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15/04/2006

Netizen n°3 : portrait du blogueur en blorpion

Phtirius pubis, communément appelé pou du pubis ou morpion, responsable de la pédiculose pubienne ou phtiriase


Ayant pointé, dans un bien trop long billet consacré à pareille revue, mes principales critiques à l’endroit de Netizen, il ne s’agira, avec ce nouveau et (finalement peu) court texte, de rien de plus je l’espère que d’une piqûre de rappel. Particularité de mon vaccin : il veut achever la bête idiote plutôt qu’en tenter la guérison. Netizen, en effet, est à piquer, comme s’il s’agissait d’un vieux chien qui, afin de vous amadouer et de vous arracher une dernière caresse, tenterait de remuer sa queue et de faire le beau alors que, depuis des lustres, le pauvre animal n’a plus même la force de se tenir debout. Autant le dire d’entrée : Netizen ne se tient pas droit et se tiendra d’ailleurs de moins en moins droit si j’en juge par les trop rares publicités (Europe 1, Arte, Nokia sans trop le dire, les éditions M2; bref, rien de bien affriolant…) qui financent ces pages. Et je ne suis même pas certain que ces sociétés aient réellement apporté leur soutien pécuniaire à Netizen : peut-être ne s’agit-il là que de bons procédés, d’appels puis de renvois d’ascenseur. Après les premières fissures constatées sur la jolie petite niche du caniche pas même savant, l’avachissement approche, bientôt la paralysie. Le ridicule, lui, dépassant de plusieurs années-lumière le sevranisme le plus abouti, est depuis trop longtemps une marque de fabrique pour que je le stigmatise, surtout chez celui, Christophe Ginisty, qui fut l'âme ouvrière, si je puis dire, du projet
Netizen donc. Je passe une fois de plus sur la pertinence du dossier de ce troisième numéro, cette fois consacré aux interactions (prétendument) complexes unissant la télévision et le monde des blogs. Encore que, la présence de Gilles Klein, bien honnête professionnel, ainsi que l’orientation presque uniquement technique de ces pages nous évitent quelques-uns des sirupeux bons sentiments qui poissaient les deux premiers numéros. Je l’ai dit et le répète : les seules pages de quelque intérêt de Netizen sont finalement celles qui évitent les enfilades de truismes si chères au rédacteur en chef de la revue, le voltairien (ce n’est point une insulte sous sa plume… Voilà qui est bien étrange tout de même…) et gentil citoyen de la Toile Cyril Fiévet. Au moins, lorsqu’il n’écrit pas, cette revue trouve à peu près une utilité, qui n’est cependant rien de plus que purement informative. C'est déjà bien cher payer des informations qu'une multitude de blogs, spécialisés dans ces questions, nous offrent gratuitement et avec une célérité qu'aucune revue, cela va de soi, ne saurait dépasser.
Gageons que le quatrième numéro, désormais bimestriel, saura nous proposer de stimulants textes sur la téléphonie mobile et les blogs, la délocalisation en Birmanie des chaînes de fabrication des fers à repasser ou, pourquoi pas, puisqu’il faut bien flatter le lectorat (ce mot étant tout de même proche d’un autre : électorat), sur les nouvelles techniques de fist-fucking expérimentées dans la poétique zone pédéblogosphérique, puisque c’est son nom officiel. Justement, cette digression me permettra de pointer une tare endémique propre à cette revue et, on s’en doutait, à l’ensemble de ces torchons (comme Technikart, jadis dûment punaisé) qui se veulent le réceptacle de la modernité la plus radicale et qui ne font rien d’autre que tout mélanger : ce cancer est celui de l’éclatement, à la fois matérialisé dans l’affreuse et criarde mise en page de Netizen comme dans les allusions plus ou moins fines contenues dans les pages de la revue. S’il y a donc des pédéblogueurs, c’est à coup sûr qu’existent de méchants pédoblogueurs, des saphoblogueuses libérées de leur tragique sujétion au patriarcat, de discrets cleptoblogueurs, d'évanescents oniroblogueurs, de savants astroblogueurs, voire de malodorants copropblogueurs, ces derniers, je précise à l’attention des lecteurs habituels (s’il y en a) de Netizen, se nourrissant de matière en putréfaction (j’y songe : une telle définition me conviendrait finalement assez bien puisque la Zone brasse et tente hélas de décanter des étangs de merde). L’analyse de cette fragmentation affirmant au contraire que cette diversité de surface n’est qu’une apparence trompeuse et le saint Graal de ces abrutis incapables de bosser solitairement, donc d'imprégner la Toile de leur complxe personnalité, cette analyse n’existe tout simplement pas.
