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14/09/2005

Robinson ou les limbes de la littérature

Crédits photographiques : Vanderlei Almeida (AFP/Getty Images).

Voici un vieil article directement proposé au format PDF. Son sujet, qui évidemment est tout proche de celui que je développai hier à propos de Technikart et de ses épigones de papier, est d'une triste actualité puisqu'il évoque ironiquement une précédente rentrée littéraire.

Je n'ai sans doute pas besoin de préciser que rien, strictement rien n'a changé bien sûr depuis que Robinson s'est intoxiqué en consommant de mauvais livres. Vendredi, son fidèle compagnon, subitement esseulé mais heureusement peu au fait des questions littéraires agitant la lointaine capitale française, a en revanche décidé de tirer partie de cette manne providentielle s'échouant par monceaux sales sur sa plage : en pourrissant, les mauvais livres remplacent avec beaucoup de réussite le fumier qu'il utilise pour ses maigres cultures. Curieusement, l'un de ces livres, dans un récent échouage gravide de plusieurs milliers d'ouvrages verdâtres, souvent réduits en bouillie, semblait ne point vouloir se dissoudre et retourner ainsi à la boue originelle mais, au contraire, avait proliféré jusqu'à s'être transformé en une hideuse excroissance cabossée de scrofules, plantée triomphalement sur un Golgotha visqueux de papiers malaxés. Difficilement, avant que le livre ne se transforme en monstre, Vendredi avait toutefois pu lire le nom de l'auteur, Nothomb, ainsi que le dernier mot du titre, sulfurique... Subitement tétanisé par l'espèce d'insidieuse menace que semblait annoncer cet étrange adjectif, Vendredi s'éloigna après quelques minutes de prostration du monticule répugnant et, prudemment, décida de ne plus jamais s'approcher de ce coin de plage, de toute façon durablement contaminé.

Pauvre, pauvre Vendredi. Aujourd'hui, même les derniers reclus, s'il en existe encore et pourvu qu'ils aient quelque louable volonté de perdre leur temps de méditation, de silence et d'oraison afin de lire, risquent de ne plus être à l'abri des mauvais livres, tant leur tentaculaire empire continue de s'étendre.