Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« L'Agonie du christianisme de Miguel de Unamuno | Page d'accueil | Michel Houellebecq jugé par Léon Bloy »

22/10/2017

La dimension infinie du secret dans Lord Jim : Joseph Conrad à la lumière de Pierre Boutang, par Gregory Mion

Toby Melville (Reuters).jpg

Crédits photographiques : Toby Melville (Reuters).

2132877036.jpgJoseph Conrad dans la Zone.





3822542879.JPGGregory Mion dans la Zone.






IMG_6978.JPGNous partirons de ce simple postulat de lecture pour instruire de nouveau la matière inépuisable du chef-d’œuvre écrit par Joseph Conrad : si les actes de Jim sont peu à peu éclairés par un faisceau de paroles qui s’interpénètrent et fondent une logique recevable dans les ténèbres d’une vie, ils n’en sont pas moins fuyants, soumis à la membrane d’un indécelable secret. Le mystère de Jim reste donc entier même s’il a été plus ou moins expliqué par le récit discontinu de Marlow, directeur de conscience fortuit et personnage récurrent dans l’œuvre de Conrad, ainsi que par les aveux de Jim lui-même, tantôt bredouillés à cause de l’énormité du propos, tantôt dilapidés en paquets monolithiques de phrases gênées aux entournures. Même le narrateur omniscient du roman ne semble pas être en mesure de percer l’outre de cette âme possédée par une multitude de démons et de choses indéterminées, les monstres et les mauvais esprits s’enroulant autour du mât de misaine planté dans la cervelle de Jim, gonflant la voile intime de cet homme d’un souffle tout à fait titanesque, insaisissable, résolument incompréhensible. Par conséquent le livre fait coïncider une série d’explications admirables concernant l’énigmatique comportement de Jim, il procède à une magnifique tentative de dépliage de cette maison hantée recroquevillée dans un corps et un esprit agités, mais il n’atteint pas le fond du secret qui est toujours sans fond, niché dans un infini in-substantiel depuis lequel jaillissent des actes déjà corrompus par les perceptions nécessairement finies que nous en avons.
Il nous faut alors accepter que Lord Jim n’est que la version très approximative du secret auquel Joseph Conrad essaie de nous initier avec subtilité, comme une sorte de premier couloir aventureusement balisé sur la paroi d’une redoutable montagne qui n’en finit pas de grandir (1), une voie d’accès périlleuse dans laquelle ne pourront s’engager que les explorateurs les plus courageux, ceux qui savent que l’infini est déceptif et qu’il serait de toute façon téméraire de vouloir extorquer les coordonnées définitives d’un univers à la fois hors du temps (sans succession) et hors de l’espace (sans distance). De sorte que s’investir dans la lecture de Lord Jim, c’est ni plus ni moins avoir la force de cautionner une ascension interminable, la joie étrange de partir vers un sommet inscrutable qui émerge d’un abîme insondable. Il en va ainsi du secret de Jim qui envahit tout le roman et le déborde allègrement : nous croyons parfois être arrivés au port de ce mystère, mais, de loin en loin, nous sommes rejetés violemment au large, assignés à de nouveaux voyages hallucinés, comme si nous devions chaque fois découvrir une mer dans la mer, pour ne pas dire une aurore subite en plein repos crépusculaire. Il s’agirait presque d’un secret digne du supplice de Tantale – nous l’avons en ligne de mire, nous anticipons notre prise et notre élucidation, et soudainement il se dérobe, comme le pompon du manège fuit la main hardie de l’enfant.
