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20/01/2018

Réédition de La Terre demeure de George R. Stewart aux éditions Fage

Photographie (détail) de Juan Asensio.

313774931.2.jpgTous les effondrements.




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J'avais consacré à ce très beau roman post-apocalyptique une note de la série intitulée Au-delà de l'effondrement. Je me lamentais, dans les toutes premières lignes de mon texte, de constater que la dernière édition de ce texte datait de 1980.
Les belles et courageuses éditions Fage, implantées dans la ville de Lyon où j'ai passé mes trente premières années, ont décidé de rééditer ce grand texte, et m'en ont demandé une préface, dont je reproduis ci-dessous les premières lignes, expurgées de deux notes.

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Il est grand temps de redécouvrir La Terre demeure, que George R. Stewart publia en 1949 et que John Brunner, l’auteur du fameux Tous à Zanzibar, tenait dans la plus haute estime, comme le montre la préface qu’il donna à la plus récente édition française de ce roman profond et mélancolique, qui constitua l’unique intrusion de l’auteur dans l’univers du roman post-apocalyptique. Il est urgent de relire ou plutôt de lire, tout bonnement, un texte qui a connu près d’une trentaine d’éditions dans les pays anglo-saxons, cette robinsonnade ayant représenté pour Stephen King l’une des sources d’inspiration de son Fléau. L'histoire que nous raconte Stewart est toute simple : une pandémie, d'origine inconnue, décime la majeure partie de la population nord-américaine (et sans doute celle de toute la planète). Ish (diminutif d'Isherwood) Williams a survécu, ainsi qu'une poignée d'autres femmes et d’hommes, au mal mystérieux, alors qu'il se trouvait seul dans les montagnes. Le roman relate sa découverte progressive, d’abord hésitante et assez curieusement détachée, d'une Amérique où les animaux, du moins les plus résistants, sont redevenus sauvages et où les survivants errent sans but, le regard plein des horreurs qu'ils ont connues. Des parties lyriques constituant des espèces de didascalies plus ou moins étendues entrecoupent la description des aventures d'Ish. Elles évoquent, dans une langue imitant le style biblique ou au contraire la sèche précision scientifique détaillant par le menu l’évolution de ce que nous appelons désormais l’écosystème, le sort des êtres et des choses qui composent un univers bouleversé de fond en comble par la pandémie. Les êtres vivants ne sont pas les seuls à faire l’objet de pareil méticuleux inventaire dans cette illustration poétique et parfaitement plausible d’un au-delà de l’effondrement qu’est La Terre demeure. Que deviendront les voitures ? L'électricité ? Les glorieux ponts que le génie des hommes a bâtis au-dessus des gouffres ? Mais aussi les conduites des égouts ? Les chats, les chiens, les chevaux, les vaches, les poules et même les rats ?
Dans un monde, c’est devenu depuis longtemps déjà une évidence même pour les plus aveugles, qui ne cesse d’être pillé et saccagé par l’industrieuse rage des hommes affamés de progrès et de rendement ou, pour le dire plus savamment, d’arraisonnement de toutes les ressources au profit des plus riches, dans un monde pillé, cassé, la sombre parabole de Stewart a moins valeur de Cassandre que de miroir : nous y sommes, en fait. Nous pouvons, d’ores et déjà et à tout instant disparaître de la surface de la planète et être contraints de nous abriter sous terre comme le montre le saisissant et énigmatique roman de Daniel Drode, à cause d’un cataclysme géant ou bien d’une série de catastrophes s’ajoutant les unes aux autres, et être ainsi les victimes d’un Grand Désastre, sur l’origine épidémiologique duquel Stewart, assez finement, ne s’attarde pas trop, fataliste qu’il est, comme le sera son narrateur.

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