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21/11/2004

Marc-Édouard Nabe ou la colère du bourdon

Crédits photographiques : Frank Rumpenhorst (AFP/Getty Images).

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08/04/2004

Lecture de Cancer !, acte troisième

 Je continue ma lecture de Cancer !, remarquant un fait pourtant frappant que je n’ai pas suffisamment développé dans ma précédente note de lecture. La majorité des articles de ce numéro bien décevant, qui heureusement ne nous a pas imposé, cette fois-ci (par quel miracle de saine sévérité éditoriale ?) de ridicule et pitoyable exégèse des œuvres complètes d’Alizée, est presque exclusivement tournée vers les nombrils respectifs des différents cancéristes, à l’exception notable de quelques textes, de loin les meilleurs, que j’ai déjà signalés.

On me rétorquera, d’une façon bien convenue, que la création véritable n’est presque jamais un travail critique mais qu’elle doit au contraire explorer, dans une jouissive et incontrôlable descente au milieu des remugles des streams of consciousness, les tréfonds inconnus d’une libido éruptive, en fait minimaliste et dramatiquement privée d’une originalité qui, à tout prendre, aurait plus intérêt à s’ouvrir à ce qui la dépasse, le texte d’un autre par exemple, la beauté d’une œuvre qui n’est pas issue de sa petite plume. On me servira, là encore sans génie ni même étonnement, la soupe froide de Rimbaud, de Butler ou de Joyce et de combien d’autres voyants (ou prétendus tels) qui ont dû, pour écrire, cultiver sur leur propre cœur quelque monstrueuse verrue qui effraierait la vue d’un blême et innocent « universitaire », apparemment la classe d’insecte punaisé à laquelle j’appartiendrais… Bien évidemment, tous ces prétendus arguments sont d’une bêtise totale et ces magnanimes contradicteurs d’oublier allègrement que nous avons, pour nous convaincre du labeur intime et énorme d’écriture que représentèrent ces prétendues plongées en apnée, les brouillons d’Une saison en enfer et les notes, mille fois recuites sous le feu de l’érudition, concernant l’écriture-limite de Finnegans Wake. Et combien de pages d’auteurs qui ont commenté les œuvres admirées de leurs prédécesseurs ou contemporains : Borges sur une multitude d’écrivains, souvent obscurs, T. S. Eliot sur les poètes anglais ou sur Dante, Diderot, Baudelaire et Claudel sur les peintres et les poètes, etc.

Non, foin de tout cela, car nous sommes à l’heure sacrée où le soleil nietzschéen, celui qui semble exposer à un cancer de la peau l’équipe de L’Imbécile, darde son trait à la verticale de notre ego, jamais aussi astiqué que depuis l’époque où quelques gamines habillées de noir nous livrent, avec crainte et tremblement et ténébreux regard saisi d’effroi, leurs précieuses introspections dans les univers solipsistes et profondément ennuyeux de quelques adolescents en mal de frissons, Eminem ici, Manson là (au moins, parler du vrai Manson aurait eu plus de panache), Cronenberg encore, platement réduit à quelque truismes pas mêmes lacaniens dans Gueules d’amour. Les proses blanches (alors qu’elles se rêvent noires) d’Isidora Pezard ne sont d’ailleurs pas les moins perverses puisqu’on parvient toutefois à y flairer, comme une pépite enfouie sous mille kilomètres de houille, l’intention de ne pas flouer son lecteur, d’être sincère, même si cette sincérité se mesure à quelques jets de gras sébum sur un miroir évidemment fêlé, accointance avec un démon de midinette oblige.

