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26/02/2017

Apostille à La montagne morte de la vie de Michel Bernanos : chemin vers l’inorganique, par Gregory Mion

Crédits photographiques: Fabien Nivière.

3822542879.JPGGregory Mion dans la Zone.

«Don’t blame this sleeping satellite».
Tasmin Archer.

«Ah ! ne plus être malade, ne plus souffrir, mourir le moins possible ! Son rêve aboutissait à cette pensée qu’on pourrait hâter le bonheur universel, la cité future de perfection et de félicité, en intervenant, en assurant de la santé à tous».
Émile Zola, Le Docteur Pascal.


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Pour beaucoup trop de lecteurs, Michel Bernanos est un inconnu et malheureusement la tendance ne risque pas de s’inverser de sitôt, à supposer en outre qu’elle puisse encore le faire. En effet, la France qui n’en finit plus d’écouter aux portes d’un journalisme littéraire inculte, analphabète et dégénéré se préoccupe en ce moment moins de Michel Bernanos que des petites crottes vendues sur le gros marché des coprophages, où nous retrouvons bien sûr quelques nullités qui barytonent du cul (1) et qui le font de concert avec les crétins qui les défendent en publiant des articles apparentés à une putassière réclame, comble génétique de la niaiserie consanguine. Nullités soi-disant littéraires qui se multiplient, donc, et qui révèlent en creux la nullité de tout un pays qui s’en va vers un scrutin national de la pire espèce, l’indigence des lettres étant forcément cause de la misère politique, l’une entraînant nécessairement la mort de l’autre. Nullité d’un pays qui saborde méthodiquement sa littérature depuis deux ou trois décennies et qui préfère maintenant s’en remettre aux conseils narcotiques d’un François Busnel plutôt que de faire confiance aux rares forcenés qui ont toujours à cœur de sauver la grandeur de nos meilleurs romanciers vivants ou disparus. Nullité définitive de la France qui cet hiver se pourlèche les babines avec les étrons scrupuleusement emballés de Cécile Coulon et de Yann Moix tout en ignorant bêtement la réédition de La montagne morte de la vie de Michel Bernanos (2). Las ! Quel spectacle affligeant que celui d’un pays qui se suicide en s’étouffant volontairement avec les torrents de merde qu’il s’envoie dans le gosier ! La France n’est plus qu’un troupeau de bovins démocratiques, vaincue par son esprit grégaire et par son Putanat, pauvre France qui pense comme on défèque, qui écrit comme on vomit et qui patauge crânement dans son cloaque en s’imaginant tenir la dragée haute au monde.
À côté de ces pratiques scandaleuses gisent des textes étranges et fabuleux comme cette Montagne morte de la vie, qui, en un peu plus de cent pages, pose un écrivain d’envergure. Le sujet du livre pourrait tenir en une question : comment survivre dans une nature devenue hostile et inconnue ? Nul n’en revient, évidemment, et les deux personnages principaux de ce récit extraordinaire en font la douloureuse expérience, quoique fondatrice au bout du compte. Il s’agit d’abord du jeune narrateur, tout juste âgé de dix-huit ans, jeté un peu malgré lui dans la destinée navale d’un galion pour une durée contractuelle d’un an (cf. p. 43). Ce bleu-bite employé comme mousse subira un bizutage de circonstance, frôlant une mort qu’il aurait peut-être préférée au regard des péripéties futures, puis il sera d’une certaine façon adopté par Toine, un vieux cuistot rompu aux coutumes parfois brutales des longs voyages en mer (cf. pp. 48-9). Cette rencontre scelle une fois pour toutes le lien entre les deux personnages. Ce sont les seuls individus qui passeront du monde maritime familier (cf. pp. 43-93) à l’univers inquiétant du minéral (cf. pp. 97-162), ces deux segments correspondant aux deux parties distinctes du court roman de Michel Bernanos. Ce trajet du liquide au solide, néanmoins, ne constitue pas les qualités uniques de la matière telle qu’elle se décline souvent dans le langage commun, à quoi nous devrions aussi adjoindre l’état gazeux. Bien plus qu’une matière dont nous connaissons ordinairement les principes et les énergies, Bernanos, par ses descriptions fulgurantes et son choix étudié des épithètes, nous fait pénétrer sur un sol richement plastique, impulsé par une infinité de configurations et d’humeurs, capable de passer du fluide au visqueux, du massif au spongieux, du linéaire au granulaire, etc. L’enjeu est par conséquent littéraire et scientifique, littéraire d’abord parce qu’il faut être en mesure de restituer l’expression d’un paysage inédit sans tomber dans les facilités du cratylisme, scientifique ensuite parce que l’on se demande à bon droit comment des corps humains peuvent résister à ce passage soudain d’un univers à un autre, passage singularisé par la chute dans un gigantesque tourbillon aquatique (cf. pp. 82-4), transition vers une humanité occulte qui semble surgie de nulle part, digne du cratère narratif qui se creuse subitement dans le texte et qui nous aspire avec la même force que Toine et son récent protégé.