Comme Nietzsche le suggère en outre nettement dans l’avant-propos du Gai Savoir, il ne faut pas chercher à pénétrer le mystère du réel en intégralité, il convient plutôt de l’accepter, d’en respecter le voile qui recouvre une précieuse nudité, vision à laquelle nous ne sommes pas éligibles. En d’autres termes, la vérité nue ou l’ultime réalité de Jim n’est pas envisageable, car, évidemment, le secret d’une âme consiste en une intimité sacrée, fondamentalement inaccessible et imprononçable, invincible à toute espèce de profanation obscène. D’ailleurs le sentiment d’une perpétuelle valse-hésitation dans l’écriture de Lord Jim nous incite à penser que Conrad, dès le départ, n’a pas vocation à nous présenter autre chose qu’une phénoménale dissipation des enjeux narratifs, à commencer par l’enjeu principal qui motive toute l’intrigue et déploie une constellation de sous-intrigues : la couardise présumée de Jim qui n’a pas été capable d’affronter l’épreuve d’un naufrage, abandonnant toute une cargaison d’humains à la bouche vorace de la mer, préférant selon toute vraisemblance vivre en traître plutôt que mourir en héros anonyme. Ce n’est là bien sûr que l’exposition superficielle d’un regret qui s’approfondit en secret, une clandestinité qui tangue d’un coin à l’autre du roman, roulant bruyamment ou discrètement en fond de cale, tombant dans des oreilles tour à tour fascinées ou interloquées, crédules ou incrédules, et toujours ce secret va en se renforçant, déformé par de terribles proportions, tant et si bien qu’il fait constamment éclater la quille de l’immense bateau narratif sur lequel Conrad nous embarque (2). D’une certaine manière, c’est le roman qui reconnaît ses limites, défait par son propre personnage et par la déferlante de l’infini qui ne cesse de sécréter des formes époustouflantes, le corpulent secret prenant imparablement le dessus au milieu de cette profusion d’aspects, l’ambiguïté devenant sinon insurmontable, du moins inracontable malgré la variété des langages convoqués à cet égard. Sur une même ligne de considération, nous avons quasiment l’aveu du romancier de génie qui ne peut pas croire que les vérités et les reconstructions mentales qui affleurent dans son histoire sont synonymes de la réalité convoitée ; elles ne sont que des acharnements de langage qui se heurtent consciemment à l’infinie complexité du réel, incarnée ici dans l’âme omniprésente de Jim, une âme pour ainsi dire venue d’un secret plus épais que le secret qu’elle renferme, une âme fugacement objectivée dans un corps persévérant qui manifeste la jubilation d’exister au sens littéral du terme – c’est-à-dire une vivante sortie du sans-forme, une dérangeante puissance d’individuation, un dédaigneux pôle d’existence qui se tourmente de la morale des hommes tout en se délectant possiblement des potences aléatoires de la nature.
Ce disant, faut-il en effet en vouloir unilatéralement à Jim de s’être sauvé en ayant abandonné une foule d’humains au destin affreux de la noyade ? Les braves de la morale judéo-chrétienne érigent le sacrifice au rang d’une valeur absolue, mais les grandes natures individuelles réfléchissent différemment, et si Jim a fui le bateau après moult sarabandes psychologiques, c’est peut-être parce qu’il a estimé qu’il ne pourrait fatalement rien y faire, et c’est peut-être encore qu’il a conjecturé que cette masse d’hommes était existentiellement moins jubilante, voire moins propre que lui à s’affirmer et à se dépasser. Encore heureux pour les natures sensibles, en l’occurrence pour les petites natures dorlotées au catéchisme, Jim accuse vraiment le coup, pris à la gorge par une sincère contrition qui se tuméfie autant que les repentirs intérieurs de Raskolnikov. Ceci étant, à l’inverse du héros de Dostoïevski qui s’épuise de jour en jour, le marin de Conrad n’a pas tué de ses propres mains et il s’endurcit progressivement ; il n’a été que le moyen terme entre l’enfer de la fatalité et le rêve paradisiaque d’un héroïsme fou, tétanisé par l’une et l’autre de ces options intimidantes, finissant prétendument par accomplir l’action de la moyenne humaine, le « juste milieu » symbole de la médiocrité (3).
