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07/06/2016

Les bûchers de la liberté d'Anastasia Colosimo

Photographie (détail) de Juan Asensio.

1489044879.JPGLa théologie politique et le messianisme dans la Zone.






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Signe parmi d'autres d'une journalisation intense et accélérée de la vie intellectuelle française sous assistance respiratoire, la récente présence médiatique (plateaux d'émissions télévisées, Internet, presse papier, radio) d'Anastasia Colosimo est bien évidemment parfaitement disproportionnée par rapport aux mérites de son premier ouvrage, Les bûchers de la liberté (1) qui n'est ni excellent ni nul, ni bon ni mauvais, mais homéostatiquement honnête, donc lisible très rapidement, recyclable au cours d'un dîner à tropisme intellectuel ou pour remplacer utilement l'anti-sèche pourtant étique d'un étudiant de Sciences Po. Il suffit, pour se convaincre de cette disproportion du traitement médiatique dont a bénéficié le livre, et l'auteur plus que le livre dirions-nous, de comparer la réception dite critique des Bûchers de la liberté avec celle, par exemple, d'un ouvrage paru sensiblement au même moment et qui, lui, n'a guère été évoqué, à savoir Blasphème. Brève histoire d'un «crime imaginaire» de Jacques de Saint Victor, édité par Gallimard.
Les défenseurs de cette charmante jeune femme qui présente, à la lire et surtout à l'écouter, l'avantage de posséder une pensée structurée à défaut d'être originale et captivante, ce qui n'est visiblement pas le cas, à les entendre et surtout les lire, de starlettes de la pensée journalistique telle que Diane Ducret ou Eugénie Bastié, auront beau jeu de dédouaner notre intellectuelle souriante, accusant l'efficacité publicitaire du service de presse de Stock de tous les maux, alors qu'il m'a fallu réitérer une bonne dizaine de fois ma demande d'obtenir auprès de ce dernier un exemplaire, que je n'aurais du reste probablement jamais reçu sans l'intervention efficace d'Anastasia Colosimo elle-même !
Ne faisons point trop perdre le temps de nos lecteurs pressés et, d'une phrase ou deux, ramassons tout l'intérêt de l'ouvrage d'Anastasia Colosimo : il s'agit du condensé syncopé d'un travail universitaire (ce qui est précisé d'entrée de jeu par l'intéressée, cf. p. 11), on le devine expurgé de la moindre de ses notes susceptibles de rebuter les sous-pigistes qui l'avaleront en une heure de lecture, à moins qu'ils ne se soient contentés de l'argumentaire du service de presse. Cet ouvrage pour le moins facile d'accès est beaucoup moins consacré à la question intéressante, mais décidément à la mode, du blasphème dans les sociétés européennes contemporaines que, pour qui sait lire toutefois, à la question essentielle, fondamentale, de la théologie politique, partant celle de la sécularisation de nos vieux pays européens plus ou moins laïcisés.
C'est cette question, qui dans ce livre n'affleure que bien trop rarement, quoique de manière constante, comme une rigole d'eau trouble circulant à l'abri des regards les moins attentifs, qui constitue son noyau véritable ou, pour filer la métaphore, sa source contaminée, depuis lesquels la réflexion d'Anastasia Colosimo s'est élancée pour aborder la question secondaire du blasphème, et pour l'aborder de façon simple voire simpliste diront les méchantes langues, s'il en est pour oser soutenir le regard direct et souriant de ce jeune auteur très certainement prometteur, selon la formule une fois de plus consacrée.
