La seconde de ces idées est celle de l'illusion délétère que constitue le progrès, qui d'ailleurs est également commune à W. G. Sebald. Bloy s'amuse, dans ce texte comme dans bien d'autres, à critiquer la sottise contemporaine toute pressée de jouir par et dans le culte du progrès : «Mais l'Espace aussi bien que la Quantité n'est qu'une illusion dans notre esprit. Le Nombre n’est que la multiplication indéfinie de l’Unité primordiale et rien de plus. Il est donc probable et même certain que la minuscule terre, si vaste pour les pauvres humains forcés de la parcourir, est, en réalité, plus grand que tout, puisque Dieu s’y est incarné pour sauver jusqu’aux astronomes» (p. 307). Benjamin semble, lui, retrouver des accents véritablement bloyens lorsque, dans la plus célèbre de ses thèses sur l'Histoire, il décrit l'Ange censé en contempler la ruine de la façon suivante : «Un tableau de Klee intitulé Angelus Novus représente un ange, qui donne l'impression de s'apprêter à s'éloigner de quelque chose qu'il regarde fixement. Il a les yeux écarquillés, la bouche ouverte, les ailes déployées. L'Ange de l'Histoire doit avoir cet aspect-là. Il a tourné le visage vers le passé. Là où une chaîne de faits apparaît devant nous, il voit une unique catastrophe dont le résultat constant est d'accumuler les ruines sur les ruines et de les lui lancer devant les pieds. Il aimerait sans doute rester, réveiller les morts et rassembler ce qui a été brisé. Mais une tempête se lève depuis le Paradis, elle s'est prise dans ses ailes et elle est si puissante que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement dans l'avenir auquel il tourne le dos tandis que le tas de ruines devant lui grandit jusqu'au ciel. Ce que nous appelons le progrès, c'est cette tempête» (30).
Chez Sebald enfin, non seulement, selon Austerlitz, les «douleurs passées» laissent des traces «qui se manifestent, prétendait-il savoir, sous la forme d'innombrables lignes ténues sillonnant l'histoire» (31), mais encore «le monde pour ainsi dire se vide de lui-même à mesure que plus personne n'entend, ne consigne ni ne raconte les histoires attachées à tous ces lieux et ces objets innombrables qui n'ont pas, eux, la capacité de se souvenir» (p. 37), l'étrange personnage dont Sebald nous raconte l'histoire tentant de se tenir à l'écart de l'actualité, dans l'espoir «que le temps ne passe pas, ne soit point révolu», qu'il «puisse revenir en arrière et lui courir après, que là-bas tout soit alors comme avant ou, plus précisément, que tous les moments existent simultanément, auquel cas rien de ce que raconte l'histoire ne serait vrai, rien de ce qui s'est produit ne s'est encore produit mais au contraire se produit juste à l'instant où nous le pensons» (pp. 143-4), ce fugace havre de paix, passé non seulement reconquis mais présent riche de toutes les potentialités réactualisées du passé, qui n'existe peut-être que dans l'esprit d'Austerlitz, étant censé nous prémunir de la ruine et de la catastrophe dont son esprit, mais sans succès, a tenté de stopper la lente et inexorable remontée.

Notes
(1) W. G. Sebald, Austerlitz (Gallimard, coll. Folio, 2006), p. 365.
(2) «Napoléon est inexplicable et, sans doute, le plus inexplicable des hommes, parce qu'il est, avant tout et surtout, le Préfigurant de CELUI qui doit venir et qui n'est peut-être plus bien loin, un préfigurant et un précurseur tout près de nous, signifié lui-même par tous les hommes extraordinaires qui l'ont précédé dans tous les temps», Œuvres de Léon Bloy, t. V (1966), p. 271. Notons que Léon Bloy nuance son propos lorsqu'il écrit : «Il n'était donc pas le monstre qu'il aurait fallu pour la guerre intégrale, apocalyptique, avec toutes ses conséquences, l'abîme de guerre invoqué par l'abîme de turpitude et ce n'est évidemment pas de ce démon qu'il aura été le précurseur» (p. 301).