Il y a plus grave bien sûr que cet innocent jeu de marelle qu’on veut nous faire prendre pour une danse avec le diable. Il y a beaucoup plus grave, avec les textes de James et de Costes par exemple qui, étrangement, contre toute logique, sont défendus avec une hargne de molosse par Bruno Deniel-Laurent, au prix d’un aveuglement systématique et bien évidemment partial (l’amitié, me dira-t-on) sur la qualité littéraire minimale que l’on est en droit d’attendre d’une revue qui, ce n’est pas le moindre de ses mérites, n’a peur de rien et le proclame bien haut. Seulement, si l’intention est bonne, il faut au moins avoir quelque solide raison de gueuler, quelque plume pour laquelle, comme l’éditeur de Liquidation de Kertész, on ne craindrait pas de se damner… J’ai eu avec Bruno quelques mots suffisamment secs et explicites pour ne point me sentir obligé de lui rappeler que sa revue court tout droit vers un piteux déculottage et une danse faussement lascive dans quelque sous-cave glissante du Marais si, immédiatement, il ne reprend pas solidement en mains, d’une poigne de fer, au risque de mécontenter ses scatophiles plumitifs faussement montévidéens, les rênes d’un attelage qui n’a plus aucune cohérence malgré le centre exorbité (et le faible aimant) que constitue la défense légitime de Maurice G. Dantec. Pour filer ma métaphore, ces deux animaux écumants (des bœufs sans doute mais il s’agit peut-être d’ânes ou de porcs…) et leurs clones doivent être solidement entravés par le même joug contraignant, d’abord parce que, en bon célinien qu’ils ont oublié d’être, ces derniers ne devraient jamais perdre de vue que le style ordurier est un art qui ne supporte pas de dégazages systématiques (comme le savaient d’ailleurs un Sade et un Bataille) ou encore, comme le dit le Professeur Y quelque part, qu’il est bien difficile d’édifier une statue durable composée de caca, en bref…« chie pas juste qui veut ».

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai jamais prétendu. Bien évidemment, je ne veux absolument pas d’une revue (d’autres existent) qui serait tout entière dédiée à des textes critiques, ma pente évidente (mais pas unique…), même si, sous les plumes de certains (Claude-Edmonde Magny, Harold Bloom, Georges Blin, Max Milner, etc.), des commentaires peuvent parfaitement acquérir, comme avait sans cesse raison de le rappeler T. S. Eliot, un statut d’œuvre à part entière ou, selon Michel Foucault, de langages seconds qui, en fait, nourrissent les œuvres premières, souvent élaborées dans des ténèbres que seul un texte réflexif peut tenter de dissiper modestement. Je me contenterai de rappeler que l’idée de ne pas paraître ridicule en évoquant ses règles blanches ou ses turgescences d’adolescent fiévreux (les bonhommes sont tout de même plus que trentenaires…) est somme toute éminemment moderne, alors que durant des siècles des générations entières d’auteurs n’ont jamais eu suffisamment d’humilité pour s’effacer devant l’œuvre commentée, que l’on songe aux innombrables textes anonymes du Moyen Age ainsi qu’aux hermétismes savants de la gnose, de l’alchimie ou de la Kabbale, et que dire de l’humilité d’un Kafka ou d’un Gadenne que son meilleur connaisseur, Didier Sarrou, me reprocha un jour de défendre avec trop de colère, sans vraiment m’effacer derrière l’œuvre admirable, presque transparente...

Peut-être cet homme érudit et simple avait-il raison, oui, mais cette colère me paraissait alors justifiée, comme elle me le semble encore, face à l’immense crétinerie de nos contemporains, à la crasse prétentieuse de tant d’universitaires mêmes qui ne savent pas qui est l’auteur des Hauts-Quartiers et qui, si on le leur apprenait, se moqueraient comme d’une guigne de le lire.

Voilà pourquoi il me semble plus qu’urgent, à vrai dire vital sauf s’il souhaite rapidement se métastaser et finalement crever (c’est parfois la tentation suicidaire de beaucoup de jeunes revues), que le barnum de Cancer ! décide si, oui ou non, il va une fois pour toutes privilégier la qualité et le travail – il est ainsi honteux de ne pas accorder plus de place à la prose de Sarah Vajda – et se débarrasser du prétendu talent rectal de certains fumistes qui, parfois, il faut le dire (je l’ai dit de James défendant Dantec), ne déméritent pas, justement quand ils cessent de sonder les gouffres mous d’une prétention pour le coup réellement abyssale.

De sa réponse dépend, plus que ma collaboration qui se fragilise on s’en doutera, la vie pleine et redoutable de Cancer ! plutôt que sa survie médiatiquement assistée sous la défroque d’une vieille putain maquillée que plus personne ne prend la peine de courtiser.

05/04/2004

La revue Cancer ! est-elle immortelle ?

Crédits photographiques : Donald Bliss and Sriram Subramaniam (National Library of Medicine, NIH).

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