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27/01/2016

Marien Defalvard, un mémorial, par Gregory Mion

Crédits photographiques : Zohra Bensemra (Reuters).

3509668763.jpgDu temps qu'on existait.





«Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans j’ai connu le monde, j’ai illustré la comédie humaine. Dans un cellier j’ai appris l’histoire. À quelque fête de nuit dans une cité du Nord j’ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage à Paris on m’a enseigné les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cernée par l’Orient entier j’ai accompli mon immense œuvre et passé mon illustre retraite. J’ai brassé mon sang. Mon devoir m’est remis. Il ne faut même plus songer à cela. Je suis réellement d’outre-tombe, et pas de commissions.»
Arthur Rimbaud, Illuminations.

«C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !»
Gérard de Nerval, Le Christ aux oliviers.


Pour paraphraser à peu de chose près les premiers mots d’Être et temps, on dira que Marien Defalvard est tombé dans l’oubli et que cela est fort regrettable. Ce n’est pas lui reprocher de ne pas avoir publié d’autres textes depuis Du temps qu’on existait (1), c’est, malheureusement, faire le constat d’une époque où le public se couche devant les escrocs et les rastaquouères de la littérature. Paru en 2011, Du temps qu’on existait, seul roman à ce jour de Marien Defalvard, semble appartenir à une sorte de préhistoire éditoriale tant il a coulé d’eaux usées sous les ponts littéraires de France en à peine un quinquennat, chaque année qui passe étant comme l’ouverture d’une grosse et indécente vanne supplétive depuis laquelle se lance une puissante giclée impure, indigeste bouillon, méta-dysenterie de cérémonies médiatiques et de rites fracassants, éjaculant un faramineux tout-à-l’égout d’où s’arrachent de plus en plus péniblement des romanciers qui ne veulent pas sentir mauvais ou qui aspirent à des naissances moins scélérates. Avec Marien Defalvard, nous tenions l’un de ces forçats qui escaladent à mains nues les parois souvent répugnantes des lettres contemporaines, nous l’avions entraperçu gêné, sûrement consterné, faire la conversation avec quelques débiles profonds de la télévision, puis nous l’avions entendu sur les ondes radiophoniques, plus détaché, mieux assis dans son verbe unique, après quoi il devait disparaître comme disparaissent les vieillards qui ont dépassé un siècle de vie, doucement mais certainement. On prononça l’éloge funèbre en célébrant d’écrasantes nouveautés, et en avant, en route vers de meilleures destinations, lucratives autoroutes ! Remisé au cimetière des écrivains indociles et hors-contexte, Marien Defalvard est aujourd’hui une sépulture mal fleurie, de surcroît guère entretenue ces derniers temps, sur laquelle il y eut beaucoup de crachats mollardés et peu d’hommages rendus. Par contraste avec cette vision famélique d’une pierre tombale retirée dans sa mousse et sa mauvaise herbe, on ne compte plus les mausolées que certains se bâtissent de leur vivant, les lieux de culte qu’ils s’arrangent, les monuments qu’ils s’achètent et qu’on leur édifie avec toute l’impudeur du monde; on n’en a que pour ces fichtrement sordides esbroufeurs et on en redemande, on se gave de ces fallacieux et on se moque des timorés qui ont le talent et qu’on accuse volontiers d’être vantards à la place des vantards ! Qui n’a jamais ressenti de malaise en circulant entre les dalles pourrissantes d’une nécropole où s’élèvent dans d’autres carrés de gigantesques caveaux de famille ? Voilà ce que nous ressentons à la pensée d’un Marien Defalvard séquestré dans son intelligence, chahuté par d’improbables médiocres et tous de connivence, vilipendé par la jalousie déplacée des sumos de la bêtise, ex-voto qui ne résiste dorénavant que par l’inscription de quelques syllabes impérissables, par un titre apposé sur le marbre et qui restera forcément, Du temps qu’on existait, donc, roman écrit pendant l’adolescence orléanaise de son auteur et qui bouscula plusieurs semaines durant les propriétaires de l’opinion, avisés des réels biceps de ce livre qui renvoyait à leurs études les multiples tacherons de l’écriture qui prospèrent dans notre pays.