(3) «Nous sommes au soir du monde, mon cher enfant; tu seras témoin, peut-être, des divines et terribles choses que le vainqueur des rois semble avoir si grandiosement préfigurées», L'Âme de Napoléon, p. 269. Toutes les pages citées entre parenthèses renvoient à notre édition. Léon Bloy ne cessera, tout au long de son livre, de préciser cette idée, par exemple dans le passage suivant qui nous montre un auteur étonnamment éloigné de sa caricature conservatrice voire réactionnaire : «Qu’était-il donc venu faire en cette France du XVIIIe siècle qui ne le prévoyait certes pas et l’attendait moins encore ? Rien d’autre que ceci : Un geste de Dieu par les Francs, pour que les hommes de toute la terre n’oubliassent pas qu’il y a vraiment un Dieu et qu’il doit venir comme un larron, à l’heure qu’on ne sait pas, en compagnie d’un Étonnement définitif qui procurera l’exinanition de l’univers. Il convenait sans doute que ce geste fût accompli par un homme qui croyait à peine en Dieu et ne connaissait pas ses Commandements. N’ayant pas l’investiture d’un Patriarche ni d’un Prophète, il importait qu’il fût inconscient de sa Mission, autant qu’une tempête ou un tremblement de terre, au point de pouvoir être assimilé par ses ennemis à un Antéchrist ou à un démon. Il fallait surtout et avant tout que, par lui, fût consommée la Révolution française, l’irréparable ruine de l’Ancien monde. Évidemment Dieu n’en voulait plus de cet ancien monde. Il voulait des choses nouvelles et il fallait un Napoléon pour les instaurer» (pp. 274-5).
(4) Léon Bloy écrit ainsi dans son Journal, le 6 janvier 1910 : «Mon «Napoléon. Première infusion de lumière. L’invisible par le Visible. Formule précise où il me semble que je pourrais tout enfermer. Elle s’est présentée à moi, dès le premier jour, il y a bien longtemps, mais jamais avec tant de force», in Léon Bloy, Journal II, 1907-1917 (Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999), p. 115.
(5) «L'Histoire est comme un immense Texte liturgique où les iotas et les points valent autant que des versets ou des chapitres entiers, mais l'importance des premiers et des autres est indéterminable et profondément cachée» (p. 273). Il serait trop long d'étudier par le menu la conception que Bloy se fait de l'Histoire, découlant de telle fameuse parole apostolique affirmant que nous ne voyons, depuis la Chute, qu'au travers d'un miroir et en énigme («C'est le vertige, c'est la falaise de l'absurde et de l'impossible. Et pourtant cela s'est vu, dans le grand miroir aux énigmes», p. 284), Histoire qui a ses yeux ne peut être rien d'autre que la Geste de Dieu : «Les faits sont absolus en eux-mêmes et dans toutes leurs péripéties. Les faits historiques sont le Style de la Parole de Dieu […]» (p. 283). Dès lors, il paraît évident d'affirmer que l'Histoire, aux yeux de Léon Bloy, n'est qu'une espèce de tissu invisible reliant les faits les plus apparemment anodins et divers, «disparates», écrit l'auteur, en vertu également du principe selon lequel le temps n'est qu'une illusion qui permet à l'homme de croire qu'il est maître d'une action temporelle, alors qu'il n'est que son serviteur ou, mieux, son graveur, le graveur de la volonté divine dans la cire immanente du présent : «L'histoire toute entière devient synoptique et simultanée, à ce point qu'il est possible de juxtaposer et d'annexer étroitement, sous le regard, les événements les plus disparates ou les plus distants. La durée est une illusion consécutive à l'infirmité de la nature humaine déchue. «Tout homme est l’addition de sa race», a dit profondément un philosophe [Blanc de Saint-Bonnet]. Tout grand homme est une addition des âmes» (p. 292).
(6) «Il reste ceci, pour Napoléon et pour la multitude de ses inférieurs, qu'on est tous ensemble, des figures de l'Invisible et qu'on ne peut remuer un doigt ni massacrer deux millions d'hommes sans signifier quelque chose qui ne sera manifesté que dans la Vision béatifique» (p. 273).
