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26/09/2026
C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, le roman que Yannick Haenel aurait aimé photocopier
Je ne sais pas s'il me faut remercier Thélyson Orélien qui, le pauvre, a l'air passablement limité dans ses capacités d'expression orale, et le remercier pour deux effets que son premier et sans doute dernier roman, C'était ça ou mourir, a bien involontairement provoqués : l'un, trivial mais supérieurement réjouissant, me comble d'aise puisque cet inconnu, dont de vilaines langues racontent que c'était un habitué du coin photocopieuse de l'entreprise dans laquelle il passait ses journées à épuiser les rames de papier, a réussi, sans en tirer de véritable profit autre que celui d'une gloire warholienne, à ridiculiser nos paons et nos poules, nos dindons et nos bécasses germanopratins, de Virginie Despentes (elle, se serait plutôt une hyène pelée à l'haleine de charnier) à Frédéric Beigbeder, petit coq de basse-cour picorant autant de poule que de poudre, en passant par Amélie Nothomb l'insignifiante suprême, la momie Laure Adler dont les plus grands égyptologues sont enfin parvenus à dater précisément le règne, le rattachant à la dynastie mitterrandienne, et Yannick Haenel (lui, se serait un vautour, jamais aussi brave pour évider un corps de ses viscères que lorsqu'il est mort) ainsi qu'une foule dolente de lustreurs de chaussures et de lécheurs de bidets.Le second effet nous fait tout de suite décoller, et c'est heureux, de la flache putride dans laquelle convolent ces créatures fornicatrices mais pas moins impuissantes et, tandis que nous nous extrayons du maigre mais âcre marigot dont les miasmes finissent par ne plus nous indisposer, puis à prendre une belle hauteur d'aigle amateur de lapins, à réfléchir quelque peu, à considérer ce que nous montre C'était ça ou mourir, premier roman supposé, donc, d'un inconnu du petit Landerneau parisien, ce qui suffit à intriguer ce dernier, dont la publication a été orchestrée par le paraît-il plus grand éditeur français, Olivier Nora avant qu'il ne se fasse jeter de son siège de patron millionnaire. On se demande même si, afin de justifier sa réputation d'intelligence et de capacité létale à jouer un billard de 10 ou 15 bandes, il ne s'est pas empressé le manuscrit d'Orélien pour qu'il explose à la figure de son successeur car, n'en doutons pas, Grasset risque de fort mal prendre la plaisanterie spéculaire que notre génial inconnu lui a jouée.
Je n'irai pas par quatre chemins et, à l'inverse d'Orélien auquel je m'adresse par politesse et convenance, comme personne dont les prénom et nom figurent sur la première de couverture d'un livre qu'il n'a probablement pas écrit ni même amendé, n'accumulerai pas les comparaisons et les métaphores, comme si une vanne avait été ouverte que l'on n'arriverait plus à refermer, et j'affirmerai donc sans ambages que C'était ça ou mourir est un objet fascinant : il nous montre, en effet, de quelle manière fonctionne une intelligence douée, très douée même mais parfaitement idiote, ne sachant rien (ou presque rien, pour le moment) de ce que signifie la vie, je veux dire : de ce que signifie l'incarnation, l'erreur, la fatigue, la limitation, la borne, et d'abord la borne et la limitation posées contre une intelligence tournant à vide, ce qu'est une IA non bridée. Ce spectacle, que je n'avais jusqu'alors pu l'observer que dans Destination Vide et sa suite, L'Incident Jésus de Frank Herbert, deux romans de science-fiction, ce genre encore si méprisé mais qui a pourtant tout dit de notre présent depuis un bon siècle, ce spectacle donc présente lui-même un double avantage : il nous montre comment fonctionne une intelligence non pas supérieure ni exceptionnelle mais ne parvenant pas, et pour cause, à s'incarner, puisqu'elle sait tout et que, dans ce savoir gigantesque, doivent bien figurer, aussi, se dit-elle, dans quelque recoin de sa prodigieuse mémoire, les sensations, les façons de penser d'un être incarné, et il nous montre encore et surtout que, devant une telle manifestation, l'homme, créature bassement incarnée pour le coup, tombant malade, évacuant ses excréments, devant se laver quotidiennement et finissant par mourir, reste abasourdi, comme un père ou une mère qui aurait quelque difficulté à suivre les méandres par où passe sa diable de progéniture que tout le monde s'accorde à dire exceptionnellement douée, bien que pénible.