24200779054_8f784b299c_o.jpgLa question de la théologie politique apparaît dès l'avant-propos du livre, où Anastasia Colosimo dit à juste titre qu'il s'agit d'une «matière malheureusement méconnue» (p. 11), du moins du grand public auquel s'adresse à l'évidence son livre, matière que l'auteur, hélas, ne nous permettra pas davantage de connaître, même si, comme un véritable fil d'Ariane, elle représente le guide invisible mais pour moins vital de ces pages. Tout nous renvoie à elle à dire vrai, et Anastasia Colosimo ne peut jamais vraiment s'en tenir longtemps éloignée, même si, jamais, honte, pudeur ou cahier des charges éditorial à respecter impérativement, elle ne nous en apprend davantage sur les problématiques de cette nappe d'eau souterraine très profonde qui irrigue tout le monde occidental et, parfois, comme un égout en crue, déborde à la surface de nos routes impeccablement goudronnées. Oui, il est en effet vrai «qu'à se heurter à la résurgence [tiens !] de violents archaïsmes tout en s'efforçant de gagner des hauteurs spéculatives dignes d'autrefois, la pensée politique contemporaine reprend vite, sans toujours le savoir, un tour théologique» (p. 17).
Ailleurs, Anastasia Colosimo semble vouloir nous montrer du doigt, sans pouvoir en dire un mot, ce qu'il importe de regarder, quels sont les «nouveaux procès en sorcellerie» qui «agitent des territoires présumés sécularisés» (p. 43). Les badauds fixent leur regard de veau sur les caricatures du Prophète ou celles du Christ et les gros titres de la presse ? Bêtise, puisque, «s'il y a un moment où s'impose le retour du religieux, c'est bien au sein de cette revitalisation présumée de l'agnosticisme» (p. 20), autant le dire, de la société tout entière, particulièrement française, clouée de quelques mots à la porte de l'intelligence qu'elle semble avoir refermée depuis la Révolution (cette opinion n'engage que moi, absolument pas l'auteur, nous le verrons) : «Son irruption [celle de la notion de blasphème] dans une France devenue ignorante du fait religieux n'a fait qu'aggraver un malaise plus profond, dont on a voulu croire qu'une judiciarisation renforcée et une moralisation accrue suffiraient à le résoudre» (p. 29). Jugement tout à fait juste, mais qui ne débouche sur rien, si ce n'est sur une jolie phrase qui sera reprise en chœur par les sots, parce qu'elle est creuse et flotte, toute seule, sur une mer étale encombrée d'une Sargasse d'exemples journalistiques : «Conviction pour conviction, cet essai est né de l'assurance que sous les barricades d'hier, couvent les bûchers de demain» (p. 30). Nous avons donc là l'explication du titre de l'ouvrage car, étonnamment, c'est bien de liberté que parle Anastasia Colosimo, probablement la seule valeur, gonflée à l'hélium de toutes les bonnes intentions, qui à ses yeux mérite d'être défendue coûte que coûte. Ce titre, nous le voyons aussi d'emblée, constitue une réduction : en quoi le fait de moquer des croyants ou le Dieu qu'ils honorent constituerait-il une preuve absolument indépassable de notre liberté ? Cette dernière ne serait-elle donc pas tout autant aguerrie, certaine, identifiable de tous, n'ayant rien à prouver si elle-même se bornait, considérant que certains sujets, certaines questions, sont sacrés ou, tout du moins, qu'il importe de ne point trop systématique uriner ou déféquer dessus, sous prétexte de sacro-saint exercice d'une liberté stupide, à vide, la liberté des ricaneurs professionnels de Charlie Hebdo ?
Anastasia Colosimo ne tranche pas ce point, pourtant essentiel, et comment le pourrait-elle, d'ailleurs, dans cet essai qui vise le public le plus large possible, et se contente de se demander si ce retour du refoulé blasphématoire est «vengeance de Dieu et renversement des Lumières ou ruse de l'Histoire et parachèvement de la sécularisation» (pp. 60-1). Certes, elle évoque «la difficulté», peut-être même «l'impossibilité sur laquelle bute la modernité achevée de désacraliser le pouvoir, de concevoir le politique sans le religieux, d'en finir avec Dieu, quand bien même il s'agirait du Dieu mort» (p. 91), mais c'est après tout une maigre moisson que ce constat, que nous mettrons en regard avec le travail, autrement plus fourni, qu'Alain Cabantous a consacré au péché de langue dans son Histoire du blasphème en Occident paru chez Albin Michel en 2015 (et que n'ignore bien sûr pas notre auteur, cf. p. 142).
