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11/05/2011

Une rareté : mon premier article sur George Steiner

Crédits photographiques : Andres Serrano, Crucifixion, 1987 (image légèrement modifiée par rapport à l'original).


Remise en une d'un article initialement publié le 31 mai 2007.

Je suis assez stupéfié de pouvoir offrir à mes lecteurs, grâce, comme on le dit sans plus trop s'en émouvoir, aux progrès de la technique, les quelques pages originales (riches de leur mise en forme... fort artisanale, de leurs coquilles et de leurs maladresses point retouchées) qui, pour un numéro fameux (enfin, il s'agit tout de même de s'entendre sur ce terme) de la revue Dialectique illustré d'une photographie d'Andres Serrano, constituèrent la première étape d'un texte qui allait devenir, après avoir été patiemment réécrit, retouché et alourdi (l'ensemble mimant assez fidèlement je crois la croissance d'un oignon), un essai de belle taille sur George Steiner.
Essai relu, amendé et suivi avec attention par Olivier Véron qui procrastina sa décision de le faire paraître puis, sans me donner de réponse précise quant au sort de mon livre, jugea sa conclusion pas assez péguyste (sic), essai refusé par Éric Vigne (Gallimard) pour de sombres raisons juridiques et morales (en clair : il ne pouvait accepter un essai consacré à un auteur dont il avait édité pas mal d'ouvrages), essai accepté par le Cerf moyennant (dixit Philippe Verdin, le directeur éditorial de l'époque) une émasculation de mon texte (en termes clairs : une réécriture complète) jugé beaucoup trop bernanosien, essai accepté à condition qu'il se vende bien, puis refusé parce que l'on avait quelque crainte, qu'il ne se vendît pas aussi bien que cela, puis accepté, puis de nouveau refusé, puis... par Denis Tillinac (pour La Table ronde), j'en passe.
Écrire un livre n'est rien ou presque. Le publier tend à devenir, de plus en plus, presque tout.
D'où le profond ridicule de ces initiatives participatives, comme Blogauteurs, prétendant économiser la recherche difficile d'un éditeur qui, ici, non seulement vient à vous, mais vous demande, exige plutôt que vous lui fassiez parvenir votre très précieux manuscrit, rugit de lire votre prose inconnue de millions de paires d'yeux qui la dévoreront cela ne fait aucun doute, vous aime, vous adore, vous câline, se réunit autour d'un dîner chinois (manque de moyens ?) pour évoquer votre grimoire et, en prime, vous offre une friandise d'époque paraît-il léchée par Victor Hugo en personne...
Que demande donc le peuple ? Des livres me direz-vous, surtout ceux qu'il a écrits et qu'il soumet ainsi, en toute confiance, à de vagues augures paraît-il littéraires ?
Non.
Le peuple demande ce qu'il a toujours demandé : un peu de sérieux.
Ce qui, une fois de plus, lui est refusé.
Quoi qu'il en soit de ces petits jeux virtuels, les paresseux pourront donc consulter un condensé de mon ouvrage finalement paru sous la forme d'un compte d'auteur déguisé, à L'Harmattan : on ne pourra me reprocher, dès lors, de ne point faciliter la tâche à mes lecteurs...
Un mot sur les raisons qui me poussèrent à écrire ce texte. J'ai décidé d'en entreprendre la rédaction après avoir, littéralement, dévoré les ouvrages de George Steiner, lus, tous, avec beaucoup de retard parce que je m'entêtais, en classe d'hypokhâgne, contre l'avis pourtant précieux (uniquement sur ce point, celui-ci m'ayant aussi obligé à lire les prétendument savants et véritablement vains amphigouris de Genette) de mon professeur de français, à ne point daigner m'intéresser à un auteur dont il avait pu parler en termes fort élogieux.
Quelque neuf années, donc, après la parution de Réelles présences qui marqua en France le début de la vogue de ce diable d'auteur, je réparai mon erreur et rédigeai, quasiment d'un souffle et sans même avoir fini de lire, loin s'en fallait, tous ses ouvrages, ce long article que je soumis à la double sagacité d'Olivier Véron et de George Steiner lui-même. Celui-ci me répondit par l'une de ses habituelles demi-feuilles de format A4 où ses remerciements toujours empreints d'une distante prudence (laquelle se révélerait, au fil des années, réelle défiance) avaient été tapés sur quelque vieille machine à écrire (dont nous n'ignorons plus rien grâce aux très fins limiers du Magazine littéraire qui nous livre cette information capitale dans son numéro 454) puis, ça et là, corrigés de la main même du célèbre critique, que d'aucuns appellent pompeusement maître.

Voici donc cet article.