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« La connerie de Philippe Sollers se porte bien | Page d'accueil | La Tour de Gustaw Herling »

22/01/2009

Fayard, l'éditeur le plus radin de France

Michel Aumont joue Harpagon dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon, 1969.


Avant de revenir à des notes plus amples, dites sérieuses, en évoquant par exemple La Tour de Gustaw Herling, voici un nouveau petit billet d'humeur, après celui consacré au meilleur de nos plus mauvais écrivains, Philippe Sollers bien sûr.


Rien n'y fait. Un professionnel, rencontré récemment, a eu beau me dire qu'il pensait que Stalker était devenu, quoique dans une niche bien spécifique et pour le moins exigeante, un blog prescripteur (1), j'ai beau avoir publié nombre de notes sur des ouvrages édités par Fayard (et achetés avec mes deniers, inutile sans doute de préciser ce point...), qu'il s'agisse de certains des volumes du Journal de Renaud Camus comme Rannoch Moor, Outrepas ou, plus récemment, d'un beau livre sur L'Enfer de Dante, j'ai beau avoir mis en ligne une critique de Jean-Gérard Lapacherie sur un des plus récents ouvrages de Renaud Camus (l'a-t-il, lui, le chanceux, reçu en service de presse ?), j'ai beau avoir proposé, tout de même, sur ce même auteur que Fayard a bien raison de soutenir (à condition, toutefois, qu'il cesse de se plaindre, tous les mois ou presque lorsqu'il s'agit de payer les factures exorbitantes que le chauffage des cinquante-huit pièces de son modeste château entraîne, de la misère des salaires qui lui sont versés par cet éditeur perpétuellement procrastinateur...), des critiques d'une tout autre portée que celles qui, comme des poules d'eau apeurées, nichent dans le poulailler caquetant que Valérie Scigala a aménagé avec autant de savoir-faire qu'un manchot auquel on aurait demandé de se jucher sur une pile haute de 100 mètres des livres de son insigne maître, j'ai beau, disais-je, avoir dépensé beaucoup de temps et d'efforts pour pareil éditeur plus que ladre, Fayard, pourtant un des derniers grands éditeurs de France (2), à ce jour (je suis naturellement optimiste), ne m'a jamais envoyé un seul de ses livres en service de presse.
Pas un seul, non, pas un seul ! Et pourtant, à quelle fête aurais-je été si j'avais eu l'inestimable bonheur de recevoir un de ces bouquins insignifiants que, comme beaucoup d'autres éditeurs d'importance, Fayard est tout de même obligé de publier afin de soutenir la parution de travaux remarquables, comme cette imposante Correspondance de Rimbaud (achetée, bien sûr, à mes frais: 59 €), alors que tant d'autres éditeurs, certains bien plus modestes que celui-ci il me semble (comme Passage du Nord/Ouest, L'Arbre vengeur, Sulliver, Jean-Pierre Huguet, Max Milo, La Bibliothèque, Les provinciales, Quidam, Zulma, L'Esprit des péninsules, Taillandier, Les Fondeurs de briques, etc., que je remercie), acceptent sans le moindre problème de jouer le jeu : en clair, obtenir de leur part le seul salaire décent, si je puis dire, qu'exigent les centaines de textes disséminés dans la Zone. J'ai, en outre, un avantage, certes uniquement esthétique et, pourquoi pas, moral, par rapport aux critiques littéraires dits professionnels : je ne m'empresse jamais de revendre les livres ainsi gratuitement reçus chez Gibert mais constitue au contraire une bibliothèque aussi intéressante que passionnée.
L'anecdote serait simplement curieuse et témoignerait, tout au plus, d'un évident manque de professionnalisme de la part de Fayard si, voici quelques semaines, une attachée de presse du nom de Julia Roubaud ne m'avait, comme on dit, très poliment démarché pour rendre compte, avec rencontre de l'auteur à la clé, entretien télévisé même (lequel, avec un auteur marmoréen récitant sa petite leçon à des blogueurs anonymes et anodins, s'avère particulièrement inintéressant et pas même simplement honnête) et probable dédicace en lettres d'or sur un incunable tiré à part, d'un ouvrage sans doute parfaitement convenu d'Erik Orsenna sur la thématique, ô combien littéraire, de l'eau et de sa raréfaction sur notre belle planète, de plus en plus menacée. L'auteur est banal, le livre l'est tout autant sinon plus, probablement rédigé à seule fin de s'inscrire, banalement, moyennement, écologiquement, dans les préoccupations paraît-il de plus en plus verdissantes du lecteur lambda. En un mot, nous sommes tout de même assez loin de Rimbaud, avec le sobre Orsenna et son bouquin sur l'eau plate, de la même façon qu'avec les papiers de Yann Moix pour le Figaro Littéraire nous ne pouvons guère parler, à moins de ne pas craindre le ridicule, de critique littéraire ne serait-ce qu'acceptable (et dire que Moix est payé pour écrire cela ! Pauvre Figaro Littéraire, mais qu'est-il donc devenu sous la direction d'Étienne de Montéty ?)... N'en croyant pas mes yeux, relisant plus de dix fois l'adresse de mon expéditeur, car, oui, il s'agissait bien d'un courriel se finissant par un lumineux et émouvant editions-fayard.fr, je décidai sur le champ, de ma prose la plus impeccablement policée, de répondre à cette gente dame, pour lui faire remarquer que les têtes de gondoles des supermarchés voire de mon boucher n'étaient pas vraiment des lieux que je fréquentai pour y subir les assauts aussi phénoménaux que discrets de la littérature, pas même pour y acheter quelque torchon angotien.
La littérature, en revanche, pour laquelle je me dépensais et continue de me dépenser sans compter sur ce blog évidemment prescripteur selon l'avis éclairé de l'un de ses collègues, beaucoup plus. Qu'elle propose donc, ajoutai-je toutefois en prudent aparté, une visite en canard gonflable des îles sous le vent mercantile de l'académicien Erik Orsenna à l'impubliée à vie Lise-Marie Jaillant, et qu'elle me convie plutôt à monter sur un vrai navire, en partance pour l'inconnu même si, je vous l'accorde, semblable lyrisme était tout de même un peu déplacé pour évoquer les livres du très conservateur et tatillon Renaud Camus entouré de sa cour de scribes-bouffons in-nocents jouant sans rire les augures sémantico-livresques et recueillant chaque lettre tombée du stylo du maître comme s'il s'agissait de la toute dernière gouttelette évaporable miraculeusement conservée au fond du trois fois saint vase de Joseph d'Arimathie !
Cette chère jeune femme à laquelle je ne puis que donner avantageusement le qualificatif de quasi sainte, je n'en crus pas mes yeux lorsque je reçus sa réponse, en convint fort aimablement et, quelques jours après le deuxième courriel de cette canonisable Julia, une autre employée appartenant à cette très prestigieuse quoique immensément radine maison d'édition qu'est Fayard, une certaine Sophie de Closets qui me déclara sans préambule beaucoup apprécier les ouvrages de Renaud Camus, me promit, sur un ton dont je goûtais immédiatement le professionnalisme diligent, de faire tout le nécessaire pour m'envoyer le dernier tome de son journal, l'un des fleurons littéraires, paraît-il, de Fayard, ainsi que le livre d'un certain Philippe Vasset, intitulé Journal intime d'un marchand de canons, devant paraître fin janvier.
Le premier courriel de Sophie de Closets date du 5 décembre 2008. Depuis, inutile de vous préciser que Fayard a honoré, auprès du maître de ces lieux, sa réputation de pingre, réussissant même le digne exploit de faire passer les surfaites et prétentieuses éditions Allia, qui exigent, pour vous envoyer un livre de moins de 6 €, une carte de presse vissée par Albert Londres en personne, pour un Crésus du service de presse...