(7) «Sa toute-puissance, quoique donné [sic] d'en haut, était si humaine, si fragile ! Comment aurait-il pu ne pas le voir ? Assurément, il ne se savait pas un instrument, rien qu’un instrument magnifique pour l’ostension d’une parabole divine» (p. 318). Léon Bloy, dans son texte, ne cesse d'insister sur l'ignorance que l'empereur sembla manifester à l'égard de sa propre grandeur, lui qui d'ailleurs, comme l'écrivain ne cesse de le rappeler, se moqua de Dieu comme du plus humble de ses soldats.
(8) «C’est par son âme enfin et son âme seule qu’il eut la gloire de se tromper comme aucun homme ne s’était trompé avant lui, et d’être abattu à la fin, n’étant que l’Annonciateur, non par l’hostilité furieuse de quelques rois humiliés, mais par la coalition de tous les siècles et par le jusant de la Révolution française qui se retirait de lui, l’ayant porté jusqu’aux cimes» (p. 288).
(9) «Au sommet de tout, dès l’âge de trente-huit ans, rassasié de tout ce qui peut faire palpiter, il ne lui restait plus qu’à se faire adorer comme un roi païen, si sa puissance inouïe avait été capable de prévaloir contre la goutte d’eau de son baptême» (p. 289).
(10) «C’est ainsi qu’il put être, dix ans, l’arbitre et le pétrisseur de l’Europe» (p. 316).
(11) «Ce qu’il fallait à ce Personnage extraordinaire, c’était l’ange gardien du petit enfant abandonné sur la route du monde, un modeste protecteur pour éloigner de lui les chiens vagabonds, pour le guider parmi les ronces ou les cailloux qui eussent pu l’offenser, un humble et quasi timide ange gardien pour le plus grand de tous les hommes !» (pp. 339-40).
(12) Rappelons que Bloy cite en exergue de son livre l'extrait d'un roman de Wells qui l'a beaucoup frappé, intitulé Quand le Dormeur s’éveillera : «Le monde entier, c’est le vêtement de ma misère».
La note de la page 352 nous apprend ainsi que Bloy a lu en février 1906 ce roman de Wells, portant sur lui ce jugement : «C’est l’artifice du roman songé. Mais en raison de la grande valeur intellectuelle de l’auteur, il y a quelque chose de plus qu’un jeu d’imagination. Il y a le pressentiment, si profondément humain, exprimé ou non, mais universel, d’un Personnage se réveillant d’un long sommeil, c’est-à-dire obtenant enfin son mandat et se trouvant ainsi, tout à coup, maître du monde. Combien de fois y ai-je pensé !».
(13) «N’ayant pas d’égaux ni de semblables, il fut seul au milieu des rois ou des autres empereurs qui ressemblaient à des domestiques aussitôt qu’ils approchaient de sa personne; il fut seul au milieu de ses grands qu’il avait fabriqués avec de la boue et des crachats et qui retournèrent à leur origine, le jour même où commença le déclin de sa puissance; il fut seul au milieu de ses pauvres soldats qui ne pouvaient lui donner que leur sang et qui n’en furent point avares. Il fut seul à Sainte-Hélène au milieu des rats de Longwood et des dévouements rongeurs qui prétendaient le consoler. Il fut seul enfin et surtout au milieu de lui-même, où il errait tel qu’un lépreux inabordable dans un palais immense et désert. Seul à Jamais, comme la Montagne ou l’Océan !…» (p. 285). Et encore : «Lui-même était le désert, faisant autour de lui, vivant ou mort, un désert si vaste que les hommes de toute la terre ne pourraient pas le remplir et que leur multitude y paraîtrait comme rien, sous l’œil de Dieu, dans le silence de l’espace» (p. 304).
(14) Bien évidemment, la fin de la mission de Napoléon est parfaitement logique dans la vision bloyenne : «Obéissant à son implacable destin de prototype ou de parangon, il fallait que le monstre d’activité devînt inerte à ce moment-là pour que s’accomplît le châtiment des uns et des autres» (p. 318).
(15) «Reste à savoir ce que devint son âme, sa trop grande âme, dans cet effroyable tourbillon d’iniquités. Âme d’un lycéen sublime, emportée par le Souffle de Dieu à des hauteurs inconnues, ne voyant presque plus la petitesse humaine, incorrigiblement amoureuse de tout ce qui lui paraissait avoir de la générosité ou de la grandeur et, à cause de cela, malgré le plus somptueux génie, désignée, beaucoup plus qu’une âme ordinaire, à toutes les souffrances de la Déception» (p. 328).