Dans ce nouveau monde qui eût probablement dérouté Christophe Colomb et tout autre «révélateur du globe» (3), nos deux aventuriers malgré eux se confrontent à la minéralisation progressive de leur environnement, ainsi qu’à leur propre et inexorable solidification. Ils ont en quelque sorte cheminé vers l’inorganique, et peut-être que la disparition des attributs corporels s’annonce dès le début, comme le symptôme ostentatoire d’une condition plus grave ou plus authentique, lorsque précisément l’équipage du bateau bascule dans le cannibalisme (cf. pp 56-8). Ces hommes qui s’entre-dévorent, au fond, ne sont que le prélude à l’anéantissement ultérieur des corps. Ils annoncent un retournement rythmique fondamental que nous définissons comme la perte décisive de l’anthroporythmie et le commencement irrémédiable d’une lithorythmie (4). L’homme privé de ses organes se rapproche de la statue imaginée par Condillac dans son Traité des sensations, mais celle-ci est encore trop humanisée pour réellement proposer l’expérience d’un être changé en pierre (5). Or en osant une interprétation, Michel Bernanos, aux toutes dernières lignes de son livre (cf. p. 162), ne postule aucune caractéristique humaine à l’existence d’une personne devenue roche, sinon la capacité de verser une larme, de pleurer sur son sort ou de pleurer de joie. Cet astucieux détail nous incite à considérer d’un œil nouveau la rosée que l’on observe sur les pierres à des moments cruciaux de la journée : ainsi regardées, ces pierres sont-elles de très anciennes présences humaines qui exsudent une émotion antédiluvienne ? La rosée devient par conséquent le possible langage des pierres, lesquelles nous expriment par ce biais un pathos résolument approfondi. Quant aux compléments éventuels de ce langage, il faudrait examiner les lignes de faille, les émiettements, les effritements, les empiètements de chaque pierre, en un mot les données de l’érosion comme autant d’inflexions et de tonalités probables, comme autant d’options pour ponctuer une fréquence perceptive qui n’est pas de notre ressort habituel. Conformément à ces intuitions, les pierres créent des formes intelligentes, elles font jaillir la matière bien plus que ne le font les dieux ou quelque incarnation d’un premier moteur, et il n’est pas interdit de suggérer une pensée forte dans un éboulement, d’entendre dans la dégringolade des roches une espèce de cri de protestation !