On en déduit alors toute l’ambivalence de la décision de Jim : s’agit-il d’une médiocrité qui désire échapper à la vérité qui tue, ou s’agit-il d’un bond aristocratique dans le surhumain et qui par son acte même matérialise la vérité qui tue ? Ou bien Jim est un membre du troupeau qui se ment à lui-même et qui n’est jamais parvenu à digérer sa décision, ou bien c’est un représentant de la force qui ne partage pas le mensonge consensuel du frelon judéo-chrétien permettant au troupeau de continuer à vivre. Cette ambivalence est insoluble et justifie par ailleurs l’ambivalence du secret telle que la présente Pierre Boutang : le secret est fait à la fois pour ne pas se dire et pour se dire; il n’a de signification que dans la tension d’une chose qui doit rester cachée tout en ne pouvant se fortifier qu’en étant dite (4). Alternativement aperçu ou dissimulé, le secret de Jim va et vient dans un tourbillon qui s’accélère, brouillant les frontières du moindre principe d’identité. Le long récit de Marlow confirme cela dans la mesure où il paraît chaque fois hésiter entre le voile de la pudeur et le dévoilement audacieux qui risque l’impudence, et plus on avance dans la narration, moins le portrait qui s’en dégage se trouve commensurable, la figure de Jim devenant inintelligible et presque repoussante à force d’être labourée d’un côté et de l’autre. C’est comme si l’on était finalement obligé de détourner le regard devant un visage de moins en moins normal parce que de plus en plus monstrueux ou véridique, taillé selon les dimensions infiniment troublantes du secret de l’humanité.
Quoi qu’il en soit, même si le lourd passé de Jim prend quelquefois des allures de secret de Polichinelle, il ne fait tout au plus que se montrer avec la plus haute discrétion, et jamais il ne peut être dûment formulé car la réalité confond les moyens que nous avons pour l’étreindre. Le passé de Jim nous plonge ainsi dans une perplexité croissante, après quoi, lorsque nous y réfléchissons depuis une perspective davantage adaptée à la nature du secret, ce n’est d’ailleurs plus du tout d’un passé dont il est question. Homme foncièrement indéchiffrable, voyageur égaré dans le mystère qui le poursuit, bourlingueur qui supporte son secret peut-être moins en fonction de ses convictions que du jugement de la populace, Jim, à une échelle affranchie de la morale, n’a plus aucune temporalité ni aucune spatialité : sa fuite éperdue ne doit pas être interprétée selon un avant et un après, un ici et un là-bas, un commencement et une fin hypothétiques, elle n’est qu’une scansion particulière du secret enveloppant de la nature, une radicalisation individuée parmi une infinité d’autres puissances qui se radicalisent à différents degrés (5). Cette éventuelle nécessité d’un secret inabordable de la nature met à terre toutes les fictions du libre arbitre et de la responsabilité consécutive à ces fables, autant d’inventions métaphysiques censées nous garantir la sécurité du jugement ou une vague loi universelle de régulation. En cela, tout comme le meurtre gratuit de Lafcadio dans Les caves du Vatican ne suffit pas pour démontrer une quelconque trace de liberté chez ce fade individu, le choix central de Jim ne constitue pas non plus la preuve de sa liberté et subséquemment la rançon de sa culpabilité. Par son acte définitivement outrancier, par son mélange d’embarras et de toupet, Jim agrandit sa légende et nous fait passer notre chemin quand on a l’ambition orgueilleuse de le démasquer. Le secret qui s’exprime à travers lui est fait d’un langage tout à fait autre, furieusement submergeant, sauvagement déclamé.