(16) Cette mort ignominieuse mais néanmoins triomphale qui n'est pas sans parenté avec celle du Christ est, selon Bloy, le couronnement logique de la destinée de Napoléon, grand homme qui aura au moins eu le mérite, aux yeux de l'écrivain, de hausser la puissance de la France jusqu'à une hauteur jamais connue durant les siècles : «Un jour viendra, peut-être, où les reliques de Napoléon ne seront plus dans son admirable Tombeau des Invalides. On ouvrira le cercueil et il sera vide, l’apparence même de cette poussière n’ayant pu subsister après l’extinction du prestige qui l’environnait» (p. 333).
(17) «Héritier et exécuteur testamentaire de toutes ces âmes boueuses ou tragiques, il lui fallut aller jusqu’à Moscou pour défendre les barrières de Paris et ce fut la catastrophe» (p. 293).
(18) «Il est vrai que Napoléon ne sut jamais punir tout à fait et cela qu’on rencontre à chaque instant, qu’on retrouve à toutes les pages de sa vie, jusqu’à en être impatienté, c’est peut-être le trait essentiel de cet homme étrange parmi les étranges qu’on a tant voulu représenter comme un tyran et qui fut surtout, en vertu d’on ne sait quelle hérédité, un fataliste profond, incapable de ressentiment, craignant toujours de détruire quelque chose de son œuvre en abaissant ceux qu’il avait élevés, cessant de vouloir et cessant d’agir quand il croyait avoir entendu la voix de son destin – s’asseyant alors, plein d’une muette résignation, sur la margelle du puits de douleur» (p. 331).
(19) Comme par exemple l'ouvrage de Michael Löwy, intitulé Walter Benjamin : Avertissement d'incendie, une lecture des thèses «Sur le concept d'histoire» (PUF, 2001) ou bien encore, de Françoise Proust, L'Histoire à contretemps. Le temps historique chez Walter Benjamin (Cerf, 1994, réédité en 1999 par Le Livre de Poche).
(20) Voir François Hartog, Régimes d'historicité. Présentisme et expérience du temps (Seuil, 2003).
(21) Dans la première de ses thèses, Benjamin affirme que la matérialisme historique serait un adversaire sans égal s'il prenait sous son aile la théologie. Cf. Sur le concept d'histoire, traduction par Olivier Mannoni et présentation par Patrick Boucheron (Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2013), p. 53.
(22) Thèse n°14, op. cit., p. 75. D'une certaine manière, Napoléon, selon Bloy, a su réinterpréter le passé pour le rendre symboliquement vivant et puissant dans le présent, comme en témoigne l'anecdote du motif impérial des abeilles : «Quoi qu’il en soit, les abeilles de Mérovée lui plurent et il les porta sur ses épaules, à travers le monde en feu, jusqu’au jour où ces mouches irritées enfin contre leur maître et traîtresses autant que les hommes, le transpercèrent. Elles moururent, il est vrai, en même temps que lui, et la même expérience tentée par son neveu, six lustres plus tard, ne parut pas moins funeste» (p. 306).
(23) Appendice A, p. 82.
(24) Appendice B, p. 83.
(25) Thèse n°16, p. 78.
(26) Thèse n°3, p. 56.
(27) Thèse n°5, p. 59.
(28) Thèse n°2, p. 55.
(29) Thèse n°6, p. 60.
(30) Thèse n°9, pp. 65-6. Benjamin ajoute dans sa treizième thèse (p. 74) : «L'idée d'un progrès du genre humain dans l'Histoire n'est pas dissociable de la représentation de son avancée dans un temps homogène et vide.»
(31) W. G. Sebald, Austerlitz, op. cit., p. 23. Innombrables selon Sebald, infinies selon Léon Bloy : «On ne finirait pas, s’il fallait d’une main tremblante et le cœur battant comme les cloches de l’Épiphanie, dérouler toutes ces concordances du Texte saint» (p. 308).