Il suffit pour se convaincre de mes dires de ne lire que le premier chapitre du roman de Thélyson Orélien, le deuxième si on y tient bien sûr, ou même n'importe laquelle des pages de ce roman, prise au hasard, pour conforter ce jugement : là où un auteur conscient de ses moyens s'économise, ne multiplie pas les figures de style, finalement convenues, que sont les métaphores et les comparaisons systématiquement enchaînées à des propos parfaitement banals, Thélyson Orélien, lui (faisons comme si, puisque c'est lui qui me lira), ouvre les vannes comme je l'ai dit et ne les referme plus, et se tient prêt, pour peu que vous le lui demandiez, à vous accrocher une métaphore ou une comparaison incomparables à chaque bout de phrase, en la détachant dans une nouvelle phrase s'il le faut, selon cette manie toute moderne du rejet, histoire de bien vous faire comprendre que son petit bout de chemin narratif, n'importe lequel, description de paysage ou considération vaseuse du personnage principal, vaut bien telle ou telle comparaison, telle ou telle métaphore qui s'efforcera d'être chatoyante, même quand elle recouvre misérablement l'insondable vacuité d'une pensée comme celle-ci : «Les rêves, c'est comme le chemises qu'on repasse : ça se froisse dès qu'on les porte» (p. 56).
Je pourrais, comme l'a dit je ne sais plus dindon de plateau télévisé, empiler les exemples de ce procédé que j'aboutirais en effet à un texte point négligeable constitué des seules métaphores et comparaisons que Thélyson Orélien aura lâchées comme une escadrille de fléchettes dont le seul but est de se planter dans le fessier mou d'un Yannick Haenel, dans celui, probablement moins tendre, d'un Augustin Trapenard : «Des gestes simples qui finissent par user l'âme comme une corde de puits», immédiatement suivi par : «Le chantier, c'était une ruche sans miel» (p. 51) ou «la fatigue m'est tombée dessus comme une couverture mouillée» (p. 41), et tant d'autres manifestations de ce véritable tic obsessionnel, cette évidente agitation motrice constante que naguère nous réservions pour tenter de caractériser le comportement, disons lassant, de gamins précoces et qui, je crois, convient parfaitement à une intelligence artificielle, point si artificielle que cela puisqu'elle copie le mécanisme, fût-il aberrant, d'une intelligence véritable, humaine, incarnée, à moins, bien sûr, hypothèse fascinante, que ce soit l'intelligence humaine qui se mette désormais, nous y reviendrons, à copier sa propre création.
Les sots, évidemment, et je tiens Yannick Haenel pour le plus grand des sots, quelque chose comme le Sot Supérieur de Saint-Germain des Prés, s'extasieront et crieront au génie, allant même jusqu'à prétendre, sans être instantanément foudroyés par la honte, que c'est bel et bien la preuve finale que le roman de Thélyson Orélien montre «le déploiement d'une vélocité du verbe» derrière lequel et pourvu qu'il le dissolve au liniment de sa vacuité, cet imposteur, ce copieur professionnel (d'Alina Reyes, de Marc-Édouard Nabe, d'autres apparemment comme Fabrice Sanchez...) planque sa néfaste capacité à salir tout ce qu'il touche, que ce soit Melville ou Jan Karski, usant ainsi d'un charabia granguignolesque qui, sur le plateau de La Grande Librairie, a dû faire entrer en pâmoison Célestin Traquenard et relever un sourcil dévoré de tics à Amélie Nothomb, ce qui correspond chez elle à un état proche de l'orgasme je crois, sabir de macaque de laboratoire qui nous rappelle le vocabulaire aussi creux que foireux que ce pitre, ce clown sollersien, a déployé de livre en livre idiot et fat avec son jumeau phocomèle François Meyronnis. Car, oui, comme l'affirme la pythie de foire Yannick Haenel parlant de déploiement d'une vélocité du Verbe, qu'il faut ne pas craindre de majusculer, selon