Ainsi, je ne crains pas de le dire ou plutôt de le répéter : la première réalité susceptible de frapper un esprit quelque peu familiarisé avec les us et coutumes de la Toile, ce n’est pas tant son extrême diversité que sa très profonde banalité. Hormis quelques blogs d’un réel intérêt, et ce quel que soit leur domaine d’élection (je le précise à toutes fins utiles), il faut clamer cette évidence que Fiévet fait mine d’ignorer : sur la Toile, tout le monde bavarde et bien peu parlent réellement. Pour ce qui est d’écrire, mieux vaut s’armer d’un optimisme à toute épreuve car alors la Toile, d’ordinaire une ruche en activité permanente, devient aussi luxuriante que la surface arasée de Vénus, l’extrême chaleur qui y règne en moins. Cet éparpillement, nous dit Fiévet, se veut ludique et surtout, le sésame-ouvre-toi de la sottise est magiquement prononcé, citoyen. Aucune porte ne s’ouvre ? Bien sûr, car il n’y en a pas qu'une seule à vrai dire mais plutôt une multitude qui claquemurent d'innombrables nichettes où chaque imbécile bavard s’enferme dans sa solitude virtuelle mais, nous voici rassurés sur son équilibre mental, participative.
Moi, Rémi Barra dit Palpitt, je n’ai strictement rien à dire mais je m’étonne de tout : je ramasse une crotte dans la rue, la renifle et, suprême arôme, je crois y flairer quelque fragrance divine. En langage tout grondant de palpitations, cela donne : «Ce qui m’a frappé au fil des jours, c’est donc d’une part cette formidable propension du blog à créer, modeler, commenter et, le plus important, à devenir acteur de l’actualité (notez la force de conviction soutenue par cette allitération en dentales). D’autre part, c’est ce potentiel à déclencher un véritable incendie d’opinion» qui, vous l’avez deviné, tant ce charabia rédigé en sous-français est convenu, «peut être considéré comme une tentative de contre-pouvoir lorsqu’il renverse un certain ordre hiérarchique». Ne soyez point trop rigoureux avec le pauvre Rémi, dit Palpitt, par exemple en lui reprochant sa langue cancérisée, son écriture vide plus que palpitante, la maigre invention d'une langue sloganisée jusqu'à son trognon. Car il nous livre tout de même un grand secret : un «contre-pouvoir», apprenons-nous ainsi avec émotion, «renverse un certain ordre hiérarchique». Lequel ? Le bon Rémi ne nous le dit pas, fatigué sans doute de l’effort de concentration exigé pour aligner ces phrases d’une absolue banalité, dignes d’un manchot phocomèle. Au risque de provoquer, chez mes lecteurs, un infarctus, je me dois de poursuivre, en faisant remarquer que Palpitt est qualifié de «métablogueur». Mais il n’a rien dit pourtant ? Il ne nous a rien appris ? Par quel miracle de fausse parole Frédéric François, directeur de publication de Netizen qui, se réjouit-on de l'apprendre, jouit tout de même d'une très solide formation de... philosophie (cela se voit, il connaît Novalis), a-t-il cru bon d'accoler à notre nanoblogueur le préfixe méta qui, si je ne m'abuse, signifie une activité ou une catégorie subsumantes ? Sans doute s'agit-il d'un souvenir d'Aristote, me répondra l'heureux licencié de philosophie. Où donc Cyril Fiévet a-t-il cru déceler une quelconque activité intellectuelle chez cet infrablogueur ? Demandez-le lui, à l'occasion, la réponse témoignera au moins d'un invincible optimisme scientifique, à moins que notre voltairien rédacteur en chef n'ait su inventer quelque géniale machine capable de détecter l'activité cérébrale du quark.