Sous d’autres latitudes de sa richesse qualitative, le secret, quand il est tu, renvoie au mutisme intermittent de Jim. Se retenant souvent de confesser l’ineffable, il est comme enfoui dans les paysages glissants de la mer, estompés dans les horizons blafards, ou bien il est frénétique durant les escales terrestres afin qu’on ne puisse saisir l’occasion de l’interpeller, surtout en dernière instance, lorsqu’il s’attarde en Malaisie pour jouer au Grand Timonier d’un peuple exotique. Purgé par les flots maritimes et diverti par un certain affairement terrestre, Jim enferme son secret à double tour, mais, simultanément, il nous dit quelque chose à travers ses non-dits, et lorsqu’il est soumis à divers interrogatoires, des plus anodins aux plus scrutateurs, il se libère par foucades, faisant retomber le secret dans une parole naturelle et soulagée qui n’a plus à feinter avec les artifices de la vie sociale (6). Nous ne sommes ainsi plus très éloignés du secret de seconde catégorie, valable dans le monde fini : Jim est un homme qui court la vie pour se racheter et toutes ses gesticulations cherchent à susciter l’opportunité de la rédemption. Le secret de première catégorie, lui, demeure inchangé – Jim n’est qu’une occasion ésotérique pour la nature de s’épancher et il se peut qu’il l’ait compris. Lui ou un autre, il en serait allé de même, car l’on peut douter que le prisonnier d’un dogme religieux eût déployé le cran d’un sauveteur monumental. Enfin, si le secret secondaire est communicable, l’autre, bien entendu, est incommunicable, inaudible pour les brebis qui ont besoin d’être rassurées par la loi et l’ordre des tribunaux traditionnels.
On peut donc supposer l’affrontement de deux justices dans Lord Jim, l’une à peine secrète et l’autre totalement hermétique : d’abord celle des faibles, partout lisible entre les lignes, celle qui s’offusque des événements où périssent des pucerons et qui exige à tout prix un coupable, ensuite celle des natures aristocrates, nulle part décelable, celle que nous pouvons pressentir dans les jaillissements spectaculaires de la nature et qui ne s’émeut pas facilement des carnages sanglants. Du point de vue de Schopenhauer, pour nuancer la carrure de l’homme qui se dégage du personnage de Jim et pour trouver un semblant de conciliation dans ces deux formes de la justice, il faudrait écrire que les hommes ont la responsabilité de leurs actes mais qu’ils ont aussi l’innocence de ce qu’ils sont, le caractère de chacun étant un pur hasard, un destin qu’il faut endosser (7). De fil en aiguille, Jim apprend à dévisager son acte d’incertaine poltronnerie et c’est en cela qu’il accède à l’innocence, à la grandeur d’une âme qui s’est reconnue faible dans le monde fini mais vaillante dans l’infini, secrètement orientée par une infinité de fluctuations, lesquelles ne tarderont pas à la redéfinir une fois que la forme-Jim se sera résorbée dans le pré-individuel, à savoir dans la matrice infinie de la nature naturante.
Relativement à ce qui précède, nous continuons notre réflexion en posant que seul le secret apparent de Jim s’avère communicable. C’est le secret que l’on fait asseoir sur la sellette du troupeau, celui que l’on veut intégrer dans les galeries sociales et ajuster au cérémonial d’une parole codifiée (8). Qu’on le veuille ou non, Marlow est l’agent de cette communication tranquillisante, comme il l’est en outre pour le rapport qu’il fait de Kurtz dans Cœur des ténèbres. Par conséquent, nous voyons de nouveau que le secret de Lord Jim n’est qu’une corde tirée un peu maladroitement dans tous les sens et qui conduit à quelque chose de beaucoup plus vaste, une corde infiniment longue où sont attachées d’énormes ancres que l’on ne souhaite pas remonter des abysses. L’humanité s’entend à juger le lâche mais elle n’entend pas être jugée par lui.
En approfondissant encore le secret avec Pierre Boutang, celui-ci précise qu’il peut être retenu, divulgué ou transmis. D’une façon très intéressante, Boutang écrit que le secret que l’on tait est pourtant susceptible de ne pas être retenu. En ce qui concerne la folle histoire de Jim, nous dirions volontiers que ses rétentions n’empêchent pas le secret de se silhouetter sur son corps et dans ses fuites en avant. À son corps défendant, Jim exhale une espèce de fugitif qui voudrait se soustraire à son ombre, puis au fur et à mesure qu’il reprend de la vigueur, il entrouvre une porte sur lui-même et nous laisse jeter un œil dans le fond sans fond du secret indicible. Plusieurs de ses attitudes intrépides, en Malaisie, esquissent un gabarit qui n’est plus vraiment de ce monde. Et quoique la disparition de Jim sonnera les trompettes du tragique, elle n’est peut-être que l’assentiment vis-à-vis d’un ordre supérieur, le bond décisif qui parachève la surhumanité après le premier bond effectué pour échapper au naufrage. De toute évidence, un tel secret ne saurait être divulgué car toute divulgation implique une masse et les amassés n’ont pas les oreilles pour entendre cela. Il n’y a que la transmission qui soit envisageable, car, selon les fines distinctions de Boutang, l’acte de transmettre le secret entraîne un assouplissement des protocoles discursifs. Ainsi le bouche à oreille de la transmission contient de probables sauts qualitatifs qui sauront apercevoir le secret sous le secret, une grandeur beaucoup plus grande que la grandeur habituelle.