En attendant que Marien Defalvard se relève de sa mise en bière factice (car il est sûr que ce moment viendra), nous voudrions procéder à un revival de son livre, pour exprimer ô combien les pages de Du temps qu’on existait devraient être lues ou relues, ne serait-ce déjà que pour refroidir les marécageux magmas qui se faufilent dans de trop nombreuses cervelles crédules et peu regardantes de ce qui se publie ! Est-ce le roman d’un prétentieux qui se serait appesanti sur le thème de lui-même, Narcisse se mirant et se congratulant ? Est-ce le coup monté d’un cartel de nobles messieurs qui n’ont pas le courage de se dénoncer et qui travaillent dans l’ombre d’un éditeur aux abois ? Est-ce encore un faux roman, un de ces textes ankylosés qu’on attaque parce qu’il ne s’y passerait rien, vides de tout et pleins de l’ego de ceux qui les composent ? Ces questions, toutes aussi scandaleuses les unes que les autres, ont été posées par de vagues écrivassiers du journalisme pute-borgne, dubitatifs d’opérette qui doutent de ce qui les déborde, prodigieusement recasés dans la géométrie de leur nullité, peut-être au fond d’eux-mêmes agacés d’avoir compris que Marien Defalvard, avec son roman, venait de détruire tout ce qu’ils encensent de coutume, et, faute d’avoir été publiquement admiratifs, ils ne l’ont sans doute été qu’en secret, en se travestissant sous des costumes de donneurs de leçon, s’égarant en formules, en petites phrases, ridicules mais bien campés, bien stabilisés dans leurs canapés luisants où l’usage veut qu’ils défendent les médiocres qui les font vivre et qu’ils s’en prennent aux dragons qui pourraient les brûler vifs. Ils ne peuvent pas avoir lu sérieusement Du temps qu’on existait, non, ils ne le peuvent pas, ceux qui sont montés au créneau et qui ont déblatéré sur notre jeune romancier, d’habitude si prompts à pardonner les daubes embarrassantes des amis, les rinçures des acolytes, ce faisant très soucieux de persévérer dans le réseau qui rend possibles leurs abominables velléités artistes, car tout journaliste, tout pseudo-chroniqueur qui se pique d’être consulté par tel ou tel éditeur ou qui reçoit des services de presse avec des dédicaces serviles, tout journaliste de cet acabit est détenteur d’un putassier manuscrit qui ronfle dans un tiroir et qui ne sera un jour publié qu’en échange d’un article commandé ou d’une parole conditionnée (tuez Marien Defalvard, par pitié, tuez-le, car si vous l’encensiez, vous, vous en particulier, si vous le souteniez même obliquement, l’on trouverait suspect que vous encensiez par ailleurs ma prose de buffle chichiteux !). On les imagine bien toutes les discussions cabalistiques de ces mauvais perdants, vaincus par plus fort qu’eux, à la régulière, par un gamin qui n’avait que seize ans lorsqu’il acheva d’écrire le roman que nous n’attendions plus, que l’on n’osait plus se figurer tant les devantures de nos librairies affichent des livres qui manquent désormais de se confondre avec des lots de kermesse, tapageurs, criards, enturbannés de bandeaux publicitaires, faits de vociférations admirées par des marmots et des imbéciles matures qui voudraient vociférer encore plus bruyamment. Il a du reste entièrement raison, le narrateur que Marien Defalvard suit à la trace, lorsqu’il annonce, avec un dédain magnifique, que notre «maintenant» est contaminé par le virus épidémique de l’imbécillité (cf. p. 38).
Pour entrer dans cette œuvre, au moins deux hypothèses : d’une part, considérer qu’il y a deux voix, celle qui assiste à l’enterrement au début et à la fin du livre, celle qui va se désister pour que l’autre se dresse, puis celle de celui qui est mort et qui nous informe de ce qu’il a été; d’autre part on pourrait supposer qu’il n’y a qu’une seule et même voix, celle du mort, voix d’outre-tombe qui médite autour de la fosse, avant et un peu après l’inhumation, l’élocution grave et concernée, voix hyper-herméneutique qui peut tout expertiser, qui peut prendre les mensurations de la vie terminée pour lui adjuger une signification passablement satisfaisante. Nous choisirons la seconde hypothèse pour notre lecture.