Note
(1) Je relativise drastiquement, bien sûr, la portée de Stalker. Je relativiserai même la portée de mille ou dix mille Stalker, surtout en constatant, comme je le faisais dans une note récente, l'absolue nullité des dix auteurs français qui, pour l'an 2008, ont vendu selon Le Figaro le plus de livres, à savoir les habituels Marc Levy, Anna Gavalda, Bernard Werber, Amélie Nothomb, Éric-Emmanuel Schmitt, etc. On le voit bien à l'énumération de ces quelques nouveaux Balzac, uniquement ce qu'il est convenu d'appeler des écrivains, uniquement, encore, ce qu'il est convenu d'appeler des auteurs qui, de la littérature, se font une tout autre conception que purement, bassement, lamentablement financière.
(2) Je signale que Gallimard, non seulement honore en général (sauf pour les livres de Philippe Sollers, allez donc savoir pourquoi !) toutes les demandes de SP que je lui soumets, mais va jusqu'à envoyer à Francis Moury des ouvrages qui ne sont pas des nouveautés, à seule fin que celui-ci puisse écrire, en l'occurrence sur Hegel, un texte comparant divers ouvrages ! Nous sommes loin des procédés de Fayard tout de même, et que l'on ne vienne pas me rétorquer que Fayard est infiniment moins important que Gallimard !