Voici donc désignées par l’exemple de cet imbécile les deux colonnes portantes de l’édifice virtuel de la taille d'un chenil : d’une part, pour reprendre la seule tournure un peu complexe de Barra, l’essentiel est de n’avoir strictement rien à dire mais de le dire justement, et de le dire haut et fort. Comment ? En le disant, voilà tout, ce qui donne ces phrases de sémantisme à peu près vide et de sens lui-même proche du zéro absolu. De l’autre, un crétin aphone étant tout de même une pauvre chose minuscule, y compris aux yeux d'un crétin aphone, mieux vaut, pour abattre l’ordre établi (lequel, encore une fois, c’est ce que nous ne saurons jamais; nous ne saurons jamais également quels sont les redoutables adversaires de ce prof blogueur dénonçant «les dérives éthiques ou politiques qui affectent notre société» !), il s’agit tout de même de trouver quelque absence de voix auprès de plusieurs autres nains tout aussi ignares, aphones et, dans le même temps, bavards, afin, non pas de faire silence, mais simplement de couvrir le bruit que font les autres imbéciles entourant et relayant notre crétin initial. Si la termitière se distingue par son impeccable organisation communiste (la présence d’une reine doit être considérée comme une survivance réactionnaire d’un temps heureusement aboli), la termitière virtuelle, la termituelle est, elle, organisée en autant de microscopiques cabanons où chaque fou se fait un devoir de beugler sa folie afin de l’étendre à son voisin. Si la contagion ne se produit pas, la termite virtuelle n’hésitera pas à saper les murs capitonnés de son voisin de cellule pour venir, dans ses propres commentaire, combien saine est la condition de fou virtuel.
L’éparpillement plutôt que la diversité, l’éclatement plutôt qu’une originalité réellement ouverte, donc forcée de se restreindre ou de filtrer, c’est-à-dire de réfléchir (et notre pauvre Palpitt ainsi que tous ses clones sont bien loin de pouvoir s’offrir pareille dépense neuronale en faisant l’acquisition, même bradée, de tel organe qui je le rappelle, à la différence du cœur, ne peut pour le moment se greffer), ce sont bien là, je le disais, les mamelles nourricières que sucent ces journalistes de bas étiage et tous ces nains qui, comme Natacha Quester-Séméon, ne jurent que par la seule vertu du «travail collaboratif» chargé d’ériger une tour de Babel participative, d’édifier les contreforts d’une «communauté virtuelle [forcément] humaniste», afin de faire fusionner le «réseau» avec le «réel», le «global» avec le «local» pour que soient consommées les noces blanches de la «technologie et [de] l’humain». Inutile de préciser que le manchot empereur rédactionnel qui assiste, impuissant, à la progressive fragmentation de son petit coin de banquise précédemment ravagé par un microscopique tsunami (voir le lien plus haut), sentant tout de même le danger venir en la personne désagréable de quelques créanciers aux solides dents de... morse, s'est empressé de préciser, dans son éditorial, que la blogosphère n'était pas uniquement, et de loin, le seul intérêt de Netizen. Autant nous le dire plus franchement que cela : pour survivre, cette revue va devoir de toute urgence diversifier (le mot est à la mode) ses thématiques et intérêts, élargir, voire redéfinir son core business (cette expression tout autant, hélas), les blogs gratuits n'étant décidément pas suffisamment rentables, surtout pour une revue payante. Fichus blogueurs tout de même, qui rechignent à acheter une revue qui leur apprend, dès son troisième numéro, qu'elle ne va tout de même pas se consacrer à eux, les ingrats qui manquent à l'appel, et ce à fonds perdus, les finances se creusant étant ma foi un bon motif de cesser toute dangereuse philanthropie, laquelle d'ailleurs n'est pas vraiment la tasse de thé, ils le répètent assez, de nos audacieux entrepreneurs.
J'en ai fini avec Netizen, déjà troisième du nom et, je l'espère, anté-pénultième de sa série depuis sa conception porteur d'un gène récessif : la bêtise contente d'elle-même, l'étalage de fadaises maigrement asaisonnées des insipides épices d'une langue à la bien-pensance de degré zéro.
Avant de terminer ces quelques lignes, je ne puis que saluer la seule mais néanmoins réelle contribution de Cyril Fiévet à la vitalité de la langue française : il est l'inventeur de ce mot, blorpion, mêlant la caste honteuse des anoploures et celle, au contraire jamais avare de publicité, des blogueurs, utilisé dans mon titre et dont Netizen, au gré de chacun de ses numéros, a finalement décidé d'encourager l'immonde prolifération.
Nul ne pourra dire que la Zone n'accomplit pas son devoir de prophylaxie citoyenne puisque je n'hésite pas à reproduire telle annonce trouvée au cours de mes recherches consacrées au dérangeant pou du pubis : j'y ai ainsi appris qu'en France une lotion (Spray-Pax) est utilement indiquée dans la phtiriase (ou pédiculose du pubis). Son application doit atteindre l’ensemble des zones pileuses du tronc et des cuisses; un rasage des poils peut être utile en cas de lentes (les œufs du pou) abondantes.
Finalement, pour éviter la gangrène de la parole sale ou bavardage, il suffit simplement de se laver.