La théologie politique, si superficiellement évoquée, et qui est bien évidemment le soubassement (2) de cette réflexion, cède très vite le pas, je l'ai dit, à quelques facilités journalistiques (3) sur la liberté, fanal salvateur au sein de la nuit de l'ignorance et de la bêtise contemporaines, surtout lorsque ces dernières se griment sous les traits de telle ou telle obédience religieuse qu'il faudra défendre coûte que coûte : «Se donner la liberté de dire le monde, c'est se donner la liberté de le comprendre» (p. 13), fadaise qui pourrait servir de chapô à un journaliste pressé et/ou fainéant, adjectifs que nous pourrons dire de nature, tout comme cette autre, à propos de la France, qui a «su se réinventer aux yeux du reste du monde» (p. 15).
Anastasia Colosimo, si elle est une fanatique, ne l'est que de la liberté, qu'il s'agit à tout prix de défendre contre «la grande entreprise de purification qui réclame un exercice constant d'épuration afin de se justifier» (p. 53). Il est troublant d'ailleurs de constater que jamais l'auteur ne semble se laisser tenter par ce qu'elle nomme «l'idéal de communion qui émane de cette verticalité vertigineuse» que représente la religion et qui peut fasciner bien sûr, «particulièrement au regard de la désertification du sens que supposent les sociétés d'abondance» (p. 62).
L'auteur, lui, n'est pas franchement le genre d'esprit qui se laissera facilement fasciner, vide ou pas, désertification qui croît, disait Nietzsche, ou pas, et il semble même totalement hermétique à «la désillusion religieuse qui affecte le Vieux Continent» (p. 65); c'est bien simple, notre auteur se demande même pour quelle sombre et inavouable raison «la question du blasphème continue de hanter les rédactions des médias européens, les parlements des gouvernements européens, et les tribunaux des juridictions européennes, et ce, jusque dans le sanctuaire de la conception libérale des libertés qu'aime la Cour européenne des droits de l'homme» (p. 108), tout en distribuant les coups sur toutes les têtes (4) qui oseraient prétendre qu'uriner et déféquer à longueur de «Une» risque, à tout le moins, de finir par mécontenter les fidèles, pas tous férocement des fanatiques. Voici quelques jours à peine, il fallait accepter sans broncher se faire traiter de fasciste ou de thuriféraire de l'extrême droite pour avoir osé remarquer qu'un imbécile agitant trois rimes pauvres dans sa caboche pleine de bourre, les chantonnant approximativement, pouvait constituer un spectacle déshonorant et stupide au beau milieu de la tombe à ciel ouvert que fut Verdun pour des centaines de milliers d'hommes. Nul doute que cet exemple, comble de l'abjection et de la calamiteuse stupidité de nos édiles, eût permis à Anastasia Colosimo, si elle avait pu l'intégrer dans son ouvrage, de broder sur les éructations de frontistes déchaînés face à l'admirable preuve de liberté démocratique que constitue un rappeur rappant ses fadaises rimaillées à Verdun ! Je ne suis pas frontiste, aucun de mes ancêtres n'est mort à Verdun, les petits suceurs de Renaud Camus pourraient m'objecter (ils l'ont bien évidemment fait, suis-je bête !) que je suis un Français de date relativement récente et pourtant, il m'eût été insupportable, il m'a été parfaitement insupportable d'imaginer que la France aurait été capable d'honorer d'une façon si abjecte ses propres morts, sous prétexte, notons-le, de liberté de pensée et de droit festiviste au divertissement populaire !