Tout ceci est à notre avis sous-entendu au dernier chapitre de La montagne morte de la vie (cf. pp. 153-162) et nous devons nous y arrêter plus en détail pour justifier notre apostille. Ce chapitre confirme définitivement la suprématie du minéral après que nos voyageurs interstellaires ont précédemment traversé un territoire végétal où «tout [était] vert à en mourir» (p. 128). Par son altitude et sa majesté, la montagne, de toute façon, domine l’ensemble de cet univers jusqu’alors inexpérimenté, et la forêt va même jusqu’à littéralement s’incliner devant la noblesse des cimes (cf. p. 156). Quant à cet univers en tant que tel, est-ce un double-fond secret de la Terre, une sorte de lapin surgi du chapeau cosmique d’un magicien et dont nous ne pourrions atteindre l’intérieur que par le biais d’un plongeon inopiné dans un tourbillon d’eau ? Est-ce un palier spécifique des profondeurs de la Terre qui, avec sa «lumière écarlate» (p. 97), figurerait un Enfer crédible ? Est-ce encore un segment hétérotopique situé dans un monde parallèle qui n’aurait aucun lien avec les abysses physiques de notre planète ? Il est vrai que la chute spectaculaire des personnages dans le vortex océanique nous encourage à conjecturer un lieu inhérent à la Terre, un lieu qui aurait la consistance d’un estomac et dans lequel nos deux aventuriers seraient tombés à la suite d’une glissade angoissante dans un œsophage hybride, un genre de conduit absorbant fait d’une matière métastable et indéfinissable, cependant, compte tenu de ces aspects irréductiblement originaux, il n’est pas incongru de parier sur un milieu extra-mondain rétif à toute métrique spatio-temporelle classique. À cet égard, Toine et le jeune mousse font une expérience croissante de la relativité, car, au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de la montagne, leur temps se dilate et leur espace se contracte. Ils s’homogénéisent dans une durée proto-éternelle qui est celle de la roche, et, simultanément, ils se confondent à l’espace excessivement contracté de cette même roche, devenant eux-mêmes des pierres, des modes de la substance-montagne parmi une infinité d’autres modes incorporés à ses flancs (cf. p. 161-2). Dans le vocabulaire de l’opinion, nous affirmerions volontiers qu’ils sont morts, qu’ils ont été vulgairement réduits à de l’inorganique, toutefois la montagne n’est morte que pour ceux qui ne savent pas en percevoir le rythme intime, car elle est bel et bien montagne morte de la vie pour Michel Bernanos, c’est-à-dire une autre manière d’exister, une autre solution pour comprendre le devenir.
D’apparence amphibie, la montagne qui s’impose à nous dans ce dernier chapitre est tout à la fois semblable à une éponge, typique «de ces rochers du fond des mers , ainsi qu’à de la «pierre ponce» (p. 153). Il s’agit d’un mélange de qualités qui accentue la polyvalence de cette nature inexplorée, souvent indistinctement maritime, forestière et montagneuse. Dure et flottante, massive et légère, couronnée de surcroît à sa base par une luxuriante verdure, la montagne qui se profile est prodigue en silhouettes, prompte à surprendre ceux qui entreprendraient son ascension. Elle est en outre recouverte de statues taillées selon des formes humaines et animales, chose curieuse pour un endroit qui a l’air d’avoir été déserté par toute présence de cet ordre. Hérissée de ces statues énigmatiques, la montagne paraît ainsi rejouer le drame de Pompéi mais en des proportions titanesques. D’autre part, ces statues ont été aperçues plusieurs fois par les deux personnages avant qu’ils ne s’engagent sur les parois de cette cime. Ces «spectres minéraux» (p. 153) sont de plus en plus nombreux à chaque fois que l’on progresse en ascension; ils sont unis et pétrifiés dans la grande fraternité de la peur» (p. 154). Reste que ce choix de vocabulaire, s’il indique nettement le processus d’une minéralisation inévitable, se trompe sans doute sur l’émotion dégagée par ces sculptures. Que le narrateur soit accablé de son éternité minérale n’empêche pas que d’autres êtres jadis organiques puissent se satisfaire de cette situation.
L’escalade de ce massif coïncide avec un changement radical de rythme. Plus les deux alpinistes improvisés s’élèvent sur ces murailles hétéroclites, plus ils se sentent devenir minéral (cf. p. 154). Ils entrent à pas feutrés dans la lithorythmie, tant et si bien que leur temporalité se distend et que leur espace se resserre. Ceci se complète par une déflation du langage; ils se parlent le moins possible, et, de plus, «parler [leur fait] mal» (p. 154). Ce chemin vers la minéralité disqualifie d’office les ressources du langage conventionnel. La nature s’enrichissant de nouveaux rythmes, les mots s’estompent, la parole se ralentit en même temps que le corps, laissant toute la place au devenir davantage impressionnant qui se présente à ce binôme accidentel d’explorateurs. Fort logiquement du reste, ils n’ont pas assez de mots pour exprimer convenablement l’infinité formelle et substantielle de cette matière (6). Tantôt ils désiraient mourir en luttant, en combattant cette nature inouïe (cf. p. 148), mais, dorénavant, pourquoi vouloir résister à la houle envoûtante de la roche, pourquoi s’opposer à l’extrême nouveauté qui n’est peut-être aussi qu’un retour aux vérités primitives ? La polarité de la montagne finit par les attraper dans sa rythmique, leur faisant découvrir un règne vivace beaucoup plus abouti que tout ce qu’ils ont jamais connu. Ils sont d’ailleurs saisis par la pulsation de la montagne, par son battement souterrain qui ressemble à un gros cœur empierré en sous-sol (cf. p. 154), monumental tambourinement qu’ils ont plus tôt entendu tel un avertissement (cf. p. 130), tel un point d’entrée dans une cadence nouvelle, signes avant-coureurs de la lithorythmie qui les réunira ultérieurement.