Loin donc de n’être que la fanfare d’un Moi conquérant qui jubilerait de ses capitaux psychiques, Du temps qu’on existait donne la voix à un homme qui se soustrait (cf. p. 19) pour mieux faire parler la vie autour de lui. Juché sur ses propres obsèques à Coucy-le-Château-Auffrique (cf. pp. 11-5), défait par la mort à l’âge de quarante-neuf ans, le narrateur se sent de trop, mélancolique, nauséeux comme le Roquentin de Sartre obnubilé par la racine du marronnier, qui prend conscience qu’il aurait très bien pu ne jamais exister et que le monde ne se réduit pas aux fonctions qu’on voudrait lui attribuer. Être mort pour recommencer le chemin, pour reprendre la vie depuis le début et voir les choses autrement, à la racine, tel est l’un des enjeux possibles du roman. Il s’agit moins de reconquérir le Je que de faire revivre les alentours de la conscience, les visées d’abord incomprises, les aspérités qui ne se révèlent que dans le contretemps d’une réminiscence, conscience qui sait dorénavant son propre éclatement et se définit comme pure embrassade de la vie, pure intentionnalité dirait Husserl, conscience phénoménologique qui est toujours conscience de quelque chose. On assiste ainsi à la remontée d’une pente mémorielle, au ressouvenir d’un aristocrate qui revit et qui revoit les parages de son existence, extralucide à présent qu’il bénéficie de la focalisation omnisciente du mort, mémoire en marche, en randonnée, qui cueille des sensations comme on ferait un herbier, qui se promène comme un rêveur faussement solitaire digne de Rousseau (cf. p. 146). En effet la solitude n’est que d’apparence, parce que la vivacité de ce qui se meut dans les souvenirs de cet homme est un fabuleux surpeuplement, une preuve de soustraction de soi au contact de la vie partout ébouriffée, tenace, populeuse en fin de compte. Que l’homme ait jadis manqué son présent et sa conscience immédiate n’est qu’une partie remise, un relais transmis à la conscience maintenant réfléchie. Il est par ailleurs si enrichi de souvenirs que son écriture prétérite établit une meilleure jonction avec son vécu (cf. p. 74). En Baudelaire ressuscité, il détient un cortège de souvenirs si vaste qu’on oserait dire de lui qu’il a respiré mille ans de vie.
Son enfance est adossée à la propriété familiale de Sacierges, immense villa d’une quarantaine de pièces et dont les partitions architecturales interminables sont celles d’une Domus Aurea estivale où l’on vient couler des mois paisibles de vacances. Ce sont dix années, dix étés plus ou moins insouciants, qui s’empilent à Sacierges. Notre mémorialiste redécouvre alors l’innocence, le temps où l’on s’amuse parce que l’enfant, étranger à la mort, se nourrit d’amusements, tandis que l’adulte oublie sa finitude en se divertissant. À travers ces moments pré-pascaliens, il se souvient de ses contemplations et de ses regards de peintre, tenté par les couleurs, tenté d’associer à toute chose un coloris particulier. Il s’étonne que ce mouvement d’aquarelliste cérébral puisse remplir son cœur (cf. p. 29), et pourtant cette tendance à peindre des images mentales se poursuivra (cf. p. 52), complétée par quelques touches de goût lorsque le paysage, subitement, prend la consistance du nougat ou des fruits confits (cf. p. 42) (2). Voudrait-on croire à une coquetterie d’écrivain qui fait du remplissage ? Citera-t-on la facilité d’une reprise rimbaldienne avec ce jeu des couleurs qui empoignent ce qu’elles envahissent pour en faire jaillir la nature ? Proposera-t-on une relecture approfondie du Traité des couleurs de Goethe ? Nous préférons plutôt arguer d’un cratylisme achevé (tant pis pour la pédanterie), une façon, en l’occurrence, de proposer un langage naturel qui installerait entre lui et ses objets une liaison essentielle, une façon de choisir un mot impartialement relié aux propriétés décisives de la chose qu’il veut dire, une manière, ici, d’utiliser telle couleur parce qu’elle correspondrait à la loi naturelle de ce qu’elle recouvre, de parler en coloriant, de comprendre objectivement une chose sans pour autant en ôter l’exubérance ou la palpitation, tout en pudeur, avec la retenue d’un peintre qui laisserait bavarder le paysage et ses modèles afin de faire de ses œuvres des livres, sinon le Livre, le déroulé pictural et lexical de la Création. Les descriptions deviennent en ce sens des peintures parlantes, des représentations qui produisent des sons et même des saveurs, qui font leur curieuse mais épatante symphonie synesthésique. Par conséquent la description ne s’attarde pas sur ses objets, elle ne se perd pas en besogneux monolithes. Ceux qui ont stigmatisé Marien Defalvard en lui prêtant une accoutumance aux longs passages descriptifs n’ont pas compris que plus on décrit un objet, plus on cherche à l’épuiser, moins il se montre, moins il se décolle de ses énigmes. Ce que le roman nous fait donc voir, c’est la profusion des objets, la succession simple des plans de la nature, le renouvellement de la vie, et, passant de l’un à l’autre en un tournemain, le tableau s’agrandit et procède au perfectionnement de ses carnations. N’importe quel segment du réel est saisi par une touche rapide et pigmentée (3), un juste saisissement verbal, aussi tous les mots sont sélectionnés avec précaution et rien ne paraît superflu à la lecture.
À côté de la nature, en outre, il y a les hommes, et ce sont eux le plus souvent qui neutralisent les objets que l’on voudrait continuer à apprécier (4). Le poids des ancêtres, quoique encore indécis dans l’esprit du narrateur, pèse malgré tout sur ses épaules (cf. p. 34). Dans sa famille, on consomme un lait «aux étiquettes aimablement coloniales» (p. 36), emblème d’un prestige qui repose sur des acquisitions louches. Il a le sentiment d’un modèle français qui se meurt, incapable à présent de se distinguer du bal des couillons, ce qui se justifiera avec la fin de la vie de château, lorsque la propriété de Sacierges sera mise en vente (cf. pp. 58-9) (5). La sécurité des possédants n’est tout au plus qu’une mesure balnéaire de la vie, ainsi compare-t-il la sienne à une étendue sablonneuse et douce, et celles des autres à une plage de galets, rugueuse et obscure comme la mort qui doit venir (cf. p. 43).