En avançant plus loin dans ses catégorisations du secret, Boutang ajoute qu’il peut encore être gardé, trahi ou confié. Il s’agit là du secret inscrit dans la dimension de la relation, le secret étant suspendu à l’autre que lui puisqu’il a été partagé à un certain niveau. Tout d’abord, l’action de garder le secret suppose que l’on soit comme le mémorialiste d’un trésor intime, un veilleur de nuit aussi bien qu’un veilleur de jour. À quelques égards, ne pourrait-on pas imaginer que Marlow, dans son récit, ne fait que nous délivrer habilement la partie la moins fouillée de Jim ? Dans l’hypothèse où nous ne l’accepterions pas, il faudrait alors affirmer que Marlow trahit le secret, qu’il le fait même avec une agressivité relative, typique de ces perceurs de coffre-fort qui font sauter les verrous avec vacarme et qui s’attendrissent ensuite sur le contenu du butin. Dans la terminologie de Boutang, ce serait là plier le secret dans des relations létales, faire mourir le trésor secret de l’individu en l’apprivoisant aux normes mensongères du troupeau. En cette occurrence, Jim aurait confié son secret à tort, il aurait inutilement fait confiance à des personnes insensibles aux impulsions telluriques – à moins qu’il n’ait confié que ce qui pouvait être dicible et d’emblée jeté dans les gamelles de l’opinion publique. En tant qu’il ne s’exprime pas lui-même directement sur le secret plus grand auquel il appartient, Jim, selon toute probabilité, n’a confié que ce qui était supportable et son corps a confié le reste aux observateurs les plus aguerris. Si bien que de quelque côté où l’on se penche pour observer le puits inquiétant de cet homme, nous ne discernons qu’un être du secret, enrobé du mystère le plus mystérieux, enveloppé de l’énigme in-totalisable de la nature. Condamné par les faibles, Jim est sauvé par d’autres forces inconnaissables où le secret demeure inentamé. Ce secret-là n’est pas racontable, sinon, éventuellement, dans le langage insoupçonnable d’une parole méta-oraculaire qui n’est ni celle de Conrad, ni la nôtre.

Notes
(1) Nous songeons ici aux panoramas inquiétants de La montagne morte de la vie de Michel Bernanos.
(2) On aura repéré l’allusion au Bateau ivre de Rimbaud.
(3) Cf. Nietzsche, Par-delà bien et mal (paragraphe 262).
(4) Cf. Pierre Boutang, Ontologie du secret(Éditions PUF, coll. Quadrige, troisième édition, 2016). Nous nous reportons aux pages 125-143 pour toutes nos hypothèses.
(5) La prodigalité de la nature implique parfois des constituants superflus et nous donne à voir des éclipses douteuses que nous prenons à tort pour des injustices. Si Jim est sorti vivant du bateau en train de couler et si d’autres ont été nombreux à sombrer, c’est qu’il devait en être ainsi dans la secrète configuration de cet instant, comme la sauterelle malheureuse rencontre la toile d’une épeire.
(6) Boutang, op. cit.
(7) Cf. Schopenhauer, Essai sur le libre arbitre (Éditions Rivages, 1992), spécialement la préface de Didier Raymond auquel nous empruntons les formules qui différencient la responsabilité et l’innocence.
(8) Boutang, op.cit., lors de son examen de la dimension communicationnelle du secret.