Revenons au livre d'Anastasia Colosimo. Nous y tournons en rond, et depuis quelques pages tout de même, car nous ne sommes pas vraiment intéressés par les innombrables exemples de cas de blasphème qui ont défrayé la chronique depuis quelques années, que l'auteur consigne méticuleusement, avec des conséquences à maintes reprises dramatiques nous le savons même si, parfois, nous parvenons à accrocher notre regard à telle ou telle phrase qui nous rappelle l'existence de contrebande de la querelle de la sécularisation, assez justement résumée par l'auteur qui parle du «passage des sociétés religieuses articulées à la verticalité aux sociétés démocratiques soumises à l'horizontalité» (p. 110), la notion de blasphème elle-même s'étant comme diluée à mesure que la «divinité s'est estompée et [que] la religiosité s'est socialisée», cette question ayant connu «à la fois déflation et inflation», puisqu'elle «n'a cessé de gagner en périmètre ce qu'[elle] a perdu en signification» (p. 117).
Anastasia Colosimo elle-même n'est pas dupe qui, au détour d'une page, affirme que «ces annotations jetées en passant d'un registre culturel à l'autre ne suffisent pas à fonder ne serait-ce que l'esquisse d'une anthropologie du blasphème, ce à quoi d'ailleurs elles ne visent pas» (p. 127), alors que son livre tout entier pourrait en fin de compte être résumé en quelques mots de l'auteur, puisque la question du blasphème «rouvre le débat sur la place du sacré et de son pendant, le sacrilège, dans nos sociétés modernes et, plus profondément, sur la liberté que l'individu a ou non, peut prendre ou non, de s'émanciper par rapport à la communauté» (p. 129), puisque le blasphème, encore, montre, dans nos sociétés modernes taraudées, qu'elles le veuillent ou pas, par le religieux, que les juristes se sont départis «de la sphère théologique» et ne peuvent plus, en conséquence, «envisager qu'un délit soit puni par un mal supérieur au mal qu'il a causé à la société» (p. 141).
Signe récent de cette transformation, selon Anastasia Colosimo, la «métamorphose du délit de blasphème en délit raciste» qui caractérise une «ethnicisation du fait religieux» (p. 199), alors même que, sous la pression des attentats islamistes, plusieurs lois, comme la loi Cazeneuve, sont censées museler toute velléité d'apologie des fanatiques : «Le résultat, lui, reste le même. Les mesures promises par François Hollande reviendraient, si elles devenaient effectives, à sanctionner la liberté d'expression d'une manière tout à fait inédite» (p. 217), alors même que l'idéal de l'auteur réside dans la pétition de principe selon laquelle l'intellectuel (pas seulement l'historien) est ou devrait être celui qui «n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant» (p. 206), bien plus, finalement, que ne l'aura été à nos yeux l'ouvrage d'Anastasia Colosimo, qui se termine comme il a commencé, dans un double mouvement d'apologie de la liberté (5) face aux «milices et patrouilles du propos impie» (p. 228) et de rappel des origines théologico-politiques du blasphème (6), le lien entre ces deux pôles jumeaux étant visiblement la situation politico-sociale de l'Occident et, plus spécifiquement, celle de la France, laboratoire historique voire, plus certainement, laboratoire de l'Histoire (7).
Sur notre pays comme peut-être, plus largement, sur l'Europe, le «piège [de la judiciarisation galopante du blasphème] s'est déjà refermé» (p. 224) assure Anastasia Colosimo, et je ne vois nulle porte de sortie à cette situation, pas plus que cette jeune femme d'ailleurs, qui inscrit sa réflexion dans la grande tradition occidentale du débat et du dialogue, censés résoudre tous nos conflits, y compris les plus virulents, et apporter une réponse mesurée, réfléchie, fruit nous l'imaginons d'un de ces débats citoyens apaisés qui n'a jamais intéressé les Français, à toutes les questions. Toutes sauf une, apparemment : non pas tant le fait qu'il nous faille respecter les croyances d'autrui, surtout si elles sont infiniment plus affirmées que les nôtres, que la certitude que la religion chrétienne est encore vivace, en France, dans ce pays si profondément (et violemment, son histoire le prouve d'abondance) laïcisé et qui, pourtant, semble ne plus savoir comment avancer, seul, vers un horizon inconnu qui, autrefois au moins, s'il était l'assurance de dangers inouïs, était surplombé par un Dieu chassé du ciel, des consciences, mais peut-être pas des cœurs. Non pas vivace, je le précise tout de suite, chez les caricatures que sont devenus la grande majorité de nos fidèles, que dans un certain nombre d'esprits, aussi rares que libres, qui ne peuvent se résoudre à voir avancer le désert, précédé par le simoun du consensus démocratique, ce songe ridicule pour Tribulat Bonhomet.