C’est du reste l’évidence de la mort qui secoue les repères de l’enfant, mais, aussi, les impromptus de l’amour. La réalité du binôme amour/mort suscite en lui un effondrement, un effroi devant ces «vérités tragiques» (cf. pp. 48-50). Cette «paire odieuse et vitale» (p. 50), qu’il découvre à quatorze ans, le met en présence du devoir de mourir et d’aimer, autant de forces insurmontables qui font de la mort un Himalaya à gravir et de l’amour une injonction où les «Je t’aime» s’expriment par une bouche «pleine de guillemets» (p. 52) (6). La conséquence de cela s’initie dans un changement de perception : tout à l’heure ample et repue de promesses infinies, la maison de Sacierges s’institue désormais en labyrinthe froid et déclinant, sise au milieu d’un champ de ruines où les dehors tantôt flamboyants apparaissent maintenant éreintés, comme des grappes de plantes tropicales qui borderaient un crématorium, fières mais menacées. Bien qu’il veuille continuer à retirer de cette enfance des images fortes, il ne peut résister à la disparition de cet échantillon de son temps, poussé en avant, précipité par la tragédie de ses récents décèlements, transporté en express vers la mort. La vente de Sacierges est un rideau que l’on tire sur son ignorance tranquille, un linceul pâle qui modifie de fond en comble les bigarrures de sa palette de couleurs. Non pas qu’il perdra la capacité de faire de l’existence une peinture, mais il le fera sur le ton de l’oraison funèbre, savourant toujours autant les beaux paysages à cette nuance près qu’il ne cessera d’y voir un second plan ténébreux, accablé, en friches, (cf. p. 142-4), dans l’expectative de «l’irrémédiable gouache noire» (p. 147), ultime pigmentation où tout se tord dans la rigidité des cadavres et de laquelle nul pinceau ne saurait se dispenser.
Son adolescence finissante est de ce fait marquée par un vigoureux désabusement. À Paris de 1977 à 1978, il a la tête à Sacierges et le corps fantomatique errant dans la capitale. De Paris, il dit avec une intuition formidable que c’est une ville «très roman» (p. 76), très fictive en somme, une ville où chaque individu semble écrire, comme si chaque francilien était pris de l’obligation de s’épancher, de s’estimer suffisamment attrayant pour se fondre dans le chaudron du romanesque. Que devrait-on en dire aujourd’hui, de ce Paris, de ce blockhaus immobilier où tout le monde fait ses affaires et ne paraît s’enticher de réflexions esthétiques que par calcul et dandysme ? N’est-ce pas cela qu’observe prématurément le narrateur, du haut de son balcon, lorsqu’il avise en contrebas les dandinements d’une jeunesse qui vainement s’empresse (cf. pp. 70-2) ? Sortie des Trente Glorieuses, la jeunesse se mettrait alors à faire du réseau, à capter les temps forts du népotisme, à subodorer les bons coups, racaille chic qui vaut d’être jugée et méprisée par les œillades courroucées de ce jeune homme dégoûté qui nous accompagne. Il est néanmoins lucide sur son attitude d’examinateur sourcilleux, se sachant agaçant pour ces gens-là, hors-caractère, détestant les postures démonstratives et se disant que la vie aurait de meilleurs aspects si elle était une «longue litote» (p. 115). Tout de même, chose rassurante, il s’entend dire qu’il n’a pas «l’esprit des rustres» (p. 112), gage de ses raffinements et de sa supériorité indéniable, gage d’une solitude consentie qui cultive son intériorité pour mieux recevoir et embellir les flux qui l’entourent. C’est pourquoi son écriture à lui, de même que ses lectures pléthoriques, ne font pas partie du roman de ce Paris superficiel. Ses littératures s’appliquent à trouver le mode d’emploi de la machine-vie (cf. p. 85), les pièces maîtresses et secondaires du squelette fondamental, les pièces détachées, ses écrits et les écrits des autres devant l’assister dans son herborisation du vivant (7). Quand bien même il admet être une mauvaise odeur pour le monde banal (cf. p. 129), quand bien même il avoue que ses abattements lui font traverser un «soutenable malheur» (p. 130), il se sait la responsabilité de s’accrocher aux branches, de se remplir encore le cœur, de faire enfler son passé que présentement il redéploye en nous le racontant, un passé qui ressemble à un «lourd joujou à roulettes» (p. 101) que chacun traîne avec ses grincements et ses grimaces. Il aura éventuellement beau pérorer que le malheur est plus facile à vivre que le bonheur, il aura beau confesser que le bonheur est même un animal sauvage qu’il convient de laisser tranquille, il reconnaît, toutefois, qu’il n’a pu faire autrement que d’éplucher ce bonheur, comme on dépouillerait la peau d’un lapin (cf. p. 138) (8). En ce temps-là, il avait la vingtaine, il vivait un entracte rural dans le canton de Bouloire, et il parvint à la conclusion que le bonheur ne dissimulait rien, probablement parce qu’il se revendique d’ordinaire bonheur positif (posséder quelque chose) plutôt que bonheur négatif (se contenter d’avoir évité quelque chose). Or tout mélancolique sait qu’il ne peut rien avoir puisqu’il se bat tous les jours pour contourner la catastrophe de sa morosité, fatigué de constater à quel point les gens ne savent plus s’émouvoir de l’essentiel. Il a malgré tout ses remembrances, qu’il peut revisiter tant qu’il le souhaite.