ces deux ânes supraluminiques se prenant pour de christiques apôtres mélangeant les Évangiles et Louis Pauwels, le Kamasutra et Heidegger qui n'est finalement qu'une drôle de position des neurones, c'est bien le Verbe qu'il convient de déployer, non pas tant pour qu'il produise, avec un peu d'aide humaine donc beaucoup de souffrances, de grands livres, de beaux romans à peu près inutiles comme ceux de Melville, Conrad, Faulkner ou Stevenson, mais une dissolution de l'écrivain se contrefichant de son lecteur, manquant alors à sa parole de servir la littérature, dans un dernier cri de jouissance teihlardienne avant la plongée dans l'Oméga indicible de l'Aphasique Grand Tout dans lequel, enfin, Yannick Haenel le Rebelle de la vingt-cinquième heure trouvera son égal, nul autre que lui-même enfin accompli. Ma phrase est trop longue ? Engueulez je vous prie l'IA, moi je ne fais que relire sa copie et j'aime assez ma foi ces circonvolutions qui finissent par former tôt ou tard une corde tendue qui claque à la gueule d'un de ces imbéciles jamais avares de sottises que j'ai nommés.Ne croyez surtout pas que Yannick Haenel a renoncé à l'IA, j'émets cette pétition de principe, pour de sottes raisons de conscience professionnelle, voire morales, quelque suspect respect du Verbe que s'efforce de servir notre professionnel de la génuflexion sacrificielle mais surtout ostentatoire, non, pas du tout, c'est bien plus simple : si Yannick Haenel n'a, jusqu'à preuve du contraire, pas eu recours à l'IA, c'est tout bonnement parce qu'il s'estime beaucoup plus littéraire qu'elle, pardi, et intelligent, et matriciellement chargé de l'électricité du Saint Langage que jamais ne le sera un cerveau électronique amélioré ! Le seul péché de Yannick Haenel, je vous le dis, mais énorme, impardonnable, est de prétention, contre l'Esprit donc et, félicitant Thélyson Orélien, il est à deux doigts de subodorer quelque fraude dont il ne peut faire état, puisque par là il avouerait que lui, plagiaire émérite, faussaire accompli, imposteur plus rigide que Cénabre dans son imposture, s'est fait avoir par un jeune blanc-bec ou, comme le dit avec son habituelle et jubilatoirement acide truculence Marc-Édouard Nabe, par «le nègre de l'IA" !
Au passage, Nabe, ce n'est certainement pas à La Chasse spirituelle, ce prétendu texte de Rimbaud redonné à la postérité par deux petits malins, qu'il faut comparer C'était ça ou mourir, mais à un autre texte, un autre roman, écrit, pour le coup sans ambiguïté, par un autre Noir, Yambo Ouologuem bien trop oublié, auteur sulfureux s'il en fut de l'impressionnant Devoir de violence qui, en son temps, 1968 donc, fut célébré et même récompensé par les ancêtres directs de nos imbéciles illettrés, avant d'être rejeté dans les ténèbres extérieures du Flore et de Lipp, à mesure que s'accumulaient, contre l'auteur de ce texte pourtant d'une tout autre portée littéraire que la copie méthodiquement appliquée de Thélyson Orélien, les preuves de plagiat d'un autre grand roman, Le Dernier des Justes d'André Schwarz-Bart. L'affaire comme on dit, car s'en fut une, et énorme à l'époque, a été suffisamment évoquée et décortiquée, allant même jusqu'à fournir matière à travaux universitaires, pour que je m'y attarde, à l'exception, je l'ai dit, de relever ce qui différencie un grand texte romanesque, d'une rage consubstantielle à ses longues phrases sinueuses, ayant amplement mérité un prix dit littéraire, pour une rare fois, d'une petite copie ripolinée d'élève appliqué, tirant la langue selon l'image, mais une langue métallique perpétuellement tirée, car la Machine n'est point soumise à l'inattention, à l'ennui ou à la fatigue.Si, avec l'affaire Yambo Ouologuem, nous pouvions distinguer deux réalités aujourd'hui dissoutes, un roman original, si