Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Un endroit où aller de Robert Penn Warren | Page d'accueil | Georges Darien, un barbare intolérant, par Nicolas Massoulier (Infréquentables, 7) »

02/12/2010

Le jour où le ciel s’en va de Jean-Philippe Domecq

Crédits photographiques : Bob Strong (Reuters).

41iK6MGxQSL._SL500_AA300_.jpgÀ propos de Jean-Philippe Domecq, Le jour où le ciel s'en va (Fayard, 2010).
LRSP (livre reçu en service de presse).

8.1 Bouton Commandez 100-30

C’est peut-être un constat alarmant de Jean-Philippe Domecq, extrait de son essai Qui a peur de la littérature ?, qui peut nous donner la clé de son dernier roman, Le jour où le ciel s’en va : «qui de nous est prêt à envisager, ne serait-ce qu’envisager, qu’il arrive à l’art ce qui arriva à l’Histoire et à Dieu, de périr comme croyance englobante, en un ultime lever de rideau sur le réel ?». L’ultime lever de rideau sur le réel a bel et bien eu lieu, sous la forme, inouïe et pourtant annoncée par mille signes, d’une mystérieuse Rafale qui arrache quelques plaisanciers – un couple, un père et ses enfants, un vendeur de glaces – à leur train-train estival. Dans une écriture lancinante, pleine de retours et de redites, de phrases qui se terminent sans crier gare, avançant en ellipses plutôt qu’en cercles, comme désireuses de saisir au plus près le caractère inouï de l’événement, Jean-Philippe Domecq se livre à une enquête d’ordre quasiment phénoménologique sur l’irruption de la Rafale qui déchire le chant du monde. Chant du monde ? Sa morne litanie plutôt, son immense noria de discussions inintéressantes et de conversations par le biais de téléphones portables, de gestes et de signes, de pensées comme saisies à leur plus intime naissance, le retrait du ciel laissant les hommes dans un silence effrayant qui les sidère. Certaines pages sont magnifiques, comme celles qui décrivent la joute que deux bandes rivales de surfeurs se livrent sur les vagues, quelques instants avant que la Rafale, dont nous ne saurons rien si ce n’est qu’elle paraît avoir aspiré le ciel, ne les arrache dans les airs, pour d’inédites et mortelles figures sportives.
Le ton de Domecq devient beaucoup plus grave lorsqu’il évoque la singularité, l’impossibilité du témoignage : celles et ceux qui ont vu ce que la Rafale a provoqué sur la plage ne peuvent en parler, et nous songeons immédiatement à tel gouffre de l’histoire récente dont la prose fébrile de l’écrivain, à l'inverse de celle, bien trop formatée, d'un Yann Martel, nous propose une subtile métaphore.