La minéralisation des personnages se développe explicitement lorsqu’ils parviennent à un état général d’insensibilité : «Nous ne sentions plus rien» (p. 156). Plus ils grimpent, plus ils se solidifient, et leur épiderme prend la consistance d’une boue tenace (cf. p. 157). Basculant lentement d’un rythme à un autre, ce ne sont plus deux alpinistes à l’assaut d’un mystérieux sommet que nous suivons, mais plutôt deux saumons rocheux qui remontent un fleuve rocailleux. Se changeant en pierre, les deux hommes ressentent une extrême lourdeur, toutefois ils sont épargnés par la fatigue, la faim et la soif (cf. p. 158). La conversion de l’organique en inorganique les délivre des faiblesses humaines routinières. Leur métamorphose en minéral» (p. 158) se concrétise et les transforme en «statues en mouvement (p. 159) enduites d’une épaisse carapace» (p. 160). Ils s’acheminent par conséquent vers une essence, vers une Forme fondamentale; ils deviennent des pensées pures, des moments cognitifs de la montagne sur laquelle ils évoluent ! En cela, bien que le visage de Toine n’ait plus aucune physionomie humaine (cf. p. 161), il a davantage gagné qu’il n’a perdu parce que l’existence du rocher propose une vitesse d’existence affranchie de la petite rythmique anthropomorphe.
Dès lors, la quête du sommet devient secondaire, quand bien même ils conservent en eux l’espoir que le versant opposé de la montagne leur offrira une renaissance (cf. p. 159). Ce ne sont évidemment que des espoirs vides, les ultimes poussées de l’anthroporythmie qui essaie d’inverser les forces actives de la lithorythmie. Puis, une fois le sommet atteint, Toine et le jeune homme remarquent deux choses troublantes (cf. p. 160). D’une part, la montagne n’est pas la limite naturelle de cet univers minéral, elle ne faisait que dissimuler au regard des grimpeurs d’autres cimes, une profusion de sommets équivalents dont les pics se cabrent en direction d’un ciel rouge, colossale dentition rocheuse qui s’étend à perte de vue. D’autre part, le sommet de la montagne est dépourvu de la moindre statue, comme si elles n’avaient pu monter jusque-là ou comme si elles avaient pris la fuite après avoir été effrayées. Ceci étant, ils découvriront bientôt l’incomplétude de ces hypothèses. À la vérité, le sommet de cette montagne institue l’achèvement du processus de minéralisation, et cela se réalise par l’intermédiaire d’un contact visuel pétrificateur qu’il nous faut préciser.