tant est qu'un roman puisse être original, lui qui par définition s'inspire d'autres textes, et un roman plagiaire, faussaire, si tant est que l'on puisse affirmer que les romans les plus incontestablement surfaits ne possèdent pas, à quelque détour de ligne, une image absolument originale, peu importe après tout qu'elle soit l'aboutissement d'une langue tirée ou du reflet d'une langue tirée sur un percolateur chromé. Ce jeu fascinant qui mélange réalité et apparence, œuvre originale et imitation de plus en plus difficile à caractériser, est illustré d'abondance par chacun ou presque des textes de Philip K. Dick, mais aussi par William Gaddis dans un magnifique roman intitulé Les Reconnaissances suivant les méfaits de Wyatt, génial imitateur qui bien souvent dépasse ceux qu'il imite, tous des peintres flamands dont il excelle à reproduire les tableaux, jusqu'à ce que, de guerre lasse, il ne fasse sacrifice de sa monumentale
imposture, se dissolvant comme s'il n'avait jamais existé, comme un moucheron pris dans un rai de soleil, car c'est le lot de l'imposteur que de se perdre d'une façon ou d'une autre, qu'il s'appelle Wyatt ou Cénabre et même si, espérons-le, il s'appelle Orélien ou Haenel.Or, avec l'affaire Thélyson Orélien, comme je m'étonne encore que le monde journalistique ne l'ait pas encore nommée, il n'y a plus de texte copié et le texte copiant, si je puis dire, est tellement peu original qu'il semble n'être qu'une copie moins surfaite que parfaite, tenant à tout prix à nous montrer son inépuisable aptitude à entasser les trouvailles, d'écrivant compulsif.
Parbleu, mais regardez comment Yannick Haenel, sur le plateau du servilissime pubard qu'est le ravi perpétuel de la crèche Augustin Trapenard, ne sait plus quel mot inventer, quelle expression dégoter pour la cracher à la face du monde, dans l'espoir de clamer le génie du livre de Thélyson Orélien et peut-être même, peut-être même c'est fou ça, de l'auteur ! N'avez-vous donc pas compris de quoi il en retourne, dans cette mascarade où le bon Noir placide, celui que l'on appelle désormais le racisé ontologiquement victime d'abus et de pillages, de massacres et de colonisation, d'asservissement et d'esclavages, tous orchestrés par le maléfique Homme Blanc, prend sa revanche publique, assis débonnairement comme un fastueux Roi africain au milieu de ses courtisans, femmes et hommes, tandis que le plus fourbe et suintant et vipérin, incontestablement, de ses serviteurs, chante ses louanges en suant de tous ses pores pour lui plaire ? N'avez-vous donc pas compris, belles âmes gauchistes occupées toute la journée à hurler au racisme dès qu'un rat albinos par mégarde marche sur la patte d'un rat noir, pardon : d'un rat racisé, alors que René Maran, en 1921, reçut le Goncourt pour Batouala, que le véritable racisme, pour le coup, n'est autre que la mémorable humiliation, la fessée publique, le châtiment pompeusement républicain administré non pas par tel Négus marmoréen, aussi expressif qu'une idole recouverte du sang des sacrifices propitiatoires, mais par l'un des plus sinistres commis consanguins que la champignonnière germanopratine aura fait pousser, d'un parterre d'écrivassiers, hongres et haridelles confondus, ne sachant plus quel muscle se froisser, quelle vertèbre s'enlever, pour que l'arc de leur courbature apaise la colère, que l'on sait prompte, de Sa Majesté Noire ne leur prêtant même pas un regard ? Dire qu'il aura fallu d'un seul livre louche pour que Yannick Haenel, lâchant les siens, trop blancs c'est sûr, hurle son dévouement à ce Kurtz éburnéen presque aussi muet que l'autre, le Blanc, le pâle, l'Européen dégénéré et se mette à courir, ceinture de bananes sautillant sur ses fesses maladivement laiteuses, dans la forêt, ou ce qu'il en reste, haïtienne.