Il y a fort à parier qu'Anastasia Colosimo, lorsque se produira le prochain attentat ou, à tout le moins, lorsque surgira une nouvelle affaire opposant sur le sol français les apôtres de la liberté de parole à tout prix et les contempteurs d'une parole moquant le sacré dont elle est pourtant, lointainement, issue, soit de nouveau invitée à débattre sur les plateaux d'émissions télévisées, et même qu'elle prépare son deuxième ouvrage, fort du succès du premier.
C'est pourtant d'un autre Colosimo, Jean-François, le père d'Anastasia, que je voudrais m'inspirer pour clore cet article, lequel, dans un de ses ouvrages les moins connus, sans doute parce qu'il s'agit d'un roman assez inclassable, Le Jour de la colère de Dieu nous a donnés, du sacré à l’œuvre de façon souterraine et, partant, du blasphème, une vision hallucinée et résolument plus convaincante que la dissertation appliquée de sa fille que constituent Les bûchers de la liberté.

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Notes
(1) Anastasia Colosimo, Les bûchers de la liberté (Stock, 2016).
(2) Le terme n'est pas employé au hasard, car plus d'une fois Anastasia Colosimo nous laisse deviner quelle opinion elle se fait de cette «collusion symbolique entre éléments archaïques et modernes» (p. 54) qui n'est pas seulement l'une des armes les plus efficaces maniées par les barbus de Daech, mais aussi la résurgence de la nappe souterraine du religieux, jamais vraiment tarie. Il est sans doute intéressant de relever que l'auteur évoque le délit de blasphème ressurgissant dans nos festives sociétés libérées de tous les tabous comme le résultat difforme, la «difficulté fondamentale du cerveau reptilien», incapable de «supprimer les lois contre le blasphème en raison d'une relation magique à la démocratie qui nécessiterait elle-même d'être sacralisée» (p. 108). Notons un dernier passage, où Anastasia Colosimo évoque, pour s'en plaindre, le «lien ancestral entre le cultuel et le culturel, lequel est devenu instable et dont la variation même rend malaisée [sic] le déchiffrement du fait religieux» (p. 182).
(3) Comme ces «passés qui ont du mal à passer» (p. 76).
(4) Ces têtes sont surtout d'extrême droite : «L'apparition de l'extrême droite comme vecteur de la plainte est évidemment significative d'une réaction identitaire crépusculaire» (p. 79). Ailleurs : «Pareille dérivation s'explique vraisemblablement par le souvenir du nazisme dans une Autriche où, de surcroît, l’Église catholique demeure puissante» (p. 84). Peu importe que nous précisions quel est le contexte des cas évoqués par Anastasia Colosimo, puisque la majeure partie de son ouvrage n'est qu'une longue et souvent monotone relation de cas qui ont récemment défrayé la chronique médiatico-judiciaire.
(5) «C'est un grand malheur que nous ne sachions plus que la protection systématique des sentiments des uns et des autres est l'assurance de la guerre de tous contre tous» (p. 228, toutes dernières lignes).
(6) «Si le blasphème, concept théologico-politique dès ses origines, n'a subi aucune altération dans sa fonctionnalité qui est d'exclure celui qui vient contester une vérité partagée par tous, il na pas pu échapper, tout comme le phénomène religieux, au mouvement irrésistible de la modernité, à son empire et à son emprise» (p. 227).
(7) «La défiance, et non pas la confiance, peut-elle présider au fait de constituer une nation qui se veut une République ? Et nous faudra-t-il tolérer, au nom de la tolérance, une police du langage ?» (p. 226).