Cette personnalité relève ainsi davantage de la lenteur que de la précipitation, la nature ne se laissant pas atteindre par les novices qui voudraient sauter des étapes et briller tout de suite. Lors de son «moment breton», qui s’étend de 1982 à 1985 et qui le voit s’ennuyer de Brest tout autant qu’il s’émerveille de la région, il nous apprend que la marche lui sied mieux que la vitesse inhérente aux trajets effectués en voiture (cf. pp. 155-6). Sa cadence est celle du crapahutage, de l’excursion pédestre, signe d’une temporalité moelleuse, nullement pressée ou asphyxiée, qui prend le temps de sonder les environs, de creuser les contextes naturels, de procéder à un carottage des êtres pour en faire ressortir les charpentes quasiment inapprochables, à tout le moins pour les profanes qui vivent dans la dégringolade et qui n’ont le temps de rien. Il n’y a que cet homme qui puisse s’enorgueillir de deviner la régénération virile et créatrice de la nature, il n’y a que celui qui sait se dérober de lui-même qui est en mesure d’admettre que le plus grand roman n’est pas celui de l’homme, mais celui de la vie : «la vie, tout de même, quelle imagination» (p. 162), sans point d’exclamation dans l’aveu, tout en décence expressive, comme pour affirmer que le monde constitue le narrateur suprême, que le vivant est en capacité de se dire, de se dédire, de se redire, de se contredire, de s’inventer indépendamment de toute alliance humaine. C’est à nous de pressentir cette souveraineté tellurique et d’y être plus attentif. Comment y arriver ? Peut-être en s’abandonnant, en lâchant prise, en faisant de notre chair et de notre conscience des parchemins «où se [griffonnent] […] des kilomètres de rédactions sur vélin, des pages et des pages», «des dissertations plénières […] et des commentaires composés» (p. 172), comme si le roman qui s’écrit au dehors devait se rendre visible sur un support anthropomorphe ouvert à toutes les énergies. Est-ce envisageable pour tout individu, et même souhaitable ? Notre chroniqueur de l’existence concède qu’il s’agit d’une «dictature contraignante des mots sur [son] corps» (p. 172). Cette somatisation des langages naturels semble exténuante parce qu’elle exige de nous une élasticité angoissante, des peaux auxiliaires, des méta-dermes où peuvent venir se tatouer tous les trafics cosmiques. Par comparaison, on pense au corps-manuscrit de Queequeg, le harponneur cannibale dans Moby Dick, tempérament dévoué, éveillé, ses tatouages contenant dans leurs mystères une philosophie des cieux et de la Terre, ainsi qu’une soi-disant méthode pour toucher du doigt la Vérité.
Il est indispensable d’avoir une haute exigence envers soi-même pour faire de sa vie la matière ductile où doivent s’inscrire les systèmes de la nature. Ne rien vouloir devenir soi-même pour laisser le monde devenir en soi, voilà ce qui importe, voilà aussi probablement ce qui éloigne le narrateur de ses fratries, de ses généalogies, lui qui mentionne une ribambelle de frères et sœurs (cf. p. 213), exorbitante couvée distinguée, descendance issue de parents qui n’ont pas su conserver Sacierges et sa chaste ruralité. Parmi cette race qui ne veut pas s’éteindre et qui participe aux couillonnades qui préoccupent à peu près l’ensemble des mortels, il y a une sœur, une certaine Jeannelle Muirbay (nom de mariage), partie épouser un Anglais, politiquement ambitieuse et fanatique de Thatcher, aidée dans ses desseins par une éducation accomplie dans un prestigieux lycée de Paris, typique de ces établissements où les élèves ont des gueules de squale, des tronches lycanthropes, les crocs apparents, carnassiers de jour comme de nuit, préparés pour dévorer le monde, en somme tout le contraire de ce qui se diffuse dans Du temps qu’on existait, puisque ce n’est pas le monde qui est nutritif, mais nous qui sommes sommés de le fertiliser par le biais de nos souvenances et de nos cristallisations salzbourgeoises (cf. 73). Alors cette sœur dévorante, lorsqu’elle disparaît en 1998, lorsqu’il apprend incidemment sa mort en feuilletant le Courrier International, cela ne lui fait ni chaud ni froid, tout au plus accouche-t-il d’une réaction laconique, dédaigneuse : «Tiens, ma sœur est morte» (p. 215) (9).