Dans le rôle du courtisan, il faut bien reconnaître du talent et même : du génie à Yannick Haenel car, félicitant Thélyson Orélien en tant qu'écrivain mais, surtout, de Noir évoquant les sombres aventures d'un Noir fuyant son Haïti natal faisant eau de toutes parts, il se place dans un double angle mort : nul ne pourra lui reprocher de n'en pas avoir fait suffisamment pour rendre à César ce qui est à César, au Noir ce qui est au Noir, fût-ce un champ de bananes plantains à moitié saponifiées, et à l'écrivain ce qui est à l'écrivain, et cela, c'est d'autant plus insoupçonnable, de la part d'un confrère dont la dernière daube concoure comme il se doit au Goncourt, et est comme il se doit encore suspectée de tricherie ! C'est bien le roman de Yannick Haenel que le jury de plumitifs putassiers du Goncourt aurait dû supprimer de sa liste, pas vrai Pierre Assouline, arsouille sublunaire que je traitais déjà de rusé maquignon dans cette vieille note, car ce texte n'est lui-même pas absolument insoupçonnable, si l'on plaide la manifestation d'une très franche originalité et la classe supérieure d'une écriture, donc d'un style digne de ce nom, et parce que si Yannick Haenel était récompensé par ce prix paraît-il prestigieux, sa consécration ridiculiserait automatiquement les jurés l'ayant porté au pinacle, dont l'inénarrable fouine gallimardesque Assouline, ainsi que le si généreux prix en question par la même occasion, même si, à leur décharge, je me demande s'il existe, sur cette planète du moins, un prix dit littéraire plus miteusement arnaqueur, plus disqualifié que le Goncourt à part, sans doute, le Nobel intronisant les déjections des vers cavernicoles Annie Ernaux et Jean-Marie Gustave Le Clézio !«Ce livre, c'est un événement, hein [chuchotement révérencieux sur le plateau : « Ouiii… » ], c'est la première fois, ça n'a jamais été écrit avant, avec une telle langue, quand il y a une langue poétique pour dire...
Retournement, rebondissement inattendu. Voyez et revoyez les images qui montrent Yannick Haenel prêter, n'en pas finir de prêter allégeance à son magnanime suzerain, et voyez comment Orélien Premier ne prend même pas la peine de lever une de ses lourdes paupières de dormeur ayant chaviré dans un rêve à peine croyable sur cette chétive et maigre créature, à petite bouche aux lèvres inexistantes, tirées, limace plutôt que renard, et limace qui pour une fois répond à quelque utilité puisqu'elle bave sans compter devant plus retors qu'elle, si experte en contorsions. Ce qui se joue dans cette scène, eût écrit Sollers avec sa faconde insistant sur le fait qu'il a vu ce que nul autre n'avait vu avant lui, est inouï, puisque l’élève, appliqué ou tricheur, tricheur et appliqué, rend en fin de compte, si l'on tient au paradoxe, un muet hommage à son maître plaqiaire ! Quoi, personne d'autre que moi n'a donc vu que le texte d'Orélien ressemblait comme deux gouttes d'eau, deux photocopies du même document, à un texte, à tous les textes commis par Yannick Haenel ? Ces phrases à verbe de sémantisme vide, cette impassibilité dans le déroulement monotone voire soporifique de métaphores surprenantes, de comparaisons se régénérant comme un ver de terre indéfiniment découpé, éclatant dans un ciel de truismes comme un boulet de canon éméché, cette volonté non pas manifeste mais
exaspérante de se frotter contre votre jambe comme une chatte en chaleur pour vous montrer sa charge érotique prête à exsuder de tous ses pores, de mélanger un registre grossier ou même vulgaire avec des considérations se voulant hautes sur la vie comme elle va ou ne va pas, surtout pour un pauvre, un miséreux, un opprimé, un migrant grands Dieux, comme cela est beau et fort, juste et moral, comme c'est haenélien, en se drapant donc de la toge prétexte à toutes les courbettes et même courbatures devant les pires lieux communs, la langue de bois la plus vérolée, manifeste, criarde, implacable, mais c'est... mais c'est du Yannick Haenel ma parole !Prenez ne serait-ce qu'un seul des coprolithes chiés à si grand-peine qu'on en a mal pour lui et considérez mon propos en ayant sous les yeux Les Renards pâles, dont j'avais à sa parution montré la prétentieuse inanité.
...l'indicible [Haenel tend les mains en offrande vers Trapenard], alors la mort… n’a pas le dernier mot. Il y a une scène, pardon, il y a une traversée de forêt, c’est de la grande littérature, c’est à la fois stupéfiant cette jungle qui à la fois, paraît-il, est la pire au monde...