L’apogée de cette montagne soumet à nos voyageurs une vaste surface plane trouée par un cratère, un «immense puits avec sa margelle» (p. 159). Si ce gouffre sommital incarne commodément une consonance avec un gouffre qu’ils ont inspecté en amont (cf. pp. 147-150), il symbolise surtout la seconde faille narrative du texte, le tourbillon solide qui succède au tourbillon liquide qui les avait alors transférés dans cet univers inhospitalier. À ce titre, le premier passage d’un monde à l’autre fut de l’ordre de l’initiation, de l’entraînement à un rythme nouveau. Le second passage est quant à lui catégorique; il instaure l’inorganique, il prescrit ce que Deleuze et Guattari appelleraient un «corps sans organes , un corps enfin émancipé de ses rythmes atrophiés, un corps totalement prêt à recevoir l’éternité renversante de la lithorythmie. Par ailleurs, ne pouvant s’empêcher d’aborder les ténèbres de ce cratère, Toine et son acolyte éprouvent encore plus distinctement la palpitation du cœur de pierre souterrain, la respiration des entrailles terrestres, cette lithorythmie avec laquelle ils finissent par s’amalgamer : «nos propres cœurs lui étaient frères» (p. 160). Puis se penchant au bord du précipice pour y jeter un œil d’irrépressible curiosité, ils sont médusés par un regard ensorcelant et magnétique (cf. p. 162). Tout au fond de ce terrible trou, un œil unique, cyclopéen, les fixe au propre comme au figuré. L’œil est d’une taille considérable, pupille noire sur une membrane bleue, immergé dans un lac sanguinolent, affreux réservoir d’hémoglobine. C’est un genre d’œil injecté de sang, immonde et pourtant essentiel, l’œil vivant de la montagne qui pétrifie les visiteurs, qui littéralement les informe, leur donne une Forme sincère, en l’occurrence une forte expression d’eux-mêmes gravée dans un marbre de perpétuité. Cependant la montagne ne conserve pas ces statues au bord du gouffre oculaire, elle les rejette au loin, sur ses parois ou dans les plaines environnantes, leur impulsant un dernier mouvement avant l’achèvement complet de la minéralisation. Est-ce un malheur pour ces hommes et ces bêtes qui ont été propulsés dans ce monde silencieux et hiératique ? L’éternité, peut-être, est à ce prix : savoir que l’infinité nous concerne sans être capable d’apprécier à sa juste mesure l’existence dépouillée de la roche. À ce jeu, bien sûr, ce sont encore les animaux les plus sages. Les pierres sans rosée, c’est-à-dire les pierres probablement sans joie et sans tristesse, sont celles qui contiennent l’animal qui a toujours vécu l’instant, alors que l’homme s’est toujours acharné à vouloir vivre longtemps, et sitôt qu’on lui en offre la possibilité effective, le voilà qui se lamente sur sa condition et qu’il voudrait mourir, préférant une éternité a minima plutôt que la vie éternelle de la roche. On a donc inventé le marbre des sépultures, minéralisation indirecte, pour ne pas risquer la minéralisation directe que nous décrit admirablement Michel Bernanos.

Notes
(1) Nous empruntons cette expression formidable à Rabelais (Gargantua, chap. 7).
(2) Michel Bernanos, La montagne morte de la vie (Éditions de l’Arbre Vengeur, 2017), longuement et excellemment préfacé par Juan Asensio.
(3) Cette belle formule est employée par Barbey d’Aurevilly dans un article consacré au Christophe Colomb de Roselly de Lorgues, article publié le 12 novembre 1856 dans Le Pays (cf. Barbey d’Aurevilly journaliste (GF-Flammarion, 2016).
(4) Il me faut ici remercier Fabien Nivière, mon ami et mon collègue de philosophie, auquel je dois de pouvoir sonder cette terminologie. Nous réfléchissons désormais ensemble aux manières d’entrer dans l’inorganique, aux possibilités de ralentir au maximum le métabolisme humain, de sorte à pouvoir penser à une vitesse plus adaptée aux rythmes de la grande nature. Dans cette perspective, le texte de Michel Bernanos ne peut que tenir une place privilégiée. Il nous aide à repenser nos trajets parmi les masses rocheuses les plus étonnantes. Par ailleurs, sans doute qu’il faudrait également citer En marchant vers l’extrême du discret et pourtant si pénétrant Howard McCord pour se mettre dans les dispositions rêvées de l’inorganique. Enfin, il est aussi indispensable d’évoquer la toute nouvelle expérience de l’artiste Abraham Poincheval, qui a choisi de s’établir sept jours dans la pierre, désirant montrer au troupeau qu’il existe d’autres règnes du vivant, d’autres intensités viables et probablement plus véridiques.
(5) Nous n’écrivons pas «un être vivant changé en pierre» car la pierre est encore du vivant, mais du vivant qui possède une vitesse différente, une façon tout à fait différente de fluer, de durer, bien plus intéressante que nos précipitations humanoïdes.
(6) «Des sons inintelligibles »sortent pitoyablement de la bouche de Toine (p. 157).