Il eut un ami, cependant, une de ces amitiés marquée du sceau de l’évidence, par la transitivité des cœurs purs, comme cela se rapporte entre Montaigne et La Boétie. Cet ami fut rencontré durant le «moment breton»; il se nomme Paul Bonhomme. Ce ne furent en tout et pour tout que quelques mois d’amitié en présentiel, mais l’impression que suscita Paul sur sa personne fut d’un tout autre calibre que les sentiments à l’égard de sa négligeable famille. La preuve en est que la date de décès de Paul est distinctement remise (le 25 septembre 1999), alors que sa sœur rejoint son Styx dans l’indifférence du seul millésime 1998. Paul est tout l’inverse de Jeannelle; il est doté d’une excentricité qui ne l’assujettit à aucune étiquette, il est incompris, politicien fauché en plein vol et piètre écrivain, du moins de son propre aveu. Sa conversation est une «pelote de jérémiades» (p. 181) et le personnage réjouit son interlocuteur par sa «profonde négativité (p. 182). Ce n’est pas faire une extrapolation que de discerner chez Paul une belle densité de discussion, un désir de s’engager dans chaque phrase, dans chaque mot, une possibilité de mourir pour une virgule comme l’eût dit Cioran. Il y a chez Paul ce que les Anglo-Saxons aiment parfois appeler un no nonsense guy, un de ces hommes qui ne supportent pas les futilités et la légèreté mal placée. On lit d’ailleurs à son sujet que «réfléchir [était] son plus grand drame» (p. 183) et qu’il était le «dépositaire de la pensée intime humaine» (p. 185). À tous les points de vue, Paul est un alter ego du livre, un autre Moi de Du temps qu’on existait, un pôle affirmatif, certes, mais qui saurait également se soustraire au monde si on le lui demandait. Y a-t-il eu du reste une coucherie entre Paul et le narrateur ? Des points de suspension le suggèrent (cf. p. 196), ceci étant, très rapidement, il est signalé que Paul pratique une «hétérosexualité sans vergogne», encore qu’on lui ait promis autrefois la débauche d’une vie uraniste (cf. pp. 200-1). Aussi, lors de cet épisode breton, il faut sans doute faire droit à l’ambiguïté de l’amitié telle qu’elle est retranscrite, baignée de pointillés, de lieux fractionnés, de sentiments concassés.
Quoi qu’il en soit, en dépit de ces arguments convaincants d’amitié, il n’empêche que la désolation réapparaît aussitôt la Bretagne quittée. C’est à Lyon que le crachin moral regagne en puissance, avec cette sensation dominante de neige oppressante, de durée aqueuse, la saleté ayant l’air d’être au sol comme au ciel (cf. p. 227). La neige se mue en force de diminution, d’amoindrissement, avilissant et rétrécissant tout ce qu’elle camoufle de sa blancheur inquiétante (cf. p. 233). Ce n’est plus tant à Lyon que l’on a affaire, mais à une Lyon contractée, ratatinée de froid et de congères, un lionceau d’urbanité qui s’efforce de rugir et duquel ne s’extrait qu’un bêlement malheureux. Accroché à la ville comme une moule à son rocher, le narrateur s’ajuste malgré lui à la tendance, il diminue de concert, il maigrit, il entame un enlaidissement symptomatique de sa vacuité croissante (cf. p. 261-2). Même si Lyon n’est selon ses dires qu’un «round d’observation» (p. 232), ce séjour, qui s’étale de 1985 à 1986, instruit la perpétuité d’un flottement et prélude l’impossibilité de vivre le «Je», de jouer le jeu même, douloureuse parturition de l’échec et de la lassitude, âpre pugilat où ferraillent le Moi et le Monde. À vingt-cinq ans, il a l’air d’en avoir le quadruple, sa vie n’étant pas que la sienne mais celle, simultanément, de tout le vivant qu’il côtoie et qui passe à travers lui, sur lui, déposant sur son âme et sur sa peau-papyrus des témoignages, des débris sensoriels (10). Or tout ceci ne peut en définitive qu’aboutir au surmenage interne, à la saturation de sa mémoire qui pourrait être un morceau de cire sur lequel chaque être vivant viendrait consigner sa forme et son histoire (11).