Je cite un peu longuement un passage de mon étude, et on verra qu'elle s'applique comme un gant au cas qui nous occupe, celui d'un écrivant, Noir, évoquant un personnage, Noir, migrant, paumé, sans le sou, balloté par les événements, jouet de la violence générale, contre laquelle il essaie de survivre alors que dans le roman de Yannick Haenel, prestige germanopratin oblige d'être toujours dans le camp des saints, le lémurien dont on suit les fausses aventures se rebelle, comme ça, à vide, contre tout et rien parce que lorsque l'on est un auteur de gauche, et même un lémurien habitué de tous les plans publicitaires ourdis par son éditeur, on a le droit et même le devoir de se rebeller, ce qui ne changera pas un seul iota au monde mais qui permettra, à tout le moins, que la presse, de gauche comme il se doit, vante votre si visible générosité d'âme et, avec un peu de chance et surtout parce qu'elle confond tout, votre écriture et votre message politique, vous donne du grantécrivain contemporain, ce qu'est assurément le Christ en Bakélite Yannick Haenel, que je traite et retraite et retraiterai, jusqu'à ce que l'on me prouve qu'il n'en est pas un, d'imposteur. Tu me lis Haenel ? Tu me lis de nouveau ? Souffre que je te rappelle, encore et encore, ce que tu es, a été et restera, non pas un écrivain mais un écrivant, non pas un géant des lettres françaises mais un nain juché sur les épaules de géants que tu choisis méticuleusement, ainsi de Melville, non pas une créature des hauts fonds marins mais un représentant qui plus est malingre de cyamides, appelés communément poux des mers, infestant l'immense baleine blanche : «Yannick Haenel, outre qu'il est un écrivain à peu près inexistant tout gorgé, comme une orange qu'il suffirait de presser, de mots creux qui plaisent aux journalistes et aux demi-mondaines (souvent les mêmes), est un romancier sans la moindre imagination, ce qui est tout de même moins grave que d'être un romancier qui n'en est pas un, ce qui est le cas de ce pauvre auteur sans œuvre véritable, puisque tout y est resucée, ersatz, thèses pour rire de cinquième ou sixième main. Ainsi, plutôt que de nous décrire, y compris de façon sommaire, les conséquences induites par un événement bouleversant les fondements mêmes de la société, comme par exemple nous le montre le remarquable roman de S. S. Held intitulé La Mort du fer ou, chez nos compatriotes, Avant de disparaître de Xabi Molia, Yannick Haenel se contente d'enfiler de magnifiques phrases dans la seconde partie de son texte, sans doute pour en faire un collier de truismes, où la seule trace d'un procédé stylistique notable consiste dans l'usage du pronom personnel «nous» dans lequel s'inclut bien sûr le narrateur, à seule fin de stigmatiser un «vous» dans lequel, tout aussi mécaniquement, nous devinons que se retrouve parqué l'ensemble des lecteurs, qu'il s'agit de frapper comme s'ils étaient les membres de l'ordre policier inébranlable qu'il faut à tout prix, justement, ébranler et même, culpabiliser. Pour notre auteur, tout Français doit se sentir coupable de laisser évacuer sa merde par un travailleur noir, voici je crois le meilleur résumé de la haute porté intellectuelle de son livre. Ainsi : «Nous n'avons pas eu grand-chose à faire pour allumer ce brasier : il est facile d'envoyer aux flammes un monde qui se consume depuis si longtemps dans son chaos. À chaque instant, celui que vous avez construit perd son équilibre, parce que dans ce monde tout se vaut : chaque chose y est égale à son contraire, autrement dit plus rien n'a de valeur» (p. 116, l'auteur
souligne). Paresse donc que cette tirade grandiloquente, là où un des auteurs que nous avons cités, même maladroitement, essaierait de présenter une analyse plausible de l'évolution sociale due à un événement comme l'est une révolution, ce mot que Haenel ne cesse d'écrire et dont nous ne savons rien, ni même si ce n'est pas qu'un simple raout durant lequel les crétins confondent les pavés avec les petits fours, comme durant Mai 68 : «La contemplation d'un désert dont chacun de nous recompose le sable grain par grain fonde un minuscule verger; de ce bout de terre, de cette île dont nous sommes à la fois le roi et les brigands – les éternels pirates –, il est possible de jouir à l'infini. Une telle jouissance ne s'enferme pas sur elle-même : elle a pour vocation de se substituer à la France»....– enfin à traverser –, et il y a le déploiement d’une vélocité du verbe, parce que vous êtes un poète [Haenel se tourne un peu plus vers le «poète», comme devant une apparition christique], enfin, ça se sent, enfin, ça nous est donné en fait, voilà.»
La retranscription intégrale et fidèle de cette pathétique ordalie paradoxale, inversée, où c'est le clown Haenel qui nous fait souffrir tellement il est capable de s'abaisser et même de ramper pour que le bon Noir au génie littéraire incontestable lui remplisse sa petite bouche de son encre intussuspectif, le possède jusqu'à plus soif littéraire et lui tamponne la timbale jusqu'à la faire exploser en une gerbe de mots précieux, obscurs et colorés comme disait le grand Rimbaud d'Orange, ne laisse pas le plus petit doute sur la nature réelle de ce passage de témoin public : un faussaire reconnaît le talent d'un autre faussaire, qui pourtant n'était que son élève en fausseté avant que, probable seul coup de génie d'Orélien, mais grandiose celui-là, il ne s'embarrasse pas de pomper tel ou tel auteur (j'ai cité trois noms plus haut, il y en a peut-être bien plus que trois) mais les copie tous par le truchement d'une machine capable de lire des millions de pages en quelques minutes. Avec un peu de vice, je proposerais aux amateurs de demander à une IA de leur réécrire une page du roman de Thélyson Orélien en s'inspirant du style de Yannick Haenel, que le résultat ne ferait guère de doute : nous lirions un roman de Yannick Haenel, sans doute meilleur, même, que les originaux, tant ils sont prétentieusement creux.
Ne nous trouvons-nous pas dans un monde parfaitement dickien, où le simulacre devient de plus en plus indifférenciable de la réalité, où la réalité n'arrête pas de s'inspirer de la virtualité et où cette dernière pousse le vice jusqu'à paraître le moins discernable de la réalité, selon l'idée génialement développée par l'exemple des fleurs artificielles que Des Esseintes veut voir à tout prix ressembler aux fleurs réelles mais, coup de génie de Huysmans, où la nature elle-même copie ou parodie la monstrueuse et stérile artificialité du plaqué ?
Nous avons sous nos yeux la preuve que je n'affabule pas ou plutôt que je ne me suis pas enfermé dans quelque mauvais rêve bernanosien ou huysmansien me retenant captif de mes noires chimères, puisque, par son inaptitude flagrante à parler, s'exprimer, moquer ses officiants transis ou s'expliquer à tout le moins, même avec l'aide d'une pythonisse dont le rôle de traducteur sera évidemment tenu par l'incontestable habitué des abîmes, Yannick Haenel, sur ses insondables intentions, gueuler aux faces tellement pâles de ses apôtres et zélés commis la farce qu'il leur a jouée, Thélyson Orélien semble avoir imité l'impassible aphasie de la Machine, ou s'être laissé avaler par elle, c'est tout un, et cette incapacité ou alors impossibilité à réfuter, conforter, blâmer, s'étonner, se moquer ne pouvant que signifier et figurer, logiquement, éloquemment pour le coup, ce qui nous attend, tous : une digestion sans bruit ni douleur dans les intestins virtuels de la Matrice où vous et moi, moi qui sans la moindre vergogne ai délégué à une intelligence dite artificielle (1) la pesante besogne d'écrire une note sur deux faussaires, sur un monde glissant de plus en plus vers le simulacre universel, où vous et moi donc, où Thélison et Yanick, et aussi chacun des ridicules clowns de ce peu mémorable cirque à prétentions littéraires se verra jouir d'une immortalité cauchemardesque, inhumaine, et que voguent les galères, toutes identiques, puisqu'il faut bien que le rideau, d'une façon ou d'une autre, tombe sur pareil spectacle.
Note
(1) Je dois dire que j'ai été très satisfait du résultat, m'étant simplement contenté d'élaguer ici ou là d'inutiles références et de préférer, à la comparaison de Laure Adler avec une sorcière, celle avec une momie égyptienne.































































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