En conséquence de quoi Lyon le plonge dans une bedonnante léthargie, aggravant ses penchants au sommeil. S’il a encore le désir d’écrire, celui-ci est mis au défi par une sévère inclination à la somnolence (cf. p. 243), vivre tant de vies à la fois étant rigoureusement invivable de toute façon. Plus tard, vers Tours et la Maurienne, il songera au suicide, il se visualisera défenestré, affranchi de tout l’organisme de la nature qui s’ébroue au fond de lui (cf. p. 264). Avant cela, cependant, il aura connu à Lyon une brève collision amoureuse, huit semaines de rapports avec un jeune serveur dans un bar, joli garçon qui plus est (cf. p. 237). Le problème, c’est que tout les séparait. Ce garçon était un croyant, un enthousiaste, et lui était fermé à Dieu, authentique incrédule des transcendances artificielles. Et plus désespérant encore, lorsqu’il retrouvera en Maurienne un ami d’enfance, François en l’occurrence (cf. pp. 270-4), la beauté de cet homme de quatre ans son aîné s’opposera à sa laideur (12), à la détérioration de son écorce surchargée de gravures, d’archives existentielles, tel un arbre emblématique vers lequel les amants accourent pour tailler au canif les empreintes formelles de leur amour. De plus, François est un être cinétique, un type plusieurs fois marié, professionnellement accompli, tandis que lui, vidé de sa substance et rassasié de toutes les autres substantifiques moelles, il se croit en panne, réduit au bas-côté d’un circuit automobile, condamné à voir passer les bolides et à s’attrister de sa carlingue, de ses carrosseries endommagées (cf. p. 274). Il était venu en Maurienne pour débusquer «l’ombre du bonheur» (p. 267), il repartira le dos courbé, sidéré, silhouette titubante qui transpire toutes les consternations de l’univers.
On l’aperçoit bien des années après «dinosaure maussade» (p. 303), acrimonieux, citoyen d’Orléans de 2002 à 2006, se plaignant de l’abâtardissement du peuple et du dépérissement de la langue française. Qu’est-il devenu sinon un vieil éléphant qui renifle sa finitude, la trompe vacillante, vieux pachyderme qui prévoit le renversement de sa grosse carcasse et l’imminence de son expiration ? Sa peinture est en cela une impression de soleil couchant, le cadre d’une vie décroissante. Sa gaieté n’est plus qu’intermittente, et ce n’est pas cette cousine éloignée, Béatrice Martinage (cf. pp. 314-7), qui pourra le ranimer de sa quarantaine gémissante. Il se dit d’ailleurs qu’il ne sera plus jamais amoureux, la pire chose, peut-être, que l’on puisse se formuler quand on a environ quarante-cinq ans (cf. p. 317). Pour lui le tour de manège est terminé – il est arrivé au terminus de la vie, il est obligé de descendre de son cheval de bois, il n’a pas réussi à attraper le pompon qui nous offre des tours gratuits quoique surnuméraires à bien y réfléchir (cf. p. 336). Exilé dans l’Aisne, à Coucy, il achève de s’égarer dans le dédale des choses, mourant à petit feu des complications nouvelles, des combinaisons inédites de la vie, se lamentant de la dégaine contemporaine de tout ce cirque (cf. p. 343). On dirait qu’il se meurt dans un catastrophique ratage. Mais quand on a autant pris soin de ce qui nous entoure, quand on a si bien palpé la pâte des choses autour de soi, c’est que l’on a réussi à vivre, à sur-vivre plus précisément, et quiconque a été sillonné, labouré, travaillé par l’araire du temps et des rythmes naturels ne peut manquer sa mort. Et quelle belle mort, quel instant de grâce à la fin ! (cf. pp. 351-2). Il nous quitte dans une turbulence sublime, dans un branle-bas de personnes et de lieux agglutinés, mémorisés, séisme spatio-temporel où toutes les références d’une vie se mélangent, sursautent, vont et viennent comme les vêtements s’entortillent entre eux dans le tambour battant d’une machine à laver. Ce n’est pas la noirceur qui définit cette mort, mais la blancheur, une cécité blanche (13), une Voie Lactée qui se confond avec le ciel, une manière d’annoncer que le narrateur s’en est allé, qu’il est monté au ciel et qu’il l’a fait dans l’euphémisme, dans l’euphémisation – doux achèvement de la soustraction initiale, du retranchement, délicatesse ultime qui tout entière fut la qualité de son existence.

Notes
(1) Toutes nos mentions de page dans cet article se référeront à la version de poche dudit roman (Éditions Le Livre de Poche, 2012). Du temps qu’on existait fut publié pour la première fois par les Éditions Grasset (2011).
(2) En maraude au musée des Beaux-Arts de Brest, voici ce qu’il retient des toiles visitées : «On devinait les couleurs des temps, les tubes utilisés lors de la peinture du tableau final des époques. Et qu’on ne bouge plus. On voyait bien que la préhistoire avait été brune et rouge glaise; l’Antiquité grecque blanche et bleue; la romaine noire et bleue; le Moyen Âge rose, or et noir, la Renaissance était sang; le dix-huitième citron; le dix-neuvième brun et violet» (p. 164). Un autre passage confirme cette obsession de faire de la couleur un cadre de vie : «depuis dix ans j’avais vu le jaune, l’orange, j’avais vu le bleu, j’avais vu le noir et le gris; pourtant, entre 1974 et 1982, ma vie ignora le beige, le violet, le bleu-vert; entre 74 et 82, ma vie ignora la teinte bordeaux.» (p. 211). On n’oubliera pas non plus de rapporter que les villes ont aussi une couleur (cf. pp. 225-6), que Paris les a toutes, par exemple, et qu’Orléans n’en a aucune, décolorée.
(3) «Je mets un point d’honneur à être le fidèle roquet du réel, son premier serviteur. Servir le réel, une très très belle mission» (p. 340).
(4) «Je sortais dans la nuit, et regrettais qu’au lieu des pierres jaunes, des flamants empaillés et des poissons sans mémoire ne s’y trouvassent que les pétarades des échappements et les mouvements des hommes, qui, vus après ceux des poissons, paraissaient impurs, saccadés, prétentieux» (p. 166). Homme de nature plutôt que de culture ? Misanthrope blasé ? Qu’on en juge par d’autres extraits : «J’avais toujours vu les jeunes filles comme de gros tournesols vulgaires, et les femmes comme de petites choses cornues et infamantes; mais je n’aimais pas trop non plus les hommes, à partir de trente ans ils devenaient gris, se décoloraient; et tout compte fait les garçons aussi c’était assez énervant, très commun et quand même assez bête. Au fond, je n’aimais personne, et c’était embêtant car j’aimais bien la vie, enfin l’idée de la vie mettons» (p. 240); «Les autres font un bon décor. De loin, c’est bien, les autres. Une fois entré dedans, ça cloche, ça bruine, ça burine, ça se distend; mais, de loin, l’humanité est belle. Les contours sont très réussis. Hélas, le fond pèche» (pp. 314-5); «[…] et on verrait cette populace se presser dans la ville, les épaules féminines dévêtues, squelettiques comme celles des chats de gouttière, infect festival de subjectivités qui arpentait le monde, tous, tous je peux plus les voir, je peux plus les voir» (p. 330).
(5) On verra lors d’un raout terminal la nette décrépitude de cette aristocratie française, le vieillissement des portraits d’aïeux qui ressemblent à des médaillons de cimetière, photographies jaunies, pisseuses, ruineuses, circonstances accablantes d’une famille essoufflée (cf. pp. 323-4).
(6) Les amours sont d’ailleurs d’autant plus complexes qu’elles concernent des rapports homosexuels. Ajoutons à cela que dans les années 1970, en France, pour qualifier médicalement l’homosexualité, on invoquait quelquefois une «parasexualité». Ajoutons encore ce soupir révélateur : «[…] ah, je me disais avec une pompe molle, si seulement j’avais pu aimer les femmes, combien ma vie se serait décantée» (p. 275).
(7) En matière d’écriture, il avoue cependant performer plus significativement dans l’expression poétique (cf. p. 204).
(8) La présence spectrale d’un chien jaune revient de temps à autre dans le livre, guettant, poursuivant le narrateur. Ne pourrait-il être cet animal sauvage qui figure le bonheur et qu’il faudrait laisser vivre ?
(9) En revanche, il se souvient de la mort du père, de la date précise, dans la nuit du 24 au 25 octobre 1985 (cf. p. 256). Ce n’est que l’âge qui est incertain, un début de soixantaine néanmoins (cf. p. 255). Puis il y a la crainte du suicide de la mère (cf. p. 257), écho d’une déchéance, d’une éclipse aristocratique. Elle vivra finalement jusqu’en 1991, victime d’un mal qui pourrait être aussi bien celui de la dépression que celui d’une pathologie dégénérative. Même si l’amour de sa mère pour lui n’était guère intense, il retient que c’était une «grande, très grande personne». Elle eut une certaine dignité dans la bassesse de sa condition d’aristocrate sénile et déclassée.
(10) «Je sentais de plus en plus fort que les années que mon corps avait vécues n’étaient pas les années que je sentais être les miennes, les années de ma tête. Mon songe combattait la matière» (p. 344).
(11) C’est dans le Théétète de Platon que la mémoire est comparée à un morceau de cire.
(12) Cf. page 357 pour le bilan de cette laideur.
(13) Comme celle, apocalyptique, qui sévit (et guérit) dans L’Aveuglement de José Saramago.